Le blogue d'Edmond Prochain

29 juin 2010

Queue des motions

Filed under: Mais dites... — Edmond Prochain @ 20:13
Tags: , , , ,

Le troisième tome du Voyage des pères est sorti. Ça, c’est un modèle de phrase d’accroche sobre et informative – je pense même qu’on devrait la citer en exemple dans les écoles des journalisme (oui, je pense ce que je veux et si t’es pas content c’est la même). Je suis pas peu fier de l’annoncer – merci Castafiore pour l’info, quand même – et encore plus de le chroniquer avant même David Lerouge qui, si ça se trouve, va carrément apprendre cette sortie en lisant ce billet. Bref, c’est rien chouette.

D’ailleurs, je vais le chroniquer très brièvement. Cet épisode final se concentre donc sur la Passion (et la résurrection ?) du Christ. Peu de choses à dire : j’ai été emballé par cette conclusion que je redoutais un peu. On est plus que jamais dans le concept de la trilogie : suivre tout ce qui se passe autour de Jésus sans vraiment le voir. Il faut noter à cet égard la page consacrée à la crucifixion : tout simplement magnifique (en plus d’être extrêmement intelligente). L’humour est légèrement moins affirmé, mais en même temps c’est normal. Le mystère est traité avec respect et pour un chrétien c’est une jolie expérience de changer le temps d’un album son regard sur le cœur même de la foi que nous professons.

Je résume, donc : à lire d’urgence !

Quant à moi, j’en profite pour revenir sur une petite anecdote assez récente liée à cette bande dessinée. Pour ma défense, je le dis d’entrée : j’avais pas le temps ! On m’avait chargé, in extremis, entre deux dossiers, d’aller chercher un cadeau “si possible catho” pour un ami, et il fallait que je fasse vite, sous peine de manquer une réunion ou de manquer de cadeau. Aucun des deux n’était vraiment meilleur que l’autre. Alors j’avoue : j’ai fait comme n’importe quel péquin des villes qui doit trouver un bouquin vite-fait : j’ai couru dans une grande enseigne dont je tairai ici le nom (juste un indice : ça commence par F et ça finit par NAC). Sauf qu’en fait, il faudrait croire que c’est peut-être bien un vent intérieur qui m’y a poussé.

Dans l’idée, je voulais trouver les deux premiers tomes du Voyage des pères, déjà chroniqués ici et dont on ne dira jamais assez de bien. Ça me semblait le compromis idéal : catho mais pas que, détendant mais pas que, passe-partout mais pas que, vraie bonne idée et pour le coup rien que ça. Bref, il en restait pile un de chaque dans le rayon (je ne me fais pas d’illusion : ils n’en gardent qu’un en stock), je les ai donc attrapés et j’ai filé à la caisse en jetant un œil à ma montre.

Et là… poum poum poum !

Quand arrive mon tour – c’est à dire quand même bien dix minutes plus tard, Paris oblige – la caissière me demande mécaniquement si j’ai la carte de fidélité du magasin en marmonnant aussi un vague “bonjour” sans m’adresser spécialement de regard. Jusque là, tout est normal. Elle passe un album (biiip), passe le second (biiip)… et s’immobilise un quart de seconde. Elle reprend le tome 2 dans ses mains, regarde la couverture, regarde aussi le tome 1, puis me lance :

“Eh ! mais ça a l’air bien, ça !”

Dans la théorie de l’évangélisation (s’il y en avait une), on appellerait cette petite phrase un “feu vert” caractérisé. En plus d’être hautement improbable, quand on considère la queue de clients pressés qui patientaient encore derrière moi. Bref. Me voilà face au large sourire de la caissière, auquel il me faut répondre de façon courte et percutante. Pour gagner le temps qu’aucun de nous deux n’a vraiment, je commence par un : “Oui, c’est vraiment bien”, en sortant ma carte bancaire. Et elle de me répliquer :

“Comment vous le savez ? vous les avez déjà lues ?”

Diantre. Second feu vert.

