Le blogue d'Edmond Prochain

15 avril 2011

Au pied de la croix, avec Jean

Filed under: Mais dites... — Edmond Prochain @ 11:56
Tags: , , , , , , , , , , , ,

Vendredi, à la veille de la Semaine Sainte. C’est davantage ce moment qu’autre chose qui me pousse à publier ces quelques idées que je rumine depuis plusieurs jours.

Comme beaucoup de catholiques, je suis choqué, profondément, par cette image d’Andres Serrano que certains ont choisi de nous exhiber à la Collection Lambert en Avignon. S’il faut le dire, alors je le dis : ce « Piss Christ » est répugnant. Esthétiquement beau, certainement, mais ce qu’il représente est à vomir. Combien de fois les croyants devront-ils reposer cette même question, inlassablement : pourquoi les artistes reviennent-ils constamment nous insulter au plus profond de nos convictions ? J’entends les arguments « liberté d’expression », « provocation constitutive de l’art », etc. mais j’ai quand même du mal à saisir ce plaisir sans cesse renouvelé de nous coller de grandes gifles aussi gratuitement. En sachant pertinemment, en plus, qu’on ne fera que tendre l’autre joue, et qu’en fait de réactions violentes dénoncées par les médias il n’y aura que quelques gesticulations pétitionnaires et manifestations qui n’en viennent pas aux mains… Tu parles d’une institution contre laquelle tu te rebelles, ami artiste ! Dis, tu n’as jamais eu envie de te révolter contre de vrais adversaires, un jour, juste pour voir ?

Bref. En fait, je crois que j’en veux encore plus à la Collection Lambert et à la municipalité d’Avignon. Qu’ils exposent la photo, s’ils l’aiment… mais là encore, quel besoin si urgent pour la liberté dans notre pays d’en faire l’affiche de l’exposition et de venir pavaner sous le nez des catholiques ? A part le plaisir d’imaginer des réactions (inévitables) qui feront une jolie publicité à l’expo, je ne vois pas. Insulter publiquement une catégorie de personne pour se faire remarquer, c’est une réaction d’ados en manque d’attention.

Est-ce si difficile de comprendre que, pour beaucoup de croyants, toucher au Christ est une insulte de ce qu’il y a de plus profond et de plus précieux en nous ? Revendiquez un droit au blasphème si ça vous amuse, mais de grâce : lâchez-nous la grappe, juste une fois ! (Je ne vous dis même pas d’aller l’exercer avec d’autres religions, parce que je n’ai personnellement aucune envie que vous alliez cracher à la gueule des musulmans plutôt qu’à la nôtre – soit dit en passant.)

Et de grâce : épargnez-nous aussi vos cris de vierges effarouchées faussement surprises qu’on puisse trouver à redire à cette expo, faussement choquées qu’on attente (oh ?) si lourdement (ah ?) à la laïcité (gné ?)… Quelle laïcité, d’ailleurs ? Celle qui vous fait exiger le retrait du crucifix de salles d’examens, mais l’exhiber plongé dans la pisse quelques mois plus tard ? Soyons sérieux… ou tout au moins cohérents.

Mais soit. Puisque la photo est là, qu’elle fait le tour des médias et qu’on peut difficilement se faire la moindre illusion sur son retrait : soit. Essayons d’en prendre notre parti. Essayons peut-être de prendre un peu de hauteur par rapport à la bassesse qu’on nous impose. [Edit : Je découvre d’ailleurs au moment de me relire un article de Jean-Pierre Denis qui suggère le même genre d’intuition. La seule chose qui m’empêche d’y souscrire pleinement, c’est qu’il me semble que ce cher Jean-Pierre – tu permets que je t’appelle « cher », Jean-Pierre ? c’est que je le pense – se tortille un peu trop pour ménager la chèvre et le chou, et que son intuition est encore trop embryonnaire. Quoique, sa conclusion est quand même belle.]

