Le blogue d'Edmond Prochain

19 juin 2011

Gérard F. (ne connaît pas Mme E. Duval)

Filed under: Clin d'oeil,De rien — Edmond Prochain @ 9:52
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Gérard F. n’est pas peu fier. Voilà quelques années qu’il fréquente ce bar, situé sur la place du village, entre l’église et la mairie, et sa fidélité est aujourd’hui reconnue : il a désormais droit à sa petite plaque en laiton, gravée à son nom, apposée sur le rebord du comptoir. Maintenant, il fait partie du groupe. On le reconnaîtra comme un “pilier”, et il sera de bon ton en son absence de s’inquiéter : “Tiens, mais il est où Gérard ?”

Parmi les habitués, c’est le signe qu’on le l’oubliera pas. Que le patron aura toujours un petit mot pour lui. Que lors des discussions les plus vives, son avis aura plus de poids – lui qu’on écoute bien peu le reste du temps.

Pour Gérard F., ce n’est pas le signe d’une quelconque postérité. C’est juste son tabouret ; la trace des ses pieds dans la crasse au bas du comptoir. C’est l’honneur des hommes qui n’en attendent aucun : la reconnaissance des pairs, l’assurance de leur laisser quelques souvenirs de bons moments, de ne pas être personne à défaut d’être jamais quelqu’un. Et ça, Gérard F. s’en contente avec un petit sourire qui vaut toutes les revanches sur “ceux de la haute” qui le méprisent tant, croit-il.

Ben, tiens : un peu comme ces bigotes qu’ils regardent passer, le matin, avec Jean-Michel et Maurice, quand elles répondent à l’appel des cloches. Elles, c’est sûr qu’elles doivent bien les mépriser, puisqu’elles ne leur adressent même pas un regard. Elles vont rendre visite à leur Dieu – ou peut-être est-ce juste à leur curé, suggère Maurice avec un rire gras – comme on va visiter la tombe d’un proche : avec des mines d’enterrement, voire carrément habillées en noir pour certaines. Ce qu’en dit Gérard F., c’est que ces bondieuseries ne donnent pas tellement envie quand on regarde ces pauvres femmes.

Lui, il est bien allé un peu au catéchisme, mais faut pas trop lui en vouloir : avoir connu une guerre, ça ne vous fait plus jamais regarder un crucifié de la même façon. C’est pas contre elles, d’ailleurs, ni contre M. le curé qui passe les voir au comptoir de temps à autre, mais on ne peut pas avoir regardé mourir son meilleur ami avec “deux trous rouges au côté droit”, on ne peut pas avoir contemplé cette expression d’effroi dans son regard au moment du dernier aller-retour de ses paupières sans nourrir quelques doutes sur l’existence (et a fortiori la bonté) d’un Dieu capable de laisser faire ce genre d’atrocités. C’est comme ça, mais il juge pas, hein ! Faut juste pas trop en demander à ceux qui sont revenus : les partis de la Grande Guerre auront cru à leur place. Eux, les entailles saignantes sur les statues des Jésus à jamais privé de reposoir, ça leur rappelle trop de choses.

D’ailleurs, le départ des camarades, ça l’a rendu un peu communiste. Il essaie aujourd’hui de construire sur terre quelque chose qui s’approcherait – oh ! pas d’un paradis, ça non ! – d’un endroit un peu meilleur. C’est sa façon à lui de répondre aux idées de son catéchismes, dont certaines lui plaisaient bien même s’il n’a pas toujours tout compris et que le curé peine encore à répondre à ses objections. Gérard F. n’est pas très fort avec Dieu, alors il essaie de ne pas être trop mauvais avec les hommes – comme il dit. Pour le reste, il avoue n’être sûr de rien et avoir vu trop de choses…

Ce que Gérard F. ignore, c’est qu’aujourd’hui l’une des saintes femmes qu’il aperçoit tous les jours et dont il ne connaîtra jamais le nom, Mme E. Duval, inaugure elle aussi une petite plaque en laiton. L’un a son tabouret, l’autre sa chaise attitrée ; et aucun des deux ne peut être informé de ce point commun improbable qui les unit sans doute pour l’unique fois dans leur vie.