Du coup, je lu explique que je les ai chez moi, et que je les trouve tellement bonnes que je suis même en train de les racheter pour les offrir à quelqu’un. Elle jette encore un coup d’œil aux couvertures, sans tenir compte de sa file d’attente.

“C’est quoi le nom de l’auteur ?… David Ratte. Bon, c’est super ce boulot : on trouve même de bonnes idées de bouquins !

- Vous voyez ! Et surtout, allez-y, lisez-les : vous ne le regretterez pas !”

Pas le temps d’épiloguer ni d’entrer dans les détails ; l’échange se termine là-dessus. Et je m’en vais en faisant intérieurement une courte prière pour qu’elle se souvienne du titre, qu’elle les lise et que cela soit une éventuellement petite porte sur le mystère de la foi chrétienne. Venant d’un auteur pas explicitement catho, ce serait quand même un joli coup de providence !

Et qu’on ne vienne pas me dire que si ça se trouve cette fille est elle aussi croyante et que c’est pour ça qu’elle a réagi : d’une part ça n’a pas été mon sentiment, d’autre part même si c’était le cas on peut alors espérer que ce sont les clients immédiatement après moi qui auront reçu le message. De toute façon, je n’en saurai certainement jamais rien, puisque le vent souffle où il veut. Je ne sais pas où celui-ci allait, je peux juste prier pour qu’il ait trouvé une voile sur sa route.

27 juin 2010

Mille milliards de mille “d’abord” !

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
Tags: ,

Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

25 juin 2010

Encourager les bleus

Filed under: Blogue — Edmond Prochain @ 18:26
Tags: , , , , ,

C’était hier matin la dernière chronique (de l’année ?) du “Coin des blogueurs”, sur RCF, et c’est moi qui m’y suis collé. J’ai un peu hésité : fallait-il tirer un bilan de “saison” ? fallait-il faire comme si de rien n’était ? fallait-il chanter une chanson d’adieu ? fallait-il laisser tomber mes idées à la con ? Finalement, j’ai fait comme on dit qu’il faut régulièrement faire en accompagnement spirituel : j’ai commencé par faire mémoire.

Et du coup, ça m’a donné non seulement une accroche, mais aussi une thématique. Des Bleus (les footballeurs), on est passé tranquillement aux bleus (les nouveaux prêtres ordonnés demain). C’était l’occasion de passer le même message que dans le billet que j’ai pondu sur Sacristains ces derniers jours, tout en filant une improbable métaphore. (Qui a dit : “Comme d’habitude” ?!)

La chronique, c’est là qu’il faut cliquer pour l’écouter.

Petit rappel, donc : tout les catholiques sont invités à aller “encourager les bleus”, nos tout jeunes ordonnés, demain sur le parvis des cathédrales. Il n’y en a pas partout, certes, mais un peu partout quand même en France.

Bon week-end !

24 juin 2010

Vos histoires de dents qui grincent…

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 15:03
Tags: , , , , , , ,

C’est tout comme j’aime. Un article de presse tellement rempli jusqu’à la nausée d’âneries qu’on l’entend hennir braire encore longtemps après l’avoir quitté. Et ce n’est même pas la faute de la journaliste, qu’on sent la plus impartiale possible dans une affaire qui ne la passionne pas plus que ça. Elle fait le métier, elle s’acquitte des interviews de rigueur, elle pointe les creux et les bosses de l’affaire, et puis… rien. Malheureusement pour elle, c’est juste un bon sens éditorial qui manque au papier, au final : un tel article n’a pas vraiment lieu d’être, quand on prend la peine de noter le nombre d’évidences sur lequel il est assis.

Petite plongée dans un univers absurde qui est aussi le nôtre. Attention : ça pourrait vous arriver !

Comme souvent dans ces cas-là, il faut s’arrêter un instant sur le titre de l’article, qui vaut quand même son pesant de tout ce que tu veux (mais pas de cacahuètes, parce que ce serait un cliché). Nantes : des dents grincent au foyer catholique étudiant. Brr… On sent quand même venir la sale affaire, les mains pas propres, les traces de scandale dissimulés depuis des générations. Et du coup, on se prend à imaginer ce que ça peut bien être : de la drogue cachée dans les oreillers ? des pratiques nocturnes condamnables entre étudiants ? la résurgence soudaine d’une histoire louche liée à la Déportation ? Franchement, on craint le pire. Puisque les dents grincent, c’est bien qu’il y a malaise dans la demeure… vite, vite : il faut faire toute la lumière sur cette zone sombre !