Nous y voilà donc. Au seuil de la Semaine Sainte. Au pied de la croix, avec Jean. Le Christ s’est laissé faire, il ne s’est pas défendu, il a accepté qu’on l’emmène pour le plus injuste procès de l’histoire, dont l’issue ne fait aucun doute. Son cœur s’est-il agité devant ses juges ? Personne ne le sait. Jean a dû pourtant entendre longtemps résonner cette pulsation à ses oreilles, comme en écho du moment où il a penché sa tête sur la poitrine de Jésus. Toum-ta, toum-ta, toum-ta, toum-ta… Un rythme tranquille, paisible, certainement. Le rythme éternel du cœur du Christ.

Et puis des cris, des cris déchirants, tandis que les Romains meurtrissaient la moindre parcelle de chair de son pauvre corps d’homme. Quand ils l’ont sorti, la croix sur les épaules, il était méconnaissable. Le terme “défiguré” prenait alors tout son sens : ce visage n’en était plus un, ils l’avaient réduit à une cascade de sang et de larmes mêlés en d’horribles ravines. Les mouches, à l’odeur de la mort imminente, le harcelaient de bourdonnements et réveillaient inlassablement ses nerfs mis à vif.

Cet homme s’était appelé Jésus, jadis. Il était déjà par anticipation devenu le Crucifié.

Et en curieuse involontaire reconnaissance de sa double nature, les spectateurs sur son passage s’écriaient : “Mon Dieu !” … Il n’y a plus que l’ironie humaine, parfois, pour révéler les vérités divine.

Alors ils l’ont cloué sur le bois, ils l’ont dressé pour que les hommes soient contraints de lever les yeux vers lui, l’Humilié. Ironie humaine, encore.

Nous y voilà donc, au pied de la croix. Avec Jean, je contemple l’outrage, l’ultime outrage. Ils ne lui ont rien laissé : ni son visage, ni son souffle, ni ses vêtements, ni sa royauté, ni même la dignité de son nom. La croix, ce symbole de l’humiliation, du déshonneur, de la défaite même, j’en ai fait mon emblème. Mon seul orgueil. Chaque jour je le contemple, au point d’en oublier parfois à quel point elle est infamante, cruelle, dégradante, blessante.

Finalement, quelle humiliation pourront-ils y ajouter, ces hommes qui ont déjà mis Dieu à mort ? Qu’ils crachent sur la croix : ils l’ont déjà fait. Qu’ils la brisent ou la renversent : ils ont déjà fait trébucher Jésus sur le chemin, ils lui ont déjà percé le côté. Qu’ils la dégradent d’inscriptions insultantes : ils ont déjà écrit “INRI”. Qu’ils vocifèrent contre elle, qu’ils la chassent des lieux publics : ils ont déjà diffamé le Christ, ils ont déjà crié après lui, ils l’ont déjà entraîné à l’écart pour le mettre à mort. Qu’ils s’en moquent, qu’ils projettent des ordures dessus : ils l’ont déjà méprisé, ils lui ont déjà servi à boire du vinaigre.

Et qu’ils trempent une croix dans de la pisse, et après ? On a déjà fait tellement pire… tellement de fois.

Alors quoi ? Prier au pied de cette croix. Oui : au pied de cette croix-là, celle qui est plongée dans l’urine. Non pas contre elle, si c’est à ce point vain de lutter, mais avec elle ; cette “icône” moderne qui n’est qu’un pâle reflet des outrages qu’on a déjà fait subir au Christ. Cette offense du pauvre, sans imagination, sans panache ; vulgaire. Tu entends, Andres ? Je suis debout et je contemple ta misérable croix – mon orgueil, notre victoire – parce que ma place est là. Je ne la défendrai jamais, je ne l’approuverai jamais, mais je peux la reconnaître comme faible réplique du scandale qui constitue le formidable Prologue de ma foi. En attendant le matin de Pâques, je contemple le Christ humilié, une nouvelle fois, sur le bois de la croix. Parce que Jean, en un sens, c’est moi.

13 avril 2011

Bingomélie : le jeu qui va vous changer la messe

Filed under: Indispensable (ou pas) — Edmond Prochain @ 17:22
Tags: , , , , ,

Souviens-toi, vous tous autant que tu êtes. C’était au temps où écouter le moindre sermon à la messe te plongeait dans une ardente contemplation du Christ en croix. Patiemment, tu endurais ta “passion” (ce qui est assez logique, quand on y pense), tu écoutais sagement le prêtre s’embrouiller dans ses digressions interminables et ses élucubrations post-évangéliques.

