Dilemme récurrent, qui se pose à vrai dire à chaque fois que l’actualité vient bousculer nos petites habitudes : faut-il faire de l’actu ? L’actualité est mauvaise pour la réflexion. Parce qu’elle secoue l’esprit et souvent nous presse pour que nous nous déterminions en fonction d’elle, ce qui finit par nous donner l’impression de sans cesse courir après l’avis… Mais même comme journaliste, j’ai du mal à admettre de devoir me déterminer en permanence sur du contingent ; il me semble que mon seul devoir, en tant que chrétien, est de me déterminer par rapport au Christ (c’est à dire pour lui).
La semaine passée, deux événements ont interrogé ma pratique du blogue. Deux sujets sans rapport qui se sont malgré tout présentés à moi de la même façon, à travers l’éternel “en parler ou non” : Haïti et la Marche pour la vie. Avant Noël ; c’était Pie XII. Bientôt, ce sera encore autre chose.
Et finalement, je réalise que la question qui se pose derrière tous ces sujets est la même : c’est celle du témoignage. Quand certains esprits se sont échauffés juste avant le lancement de Sacristains, c’est parce que nous avions eu l’outrecuidance d’affirmer (peut-être pas de la façon la mieux formulée qui soit, mais c’est un autre débat) que nous n’allions pas nous positionner dans l’apologétique systématique. Récemment, “on” nous l’a de nouveau reproché, alors même que plusieurs blogueurs membres avaient largement évoqué le cas Pie XII sur leurs sites respectifs. Je me suis fendu d’un commentaire exprimant une pointe de lassitude, mais la réaction vive de départ suscite malgré tout une réflexion.
Sommes-nous une religion de témoins ou de militants ? Organiser une manifestation “pour la vie”, c’est militer, qu’on le veuille ou non. Dans une moindre mesure, prendre publiquement la défense de Pie XII, c’est encore une forme de militantisme. Se bouger pour Haïti, c’est moins directement militant, mais c’est une conception très nette du catholicisme comme œuvre de solidarité.
Je précise ici que je ne porte aucun jugement de valeur sur l’une ou l’autre conception. La seule chose qui m’agace, c’est qu’on puisse être accusé de “mauvais catholique” (voire de “pas catholique du tout”) sous prétexte que l’on a parlé ou non de tel événement, que l’on s’est mobilisé ou non pour tel autre.
On peut me le reprocher, et j’accepte volontiers le reproche du moment qu’il est fait sans condamnation idiote : je n’ai pas dit un mot à propos de la Marche pour la vie. Je n’en suis pas spécialement fier, d’ailleurs ; il me semble que j’aurais pu l’annoncer, l’évoquer, la suggérer. Ne serait-ce que pour dire – comme certains l’ont fait – le besoin de dépolitiser cette démarche. Et d’apaiser le débat, aussi, en l’axant sur des slogans et des propositions qui évitent de stigmatiser pour essayer de construire. Mais voilà : le militantisme, ce n’est pas complètement mon truc, et du coup je me suis laissé déborder sans en en faire une priorité.
Même chose pour Haïti. On pourrait légitimement me reprocher de ne pas en avoir dit un mot, de ne pas avoir appelé à donner pour aider la population, de ne même pas avoir donné un signe de compassion. Il se trouve justement que j’ai passé la semaine avec quelques visages en tête, en me demandant s’ils resteraient à jamais des visages ou si j’aurais une chance de les revoir un jour. Pas des proches, juste des personnes croisées dont le souvenir m’est inévitablement revenu. Et prier pour eux, dans le temps que j’avais à consacrer à autre chose que mon travail, a été ma priorité. Les appels à la solidarité passaient après cela.
Je l’avoue : je préfère de loin le témoignage. Il me semble que le témoignage (certains diront l’évangélisation) est la nature première du chrétien, sa mission centrale. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller défiler, qu’il ne faut pas se mobiliser pour une cause. Au contraire. Mais n’oublions pas que d’autres défendront les mêmes causes que nous, que d’autres se mobiliseront en même temps que nous. Mais nous seuls pourrons apporter le Christ au monde.
C’est bête, mais ces événements (et peut-être les témoignages de foi des Haïtiens), voilà ce à quoi ils m’ont fait penser…
Ah, et simplement, en guise de conclusion, j’aimerais répondre à une petite phrase un rien amère entendue dimanche : “Évidemment, ce ne sont pas les mêmes cathos qui se bougent pour ceux qui en ont besoin et qui vont défiler…” Peut-être que c’est vrai (mais qui serait-on pour en juger ?). Peut-être que ce ne sont pas les mêmes cathos, mais une chose est certaine : c’est bien la même Église.
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[Ceci est un billet décousu, contestable et pas abouti, qui brasse un peu tout et n'importe quoi. Je n'ai pas les idées complètement au clair en ce moment ; merci d'être indulgents ! Merci aussi d'éviter les anathèmes et/ou les polémiques en commentaire. "Il y a des endroits pour ça..."]