Le blogue d'Edmond Prochain

31 mai 2011

Prière à sainte Marie des Réunions

Filed under: Indispensable (ou pas) — Edmond Prochain @ 23:29
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Ô vous,

Sainte Marie des Réunions,

Qui veillez sur nos soirs comme sur nos longs week-ends,

Qui pourvoyez, qui remplissez,

(D’une main généreuse et d’une mesure bien tassée,)

Nos heures et nos jours, et nos périodes creuses

De longs palabres aussi utiles qu’une vitrine sans appuie-tête.

*

Si j’ai choisi de vous importuner

- Sans même faire de rimes, alors que j’aurais pu -

C’est pour implorer votre aide miséricordieuse

Face à ces multiples organismes

Qui croient bon de réunir leurs membres et leurs sympathisants

(Voire même parfois de pauvres otages d’un soir un peu hébétés de se retrouver là)

A intervalle régulier.

*

Sans vous,

Autant vous le dire,

Ça va pas être possible.

*

Durant les compte-rendus interminables, enseignez-nous la patience ;

Durant les tours de table, donnez l’esprit de synthèse (aux autres) ;

Durant les présentations Powerpoint, préservez-nous des animations à la con.

Face aux anciens responsables, apprenez-nous le silence poli ;

Face aux acharnés des processus clairs, inspirez-nous de nouveaux gribouillages sympas ;

Face aux idées de génie à 10 minutes de la fin… trouvez une solution.

Et surtout, surtout :

Pour cet abruti qui dégaine son agenda au moment de partir, rappelez-nous le devoir de charité !

*

Épargnez-nous les témoignages sans relief ni rapport,

Évitez-nous les dépouillements de questionnaires de satisfaction,

Délivrez-nous des regards réprobateurs pour celui qui tente une plaisanterie,

Préservez-nous de ceux qui s’affirment seulement dans l’opposition,

Et empêchez tous ces acharnés de remettre le moindre sujet à une autre réunion…

*

Dans votre insondable bonté,

Faites, je vous en supplie,

Disparaître toutes ces phrases qui commencent par “Et” :

Et puis… Et sinon… Et alors… Et d’ailleurs… Et en même temps… Et je me disais…

Et toi ?

*

Tant que vous y serez,

Faites de même avec celles qui commencent par “Ou”, “Mais” et “Sauf que”.

*

Prenez pitié de nous,

Par pitié !

Soulagez nos agendas déjà bien trop chargés.

Ne venez pas y ajouter des acronymes obscurs et imbitables.

Et ne nous soumettez pas au chantage affectif…

*

Ô sainte Marie des Réunions,

Patronne de l’Eglise de en qui est en France,

Donnez-nous de belles et productives réunions.

Mais pas ce soir !

29 mai 2011

“On revient vers vous…”

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 8:41
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Jn. 14, 15-21)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

26 mai 2011

D’une cigale à quelques fourmis

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 17:11
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La Cigale,
ayant bien pétitionné,
Se trouva fort entendue
Quand le vote fut venu :
Ses petits amendements
Passèrent sans incident.
Elle criait pourtant encore
Sur la Fourmi, sans effort,
Et sans même se soucier
Que le débat fut passé
Sans trop de sombres nouvelles.
“Je vous supplie, disait-elle
(Contre tout entendement),
D’adopter l’amendement !”
La Fourmi s’interrogeait :
Qu’avait-elle fait, jusque là,
Sinon bien voter la loi
Comme on le lui demandait ?
Se tournant vers les plaignants
Elle dit, entre parenthèses :
“Vous signiez ? j’en suis fort aise.
Mais remerciez, maintenant !”

*

Je ne crois pas me souvenir que la mini web-série “La part du catho” ait jamais sorti un épisode intitulé “Le catho pétitionnaire”… C’est dommage : ça manque un peu. Parce qu’il faut bien avouer que c’est une habitude assez répandue chez les grenouilles de bénitiers, d’aller croasser en groupe à coups de signatures sous des textes écrits par d’autres. Ça, et le copier-coller de mails types envoyés à des élus ou des entreprises, généralement pour beugler protester. Je ne sais pas si c’est parce que le Christ aimait à parler de son troupeau et de ses brebis, mais le fait est que le catholique lambda a un instinct grégaire très sûr.

