Cher Monsieur,
Par hasard je suis récemment tombé sur l’une des annonces que vous avez fait paraître un peu partout ces dernières années. On y lisait notamment que vous étiez à la recherche de saints pour enflammer le monde du XXIe siècle, et que toute candidature serait étudiée par vos services. C’est pourquoi j’ai décidé, après mûre réflexion, de vous écrire.
Je serai clair avec vous : je n’ai strictement aucune des qualités requises.
J’imagine d’ailleurs que cela ne vous surprendra pas, tant le profil que vous recherchez est exigeant. Il faut voir un peu les modèles que vous affichez en galerie (façon “l’envoyé du mois”) pour comprendre que rien n’est accessible. Soyons sérieux deux minutes. Ou une vie entière. Ce n’est pas vraiment réaliste. Et puis, d’ailleurs : je n’ai ni les connaissances, ni les compétences, ni la motivation des personnes ayant précédemment exercé ce type de fonction. Alors bon…
Depuis ma plus tendre enfance (et Dieu sait laissez-moi vous dire qu’elle le fut, tendre… sans doute même un peu trop), je suis incapable de faire preuve de réelle persévérance dans ce que j’entreprends. Ce n’est même pas ma faute : chaque fois que je commence un projet, je l’abandonne presque aussitôt. C’est qu’une autre proposition plus alléchante se présente à moi (quelle idée aussi d’avoir truffé ce monde de si nombreuses tentations) ou que ma raison me rappelle à l’ordre pour me faire comprendre à quel point l’objectif que je me suis fixé est hors d’atteinte. Et je ne cesse ensuite d’avancer-reculer, sans parvenir à me fixer sur ce que je fais. Dissipé ? étourdi ? Oui. Je n’ai aucun courage face aux épreuves et préfère généralement abandonner. C’est comme ça.
Ce manque de constance est évidemment lié à mon caractère, vous vous en doutez, car je ne présente absolument aucune forme de générosité. Aucune. Mon naturel est clairement intéressé : tantôt pingre, tantôt cupide, toujours calculateur. N’attendez pas de moi que je fasse davantage que ce qui peut directement me servir ou améliorer mon bien-être. D’un autre côté, s’il faut attendre des autres (je les ai observés attentivement : ils sont comme moi) qu’ils me viennent en aide, plusieurs hivers passeront sur ma tête. Qui est pour moi si je ne le suis pas démesurément ? Je suis sûr que vous comprenez, au fond.
En outre, je ne suis pas discipliné. Pas plus qu’un autre, j’entends : c’est une qualité assez partagée par mes concitoyens, à vrai dire. J’ai horreur qu’on me dise ce que je dois faire : je ne reçois d’ordre de personne et j’estime être suffisamment intelligent pour déterminer par moi-même ce qui est bon pour moi et pour les autres. Après tout, j’ai quand même été doté d’un cerveau pas trop mal dégourdi ! A quoi bon si c’est pour abdiquer devant la raison d’un Autre ? Non, vraiment : je préfère tout décider par moi-même et me plaindre du reste.
En résumé : je suis lâche, maladroit, dissipé et pleurnichard. Rien de ce que vous recherchez, de toute évidence. C’est pourquoi j’ai l’honneur de ne pas vous adresser ma candidature.
Admettez d’ailleurs que les perspectives de carrière que vous proposez ne sont guère enthousiasmantes. Pas de promotion ni d’ascension possible ; au contraire, une diminution croissante doublée d’une descente dans l’échelle sociale. Aucune augmentation envisageable, si on excepte celle – constante – du temps de travail. Zéro avantage matériel à espérer en lien avec la fonction (si on peut parler de fonction, d’ailleurs, tant le sentiment d’inutilité croît avec le temps). Pas de protection sociale, pas de congés, pas de retraite. Ah si, tout de même, j’allais oublier : vous offrez une vague assurance vie. La belle affaire !
Dans l’attente de votre réponse négative, je vous prie donc de croire, Monsieur, en ma considération la plus mal assurée.
MOI.
*
Commentaire ajouté manuellement par la Personne ayant traité le dossier :
« Excellent profil.
Juste trop bête pour s’en apercevoir.
Avis favorable. »
C’est sans doute ma période “musique catho francophone”. Après j’arrête, promis, mais un mot quand même du dernier album de 
Ne dis rien, j’admets d’entrée : oui, c’est un titre un chouille longuet. Mais c’était ça ou : “Tu vas l’acheter oui ou merde ?”, et je ne me sentais qu’à moitié motivé pour coller une grossièreté dès le titre d’un billet ; alors que dans les premières lignes, ça passe comme une Mini sous un camion. Quoique “Tu vas l’acheter oui ou merde ?” aurait pu être un titre assez vendeur, quand on y pense. Et explicite sur l’action à accomplir, à défaut de l’être sur l’objet de cette action. Mais on va pas chipoter, hein, on est entre nous.
Quand on discute un peu avec un musulman (oui, je sais, je suis un déglingo, des fois) et qu’on amène la conversation sur la vision qu’il a des catholiques (genre, le mec, complètement frappé, quoi !), la réponse ne se fait généralement pas attendre. Et elle n’est pas forcément douce à l’oreille. Un catholique (moyen), pour un musulman (moyen), ce n’est pas d’abord un vieux facho de droite un peu raciste sur les bords. Ça, c’est la définition d’un Français moyen, si j’ai bien lu la presse. Non, non : un catholique pour un musulman c’est avant tout [spoiler] quelqu’un qui ne prie pas.

Parlons musique.
Toujours pas de musique, mais je vais avouer quand même une très grande sympathie pour ce qui va suivre. Les CarmenZ viennent de sortir une nouvelle chanson, diffusée gracieusement sur
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Et puis, évidemment, là aussi je risque de prendre une guitare dans la tronche si je n’en touche pas un mot : le nouvel album de
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