Le blogue d'Edmond Prochain

22 janvier 2012

Le maître de la moisson et le pécheur

Filed under: Clin d'oeil — Edmond Prochain @ 23:32
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Petit pécheur deviendra saint

Pourvu que Dieu le tienne en grâce ;

Mais pour secouer le gredin

Il faut y aller à la masse :

Car un homme a tôt fait de se montrer radin.

.

Un garçon, qui n’était encore que clampin,

Fut appelé par Dieu à quelque ministère.

« Tout concourt, se dit-Il, à mon projet divin ;

Voilà commencement pour ma vigne de mains :

Faisons-en l’un de nos vicaires. »

Le pauvre mollasson lui dit en sa manière :

« Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais vous être

Utile en aucune façon.

Laissez-moi donc traîner mes guêtres :

Et revenir pour la moisson !

Car mieux formé alors je saurai mieux y faire.

Et je pourrais citer cent noms

Plus compétents pour ce travail ;

Pour ma part, croyez-moi ! je ne suis rien qui vaille.

- Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, répartit le Seigneur :

Désormais c’est d’humains que tu seras pêcheur,

Il n’y a pour cela aucun talent requis

Sinon celui de dire oui. »

.

Un pauvre pécheur vaut bien mieux que deux aptes autres ;

De ce bois Dieu fait ses apôtres.

*

N.B. Oui, cette petite fantaisie sur l’évangile de ce dimanche est un pompage éhonté de La Fontaine. Et alors ?!

7 janvier 2012

Considérations de second plan

Il existe quelque part un type qui s’appelle B. et que je connais pas. Je veux dire : je ne sais même pas quelle tête a B., je n’ai probablement jamais entendu le son de sa voix ni parlé avec lui, je n’ai pas plus de raisons que ça de le croiser un jour. Par ailleurs, j’ignore un grand nombre de choses essentielles à propos de B., parmi lesquelles : la couleur de son parapluie, son avis sur les sapins de Noël, le bruit qu’il fait en éternuant, s’il a lu un jour Les Liaisons dangereuses et ce qu’il en a pensé, la façon qu’il a de manger des clémentines, le nombres d’ampoules en attente d’être remplacées chez lui, la poche dans laquelle il range ses clés, s’il a déjà compté le nombre de marches dans l’escalier qui mène à son bureau, son degré d’attente de War Horse (le prochain film de Steven Spielberg), le sens dans lequel il parcourt un magazine, son navigateur internet, s’il a une sœur ou s’il aurait aimé en avoir une, son personnage préféré des santons de la crèche, s’il sourit quand il croise une bulle de savon sans raison dans la rue, le troisième prénom de sa maman, s’il a conservé son premier walkman, s’il peut s’empêcher de se regarder quand il est face à un miroir, sa position sur les petits parasols en papier qu’on pique parfois dans les glaces, quel a été son tout premier DVD, s’il lui est déjà arrivé d’acheter un ananas sur le marché, son côté préféré dans les canapés, combien de titres d’Alain Chamfort il peut citer de mémoire, s’il était plutôt Pif Gadget ou Picsou magazine, à quel niveau il pousse le bouton de la lampe halogène du salon, et le nom qu’il donnerait à son (prochain ?) chien. Autant dire que je ne le connais vraiment pas, donc.

Mais j’apprends que B. parle de moi. La réciproque de non-connaissance semble donc en partie fausse, puisque B. – que je connais pas – a visiblement des informations sur moi à raconter à des gens que je connais un peu ; B. a même, semble-t-il, un avis sur des choses qui me concernent. Et pourtant, B. ne me connaît théoriquement pas.

Voilà un petit événement qui m’interpelle. Sans trop de raison, mais juste comme ça.