Et puis en fait, non. Mais je dois t’avouer un truc : je m’en suis un peu douté quand même… (Je suis trop fort, je sais.)

L’intro nous fait quand même monter d’un cran dans cet angoissant suspense : les étudiants s’en vont, le directeur fait aussi ses bagages et, il l’admet, “non sans amertume”… D’ailleurs, la sentence tombe, raide comme le couperet de la justice ou un col de chemise de BHL : “Les choses ne seront plus comme avant”. C’est normalement le moment où l’image disparaît de l’écran dans un élégant fondu au noir, sur un mouvement de caméra qui s’éloigne pour souligner la fin d’un monde, la disparition d’une époque bénie, le début du chaos. On s’attend presque à entendre des violons – façon Vladimir Cosma – tandis que commencera à se dérouler le générique de fin. Ensuite on sortira de la salle en silence, on marchera lentement le long du trottoir, et chacun se demandera, avant de l’exprimer pour les autres, ce qu’au fond il a pensé du film. Charlotte proposera timidement d’aller quand même boire un verre, mais Daniel déclinera en disant qu’il bosse demain ; les autres suivront. On aura tous le cœur lourd et les images dramatiques de cette fin repasseront sans cesse dans nos tê… Euh… je m’égare, là, non ?!

Pardon. J’en étais où, déjà ? Ah oui : “Les choses ne seront plus comme avant”. Jésus, Marie, Joseph ! miséricorde ! Continuons sans tarder la lecture de l’article, pour savoir enfin quelle malédiction s’est abattue sur la paisible résidence nantaise.

“Le Foyer catholique des étudiants à Nantes, rue du Chapeau-Rouge, 90 chambres, change de cap.” Seigneur, nous y voilà ! Le voile se déchire, sur lequel était peinte l’illusion de notre bonheur… Que se passe-t-il ? la révélation approche. “L’évêque en a confié la gestion au Chemin Neuf.” Sainte-Marie, mère des apôtres ! Le “Chemin Neuf”, ça sonne un peut secte, ça, non ? Ce serait donc ça : les pauvres étudiants captifs du foyer catho seraient jetés en pâture à des prédateurs spirituels, comme des brebis au milieu des loups ? C’est épouvantable, c’est ignominieux, c’est effrayant… Et tandis que le papier de Ouest-France se poursuit, on voit peu à peu transparaître l’infâme objectif de l’Église (obscurantiste) à travers ses petits soldats du Chemin Neuf (sectaires) : “y réinjecter une bonne dose de religion”. Tout est consommé. C’est l’apocalypse.

Ensuite, se succèdent les impressions des uns et des autres. Et les éléments tombent, les uns après les autres, à charge, tous plus accablants pour la nouvelle direction du foyer : les règles changent (insupportable), la chapelle sera rouverte (scandaleux), les garçons ne pourront plus recevoir des filles dans leur chambre (rétrograde), et inversement (fasciste), un prêtre va venir s’installer sur place (inconscient), les étudiants seront obligés de participer “une fois par mois à une soirée dédiée à la formation chrétienne” (dictatorial), etc.

Surprenant scrupule dans la narration : aucune mention d’un “virage à droite” ou même de l’utilisation du latin pour la vie courante… alors que bon, on est pas des gros naïfs non plus : on sait bien que c’est la suite du programme !

Même les étudiants déjà résidents sont obligés de repasser un entretien pour pouvoir rester. Et les recalés sont en état de choc. Pour preuve, le témoignage de cet ex-pensionnaire, qu’on devine (malgré la pudeur journalistique) au bord des larmes, tout juste tombé dans la drogue et l’alcool, tremblant et ne supportant plus le contact avec la lumière : “On n’a pas le profil. En clair, pour rester là, faut être très pratiquant.” On se demande d’ailleurs pourquoi il n’a pas encore saisi la Halde, tiens… (L’émotion, sans doute.)