Ces derniers jours, la révision des lois de bioéthique était de retour à l’Assemblée. Pour le dernier round à la Chambre, après un premier passage et un petit tour catastrophique au Sénat. Alors, ça n’a pas loupé : qui dit bioéthique dit enjeu de société, et qui dit enjeu de société dit catho en colère (ou presque). Qui dit catho en colère dit… allez, devine… non, vraiment pas ? tss, tss… Qui dit catho en colère dit : catho pétitionnaire ! (C’était pourtant facile.) Faut dire aussi que s’il y a un truc qu’on apprend très tôt au catéchisme, c’est bien à (se) signer…  Note que je ne suis pas contre a priori l’idée de signer des pétitions. C’est même une idée intéressante et, de toute façon, c’est toujours plus constructif que d’aller démolir un cadre à coups de masse – pour prendre un exemple purement théorique qui ne renverrait à aucun événement précis. Mais le catho de base, le modèle générique, le croyant standard (attention : je suis en train de généraliser) a tout de même une façon assez irritante de signer des trucs sans trop se renseigner sur la véracité de l’objet de son ressentiment, voire même souvent parfois sans prendre la peine de regarder qui a vraiment écrit le texte au bas duquel il appose son auguste paraphe.

En l’occurrence, quand c’est la Fondation Lejeune qui régale, on voit plutôt bien d’où ça vient. Reste que j’aimerais assez que les nombreux contacts qui m’ont encore envoyé depuis ce matin des messages m’invitant à signer un manifeste contre l’eugénisme se renseignent un peu avant de faire suivre le lien et le texte comme un seul homme. Pourquoi ? pour une raison simple : l’examen du projet de loi s’est achevé la nuit dernière à l’Assemblée nationale. Et l’amendement déposé par Jean Léonetti (que la Fondation Lejeune suppliait donc les députés d’adopter – cf. le texte de la pétition) a été voté. Il paraissait d’ailleurs assez peu douteux qu’il le soit, dans la mesure où il était présenté par le rapporteur de la commission spéciale lui-même, et soutenu par le gouvernement… Mais bon, pourquoi pas : il y en a qui aiment se faire peur avec des films d’horreur, d’autres avec des textes législatifs.

Alors, mes petits agneaux, par pitié : arrêtez de faire circuler le texte ! C’est bon, c’est fini, tout est bien qui finit bien, the end, basta, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, toussa… Et de grâce : foutez maintenant la paix aux parlementaires, arrêtez de les harceler avec ça ! En continuant à diffuser un truc sans prendre la peine de faire des vérifications minimales – et au demeurant très simples – vous nous faites tous passer pour des guignols. Merci.

Et tant que j’y suis, un autre point : j’apprécierais assez grandement à titre personnel que tous ceux qui ont su trouver le temps d’écrire à leur député pour lui mettre la pression avant le vote sachent en trouver encore un petit peu pour réécrire à leur députer et le remercier. Histoire que les catholiques ne soient pas seulement ceux qui râlent, mais aussi ceux qui savent faire preuve de reconnaissance quand ils ont été entendus.

Dernier point, mais peut-être le plus important de ce billet à mes yeux. Je me suis permis, dans un récent article, de citer les étranges absences de Jean-Marc Nesme en commission ou dans l’hémicycle. Ce que j’ai dit, je n’en retire pas une virgule : la question de la cohérence que je soulevais me paraît toujours valable. Il n’en demeure pas moins que mon but n’a jamais été de le montrer du doigt pour le condamner. Aujourd’hui, de même que j’invite à remercier les députés, je constate que M. Nesme a répondu à l’appel du vote des articles de la loi, hier et avant hier. Je tiens donc à le signaler, et à le remercier pour sa présence et son action.

Tant que j’y suis, je salue également Xavier Breton, dont je sais qu’il a accompli un travail de fourmi qui aura fini par porter du fruit. Même si ce fruit restera “mince, frustrant, sans doute infime et dérisoire” aux yeux de certains. Merci à lui, et merci à tous les parlementaires – chrétiens ou pas – qui se sont battus pour faire entendre leurs convictions.

D’une cigale (blogueuse) à quelques fourmis (politiques) : merci !

22 mai 2011

Perdus en route

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 9:36
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Jn. 14, 1-12)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

13 mai 2011

L’effort ou les purs ?