C’est un peu comme S., en fait. S. est japonais, ou d’une nationalité comme ça. Il visitait la France il y a quelques années (c’est-à-dire Paris, d’un point de vue japonais ou assimilé). J’ignore beaucoup de choses sur S. également ; ma connaissance se limite probablement à la couleur de ses yeux, son goût pour les sacs à dos avec des petites diodes lumineuses, sa détermination à ne pas “casser” la visière de sa casquette tour-eiffel, ses difficultés à décoder un plan de métro et le plaisir qu’il prend à faire des photos. Avec toutes les photos qu’il prend, je ne sais pas si S. fait des albums ou s’il encadre des souvenirs, mais s’il le fait, et cela sans me connaître, S. a probablement désormais une photo de moi chez lui.

Juste comme ça, j’y pense parfois avec un certain amusement, parfois avec une pointe de crainte pour les remarques que pourraient faire les amis de S. en voyant le t-shirt que je portais ce jour-là, que je n’ai pratiquement jamais remis à cause d’une tache d’huile de pizza qui l’a relégué quelques jours plus tard dans la catégorie “t-shirts pour bricoler”, mais que je porterai probablement ad vitam aeternam au Japon ou quelque part par là. Certains soirs, je me demande dans quel environnement pourrait atterrir la photo d’un jeune Français croisé un soir de début d’été sur le parvis d’une église parisienne et qu’on a voulu prendre en photo pour immortaliser une conversation sur Dieu dans laquelle aucun des deux ne parlait probablement de la même chose…

C’est d’ailleurs une constante pour toutes les photos de nous, prises à notre insu (ou non) par des inconnus qui les ont collées dans des albums sans trop se soucier du second plan. Un jour, peut-être, un enfant demandera qui est ce monsieur derrière qui mord dans son sandwich, ou si ces lunettes de soleil là au fond étaient un déguisement ou pas. Quelqu’un remarquera, sans nous connaître, que nous avons un matin osé le pull jaune citron, le bob décathlon, l’écharpe de notre sœur ou le bouquet de lys en pleine rue. Nous serons peut-être le grand mystère d’une famille : où allions-nous ? qui était cette personne à nos côtés ? Pourquoi regardions-nous notre montre ? quelle menace hors cadre semblait tant nous inquiéter ? allions nous nous rendre compte un peu plus tard dans la journée que notre chemise était mal boutonnée ? Ou alors, nous serons affublé par des inconnus d’un surnom dont nous ne saurons jamais rien : “le mec au sac-banane”, “celui qui a l’air de se curer le nez”, “l’homme qui s’en va réparer un carreau”, “le gros con qui est passé dans le champ à ce moment-là et qui a pourri la photo”

Sommes-nous conscients que notre vie se raconte sûrement dans des dizaines, des centaines, des milliers d’albums photos de gens au sujet desquels nous ignorons toutes sortes de choses aussi essentielles que le bout par lequel ils commencent un petit beurre, les livres qu’ils offriraient en premier à un amour, l’aptitude à démarrer un feu de cheminée, la taille idéale pour eux d’une feuille de salade ou l’amusement réel qu’ils trouvent à organiser des courses d’escargots ? En un sens, c’est dommage : c’est tout un récit de notre vie en images que nous manquons.

Mais le plus fou, le plus étrange, ce serait certainement qu’un jour quelqu’un feuillette l’album d’une personne que nous ne connaissons pas, tombe sur une photo dans laquelle nous apparaissons sans rien en savoir, flou et au tout dernier plan, et dise : “Tiens, mais je le connais, celui-là !” Ce serait tellement improbable et inutile que ce serait amusant.

En attendant, il m’arrive de scruter mes propres albums à la recherche du visage de ces gens dont j’ignore tant de choses essentielles, d’imaginer leur vie et d’avoir une petite pensée en prière pour eux. Avec une conscience aigüe du caractère hautement, terriblement, superbement cucul de cette pensée dérisoire. Mais l’espoir secret que cette petite poussière qui monte alors vers le ciel peut être une réponse à la providence qui a, un jour, placé cet inconnu à l’arrière plan d’un de mes souvenirs.

Ensuite, je referme l’album et je retourne à d’autres choses tout aussi essentielles. Juste comme ça.

*

[NB : Rien à voir avec cette amusante histoire de La Redoute cette semaine... Je pensais à ce billet depuis quelque temps. La coïncidence ne m'apparaît que maintenant, à l'instant de publier le billet.]