Comme lui, en signe de protestation vive, ils sont une quarantaine à ne même pas avoir souhaité passer l’entretien. Ah, mais sauf que ça révèle tout autre chose, ça ! Du coup, ce n’est pas le foyer qui ne veut pas d’eux… mais bien eux qui refusent la nouvelle orientation du foyer !

Parce que, soyons clairs, qu’est-ce qui est reproché ici à l’Église de Nantes (“à Nantes” ? “qui est à Nantes” ? je m’y perds un peu, en terminologie catholique française, s’cusez !), hein, qu’est-ce qui lui est reproché ? Tout simplement de faire de son foyer catholique un foyer catholique. Ouuuh… les vilaiiins ! mais quel scandale !

Je ne suis pas sur place, je ne sais pas dans quel contexte la transition s’est faite (imaginons que les changements aient été un peu brusques : ça n’aurait pas aidé à une bonne acceptation des choses), mais c’est tout de même étonnant de constater qu’une fois de plus, on aime bien les cathos surtout quand ils ne sont pas cathos… Dans une société qui aime à célébrer la différence et les particularismes culturel et/ou régionaux, il sera un jour bon de s’interroger sur ce réflexe, non ?

En attendant, pardon, mais je crois que le Vicaire général, cité à la fin de l’article, a plutôt raison quand il dit : “À mon avis les gens se sont monté la tête. C’est une communauté qui a fait ses preuves. Leur projet, j’en suis certain, correspond à une demande de jeunes étudiants.”

C’est un peu comme le communiqué de l’Enseignement catholique de Paris quand il a été question de faire retirer les crucifix des salles d’examen : le bon sens, parfois, ça a du bon. Et tant pis s’il y a des dents qui grincent.

(Photo de l’article Ouest-France)

23 juin 2010

Une petite manif samedi sur les parvis ?

Filed under: Sacristains,Tout-venant — Edmond Prochain @ 16:41
Tags: , , ,

C’est la semaine où je vais renvoyer sur des trucs pas “exclusifs” du blogue, mais tant pis.

Alors, aujourd’hui, ça se passe sur Sacristains, et c’est une invitation à aller massivement manifester sur les parvis de cathédrales en France, samedi prochain. Eh ouais. Parce que je change d’avis comme certains de chasuble, maintenant je suis pour !

A lire par ici

20 juin 2010

Déclaration passionnelle

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
Tags: , , , ,

Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

18 juin 2010

(*) Ému aux larmes

Filed under: Humeur(s) — Edmond Prochain @ 0:06
Tags: , , , , ,

C’est le paradoxe du blogueur : participer à la logorrhée ambiante tout en se prétendant en distance avec elle ; vouloir instaurer une distance avec l’esprit du monde, mais le suivre mouvement pour mouvement, dans une danse étroite et interminable. Il y a indéniablement un bruit de fond dans notre société.De kiss-in en apéro gênant géant, de retraites en salaires de ministres, on a un avis (ou on s’en compose un, vite fait bien fait) et on ne trouve rien de mieux à faire que de le donner. C’est intéressant, mais ça fane un peu vite, finalement.

Beaucoup, souvent, croient qu’ils ont quelque chose à dire alors qu’ils ont juste désespérément envie de dire quelque chose. (Je ne prétends même pas me situer hors de cette catégorie…) On peut reprocher ce qu’on veut à internet en général et aux blogueurs en particulier, j’accepterai volontiers qu’on m’accuse d’accentuer le brouhaha. Et puis après ? J’aurais arrêté de parler depuis longtemps si on cessait de m’écouter. L’illusion d’un lectorat, si modeste soit-il, est celle de créer une attente ; c’est flatteur, mais heureusement qu’on arrive à le dépasser.