Car Gérard F. ne connaît pas Mme E. Duval. A part ce médaillon gravé, ils n’ont rien en commun. Elle est une “bonne dame” ; il est un “brave homme”. Elle se présente avec un titre, l’initiale de son mari et un nom de famille ; il ne s’embarrasse pas de “M.”, son initiale a lui est déplacée et on le connait surtout par son prénom. Rien de commun, si ce n’est cette fierté un peu rassurante d’avoir aujourd’hui leur place, de savoir qu’ils existent dans leur milieu et qu’on compte sur eux. Il faut croire que nous sommes comme ça : on commence par écrire son nom sur un registre, et on finit par le graver dans la pierre. Entre les deux, on s’applique à le faire inscrire autant qu’on peut. Certaines ont leur chaise, d’autres leur tabouret. Et de l’église, les douces bigotes peuvent murmurer quelques perfidies contre les piliers de bar ; au même moment, ils leur rendent bien la pareille.

Quand Mme E. Duval essaie d’être juste au travers de la prière et d’une application scrupuleuse des Dix Commandements, Gérard F. dit qu’il se méfie des commandements (surtout quand ils sont militaires) et que “ne pas faire souffrir les autres”, ça lui suffit largement comme principe pour essayer d’être juste. Chacun à sa façon fait de son mieux pour faire le bien, même en s’y prenant souvent un peu mal. Il ne sait pas ce qu’il cherche ; elle pense l’avoir trouvé. Finalement, peut-être ont-ils plus de points communs qu’ils voudraient bien le croire ?

Ici bas, Gérard F. et Mme E. Duval ne se parleront jamais. Là-Haut, un jour peut-être, ils souriront en évoquant leurs petites plaques en laiton, gravées à leur nom.

*

Ce billet est une réponse amicale à celui-ci, de David Lerouge. Impossible à comprendre sans aller y faire un tour. Qu’il soit remercié pour les traits d’union qu’il m’a donné envie de tracer, même s’ils m’écartent de mes petites habitudes sur ce blogue… (Et aussi pour la photo d’illustration, qu’il a trouvée et préparée lui-même !)

17 juin 2011

“Remakes” de quelques paraboles

Filed under: Indispensable (ou pas) — Edmond Prochain @ 11:22
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Il est établi que le Christ s’est adapté constamment à son auditoire au moyen de paraboles pour faire comprendre aux foules la Bonne Nouvelle. Mais on peut quand même parfois se demander si ces fables de La Fontaine de Jésus continuent de parler vraiment aux hommes d’aujourd’hui. C’est là qu’une petite opération de lifting pouvait s’imposer…

Renouant avec son auguste (et autoproclamée) mission de service public, ce blogue (et son humble mais fier rédacteur) est heureux de présenter aujourd’hui une version totalement remasterisée de quelques paraboles parmi les plus célèbres. Le style est plus resserré – d’aucuns diront “plus punchy”, sauf que ce n’est pas tellement français quand même -, la narration est simplifiée, les images réadaptées pour l’époque contemporaine, la morale parfois modifiée pour mieux correspondre aux exigences culturelles ou pastorales, etc. Bref : ce sont de véritables petits remakes généreusement offerts pour le bien de tous.

Je laisse les titres originaux ou les éléments qui devraient permettre de reconnaître l’image d’origine. Comme ça, la comparaison reste possible. Même si parfois, je sens qu’elle va être dure quand même (traduttore traditore, toussa).

Inutile de me remercier : la satisfaction du travail bien mal fait est ma seule vraie récompense.

*

“Les dix jeunes filles”

(Mt. 25, 1-13)

Dix femmes s’inscrivent pour participer à la “Valise RTL”. Mais seulement la moitié pense à recharger son iPhone. Quand Fabrice appelle enfin, celles qui ne se sont pas occupées de leur batterie sont bien emmerdées.

“Le fils prodigue”

(Lc. 15, 11-32)

Un junior prometteur dans une société cotée en bourse négocie un licenciement pour aller monter sa propre boîte, avec un max de primes de départ. Sa start-up se ramasse comme une merde. Il revient voir son ancien patron qui lui confie un poste à responsabilités. Son ancien binôme tire la gueule.