4 décembre 2011

Parabole du volcan dans la purée

Filed under: De rien,Mais dites... — Edmond Prochain @ 21:02
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Vous êtes bien sur le blogue de David Lerouge… Ou plutôt : dans une sorte de faille spatio-temporelle qui nous ramènerait aux premiers temps de ce blogue-ci, quand je m’amusais encore régulièrement à assommer mes lecteurs avec des images à la con et des paraboles plus ou moins foireuses. C’est donc dans cette lancée que je me (re)situe aujourd’hui, pour une nouvelle petite méditation d’Avent.

Il se trouve simplement que je réfléchissais l’autre jour à la façon dont l’approche de Noël pouvait m’imprégner. Je n’y entre pas toujours facilement, mais cette année je crois que j’y suis déjà. La faute, sans doute, à des excès prématurés de chants pseudo traditionnels, ou au retour fidèle et saisonnier de la Frassateam dans ses œuvres. Bref. J’ai soudain compris de quelle façon nous étions appelés à nous préparer à la venue du Sauveur – et sans aucun lien avec le fait que j’ai compris ça à table.

On emploie souvent l’image du berceau qu’on prend le temps de bien préparer. Et il faut avouer que ce n’est pas non plus complètement idiot… Un bébé, une petite place dans la maison, le bouleversement d’une vie. Ça marche pas trop mal. Sauf que non.

Il en va en réalité de l’avènement du Christ dans nos vie comme de la sauce qu’on ajoute sur la purée. C’est bon, la sauce sur la purée : ça donne un peu de goût à cette mixture de pommes de terre (surtout quand on l’a faite en poudre et à l’eau, ce qui est quand même assez caca-berk, tout le monde vous le dira). Mais la sauce sur la purée, ça ne se dépose pas comme ça, à la va-vite ou par-dessus la jambe (d’autant que ce n’est pas si évident, techniquement). Si on veut bien accueillir la sauce, il faut préparer la purée. Parfaitement !

Car parmi les purées qui vont recevoir la sauce, certaines ne changent rien à leur conduite et ne s’apprêtent pas. Toutes à leur vie et à leurs préoccupations, elles envisagent la sauce comme un événement purement extérieur et s’attendent à être transformées sans effort de leur part. Or, la sauce survient quand elles ne s’y attendent pas ; elle se dépose sur ces purées et ruisselle jusqu’à l’assiette. Ainsi, l’essentiel de la sauce se perd sur la vaisselle, tandis que la purée n’est affectée qu’en surface. Et ces purées auront beau ensuite s’étendre et se disperser pour tenter de récupérer le plus de sauce possible, il est trop tard : la sauce refroidit et leur échappe sans cesse un peu plus loin sur l’assiette.

Mais il est d’autres purées, avisées celles-ci, qui à l’annonce de l’arrivée de la sauce se retournent sur elles-même pour lui préparer un chemin et une place. Elles se réordonnent, font place nette et creusent en leur cœur un petit réceptacle destiné à accueillir la sauce. Pour elles aussi, la sauce survient, et elle vient se nicher dans le petit cratère préparé là spécialement à son attention. Là, elle reste bien chaude et imprègne doucement, de l’intérieur, la purée sans qu’aucune goutte ne se perde sur l’assiette.

Voilà.

Je vous laisse méditer là-dessus, bande de patates… et bonne préparation à Noël !

27 novembre 2011

C’est pas demain, la veille

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 10:14
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Mc. 13, 33-37)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi). L’album Les Disciples est désormais disponible en librairie.

