Le blogue d'Edmond Prochain

26 septembre 2010

Parabole d’enfer

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 10:04
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Lc. 16, 19-31)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

21 septembre 2010

Petites contrariétés des détenteurs de carte de presse

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 11:01
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Les catholiques sont plutôt des gens contrariants. C’est un peu comme s’ils avaient décidé, dès les origines, qu’ils ne feraient rien comme tout le monde et qu’ils n’en manqueraient pas une pour agacer le bon citoyen lambda. Surtout le citoyen lambda muni d’une carte de presse, d’ailleurs.

Rien de spécialement étonnant à cela, quand on se donne la peine d’y penser (mais c’est déjà un effort – ne nous fatiguons pas trop dès le début d’un billet) : une religion qui n’est même pas fichue d’avoir un Père fondateur et se contente d’un Fils à Papa aux origines troubles, lequel non content de jouer les raconteurs d’histoires durant une tournée de trois ans en Palestine, ne trouve rien de mieux à faire que d’aller mourir lamentablement dans un supplice parmi les plus terribles que l’humanité ait connu. Après un tel démarrage, on aurait pu espérer que les disciples du Bonhomme auraient eu la présence d’esprit de se faire discrets. Las ! il a fallu qu’ils crient victoire face à cette défaite manifeste et incontestable. La suite, tout le monde la connait : forts des quelques grammes d’espoir qu’ils dealaient à toutes les misères du monde et tous les simplets qu’ils ont croisés (soit des personnes généralement non munies d’une carte de presse), ils ont lancé un petit business qui s’est révélé plutôt florissant. Et qui perdure encore aujourd’hui et continue de faire des ravages, malgré les efforts quotidiens de salubrité intellectuelle entrepris par les détenteurs de carte de presse.

A la tête de leur bazar, ils placent généralement un vieux en robe – d’ordinaire, ils choisissent le moins avenant qu’ils puissent trouver, surtout pour l’actuel – qu’ils baladent autour du monde avec des chapeaux moches et des chaussures ridicules. On s’amuse comme on peut, tu me diras.

En fait, ce qu’il est intéressant de noter avec le vieux en robe, c’est essentiellement qu’il n’a pas le charisme de son prédécesseur. Lequel était aussi un sale vilain réac, mais plus personne ne s’en rappelle trop et ce serait dommage d’en reparler parce que ça enlèverait une critique toute faite de l’actuel. Donc bon : côté charisme, c’était mieux avant. Côté ouverture, aussi : ça manque cruellement de lecture des Inrocks, tout ça… enfin, moi j’dis ça, hein !

L’ennui, c’est qu’en plus de cumuler tous ces petits défauts bien agaçants, il a aussi cette manie qui semble donc héréditaire chez les amateurs de goupillon : il est plutôt contrariant. Ainsi, quand il part dans un pays – prenons, au hasard, le Royaume-Uni – il apparait évident à toute personne dotée d’une intelligence (ou d’une carte de presse – ça va souvent de pair) que ce déplacement sera un échec. Pour les raisons évoquées plus haut. En toute logique. C’est imparable, puisque tout le monde voit bien que ça ne peut pas être autrement.

Mais comme il faut bien justifier de temps en temps sa carte de presse, entre deux sujets sur le dernier Marc Lévy et sur les après-rasages bio, on tentera de jeter un œil distrait à ce qui se passe lors du voyage précédemment mentionné. Heureusement, dans ces cas-là, on a aussi quelques jolies casseroles qu’on s’est employé les années précédentes à accrocher derrière le vieux qui porte des robes : on peut les ressasser, on reste en terrain connu, c’est sécurisant. Alors, bien sûr, il faut généralement un peu prêter l’œil pour finir par dégoter deux ou trois opposants manifestes au milieu d’une foule faussement enthousiaste, mais par bonheur la nature a su doter les détenteurs de carte de presse d’un habile regard fort bien exercé à cette tâche. On a beau ne pas être sur place, on trouve.