“La drachme perdue”

(Lc. 15, 8-10)

Une femme joue une pièce de deux euros à un jeu de grattage. Elle perd. Comme elle est bien dégoutée, elle retente sa chance sept ou huit fois, et finit par gagner deux euros. Pour fêter ça, elle rachète un ticket.

“Le pharisien et le publicain”

(Lc. 18, 9-14)

Un Parisien n’arrête pas de se vanter de toutes les propositions spirituelles dont il bénéficie dans la capitale. Un provincial, au contraire, se plaint de devoir faire des kilomètres ne serait-ce que pour aller à la messe. Sauf que lui, au moins, il y est à l’heure.

“Le semeur”

(Mt. 13, 3-9, 18-23)

Un paysan sème dans tous les sens, sans se soucier de l’endroit où tombe son grain. Alors un type bien intentionné vient lui expliquer que puisque de toute façon ça ne pousse que dans la bonne terre, ce n’est pas la peine d’évangéliser ailleurs que dans l’Église.

“Les talents”

(Mt. 25, 14-30)

Trois jeunes ont reçu des talents différents. Celui qui en a eu cinq vise une grande école et en développe cinq autres. Celui qui en a eu trois fait un bon cursus à la fac et en développe trois autres. Celui qui n’en a eu qu’un chouine sur son sort et préfère rester à rien foutre devant la télé. A la fin, il a bien la honte.

“Le figuier stérile”

(Lc. 13, 6-9)

Un homme a un figuier qui ne produit pas de fruits. Il demande à son jardiner de l’arracher, parce que y’en a marre. Le jardinier propose de plutôt faire des greffes avec des branches d’une nouvelle variété de figuier transgénique.

“Le mariage du fils du roi”

(Mt. 22, 1-14)

Un roi invite tout plein de gens pour le mariage de son fils. Mais il y en a un qui doit s’occuper de la cuisson du rôti, un autre qui a Téléfoot et un autre encore qui s’est couché tard la veille. Alors on ferme la paroisse et les gens râlent parce qu’il n’y a plus de curé dispo quand ils veulent pour les mariages et les enterrements.

“Les greniers neufs”

(Lc. 12, 16-21)

Un homme a fait une récolte tellement bonne qu’il veut agrandir ses greniers pour se faire d’immenses réserves de grain. Mais Dieu lui dit : “T’es pas un peu fou, non ? Et si tu mourais cette nuit ?” Du coup, le type vend toute sa récolte et s’achète un billet pour Disneyland.

“Le grain de moutarde”

(Mt. 13, 31-32)

Prenez la flûte à bec : c’est l’un des plus petits de tous les instruments. Mais dès qu’on se met à souffler dedans, elle devient presque aussi insupportable qu’une fanfare tout entière.

“Le bon Samaritain”

(Lc. 10, 30-37)

Une paroisse est bien mal en point. Un nouveau curé est nommé, mais les paroissiens ne l’accueillent pas parce qu’il est trop tradi. Un deuxième lui succède, mais cette fois il est trop progressiste. Alors la paroisse est rattachée à une autre lors d’un regroupement et l’évêque a enfin la paix.

“Le bon grain et l’ivraie”

(Mt. 13, 24-30, 36-43)

Un concepteur web est en pleine réalisation d’un projet ambitieux. Mais le client n’y connait rien et n’arrête pas de lui faire ajouter des widgets à la con. Sauf qu’il s’en fout : à la première mise à jour de la base de donnée, il virera les applis inutiles.

“La maison bâtie sur le roc”

(Mt.7, 24-29)

Le fou construit sa maison au Japon : un tremblement de terre survient, un tsunami le suit de près, et pour couronner le tout une fuite dans une centrale nucléaire proche rend la zone inhabitable. Alors que le sage, lui, s’est plutôt choisi un pays où ce genre d’emmerdes est rare.

“Les premiers seront derniers”

(Mt. 20, 1-16)

Un État met en place un système pour favoriser les activités culturelles. Une partie des intermittents passe son temps à courir les cachets pour travailler ; les autres font juste le minimum d’heures imposées par la loi. Au final, tout le monde a droit aux mêmes indemnités.