Et puis il suffit d’une journée un peu plus pesante que les précédentes pour que les questions (qui parfois n’en sont pas, mais “les problèmes” était excessif) s’envisagent soudain différemment. On repense à des bouquets de fleurs, à une boîte de framboises ou aux mots d’un livre durablement installé en position horizontale, en exil de la bibliothèque des dormants. L’ensemble donne un curieux “vraquier” qu’on contemple avec un léger sourire lorsqu’on fait un pas en arrière : bienvenue dans mon brouhaha personnel !

Ça commence avec un courriel. Des courriels, j’en reçois des dizaines par jours (oui : des dizaines… le boulot veut ça), alors il en faudra un qui se démarque sérieusement pour que je le considère comme remarquable. C’était celui d’un ami, même un frère, parti récemment pour une mission qui l’éloignera durablement de mon chemin. Rien d’extraordinaire dans ce qui y est dit, mais son style unique qui semble dire à chaque virgule : “C’est bien moi”. La joie, la sincérité ; “l’assurance de [s]a prière”… des mots qui sonnent juste. Qui sonnent, juste. (*)

Ailleurs, je bloque sur une expression. “Seigneur, je te rends grâce pour le tout le bien que tu m’as fait“. Quand je dis que je bloque, je veux dire que je m’arrête et que je m’incline. Ce sont des mots sans relief, sans gloire, sans éclat. Pourtant, eux aussi sonnent juste : “le bien que tu m’as fait”. On parle trop souvent de “faire du bien”. Pauvres nuances sur lesquelles nous butons en croyant comprendre… Dieu ne nous veut pas du bien. Ni “veut”, ni “du”. Il fait pour nous le bien. Faire. Le. Et dans l’intervalle, ce “pour” qui se glisse à notre avantage. Quand a-t-on cessé de s’interroger sur les mots qu’on emploie ? “Pour le bien que tu m’as fait, Seigneur, je te rends grâce…” (*)

Dernier point – avant qu’on me reproche de jouer la carte du journal intime, ce que je n’ai nullement l’intention de faire en cet instant. Je suis partial : j’ai déjeuné aujourd’hui avec François Lespés (qui est journaliste), et j’avais un peu honte parce que je n’avais pas encore eu le temps de voir son premier documentaire de 52 minutes diffusé la semaine dernière sur KTO : Sacerdoce(s). Bon. Ça s’assume sans trop de peine, mais j’avais un peu honte quand même, surtout que je voulais le faire. Mais du coup, je me suis rattrapé ce soir. (*) J’ai donc regardé le film, et je me suis laissé fasciner (façonner ?) par ces trois portraits croisés de prêtres d’aujourd’hui, sans rien de commun, ni dans le lieu, ni dans l’histoire, ni dans le caractère, ni dans la démarche. Et pourtant… tout se déroule comme s’ils n’étaient qu’un, comme s’ils ne participaient qu’à une même œuvre. J’enlève le “comme” de la phrase précédente. Et le plus beau, le plus grand, je l’avoue, c’est que celui qui a su le mieux me toucher, c’est celui qui - a priori – était le plus éloigné de moi. Je ne dis pas lequel ; je préfère laisser à chacun un regard neuf sur ces images. 52 minutes, ça peut sembler long… mais vraiment, ça vaut la peine. (*)

Après tout, le 18 juin valait bien qu’on parle un peu de l’Appel…

*

(*) Ému aux larmes.

15 juin 2010

Faire une croix sur la Croix ?

Filed under: Actu,Humeur(s) — Edmond Prochain @ 14:12
Tags: , , , , , , ,

C’est un moment émouvant, pour un journaliste, que celui où l’on pressent le frémissement d’une naissance de marronnier. Comme si on ne s’amusait pas déjà assez avec la rentrée des classes, les fleuristes du 1er mai ou les premières neiges en Ardèche, on trouve tout plein d’idées pour refaire régulièrement des sujets qu’on a déjà traités, mais qu’on a aimés. C’est ainsi que son nés le “petit poucet” qui bat une grande équipe de foot, Anna Gavalda qui n’accorde pas d’interviews pour la sortie de son nouveau livre (mais qui en accorde quand même une ou deux), la découverte scientifique qui va nous faire vivre éternellement, etc. Certains événements ont même l’immense honneur de voir graviter plusieurs marronniers autour d’eux ; par exemple, le bac. Il y a donc (liste non exhaustive) : le plus jeune/vieux candidat de l’année, la sécurité autour des sujets, l’arlésienne de la réforme de l’examen, les écrivains qui passent pour-de-rire l’épreuve de français, la polémique qui frappe un sujet (au choix : histoire ou philo), les profs qui menacent de faire grève au lieu de corriger les copies… Et je te laisse compléter. C’est fort amusant, tout ça.