Sauf qu’au bout d’un moment, ça ne passe pas : on a parlé pendant une dizaine de jours de l’échec inévitable du voyage, mais il faudra admettre à la toute fin que, bon, d’accord, pour cette fois ça n’a pas été autant un échec que ce qu’on avait prévu. Même que, peut-être, éventuellement, ça aurait été un relatif succès éclatant, mais faudrait voir à pas trop pousser non plus, et puis c’est déjà du passé, n’en parlons plus et attendons sagement le prochain échec inévitable.

C’est pas bon pour l’ulcère d’être trop contrarié.

20 septembre 2010

Sur l’intendant au stylo habile

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 16:01
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Faute de connexion internet, la bédé n’a pas pu arriver hier… voilà donc un rattrapage aujourd’hui ! Les lectures du jour d’hier, c’était par là (ou en Lc. 16, 1-13)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

16 septembre 2010

Prière des (soupirs)

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 17:21
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Sur les accrocs des pulls tout neufs,

Sur les listes de courses oubliées,

Sur les sacs-poubelle trop petits,

Que vienne ton règne.

Sur les sorties manquées,

Sur les stations d’autoroute,

Sur les vacances sous antibiotiques,

Que vienne ton règne.

Sur les sms son signés,

Sur les batteries à “zéro barre”,

Sur les tunnels,

Que vienne ton règne.

Sur les anciens camarades de promo,

Sur les levées de la Poste,

Sur les dimanche soir,

Que vienne ton règne.

Sur les tasses privées d’anse,

Sur les démarcheurs téléphoniques,

Sur les clés usb à la machine,

Que vienne ton règne.

Sur les réveils qui ne sonnent pas,

Et sur les réveils qui sonnent alors qu’ils ne devraient pas,

Sur les feux rouges de cinq minutes,

Que vienne ton règne.

Sur les approximations journalistiques,

Sur les certitudes de la boulangère,

Sur les discours de mariage,

Que vienne ton règne.

Sur les stylo à bille récalcitrants,

Sur les voisins de palier collants,

Sur les aspirateurs nocturnes,

Que vienne ton règne.

Sur les “Tu te souviens de moi ?”

Sur les enterrements de vie de jeune fille,

Et surtout sur les enterrements de vie de garçon,

Que vienne ton règne.

Sur les éviers qui refoulent,

Sur les sonneries de portables,

Sur les taches de gras,

Que vienne ton règne.

Sur les sermons tout en longueurs,

Sur les commentaires de sortie de messe,

Sur les “Je te rappelle”,

Que vienne ton règne.

Sur les ?

Sur les !!

Sur les …

Que vienne ton règne.

*

Sur ma colère et mes humeurs,

Sur cette réflexion que je ravale,

Sur le sourire que je n’ai pas rendu ce matin,

Que vienne ton règne.

13 septembre 2010

C’est pas non plus la fête à Mimile

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 19:20
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Ils sont gentils, j’en suis sûr, à 20minutes.fr, mais je préfère le dire dès maintenant : zut ! Va falloir voir à éviter de me chauffer. Le coup de la dépêche qui dit un truc sous un titre qui dit plutôt autre chose et – surtout – suggère très légèrement une idée qui ferait visiblement surtout plaisir au journaliste, ça va bien. C’est pour ça que, moi (qui suis globalement aussi un bon gars, si j’en crois ma mère), quand je lis ça :

“La messe du pape en Angleterre n’attire pas les foules”,

et que quelques lignes en-dessous je lis aussi ça :

“Ça reste en dessous de ce que nous espérions même si c’est presque complet”,

je ne peux pas m’empêcher de penser que, bon, ça doit quand même attirer un peu de monde pour qu’on arrive à remplir. Non ? Mais il faut dire que je suis un indécrottable naïf, hein !

Disons surtout que, certes, ça n’a pas l’air de ressembler (pour l’instant ?) à un raz-de-marée de pèlerins, mais que ça reste quand même plutôt honorable : 50.000 personnes, c’est pas non plus juste la fête à Mimile !

Il faudra ensuite se demander si le choix de l’organisation de faire payer la participation, notamment à la messe, était un bon plan. Rappelons simplement – à toutes fins utile, comme par exemple d’éviter des commentaires trop hâtifs – que ce n’est pas le Vatican qui tient la billetterie. Personnellement aussi je suis mal à l’aise avec le principe, mais il faut bien financer la visite (en France, on aurait fait des appels aux dons).