“Le blé qui pousse secrètement”

(Mc. 4, 26-29)

Le Royaume de Dieu, c’est comme un grain de blé qui pousse silencieusement dans un champ. On ne fait rien pour l’aider, mais il pousse quand même, jusqu’à donner un bel épi. Et puis un jour, un type vient lui dire qu’on est dans un pays laïc et fait faucher ce blé obscurantiste.

“Le juge inique”

(Lc. 18, 1-18)

Un juge malhonnête est harcelé jour et nuit par une pauvre femme qui réclame qu’il lui rende justice. Il finit par obtenir une injonction lui interdisant de l’approcher à moins de cent mètres.

“Les deux fils”

(Mt. 21, 28-32)

Un homme demande demande à deux de ses enfants de lui rendre un service. Le premier dit oui, mais n’y va pas. Le second dit non, et n’y va pas non plus. Alors le curé fait ses feuilles de messe tout seul.

“La brebis égarée”

(Mt. 18, 12-13)

Si l’un d’entre vous a cent brebis et en perd quatre-vingt-dix-neuf, ne reste-t-il pas à s’occuper quand même de la dernière, jusqu’à ce qu’elle s’en aille elle aussi ?

15 juin 2011

En attendant la fin du monde

Filed under: Rabat-joie — Edmond Prochain @ 22:03
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Les enfants, loin de moi l’idée de paraître alarmiste, mais je crois bien que c’est la fin. Ce coup-ci on n’y coupera pas : on y est, ça va trancher. Et le pire, c’est que ce sera même pas faute de nous avoir prévenus : on nous l’a dit, répété, annoncé, rabâché dans toutes les langues des hommes et des anges : tout passe (sauf – bien entendu – l’amour et les trains sur la ligne C du RER). Avec le temps, paraît-il, va, tout s’en va.

Oh, je sais bien qu’il y en aura malgré tout pour dédramatiser et nous murmurer que, tu verras, tu verras, tout recommencera, toussa. C’est l’instinct des survivants, probablement. Car je veux bien reconnaître que jusqu’ici on a plutôt fait preuve d’une qualité tactique indispensable à la réussite d’une équipe de foot (surtout quand elle est française) : le cul. Ça, du cul, on en a eu. Sans compter les catastrophes imprévues du genre Tchernobyl et Fukushima, on a quand même échappé à la fin du monde ultime en 2000… Tellement classe que ça aurait carrément dû être l’apocalypse de notre vie, telle qu’on n’en connait que toutes les quatre ou cinq générations. Et puis l’Armageddon s’est dégonflé, hélas, alors que le film de Michael Bay avait quand même réussi à sortir en salles trois ans plus tôt (ce que je considère d’ailleurs, à titre personnel, comme un événement bien plus grave dans l’histoire de l’humanité que n’importe quelle fin des temps). Et donc, sous prétexte qu’on s’en est bien tirés la dernière fois, certains concluent à la hâte qu’il n’y a pas de raison que ce soit pire l’année prochaine, pour la séance de rattrapage de 2012. Pardon, mais non. Il faut se rendre à l’évidence, cette fois : on va tous mourir dans d’atroces souffrances, et certains risquent même de salement pleurer et grincer des dents. Mais je ne vise personne.

Donc mourir. Pour une raison que je ne m’explique pas totalement, alors qu’on a été prévenus qu’on ne saurait “ni le jour ni l’heure”, on cherche tout de même à savoir et le jour et l’heure depuis des siècles. On est comme ça, nous, les hommes (ça fait un peu pub de rasoir, ce début de phrase, non ?) : on aime bien se gâcher les surprises. Selon les spécialistes de la lutte anti-sectes, qui ont dû se coltiner la rédaction d’un rapport très sérieux sur le sujet (les pauvres), on en serait même à la 183e fin du monde pronostiquée. Autant dire que le match est assez inégal et que le score est pour le moment sans appel : Chaos céleste 0 – Bordel humain 182. On gagne les doigts dans le nez. Sauf qu’on ferait peut-être mieux quand même de se les sortir (du nez ou d’ailleurs), parce qu’une partie d’Apocalypse c’est un peu le but en or à sens unique : le jour où la Bête marque, c’est pour de bon.