Eh bien, là, comme ça,en furetant sur internet, j’ai cru voir éclore un potentiel nouveau marronnier. Imagine alors mon émotion, et profites-en pour marquer une pause dans ta lecture, le temps de la partager. (…) (J’ai dit : marque une pause !)

Voilà. C’était en jetant un œil autour de l’info selon laquelle l’Espagne se préparerait (après l’Italie ?) à interdire les crucifix dans les salles de classe que je suis tombé sur un petit délice. Non, pas un projet similaire en France (va donc chercher un crucifix dans une école publique de chez nous, toi !), simplement un très joli communiqué du syndicat Sud-Education 29 intitulé : Pas de crucifix dans les salles d’examens et concernant les salles d’examens situées dans des établissements catholiques. Précisons d’ailleurs ici – afin de garantir la traçabilité de l’info sur ce blogue – que j’ai cherché ce communiqué après avoir consulté un article du Télégramme.

Mais lisons donc ensemble religieusement laïquement (pardon) la belle prose de nos camarades de Sud-Éducation dans le Finistère :

“Nous prodiguons un enseignement de si mauvaise qualité que les individus formés dans nos classes, par nos soins, sont absolument incapables de penser par eux-mêmes et de se composer leur propre opinion.”

Ah non, pardon… Ça, c’est la traduction qu’on peut tirer du vrai communiqué qui, lui, bave ce qui suit :

“Nous estimons que l’affichage de signes religieux dans les salles d’examen et les lieux attenants nuit à la neutralité de l’État et de ses agents, qu’il est susceptible de perturber et d’influencer les candidats en cours d’épreuve.”

J’en vois deux ou trois qui ricanent bêtement dans le fond. C’est intolérable ! Il serait temps, comme je l’avais déjà évoqué l’an dernier, de mesurer les dangers réels que représentent la présence de croix sur les murs d’une pièce où un pauvre petit lycéen influençable vient passer son bac. Car c’est bien là le problème, et nos bons camarades l’ont parfaitement identifié : un crucifix est “susceptible de perturber et d’influencer les candidats en cours d’épreuve”.

Certains n’ont pas l’air encore très convaincus, alors prenons des exemples pour bien mesure l’ampleur du risque encouru.

En mathématiques, sous l’influence néfaste de concepts tels que la Trinité, les candidats vont se mettre à coup sûr à remplacer des 1 par des 3. Qui sait s’ils ne seront pas tentés de multiplier tout et n’importe quoi dans des problèmes pourtant simples de comptage de pains ? Et pire encore : imaginons un instant qu’en histoire un bachelier soit interrogé sur une date précédent notre ère… Il réfléchit, puis soudain lève les yeux et, voyant cette croix gigantesque accrochée au mur, voilà qu’il s’enhardit et écrit sur sa copie : 327 avant Jésus Christ”. Quelle horreur !

On en verrait peut-être d’ailleurs d’autres, en philosophie citer saint Augustin, ou en géographie mentionner l’existence du Vatican au milieu de l’Italie, ou encore en anglais oser traduire “Lord” par “Seigneur”… Qui sait ? certains pousseront peut-être le vice jusqu’à se présenter à une épreuve de latin !