12 septembre 2010

Comment est votre Blanquette ?

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 9:33
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Lc. 15, 1-32)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

11 septembre 2010

“Laissez passer l’homme libre”

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 8:54
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Le chant des moines. Pour seule ponctuation. Comme seule envolée musicale et précieuse légèreté. D’un bout à l’autre : plus encore qu’une histoire qui se déroule, il nous est donné de sentir battre un chœur d’hommes. Voilà, j’ai vu le film de Xavier Beauvois.

C’est étonnant, d’ailleurs, comme après en avoir parlé dès le mois de mai et l’avoir attendu très impatiemment j’ai pu y aller avec la certitude très forte que j’allais être déçu. J’ai été comblé, et j’ai pleuré d’une émotion où se mêlaient la joie et la peine. Et quand la lumière s’est rallumée – chose que je n’avais encore jamais vécue dans un cinéma – le silence a continué de flotter sur une salle en état de grâce. Pour un peu, j’aurais fait un signe de croix au moment de sortir. Eh ! quoi ? Je n’ai pas assisté à un spectacle, j’ai prié pendant un film. Vraiment.

Qu’on vienne donc me dire que le catholicisme, que le christianisme est mièvre… Ceux qui auront vu Des hommes et des dieux ne le pourront plus. Sans compter qu’au-delà de la radicalité du don de ces hommes (difficile de mieux montrer que ne le fait le réalisateur à quel point le don d’eux-mêmes aura été lucide, gratuit et “plein”), le film parvient à toucher certaines vérités si profondes qu’on s’étonnerait presque que Xavier Beauvois ne soit pas croyant.

La prière, par exemple. A aucun moment les moines de Tibhirine ne sont présentés dans un élan mystique ou simplement “méditatif”, dans la plus pure imagerie des “spiritualités” tellement à la mode aujourd’hui. Au contraire. Leur prière est rêche, pauvre, balbutiante, gémissante, froide, et pourtant d’une grâce, d’une communion, d’une chaleur inouïe dès lors qu’ils chantent ensemble les offices. Le fameux chant des moines dont je parlais tout à l’heure – quelle belle idée d’en avoir fait le seul champ mélodique ! Dans leur bouche, sous nos yeux, les cantiques ont une intensité et un poids qui leur redonne la hauteur et la profondeur que, nous catholiques, nous risquons parfois de perdre de vue. Je garde spécialement à l’oreille ces complies bouleversantes de confiance :

“Sauve-nous Seigneur quand nous veillons ; garde-nous Seigneur quand nous dormons ; et nous veillerons avec le Christ ; et nous reposerons en paix.”

Combien de fois l’ai-je chanté ? Combien de fois prié comme je l’ai fait durant cette séance ?

Un autre point saisissant, c’est le cheminement intime de chacun. Voir tour à tour, dans les yeux des moines, les doutes, les joies, les espérances, les déceptions, l’audace, la paix… et cette peur nouée au fond de leur ventre, c’est incroyablement marquant. On parle beaucoup du fameux dîner final, et c’est vrai qu’il est remarquable, notamment à cet égard : on y passe du sourire aux larmes, de l’angoisse à la paix. Dans ce sens et dans l’autre, tout se mélange. De ces itinéraires intimes, on retient spécialement celui de Frère Christophe. Et, évidemment, celui de Frère Luc, interprété par un Michael Lonsdale touché par la grâce. Est-ce sa foi qui lui a fait donner à son personnage autant de force et de légèreté, ou était-il ainsi dès le scénario ? A l’image, Frère Luc brûle la pellicule d’une incandescente sainteté, équilibre quasi-parfait entre l’émerveillement de l’enfant et la sérénité du vieillard. La scène où il explique au Frère Christian qu’il n’a pas peur de la mort parce qu’il est “un homme libre”, avant d’ajouter tel un enfant qui joue : “Laissez passer l’homme libre”, est magnifique de simplicité.

Paradoxalement, Lambert Wilson est moins bon alors qu’il avait le rôle a priori le plus intense à mes yeux : celui de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine. La faute sans doute à une interprétation pas encore assez dépouillée, notamment quand il célèbre l’eucharistie (je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver faux) et quand il chante (trop mobile). Mais je pinaille, car il sait aussi nous révéler avec une grande sincérité les tourments et l’amour insondable de cet homme.