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 19:05
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Deux amis parcourent silencieusement une longue plage, au coucher du soleil. La mer découpe les derniers rayons rougeoyants de l’astre qui semble se dissoudre à l’horizon, tandis que l’écume clapote tendrement contre quelques rochers abandonnés. L’un des deux hommes se penche soudain. Sur le sable, seule et déjà presque desséchée, une maigre étoile de mer meurt doucement, incapable de rejoindre l’eau dont elle a été rejetée par un courant trop fort pour elle. Il la saisit délicatement au bout de ses doigts et la contemple un moment. Puis il esquisse un geste pour la projeter de nouveau dans l’eau. Son ami l’interpelle alors : « A quoi bon ? Tu sais bien que la mer dépose chaque jour des milliers d’étoiles sur le sable… Pour une que tu sauveras peut-être, combien vont malgré tout mourir, parce que tu ne peux pas t’occuper de chacune ? La remettre à l’eau, c’est dérisoire, inutile, et ça ne change rien. »

Avec un sourire un rien amer, l’homme continue de fixer l’animal, sans trop savoir quoi faire. Et soudain, d’un grand geste puissant, il la lance le plus loin possible dans l’océan. Reprenant sa marche sous l’œil interrogatif de son ami, il commente alors : « Peu importe. Parce que, pour elle, ça change tout. »

*

Le dilemme est en fait presque aussi vieux que la politique. Faut-il s’en tenir à des principes et ne jamais transiger au moindre dialogue, ou retrousser ses manches et travailler concrètement à l’amélioration d’une loi vers le « meilleur possible », au risque d’être ensuite associé à des concessions que notre propre conscience n’approuve pas ? En d’autres termes : rester « pur » ou considérer que, parfois, on doit accepter de mettre les mains dans le cambouis pour maintenir cette fichue chaine de vélo en état de marche ? Partisans de l’une ou l’autre position doivent au moins pouvoir se mettre d’accord sur l’idée que la réponse est loin d’être évidente.

Ici la précision s’impose : oui, je parle bien de la révision des lois de bioéthiques qui, après un premier examen à l’Assemblée en janvier, ont été largement modifiées au Sénat… et reviennent à la Chambre en deuxième lecture. Sans entrer dans le fond (ce que je laisserai à d’éminents spécialistes), le constat à l’heure actuelle est plutôt que si en janvier on avait à peu près – quoique toujours trop peu – limité la casse, le texte tel qu’il revient est en profonde contradiction avec les positions de l’Église. Dès lors, comment se positionner, comme croyant ?

Deux solutions s’offrent au député qui partagerait ces vues : soit il fait quelques déclarations tonitruantes et vote contre la loi au final, soit il ferraille autant qu’il peut pour atténuer chaque article et « sauver » tout ce qui pourra l’être. Idéalement, la première solution est évidemment la meilleure. Efficacement…

Le problème, c’est qu’il faut bien considérer que le projet de loi va passer. Mathématiquement, les chances qu’il soit rejeté dans l’hémicycle sont tellement infimes qu’il vaut mieux d’emblée les considérer comme nulles (quitte à avoir une bonne surprise).

Le problème aussi, c’est que certains semblent préférer les cris de hussards et la gloire des barouds d’honneur au travail lent et ingrat de fourmis. Et je ne dis pas que ce choix n’est pas le bon ! Simplement : à choisir entre le bruit et la ferveur… je préfèrerais encore que les partisans des « coups » médiatiques ou politiques acceptent parfois de lâcher un petit P, et se contentent déjà d’être de bons artisans. Sans lui jeter spécialement la pierre (car il fait par ailleurs un très bon travail, semble-t-il), je pense tout spécialement ici au député (catholique) de Saône-et-Loire, Jean-Marc Nesme, dont on a quand même beaucoup entendu chanter les louanges ces derniers temps. A lire certains (que ce soit dans L’Express ou ailleurs), il serait une sorte de chef de file courageux et particulièrement tenace, défenseur infatigable de positions situées dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église catholique. Soit. Mais alors, une question se pose : un examen rapide de la liste des personnes présentes ces derniers jours à la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique permet de s’apercevoir que M. Nesme n’a – semble-t-il – pas réussi à se libérer pour participer à ces réunions. Pourquoi ? C’est fort dommage, d’autant que de bonnes sources ont pu me confirmer que, lors d’un précédent examen en janvier, sa présence s’était déjà limitée à quelques minutes. Sans parler de son absence discrète dans l’hémicycle par la suite (là, je l’ai vu de mes yeux sur le direct de l’Assemblée, puisque des troubles brutaux de ma vie intérieure m’ont retenu à domicile, une bassine entre les mains…).