C’est donc bien l’avenir même de notre civilisation qui est en jeu dans cette histoire. Pour ne pas laisser influencer ces grosses buses qui nous servent de générations futures, le ministre de l’Éducation Luc Chatel avait d’ailleurs précédé ce communiqué en déclarant que les épreuves “doivent se dérouler dans des salles où aucun signe extérieur ostentatoire religieux ne doit être mis en avant”. (Notons d’ailleurs ici que je respecte bien trop un ministre de la République pour oser supposer que l’apposition des expressions “signe extérieur”, “ostentatoire” et “mis en avant” puisse éventuellement constituer un double pléonasme grossier. C’est pas mon genre.) Qu’il se rassure, donc : je doute que les crucifix soient spécialement encadrés et bordés de guirlandes lumineuses qui feraient également résonner un Miserere chaque fois qu’on passe devant ; à mon avis, ils sont justes accrochés à un bête clou, un peu en hauteur…

Je terminerai ce billet sur des mots de bon sens. Ceux d’un communiqué de l’Enseignement catholique de Paris, en réponse aux propos de Luc Chatel :

“[Les lycées qui accueillent des examens] resteront des établissements scolaires catholiques, avec une histoire, une communauté éducative, un projet. Le nom de ces établissements ou un signe discret dans les salles le rappelle parfois, sans ostentation ; leur dénier ce caractère n’y changerait rien. Qui serait-il trompé au petit jeu du déguisement ? (…) Un candidat au bac est capable de l’abstraction nécessaire pour comprendre comment un signe renvoie à une réalité plus large qu’il signifie. Vise-t-on ce que nous sommes en voulant en faire disparaître les signes qui n’ont rien d’attentatoire ?”

Déjà apparu l’an dernier, ce faux débat semble donc avoir l’intention de se repointer cette année dans le vaste sujet du bac. Vivement l’année prochaine, qu’on vérifie si c’est bien un nouveau marronnier !

13 juin 2010

Mise au parfum

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
Tags: , , , ,

Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

9 juin 2010

Des prêtres, de la vitesse et un article “express”

Filed under: Effets de buzz — Edmond Prochain @ 21:19
Tags: , , , , , ,

Ah, tiens, je trouvais rigolote l’initiative de la Padre Cup, et je me demandais l’autre jour comment j’allais pouvoir aborder le sujet sans tomber rapidement à cours d’arguments : “C’est sympa”, “j’aime bien”, “ça m’amuse”, “bon, on passe à autre chose ?”… Entre temps, L’Express m’a fourni un article tellement (soupir) qu’il en est complètement LOL. Merci donc à Emilie C. de l’avoir commis, ça va me faire un formidable angle d’attaque. Ben oui, il faut bien que ça serve à quelque chose, comme les magazines people peuvent avantageusement être convertis en emballages pour épluchures de patates.

(Ah, merde saperlipopette, je viens de comparer mon billet à des épluchures… Bon, tant pis : ne perdons pas la face et continuons comme si de rien n’était. Poum poum poum…)

Alors, bon, quand même, parlons du titre, parce qu’ils ont dû être rudement fiers à la rédaction en le trouvant : “Le marketing se prend les pieds dans la soutane”. C’est bien vu : y’a l’idée de l’Église d’avant, des prêtres bien vieillots, et puis aussi de la bonne grosse gamelle avec les dents qui jouent à cache-cache dans les interstices du parquet. Ça fait mal, c’est vendeur : vas-y, coco, on va bien s’marrer ! Et de fait, on se marre. Mais pas tout à fait comme prévu, j’en ai peur.

Dès les premières lignes, la soutane est de nouveau convoquée. Oui, sauf qu’elle est “au vent”. La belle image que voilà ! Ici, camarade lecteur, je vais te demander un (tout) petit effort de visualisation. Tu prends un kart. Euh… normal, le kart. Tu mets dessus un abbé en soutane (tu te démerdes pour le faire entrer dedans), si possible très bien peigné et avec une mine un peu fasciste, ou alors pédophile si tu as du mal à imaginer un fasciste. Tu y es ? Bon. Maintenant, démarre le kart. Il faut que la soutane, elle vole “au vent”… Si, si, fais un effort : je veux qu’elle vole. Et si tu n’y arrives pas, retrousse-la un peu. Faut qu’elle soit “au vent”, qu’on te dit ! On y est ? Bien… Normalement, maintenant, notre prêtre est en caleçon sur son kart, avec la soutane retroussée jusqu’au-dessus du nombril. Non seulement il a l’air con, mais je suis même pas sûr que la soutane soit davantage “au vent”. Bon, tant pis !