Il faut noter dès maintenant la date ; ne serait-ce que parce que ce n’est pas la peine de prévoir de remplir la chaudière à l’hiver 2012 (ce sera toujours ça d’économisé). A moins d’un couac, le 21 décembre 2012 : couic ! Enfin… boum. Enfin, j’en sais rien, j’ai jamais vécu de truc dans ce genre, donc je n’ai aucune idée du bruit que ça fait. Et puis, franchement, entre nous, je pense que ce sera le cadet de nos soucis, que la terre disparaisse en faisant “shebam”, “pow”, “blop”, “wizz” ou même pourquoi pas “crac boum hue”… Même si ce serait évidemment très rigolo de voir apparaître en lettres de feu dans le ciel les mots : “Game Over !”

Ou alors, il ne se passera rien. Mais j’en doute. Je suis convaincu : c’est bon, on y est. Quoique, ce serait bien entendu dommage pour les candidats au suicide collectif… D’ailleurs, entre nous soit dit : c’est pas un peu stupide de vouloir se foutre en l’air à plusieurs quand on est de toute façon supposés tous être zigouillés en même temps par un dragon ou une météorite ou un trou noir ? Au pire, c’est totalement inutile, et au… encore pire, on meurt bêtement pour rien alors que les autres continuent à vivre. Mais j’imagine qu’on ne changera pas les hommes : il y aura toujours quelques grands créatifs dans le domaine de la connerie pour nous pondre de nouvelles idées foireuses. Et c’est valable aussi pour les faux cyniques qui se moquent de la moindre Espérance.

Le seul truc qui me fait un peu de peine, face à la perspective de cette mort aussi imminente qu’inéluctable, c’est la quasi-certitude que le tout dernier humain de l’histoire à s’exprimer sera sans doute un con en train d’écrire sur Twitter : “Bon, c’est l’heure… elle vient, cette fin du monde, oui ou merde ? LOL” A quoi bon prévoir des dates si personne n’y croit ? Pourquoi essayer de se pourrir le (peu) de temps qui nous reste, si tout le monde s’en fout royalement et fait comme si rien n’allait changer ? comme si tout allait continuer ? Finalement, c’est peut-être bien à ça que le Christ pensait quand il affirmait : “Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure…”

Du coup : bonne chance à tous.

13 juin 2011

Apprenons à rire avec l’humour de nos amis antireligieux

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 10:12
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J’ai bêtement laissé passer ce petit monument d’humour anticlérical. C’est un tort : le communiqué de l’UNSA Éducation daté du 6 juin 2011 est une vraie petite merveille. Un chef d’œuvre d’implicite et d’autosatisfaction. Typiquement signé de la grande secte assemblée des “Gens qui savent”. A côté, même le désormais célèbre communiqué du Grand Orient de France à propos de l’intervention du Cardinal Vingt-Trois sur la révision des lois de bioéthique pourrait passer pour un petit poème en prose à la gloire du Christ-Roi !

Pourtant, reconnaissons-leur au moins ça, l’UNSA a quand même davantage de raisons d’intervenir que le GODF n’en avait il y a quelques semaines. En soi, cette question de l’enseignement de la théorie du “gender” aux lycéens est suffisamment complexe pour considérer légitimement qu’il y a débat. Le problème n’est donc pas qu’ils répliquent à l’initiative des AFC ; le problème, c’est leur façon de le faire. Cette manière très irritante de refuser la moindre discussion, au prétexte que, de toute façon, ils ne partagent pas les idées de leurs contradicteurs. Bêtement, j’ai toujours cru que c’était le minimum pour qu’un débat s’installe ; il semble en fait que non.