Je répète : il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, et je suis tout prêt à gratifier Jean-Marc Nesme de mon amitié et de mon soutien (après tout, il cosigne la plupart des amendements que j’approuve des deux mains, ce n’est pas comme s’il était un lâche notoire). Cet exemple, je ne le cite ici que parce qu’il me semble symptomatique d’une certaine façon de préférer parfois, en politique, les mains propres et l’absence de la moindre compromission à un véritable travail de fond.

Comme citoyen, j’estime légitime de m’interroger sur l’efficacité réelle d’un amendement qu’on dépose mais qu’on ne prend ensuite pas la peine d’aller défendre en commission ou (pire) en séance. C’est bien beau, par exemple, de réclamer l’interdiction pure et simple de la recherche sur l’embryon, mais quelle chance cet amendement a-t-il d’être adopté si son signataire ne vient pas soutenir sa position, et s’il n’est même pas là pour le voter le moment venu ? Des nèfles, rien, aucun espoir ! Se contenter de voter in fine contre le projet de loi complet, c’est joli sur un CV, ça fait gagner des points dans des classements de députés pro-famille, mais c’est totalement inefficace.

On a besoin de hérauts, mais de héros bien plus encore. Pardon donc si, à une chaise bien vide, il m’arrive de préférer un vote bien fait. Parfois, il faut savoir défendre ses positions avec tout le poids de sa main levée, et pas seulement à la pointe de son stylo. Et une voix, peut-être discrète mais présente, ce ne sera pas du luxe pour détricoter ce que le Sénat nous a composé… C’est en tout cas ce que j’attends d’un député auquel je donne ma voix, que ce soit en 2007 ou en 2012.

Il en va de la politique comme de la chevalerie : on peut charger contre des moulins, ou tenter de regagner, parcelle après parcelle, le terrain perdu.

N’empêche… Quand le rapport de forces impose que la loi passera à la fin, n’est-il pas du rôle de l’homme politique de peser de toutes ses convictions sur le texte, afin d’épargner tout ce qui pourra éventuellement l’être ? Les concessions obtenues seront minces, frustrantes, sans doute infimes et dérisoires… et alors ? Dans quelle conception du monde « trop peu » vaut-il moins que « rien » ?

Relisons à ce propos ce passage d’Evangelium vitae, consacré à l’avortement mais qui pourrait aisément être extrapolé :

« Il est évident que, lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement, un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes. »

[Edit 24.05 : Un éminent lecteur (Mgr Hervé Giraud, pour ne pas le nommer) m'informe d'une variante plus juste de la fin de cette traduction : "... On considère comme juste et opportun l'effort pour en limiter les aspects injustes." ("Potius vero aequus opportunusque inducitur conatus ut eius iniquae cohibeantur species.") Merci à lui.]

Tout y est : le rappel de l’idéal et l’introduction d’un pragmatisme efficace, pour viser toujours un meilleur possible.

« Les forts et les purs » sont peut-être séduisants ; qu’on me permette malgré tout, sans renier les premiers, de préférer parfois l’effort et l’épure. Les deux (les quatre, en réalité) ne sont d’ailleurs pas nécessairement incompatibles : les coups d’éclats peuvent être précédés de modestes travaux. Il y a, aujourd’hui, des députés aux convictions fortes, qui ont répondu à l’appel du bienheureux Jean-Paul II et se battent chaque jour pour faire avancer le schmilblick, discrètement, sans communiqués de presse tonitruants ou interviews médiatiques. Qui sont présents sur les bancs de l’Assemblée, où ils avalent probablement plus de couleuvres qu’on pourrait jamais le supporter nous-mêmes. Mais qui tiennent bon. Inutile de les nommer : leurs noms sont de tous ces amendements que l’on pourrait signer des deux mains, et que d’autres d’ailleurs signent avec eux. Qu’ils sachent qu’à la veille de l’examen de ce projet de loi si crucial, je les soutiens comme je peux par la prière.

Et si le mardi devenait le jour où nous prions pour les hommes politiques chrétiens ? Parce que chaque main levée, chaque minute de présence dans l’hémicycle, comme pour une seule étoile de mer, change tout.