Avant de nous affliger davantage, je fais une petite parenthèse. Pour parler un peu vraiment de la Padre Cup. En fait, c’est une journée de détente entre prêtres, créée il y a trois ans dans le diocèse de Versailles (ouh… ça sonne pas un peu tradi-pas-fun, ça ?) et élargie cette année à toute la France, voire un peu de Belgique. Au final, ils étaient environ 70 à participer, spontanément, avec au passage un peu de sous reversés à quelques associations. Et tant qu’à être tout plein de jeunes prêtres sympas et souriants, ils se sont arrangés pour que ça se sache dans les médias. Ce qui a plutôt réussi, puisque pas mal de journalistes sont venus et ont vu. Mais pas L’Express, de toute évidence ; faut dire qu’ils devaient avoir mieux à faire, et puis tout ce qui touche aux curés, toussa, ils connaissent, pas besoin de se renseigner davantage.

Tiens, voilà quelques images en vidéo, avec de vrais morceaux de l’Abbé Grosjean (un digne et jeune Sacristain – soit dit en passant) dedans :

Mais assez parlé de choses sympathiques, revenons à du vrai journalisme, de la vraie info, du sérieux et du solide. Ou pas.

A L’Express, on connait le métier. On sait par exemple que quand on veut traiter un sujet correctement, il faut absolument interroger… tiens, mais au fait : le sais-tu ? Non, il ne faut pas interroger les gens concernés, les organisateurs ou les personnes dont on parle ; on s’en tape complètement de ceux-là, c’est à la portée de tout le monde. Quand on est un bon journaliste, on se doit d’aller interviewer un truc qui rime en -iste ou en -logue. Emilie C., notre journaliste, elle a pas eu de bol pour son papier : elle en a pas trouvé. Mais bon, elle a quand même dégotté un “expert” en Suisse, alors va pour l’expert… Et comme c’est un expert, ben il a bien compris le truc, lui :

“Ce type de marketing est contre-productif. [L'Église] veut rendre son image plus moderne et actuelle en changeant la forme plutôt que le fond. Pour parler en termes marketing, on donne un nouveau packaging à un produit ancien.”

Pas con, le mec. Il a remarqué que l’Église avait pas changé le fond de son message (ça se voit que c’est un expert, quand même !).

Et du coup, pour lui, tout ça c’est “une erreur stratégique”. De telles opérations “frisent la manipulation”, “prennent presque les gens pour des imbéciles” et “n’apporte[nt] pas de réponse aux besoins de spiritualité du public”. Allez : tirez-vous les gogos, la messe est dite ! La Padre Cup, c’est comme l’album des Prêtres ou la campagne du Denier dans l’Ouest : c’est caca.

Sauf que de toute évidence, notre expert en marketing n’a rien compris au but de l’Eglise, s’il pense qu’elle est là pour répondre à des “besoins de spiritualité” alors qu’elle est faite pour annoncer la Bonne Nouvelle (i.e. que Dieu est amour, que le Christ rachète tout homme et que l’Esprit nous appelle à vivre “par lui, avec lui et en lui”, toussa). Les “besoins spirituels”, il y a des endroits pour ça. Cible manquée, donc : c’est un peu court, mais tant pis. On se consolera en pensant que ça nous a quand même donné l’occasion de parler un peu de jeunes “padres” bien dans leur col romain. Certes, on n’a pas vraiment vu de soutanes, mais pourquoi s’arrêter à une si petite approximation, hein ?

Au final, je me demande bien ce qu’ils penseront des 24h de prière organisées en marge des 24h du Mans. “Prrt, les cathos c’est tous des gros nuls : les 24h c’est fait pour des bagnoles, pas pour des bondieuseries ! Ouh, les ringards…”

Vivement la Coupe du monde : qu’il y ait enfin un vrai truc pour répondre aux besoins de spiritualité du public, tiens…

Page suivante »

Thème : Rubric. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 79 followers