Je parle de cette période au passé, parce que l’époque où tu devais supporter l’ennui profond que t’inspiraient les homélies dominicales est désormais révolue. Et je ne dis évidemment pas ça pour ceux qui ont un curé suffisamment passionnant pour les passionner tout du long et – paradoxalement, du coup – leur épargner une passion passive. Non, je parle pour les autres, ceux qui ont un curé normal.

Voilà déjà quelques années que je tente de procurer à mes lecteurs une maigre distraction hebdomadaire, sous forme d’interrogations sur le sujet choisi pour la bédédudimanche. Mais je te propose aujourd’hui d’aller encore plus loin en te proposant (attention, accroche-toi à ta souris, c’est une exclu intersidérale) :

le BINGOMÉLIE !

(Tu as le droit de faire “Ooooooh…”)

Grâce à ce jeu unique, tu vas enfin pouvoir t’occuper intelligemment, et en profiter pour augmenter ton niveau d’attention ! Étonnant, non ?

La règle est, de fait, d’une simplicité enfantine, et tu vas voir que tu vas rendre tous les enfants des chaises alentours jaloux avec ta superbe grille colorée. A chaque fois que le prêtre prononce l’une des expressions inscrites sur la grille, ou fais allusion à l’un des thèmes qui y sont mentionnés, coche la case correspondante (tu peux aussi y déposer un petit jeton, si tu as une tablette sur laquelle déposer ton plateau de jeu). Dès que tu réussis à remplir une ligne complète de cinq cases – soit en largeur, soit en hauteur, soit en diagonale – lève-toi et crie bien fort : “Bingo !” Le premier à lancer ce cri dans l’église est le gagnant.

Celui qui réussit à m’envoyer une photo de la tête du curé à cet instant précis est par ailleurs nommé Mon Héros Éternel.

Amuse-toi bien…

12 avril 2011

Le miracle des lourdes

Filed under: Humeur(s) — Edmond Prochain @ 14:43
Tags: , , , , , , , , , , ,

On ne parle pas assez de santé sur ce blogue. C’est un tort (et j’en entends déjà qui vont me dire que, ces derniers temps, on n’y parle pas assez tout court). La santé, c’est important. Même si le Christ a dit qu’il n’était pas venu pour les bien portants – parce qu’en vrai c’était une image : il fait rien qu’à guérir des malades pour les rendre tous bien portants, d’abord.

En plus, il faut bien avouer qu’en matière de santé, les chrétiens sont gâtés. Grâce à qui ? grâce à notre pote le site Etudes-americaines.com ! Pas un mois qui passe sans qu’on ait droit à une nouvelle étude “très sérieuse” pour lier la religion à tel ou tel sujet de santé publique. De quoi alimenter de la brève pour pas cher et faire gentiment rigoler parce que – soyons sérieux – on sait bien qu’il ne faut pas prendre ça trop au sérieux.

Et c’est ainsi qu’on aura appris ces dernières années, en vrac :

  • que les croyants vivent plus longtemps (mais ça, c’est logique, puisque la foi augmente l’Espérance de Vie !) ;
  • qu’aller à l’église rend plus heureux que la moyenne, surtout les femmes (et pan dans tes dents Nietzsche le relou qui vient sans cesse me dire que les cathos ont vraiment pas des tronches de ressuscités) ;
  • que croire en Dieu aide à moins boire et moins fumer (tagada-tsoin-tsoin, mais j’ai pas retrouvé de lien) ;
  • que la foi permet d’être plus détendu, mieux armé contre les aléas de la vie, de mieux dormir, de limiter les dépressions, d’avoir moins de problèmes cardiaques, d’être plus beau, moins con, meilleur amant

Bref. Personne n’y accorde globalement plus d’importance que ça, mais ça fait joli dans les dîners et sourire à la machine à café (effet collatéral intéressant, d’ailleurs : sourire, c’est aussi bon pour la santé). Avec tout ça, on comprend juste vaguement que la foi doit avoir un lien avec une certaine sérénité intérieure qui serait meilleure pour l’organisme qu’un stress perpétuel… D’où, sans doute, le succès des moines et des retraites en monastères.