Je reviens enfin sur le titre. Autant le dire : je ne l’aimais pas trop. Ce que j’y pressentais de dialogue/lutte entre les religions ne me plaisait pas . Il s’avère que j’avais tort. Peut-être Xavier Beauvois avait-il réellement l’idée de suggérer une coexistence de deux dieux : celui des musulmans et celui des chrétiens. Mais l’extrait du Psaume 81 (82) qui ouvre le film vient éclairer ce titre d’une toute autre lumière :

“Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! Pourtant, vous mourrez comme des hommes ; comme les princes, tous, vous tomberez.”

Les voilà, nos moines, si fortement configurés au Christ jusque dans leur sacrifice, non pas choisi mais consenti, devenus par le Christ des dieux, tels les enfants de Dieu que nous sommes tous. Le mystère de l’Incarnation traverse le film avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité. Par la palme qu’ils ont obtenue, certes pas à Cannes, mais dans leur témoignage total, ils s’unissent “à la divinité de Celui qui a pris notre humanité”. Des hommes dans leur mort… des dieux dans la Vie.

5 septembre 2010

Une p’tite tour et puis…

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Lc. 14, 25-33)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

3 septembre 2010

La rentrée du petit Jésus

Chère Maman pleine de grâce qui es bénie entre toutes les femmes et plein d’autres trucs chouettes encore,

Cher Papa ciselé si zélé à pourvoir à tous mes besoins,

La rentrée à l’école de Capharnaüm s’est bien passée, même si j’ai eu un peu de mal au début à trouver ma classe parce que c’est vrai que cette ville est quand même un sacré drôle de bazar. Le directeur, qui est un monsieur très gros et qui se tient tout droit, nous a parlé un peu longtemps pour nous accueillir, en nous expliquant que cette année mes enfants c’est du sérieux et que je compte sur vous pour voir enfin sortir quelque chose de bon de Galilée. Moi, j’ai pas tellement compris ce que ça voulait dire mais j’ai souri et j’ai fait oui avec ma tête comme les autres, parce que je crois pas que ce soit trop le moment de faire le guignol.

J’ai bien retrouvé mon cousin Jean-Baptiste, comme vous me l’aviez dit, mais comme il est dans la classe au-dessus il fait un peu le fier et me regarde comme un petit. C’est pas trop grave : de toute façon, je le trouve un peu bête à s’habiller avec des peaux et à faire exprès de manger des sauterelles et tout un tas d’autres trucs dégoûtants pour se faire remarquer. Remarquez, ça a l’air de bien marcher parce que plein d’enfants veulent tout le temps le suivre et c’est vrai qu’il est le chef d’une bande assez chouette. Sauf que certains m’ont dit que pour faire partie de sa bande, il fallait d’abord passer une épreuve très bête où il nous enfonce la tête sous l’eau… J’espère que quand moi aussi je serai un grand je ne serai pas aussi nul.

Ah, en parlant de l’eau, j’ai bien donné à la maîtresse – qui a l’air très gentille mais qui nous a dit qu’elle n’aimait pas les fortes têtes, mais moi ça va je pense parce que ma tête est normale – le mot d’excuses pour les cours de piscine dans le lac de Tibériade. La maîtresse, elle a fait une drôle de tête quand elle a vu que Maman avait écrit que j’étais dispensé de piscine à cause que je ne m’enfonce pas dans l’eau et que du coup ça ne sert à rien de m’apprendre à nager et en plus ça perturbe les autres enfants. Mais elle a haussé les épaules et elle a levé les yeux au ciel et elle a dit : “Bon, bon, j’aurai une petite conversation avec votre mère quand elle viendra vous chercher, mais je ne suis pas là pour remettre en cause aucune de ses conceptions…” Au premier cours, j’étais un peu triste de rester sur le bord pendant que les autres avaient l’air de drôlement s’amuser pendant que la maîtresse criait que non reviens par ici et arrêtez de m’éclabousser à la fin. J’ai même un peu pleuré que je voulais retourner à la maison de mon père, mais après des copains dont les pères sont pêcheurs m’ont apporté deux poissons, et comme j’avais cinq petits pains dans mon sac je me suis amusé avec à faire des multiplications.