9 mai 2011

Théorie de la décroixance

Filed under: Humeur(s) — Edmond Prochain @ 12:49
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Une discussion récente avec un étudiant en pleines révisions d’exams (on ne vous oublie pas) m’a récemment rappelé le jeune marronnier en puissance de cette saison, qui ne devrait pas trop tarder à pointer le bout de son nez dès que le mois de juin sera parmi nous : les crucifix en salles d’examens. Et je dois dire que, cette année, c’est avec un œil amusé – et un rien goguenard – que j’attendrai la première dépêche reprenant l’indignation de quelques enseignants contre ce signe d’obscurantisme. D’autant qu’à quelques événements récents, la lecture attentive de Nord Éclair a encore ajouté ces derniers jours une anecdote du même acabit, avec la croisade (hihihi) d’un assistant parlementaire contre le calvaire de sa commune. Ou comment friser le ridicule à peu de frais.

Aussi, par solidarité avec nos amis qui ont glandé toute l’année et se trouvent fort dépourvus quand la fraise est revenue, tout à leurs photocopies de cours récupérées auprès du fayot de service et à leurs petits bristols récapitulatifs, prenons nous-mêmes le temps de bien réviser notre leçon laïciste, pour savoir réagir convenablement aux polémiques à venir.

*

Exemple 1 : Crucifix de type “modèle tout bête”

Lieu d’exposition : sur les murs de salles d’examen

Classification : Pas bien

Éléments de langage :

  • Laïcité, séparation de l’Église et de l’État ;
  • Signe religieux ostensible ;
  • Obscurantisme ;
  • École de la République n’a pas à favoriser un culte par rapport aux autres ;
  • Offensant pour les candidats de confession différente (y compris athées, donc) ;
  • Risque d’influencer les étudiants ;
  • Se plier aux règles du “vivre-ensemble”.

*

Exemple 2 : Crucifix de type “calvaire de campagne”

Lieu d’exposition : au croisement de chemins

Classification : Pas bien

Éléments de langage :

  • Laïcité, séparation de l’Église et de l’État ;
  • Signe religieux ostensible ;
  • Archaïsme ;
  • Un parterre de fleurs serait tellement plus adapté  ;
  • Offensant pour les fidèles d’autres religions (et les athées, donc) ;
  • “Racines chrétiennes de la France” n’existent pas.

*

Exemple 3 : Crucifix de type “photo de croix plongée dans l’urine”


Lieu d’exposition : dans un musée et sur des affiches partout dans la ville

Classification : Bien

Éléments de langage :

  • C’est de l’art ;
  • Laïcité doit garantir la liberté d’expression ;
  • Œuvre déjà exposée de multiples fois, y compris à l’étranger ;
  • On fait ce qu’on veut chez soi ;
  • Les opposants ont souvent des liens avec l’extrême droite ;
  • Pourquoi serait-il offensant pour les croyants ? d’ailleurs, l’artiste se dit chrétien.

*

Exercice : A partir de ces exemples, toi aussi, joue à deviner si un crucifix est “Bien” ou “Pas bien”, et reconstitue une partie des éléments de langage pour étayer ta conviction laïque.

Madonna chantant sur une croix

Un film sur la Passion du Christ

Johnny avec un tatouage en forme de Christ rocker

Une procession de chemin de croix dans les rues

(Attention, piège : ne pas se laisser influencer par une sympathie naturelle pour Don Camillo !)

Variante de l’exercice : Tu peux aussi t’amuser à déterminer les éléments de langage pour qualifier les opposants à chacun de ces crucifix. La difficulté réside alors dans le fait de bien inverser chaque argument et chaque jugement de valeur.

Bonnes révisions !

8 mai 2011

Incognito

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 9:18
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Bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là (ou en Lc. 24, 13-35)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

3 mai 2011

L’histoire véritable et néanmoins authentique de saint Chrétique

Filed under: Indispensable (ou pas) — Edmond Prochain @ 21:33
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En plein cœur du siècle qui le vit naître, saint Chrétique naquit dans une famille nombreuse et unie, de l’amour de deux parents : son père et sa mère. Après la découverte de quelques frères dans les choux et d’une poignée de sœurs dans les roses, la légende veut qu’on ait découvert saint Chrétique dans un plant de rhubarbe (c’est dire s’il montra très tôt de grandes dispositions pour la compote).