Cela dit, j’insiste d’emblée : je n’entrerai pas dans le fond du débat. Pour une raison assez simple : la théorie du “gender” relève de dimensions suffisamment hétéroclites (malgré son nom très monolithique) pour que je n’aie pas la prétention de me lancer là-dedans sans reprendre moi-même une étude approfondie du problème. Certains de mes petits camarades l’ont en plus déjà fait, souvent avec talent, et je vois mal ce que j’aurais à apporter de plus que leurs différents contributions, pour et contre :

Quant à moi, en cette période d’examens, je me propose donc de réaliser une petite “étude de texte” du communiqué sus-évoqué (non, maman, “sus-évoqué” n’est pas une grossièreté). Décryptage malhonnête et outré, ligne par ligne, de l’humour pratiqué à l’UNSA Éducation…

*

L’ordre moral est de retour

C’est le titre. On n’a pas écrit “le nazisme”, parce qu’on est un syndicat enseignant et qu’on essaie de montrer notre éducation avec des références plus fines en terme de “pas bien”. (Mais putain, on avait bien envie de mettre “le nazisme” quand même !)

Les “Associations familiales catholiques”

Vous avez vu les guillemets qu’on leur a collés, hein ? Nan, parce qu’on a eu l’idée de faire ça pour montrer notre réprobation de principe vis-à-vis d’associations que même que d’ailleurs en vrai que on se demande des fois si elles seraient pas un peu illégales vu que y’a “catholique” dans leur nom et qu’on est quand même dans un pays laïque, toussa… Mais bon, admettons : on leur accorde le bénéfice du doute. Mais on laisse les guillemets.

lancent leur nouvelle croisade.

Là, c’est une super idée qu’on a eue à la relecture du communiqué : au début, on avait plutôt mis “les heures les plus sombres de notre histoire”, mais on s’est dit que ce serait plus sournois (donc rigolo) de faire une référence pseudo-religieuse liée à la chrétienté. Alors on a voté entre l’inquisition espagnole et les croisades, qui ont gagné à une voix près.

Elles ont décidé de s’en prendre aux programmes de première des “sciences de la vie et de la terre”

Genre, elles avaient que ça à foutre. Bon, on s’occupe comme on peut : nous on gratte bien des Millionnaires dans la salle des profs, pour passer le temps… N’empêche que, là, les fachos cathos ils attaquent la seule matière où on peut parler librement de zizi sans subir des plaintes de parents. Et ça, franchement, c’est dégueulasse ! (Mais qui est l’abruti qui a laissé des guillemets ici ? C’est pas du tout leur place…)

et, comme le rappellent les programmes,

Z’avez vu, m’sieur l’ministre et m’sieur l’inspecteur ? On a vachement lu les programmes, hein ! Certains les ont même appris par cœur et affichés dans leur salon. Nos respects, hein, m’sieur l’ministre et m’sieur l’inspecteur : vous saluerez bien vôt’ dame de nôt’ part !

à “l’acceptation des différences”.

Et on rappelle que les différences, c’est bien. Sauf quand les différences concernent des gens qui ne pensent pas comme nous ; mais ça c’est pas de vraies différences, c’est juste contre nature, d’abord.

Elles ont une cible :

Parce qu’en plus, quand elles attaquent, elles le font en visant un truc. Mais a-t-on jamais vu un tel niveau de perversion ?

l’homosexualité.

Bon, ça, elles le disent pas clairement, mais on préfère le dire tout de suite histoire d’emporter tout le monde dans l’adhésion à notre cause et bien jeter opprobre sur les “associations” sus-mentionnées.

Elles dénoncent la théorie du “genre” qui montre que les différences sexuelles ne peuvent justifier les inégalités entre personnes.

Au passage, simplifions à l’extrême cette théorie en insistant sur un aspect qui n’est pas visé par les fameuses “associations” – qu’on se demande d’ailleurs si ce ne seraient pas un peu les Légions du pape (les fameuses) qui seraient de retour. Plus c’est gros, mieux ça passe.

Pour ces associations intégristes,

N’ayons pas peur des mots, histoire de favoriser le débat.

l’hétérosexualité est la norme

Alors que dans la société, le mariage n’est absolument pas limité aux couples composés d’un homme et d’une femme. C’est juste chez les intégristes, ça.

et les identités entre hommes et femmes

Bon, on avoue : on a un peu merdé ici sur le concept d’ “identité entre”… Mais faut pas nous en vouloir : on a déjà parfois du mal à bien distinguer notre identité de prof et notre identité de militants, alors on n’arrive pas bien à concevoir l’identité comme un tout, et pas comme un truc fluctuant et divisé.