21 novembre 2011

Quelques échardes parmi tant d’autres

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 22:38
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Joseph sent bien que depuis l’arrivée du nouveau responsable de la chorale, ce n’est plus tellement comme avant. Les têtes se sont renouvelées, le style des participants aussi. Et surtout, le répertoire a bien changé en l’espace de quelques semaines, balayant beaucoup de cantiques qu’il aimait bien et qui avaient son âge, cinquante ans… Ce n’est pas tellement que Joseph n’a plus sa place dans la chorale, c’est juste qu’il la trouve un peu moins facilement. En fait, on lui fait parfois sentir que sans lui, ce ne serait probablement pas différent, surtout s’il n’aime pas “les nouvelles orientations liturgiques”. Pourtant, ce n’est pas qu’il n’aime pas ; c’est différent, il faut qu’il s’adapte. Ce n’est pas une raison pour partir : il est fidèle depuis vingt ans à cette chorale paroissiale, il n’est pas question que ça change. Mais Joseph commence tout de même à se sentir légèrement exclu, et ça le rend un peu triste.

Didier préfère sortir de l’église par la petite porte au niveau de la sacristie. Sur le parvis, il n’y a presque personne pour le saluer, ce qui lui fait toujours un pincement au cœur. Sur la paroisse, il n’a jamais été accueilli. Avec ses sept enfants, et sa coupe de militaire, on le soupçonne de penser du mal des gens d’ici, et les gens d’ici n’aiment pas tellement qu’on pense du mal d’eux. D’ailleurs, on l’a vu une fois venir avec son frère – un prêtre en col romain – et on n’aime pas tellement cette façon qu’ont “les tradis” de replier l’Église sur elle-même. Didier ne dit rien, il n’a même pas protesté quand le curé a refusé l’accès à une célébration à la troupe SUF de son fils. Mais à ses amis qui l’encouragent à faire quelques kilomètres de plus en voiture pour trouver une paroisse “qui corresponde à sa sensibilité”, il rétorque que sa paroisse, elle est ici, et qu’il n’est pas question que ça change. Même s’il préfère sortir par la petite porte au niveau de la sacristie.

Anne s’assied généralement trois rang avant le fond, tout à droite. Derrière, elle trouve que ça fait un peu trop hostile ; devant, elle a l’impression que tout le monde va la regarder. Elle ne vient pas tous les dimanches, parce que souvent elle oublie l’heure ou se laisse tenter par une autre activité. Mais elle essaie malgré tout d’être présente : elle trouve que c’est important, et elle sait qu’elle repart toujours contente, même quand elle traine les pieds pour venir. Sauf que la semaine dernière le jeune diacre est venu la voir à la fin de la messe, et elle n’a pas trop aimé ça. Comme elle restait assise un moment à regarder les vitraux – Anne aime bien rester un moment assise à scruter les vitraux – il s’est approché pour s’asseoir à côté d’elle. Puis il lui a dit bonjour. Anne a murmuré bonjour aussi. Puis le diacre lui a demandé comment elle s’appelait. Anne a répondu Anne. Puis il lui a demandé pourquoi elle ne s’asseyait jamais “plus haut”. Anne pense qu’il voulait dire “plus devant”, mais elle n’a pas répondu. Alors il lui a dit qu’elle devrait s’investir, participer, faire quelque chose ; qu’il ne fallait pas qu’elle vienne uniquement en “consommatrice”. Anne n’avait jamais pensé qu’on pouvait être un profiteur dans une église, ça lui a fait une impression un peu étrange. Ce dimanche, Anne s’est assise tout à droite, deux rangs avant le fond.

Olivia aimerait bien dire au curé de la paroisse, tout à l’heure, à la fin de la communion de son neveu, ce qu’elle pense des dernières déclarations du pape. Elle ne comprend pas qu’on puisse se reconnaître dans une Église qu’elle trouve “aussi rétrograde”, et elle pense que c’est dommage parce que, quand même, Jésus avait un vrai message d’amour et d’accueil de l’étranger et de respect de l’autre. Ce qu’Olivia a entendu à la radio ne ressemble pas à ça. Il faut comprendre, aussi : déjà qu’il y a des “affaires”, ce n’est quand même pas la peine d’en rajouter… Ou alors, il ne faut pas tellement s’étonner si les églises se vident. Bref. Pendant la messe, elle pense à ce qu’elle dira au curé à la sortie. Mais quand à la communion elle voit son frère Damien rigoler en désignant les croyants qui se mettent à genoux, elle lui dit de se taire ou de sortir : ça ne sert à rien de ne pas être d’accord si on ne respecte même pas les gens pour qui c’est important. Sauf qu’au moment où elle dit cela à son frère, l’un des fidèles dont elle prenait justement la défense se retourne et lui siffle : “Chuuuut !” avec un regard noir. Olivia hausse les épaules et donne un petit coup à Damien qui répondait par une grimace.