Dès son plus jeune âge, il s’employa à grandir comme un grand, ce qui n’était pas une mince affaire et força le respect, sinon de son père, tout au moins de ses hagiographes futurs. Alors qu’il n’était alors qu’un enfant et goûtait innocemment la candeur juvénile de l’enfance, le petit Chrétique montrait d’admirables aptitudes à se laisser prendre à ses propres jeux : c’est avec un plaisir non dissimulé qu’il se racontait de belles histoires en mélangeant toutes sortes de mythes et de récits entendus çà et là dans son entourage.

Touchante carence à sa perfection précoce, néanmoins, il souffrait hélas d’une fâcheuse manie : celle de s’égarer plus souvent qu’à son tour. C’est ainsi qu’il se perdit plus d’une fois dans son propre jardin, causant la plus grande inquiétude à ses parents qui le voyaient disparaître derrière les haies. Sa façon bien à lui de se croire chez lui partout lui valut également bien souvent de ne plus savoir où il vivait, et de croire habiter chez l’un ou chez l’autre alternativement et sans que cela lui paraisse spécialement contradictoire. C’était, disait-on, que le petit avait “autant de tête que son oncle Thomas” ; dans un émouvant souvenir familial d’un cousin qui avait exercé jadis quelque charge auprès d’un roi d’Angleterre.

Pourtant Chrétique, de son oncle Thomas, n’avait bien que la tête. C’est ainsi qu’on l’apercevait régulièrement, passant de maison en maison pour mendier quelques gouttes de pain ou un maigre quignon de soupe. Et il rentrait ensuite chez lui, tout heureux, dodelinant de la tête et de l’arrière-train, pour mélanger les vagues ingrédients collectés et en tirer une étonnante mixture inconsistante dont il disait fièrement : “C’est moi qui l’ai fait !”

Pour une raison qu’on n’explique guère (la peur de représailles, sans doute), Chrétique devint en grandissant assez populaire dans la région. Ses histoires, racontées le soir au coin du feu ou à la nuit devant une bonne flambée, ravissaient petits, grands et piécettes qu’on lui cédait de bon cœur à chaque nouvelle ovation de son public, pourtant habituel. Car le jeune homme avait un secret : très vite, il s’était aperçu que les humains ont une mémoire des plus limitées, et qu’on pouvait ainsi leur raconter de multiples et nombreuses fois à la suite, sans cesse, le même récit, du moment que celui-ci flattait leurs bas instincts, la foi en leur propre intelligence, leurs préjugés préalablement considérés comme vérités établies, et toutes sortes d’autres choses pourvu que les phrases fussent trop longue pour qu’on puisse, à leur terme, dire avec certitude quel en était exactement le point de départ. Et cette bonne fortune fut donc à l’origine de la sienne.

Cependant, Chrétique était malgré tout un garçon néanmoins consciencieux. Il avait compris avant l’heure que son siècle serait religieux ou serait autre chose, mais qu’il valait mieux ne pas trop froisser les croyants de tout poil (quoique, pas seulement les barbus). C’est ainsi qu’il avait pris l’habitude d’honorer les dieux et divinités de chacun et chacune, voire parfois même de tous, les uns après les autres. Il se retrouvait alors à pratiquer des sacrifices à la chaîne, afin de satisfaire aux rites les plus divers et parfois variés, dont certains étaient même – lui affirmait-on – des coutumes. L’usage d’alors (précisons-le entre parenthèses pour les moins avertis des lecteurs) était de sacrifier de jeunes veaux (qui, précisons-le aussi, n’étaient à l’époque pas encore des électeurs) sur des autels levés à la hâte.

La légende veut que ce soit la multiplication des tables qui ait fini par avoir raison de ce beau geste d’ouverture, qu’on n’hésita pas non plus à qualifier de message d’espoir. Face au déraisonnable développement des croyances, le lieu des sacrifices se mit peu à peu à ressembler à un véritable abattoir. Et faute de remplacer les bêtes offertes par de la choucroute, on finit par en avoir la nausée à l’heure des égorgements.

Voilà comment saint Chrétique en vint à prononcer cette fameuse phrase qui, non seulement le rendit célèbre, mais encore conduisit à l’élever lui-même sur d’autres autels (moins tachés) pour avoir réussi à imposer la synthèse d’innombrables religions en une même spiritualité cosmique vouée au développement personnel (mais solidaire). Notre héros, encore jeune et vigoureux, n’y tenant plus, s’écria un matin, consterné :

“Tout ce veau ! tout ce veau !”

Le saint-chrétisme était né.

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