Et puis : patatras ! Il est fini le temps des cathédrales des études positives sur la foi. Ce coup-ci, les croyants vont dérouiller, et sévèrement : voici venir l’étude américaine qui vous découragera de mettre les pieds dans votre paroisse (deux-points-ouvrez-les-guillemets) : “Aller à l’église, ça rend gros”. Si, si. C’est Libé qui le dit. Et Libé ne sort évidemment pas cette info du chapeau : Time a consacré un article au sujet, en reprenant les conclusions de l’étude.

Il faut bien reconnaître le poids de la découverte : réussir à prouver que croire en Dieu rend obèse, c’est énorme. Sacré coup dans le lard des religieux de tout poil. On voit déjà (gros comme une maison) les messages publicitaires : “Pour votre santé, évitez de trop fréquenter la paroisse”. Faut dire que si y mettre les pieds une fois par semaine suffit à vous faire doubler ou tripler de volume, il y a de quoi réfléchir un peu avant d’aller se gaver de messes et de temps de prière. Non ?

La grâce enfin vaincue par la graisse ? On imagine déjà les (gros) titres des journaux. Et les discriminations que ça pourrait engendrer : toutes ces personnes en surpoids désignées à la vindicte populaire comme autant de grenouilles de bénitier qui se seraient faites aussi grosses que le bœuf ! On ose à peine envisager que, dans la foulée, les magasins de vêtements spécialisés dans les grandes tailles pourraient être interdits pour non-respect de la laïcité. Seule une manifestation nationale réunissant des millions de personnes pourrait alors sauver les albums d’Astérix de l’autodafé citoyen, car – faudra-t-il hélas le rappeler – Obélix n’est pas gros, seulement un peu enveloppé. Un peu forte, cette adipeuse fiction ? j’attends de voir : le dossier ne cesse de s’épaissir, il s’étoffe, s’élargit, gonfle, se dilate ; le voilà déjà bouffi, distendu… Les caricaturistes s’en donneraient à cœur-joie. “Les cathos, obèses comme des lapins ?” On aurait l’air malins, tiens !

Comme si ça ne nous suffisait pas, nous croyants, d’être déjà statistiquement des femmes âgées qui votent plutôt à droite, il va falloir en plus qu’on soit tous collectivement des grosses. En procession pour le pèlerinage des lourdes ? non merci !

Car en fait, je nous rassure, l’étude n’est pas si négative que les titres peuvent le laisser penser. D’abord, on est en droit de nuancer la chose par la situation un peu particulière des États-Unis sur les questions de poids. Et puis surtout, l’explication que les chercheurs avancent pour justifier le phénomène est bien loin de nous jeter la prière avec l’eau du bain… En réalité, si les rangs des églises s’élargissent, c’est surtout parce que les croyants qui les fréquentent y nouent un réseau social plus ample et imposant qu’ailleurs. A l’heure où tant de gens fouillent sur Facebook les strates de leurs plus antiques amitiés à la recherche d’un peu de compagnie sur internet, les chrétiens se rencontrent et sympathisent IRL (it’s really large).

Le rapport ? il est, certes, mince, mais pas complètement à la masse : comme ces gens-là savent vivre, ils s’empressent d’aller échanger autour de quelque banquet où ils s’adonnent à la gourmandise sans (on l’espère) céder à la gloutonnerie. Résultat, ils grossissent davantage. CQFD (ce qui favorise Dukan).

Pas sûr que la conclusion soit si négative que ça, finalement : les cathos prennent du poids, mais ils ont des amis.

La grâce et la graisse sont donc réunies : c’est le miracle des lourdes.

10 avril 2011

Le retour de la momie

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
Tags: , , , , , ,

Bon cinquième dimanche de carême ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Jn. 11, 1-45)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

Thème : Rubric. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 79 followers