*

Anne, Didier, Joseph et Olivia n’ont pas rencontré une Église parfaite. Ils se sentent même un peu exclus, parfois, souvent… Mais dans cette Église de bric et de broc, de tocs, de pics, de chocs, de tics, ils ont trouvé une chaise. Une chaise sous le regard d’un grand Christ accroché à une croix au bois vermoulu. Comme des milliers de petites échardes, prélevées dans des milliers de cœurs et rassemblées pour être ici transfigurées.

Et le collage continue.

16 novembre 2011

J’ai fait un non-éveil…

Filed under: Actu,Humeur(s) — Edmond Prochain @ 22:55
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Ce n’est pas parce que j’ai été non-présent ces derniers temps que je ne suis pas non-loin pour autant. Et comme non-peu d’entre vous, sans doute, j’ai non-échappé aujourd’hui à la dernière campagne de pub de Benetton. Et je dois le non-taire : je suis choqué ! Non-superficiellement, même.

Je ne m’étends pas sur l’aspect non-respectueux des clichés que la non-inconnue marque de non-nudité et de vivrensemblitude forcenée a choisi d’imposer à notre non-cécité. Ça fait tout de même bien longtemps que les limites de ma non-désespérance vis-à-vis du monde qui m’entoure ne recouvrent plus le territoire occupé par l’entreprise. Peut-être cette non-indulgence de ma part provient-elle d’anciennes campagnes d’affichage qui mettaient en scène des non-laïcs déjà en train de se rouler allègrement des patins ? Ou alors simplement du fait que Benetton a consciencieusement, depuis des années, choisi de nous non-proposer toutes sortes de visuels tous non-moins non-ragoutants les uns que les autres. Je non-nie que je ne sais pas…. C’est décidément non-simple.

Non-long : cette provocation supplémentaire, que puis-je en non-taire, sinon que c’est non-malin, non-respectueux mais surtout non-intelligent ? Faire s’embrasser le pape et un imam sous le slogan de “Un-Hate” (“Non-Haine”), comme c’est drôle ! comme c’est spirituel ! comme c’est original et pas du tout répétitif ! C’est vrai que le pape est un fervent défenseur de la guerre aux musulmans… que le conflit armé se prépare en secret dans les caves du Vatican… Et surtout que les cathos ne sont pas déjà suffisamment la cible de plein d’autres campagnes ou provocations faciles. Il leur fallait bien celle-ci pour se faire le cuir, tiens ! (Soit dit en passant, les autres visuels ne sont pas non-pires… loin de là. La bêtise ne cesse de repousser ses limites !)

Mais ce n’est même pas le non-meilleur à mes yeux. Après tout, la provocation qui consiste à aller coller cette affiche sous les fenêtres de Benoît XVI est d’une débilité confondante, mais outre ce “détail“, la figure du pape n’est après tout pas sacrée. Il devrait juste avoir droit au même respect que n’importe qui ; m’imaginé-je naïvement, du moins. Et la marque peut bien venir se déclarer “désolé[e] que l’utilisation de l’image ait heurté la sensibilité des fidèles”, c’est un peu facile quand on se doute bien qu’elle comptait précisément sur cette même sensibilité pour faire le buzz. Mais passons, puisque j’ai dit que ce n’était même pas le pire.

En fait, ce qui me non-réjouit le plus dans cette histoire, c’est le parti pris sémantique qu’elle ose non-dissimuler.