Ce qui est drôlement bien dans cette nouvelle école, c’est que je me suis déjà fait plein de copains et on commence à rudement rigoler. Le jour de la rentrée, il y en a quelques uns qui avaient l’air pas mal perdus comme moi, mais dès que j’ai repéré le chemin j’ai pu leur dire : “Suis-moi”, et ce qui est vraiment bien c’est qu’ils ont tout de suite laissé ce qu’ils faisaient pour venir derrière moi. Sur le chemin, on a sympathisé.

J’ai commencé par rencontrer deux frères : André et Simon. André, il a tout l’air d’être le gars sans histoire qui ne fait pas trop le mariole, mais Simon c’est autre chose. Il s’est tout de suite imposé comme celui qui commande, parce qu’il est un peu plus vieux que les autres. Je ne sais pas trop combien de classes il a déjà redoublé, mais il a déjà du poil au menton et quand on joue aux rebelles et aux Romains il veut toujours qu’on l’appelle Képhas (et pourquoi pas Pierre, pendant qu’il y est ?) et il tire drôlement fort les oreilles des Romains juste avant de s’enfuir en courant pour se cacher. En classe, la maîtresse soupire souvent parce qu’il répond un peu n’importe comment aux questions qu’elle pose, et sans lever la main : comme il connaît déjà le programme, il dit des trucs très intelligents, mais il rajoute souvent une bêtise pour amuser la galerie et du coup il se retrouve souvent au coin. Mais en sport, il arrive à rester très longtemps la tête en bas et ça c’est terrible !

Après j’ai encore rencontré deux frères plutôt turbulents – ils sont capables de faire un boucan du tonnerre ! – mais très chouettes. Il y a Jacques, qui dit souvent que même s’il est encore un enfant il ne compte pas rester mineur toute sa vie, et qui est sûrement un garçon à qui on peut faire confiance. Et puis il y a aussi Jean, son petit frère, qui a sauté tout plein de classes et qui est le chouchou de la maîtresse. Ces deux-là, leur papa s’appelle Zébédée et même si je les aime beaucoup c’est vrai qu’ils sont quand même de sacrés fayots. D’ailleurs, ils se sont assis tout près de la maîtresse, sur les bureaux juste à droite et à gauche.

Parmi ceux que j’aime bien, il y a Lévi, qui jusqu’à l’année dernière avait l’habitude de racketter les autres élèves mais qui s’est calmé cette année et qui passe son temps à faire des rédactions sur tout ce qu’on fait avec les copains. Parfois c’est un peu pénible, sauf que lui il dit que plus tard on sera bien heureux parce que ça nous fera tout un tas de souvenirs et que si on n’est pas contents c’est la même non mais bon sang, zut, flûte, nom d’un chien ! Du coup, on le laisse faire.

Mais j’ai encore beaucoup d’autres copains et ce serait trop long de tous les présenter. Par exemple, il y en a un qui s’appelle Judas et qui s’est arrangé pour être le délégué de la classe et pouvoir s’occuper de la bourse commune qui sert à acheter des goûters ou à payer des voyages ; sauf qu’aucune classe n’a jamais récolté assez pour voyager, mais Judas il dit qu’il a des idées pour qu’on gagne pas mal de sous très facilement. J’aime bien aussi Thomas, même s’il ne comprend pas toujours tout du premier coup et qu’après il faut lui réexpliquer. Et puis Philippe (un ancien copain de Jean-Baptiste), Barthélémy, et encore un autre Judas, un autre Simon et un autre Jacques. Et quelques autres encore qui nous suivent un peu.

Tous ensemble, on s’amuse bien et je crois que je commence à vraiment m’intégrer, même si la maîtresse – qui est athée – dit souvent que je suis pas croyable. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais j’imagine qu’elle le dit parce qu’en vrai elle m’aime bien.

En tout cas : vivement les vacances de la Pâque. Il paraît qu’on va aller avec toute ma classe à Jérusalem. Ce sera terrible !

En attendant, je vous envoie tout mon Esprit et je vous embrase.

Votre petit,

Jésus.

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