Un slogan publicitaire non-mal connu de ces non-premières années disait : “Avec Carrefour, je positive.” On me dira que c’est très nouille, ça aussi ; et on aura non-tort. Faut-il pourtant qu’aujourd’hui on réplique : “Avec Benetton, je négative” ? Je le non-souhaite, personnellement. Nan, mais sérieusement ! Qui est le type qui a inventé ce slogan de la campagne : “Un-Hate” ? Si c’est ça, la nouvelle valeur absolue de la vivrensemblitude, je suis désolé de jouer les rabats-joie, les enfants, mais on est mal barrés, tiens ! Ou alors, il faut s’adapter un peu…

C’est ainsi qu’en communion avec les belles valeurs du “créatif” de chez Benetton, j’ai fait un non-éveil.

Nous non-mourions tous dans une belle non-disharmonie sur une non-mer qui était non-hideuse. Tous les non-hommes et les non-femmes étaient non-malheureux. La vie était non-compliquée pour tout le monde, puisque tous étaient en non-mauvaise non-maladie, non-moches et non-pauvres. Les animaux étaient non-méchants et il faisait toujours non-pluvieux. C’était non-désagréable. Un gentil non-dictateur gouvernait avec non-injustice ce pays non-affreux. La non-guerre régnait partout, Bref : c’était le non-enfer.

Et on avait tous l’air bien non-intelligents.

Je n’ose même pas ce qu’aurait, d’ailleurs, donné le message du Christ, à ce compte… “Je suis le non-terrain-vague, le non-mensonge, la non-mort” ? “Non-haïssez-vous les uns les autres” ? Pas sûr que ça aurait si bien marché.

Tout ça pour dire que quand Benetton aura fini de nous prendre pour des cons et de faire de la provoc à deux balles et pleine de non-respect, il pourra éventuellement songer, un jour, à nous expliquer ce qu’il essaie de nous vendre. Moi non-compris.

2 novembre 2011

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas)

Filed under: Tout-venant — Edmond Prochain @ 18:42
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Dans la brume ensommeillée qui se dissipe aux cris stridents d’un trop fidèle réveil :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Devant ce bol de café encore trop chaud pour mes lèvres

Et cette tartine cassée que je vais mâcher mollement, sans conviction :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Sur le trajet qui me conduit à une longue journée de travail,

Entre la clé tournée dans ma serrure,

Ces regards vides que l’on s’échange, mes semblables et moi, dans les transports

Et les premiers “bonjour” de la journée :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Au milieu de ces heures à refaire les mêmes gestes, répéter les mêmes phrases ou appliquer les mêmes règles :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Entre deux conversations légères,

Trois plats dans la formule déjeuner,

Quatre pauses cigarette ou café,

Cinq coups d’œil à ma boîte mail,

Six parties d’un jeu en ligne,

Sept  tours de ma langue dans ma bouche pour finalement colporter un ragot :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

A l’heure de partir, l’heure de filer, l’heure de la fin de journée,

Quand j’irai faire une ou deux courses pour improviser un dîner

Juste avant d’allumer la télé :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Et à l’heure enfin d’aller me coucher,

A la tombée de mes paupières – rideau sur cette journée :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Aujourd’hui, demain, après-demain en somme :

Je n’ai pas le temps de penser à toi (mais promis, je ne t’oublie pas).

Et je…

Oh ! tu m’écoutes quand je te parle ?!

*

David trouvait que je ne donnais plus signe de vie… Il se trouve en effet que quelques concours de circonstances ont fait que j’ai eu pas mal poney et peu internet ces dernières semaines. Mais je vais bien, hein ! Je n’ai pas (trop) le temps de penser à vous, mais promis, je ne vous oublie pas !

30 octobre 2011

Les petits devant ?

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 9:32
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Mt. 23, 1-12)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi). L’album Les Disciples est désormais disponible en librairie.

23 octobre 2011

Ce serait pas un peu délayé, tout ça ?

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 20:39
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Bon dimanche ?! Les lectures du jour, c’était par là (ou en Mt. 22, 34-40)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi). L’album Les Disciples est désormais disponible en librairie.

9 octobre 2011

Prophétiquement incorrect

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 9:48
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Mt. 22, 1-14)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi). L’album Les Disciples est désormais disponible en librairie.
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