établies une fois pour toutes.

L’immobilisme, c’est mal.

Le mariage est la règle et ne peut que concerner les hétérosexuels.

Contrairement à la loi française en la matière, comme on l’a déjà (brillamment) montré. Nous, on s’en carre du débat sur le sujet : on a déjà tranché la question, et ceux qui sont pas d’accord sont rien que des gros fachos qui mériteraient d’être exilés.

Les associations reprennent les propos inquiétants et menaçants

Ouuuuuh…

du pape Benoît XVI

Faute de place, on n’a pas rajouté la note pour rappeler son passage dans les jeunesses hitlériennes. Mais on espère que le seul nom du pape suffira pour que tout le monde ait bien ce fait à l’esprit.

qui avait  déclaré que la théorie du “genre” représentait “l’émancipation par l’homme de la création et de son créateur”.

On n’a pas mis de majuscule à “Créateur” exprès, en recopiant la citation, pour montrer qu’on ne croit pas à ces histoires à dormir debout. D’ailleurs, la calotte a l’air de dire qu’il est contre l’émancipation… comment se fait-il que ce mec n’ait pas encore été guillotiné ? (Au fait : on vous a déjà dit qu’on était athées et qu’on n’aimait pas trop les cathos ?)

L’utilisation de la laïcité, pour ce gouvernement, est à géométrie variable.

Déjà que nous on y comprend que dalle, alors l’État c’est pire. (D’ailleurs, l’État c’est toujours pire… Mais on s’éloigne du sujet, là.)

Il l’invoque sans l’appliquer à lui-même comme ce fut le cas à Latran

Président : ramasse tes dents ! Bisque bisque rage !

ou lors de la cérémonie de “béatification” d’un pape.

La vache : on est trop doués, nous, avec les guillemets ! C’est trop joli et ça montre tellement trop bien tout le mal qu’on pense de ces pratiques archaïques… Hahaha !

Il s’en sert pour mieux faire oublier qu’il en oublie les principes et la portée.

Vous inquiétez pas : nous non plus on est pas certains d’avoir bien saisi toutes les implications de cette phrase. Mais elle fait tellement bien qu’on n’a pas eu le cœur de l’enlever !

Le ministre de l’Éducation nationale

Coucouuuuu patroooooon !

cèdera-t-il aux pressions des intégristes catholiques ?

Attention : panpan culcul ! Céder aux intégristes, c’est pas très gentil parce que c’est vraiment des gros méchants, les intégristes. Et faites-nous confiance pour savoir reconnaître un intégriste quand on en voit un : c’est super méga fastoche : un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus ! (Le con !)

Ou y résistera-t-il ?

S’il ne cède pas, c’est qu’il résiste. On a bien réfléchi à toutes les possibilités possibles : y’avait aussi l’hypothèse qu’il s’en foute complètement, mais ça faisait désordre dans un communiqué alarmiste…

Pour l’UNSA Éducation,

C’est nouuuuuuuus !

les Églises, quelles qu’elles soient, n’ont pas à donner leur avis sur des programmes scolaires

D’ailleurs, si elles pouvaient complètement fermer leur gueule, ça nous arrangerait pas mal.

qui visent à la formation de  “citoyens” et non de “croyants”,

Car, c’est bien connu, les “croyants” ne sont pas des “citoyens”. Ce sont des sous-hommes.

sauf à vouloir défaire la loi de séparation des Églises et de l’État.

Ta-daaaam ! Vous avez vu : on avait réussi à se retenir de mentionner ça jusque là. C’était un pari avec Maurice Lebrau, un copain du PMU : il nous doit une tournée de Stella, du coup. Parce que c’est pas tout ça, mais on a fini notre journée, nous…

*

En conclusion, je dirai donc : Hihihi (rire bête).

6 juin 2011

Chronique “ciné & internet” (mais ailleurs)

Pour faire simple et caricatural, j’ai un jour reçu un message du type : Il est vivant vous a envoyé une demande d’ajout à sa liste d’amis”. Amitié très intéressée, puisque c’était pour un papier, mais amitié intéressante tout de même. La proposition du rédacteur en chef : revoir The Social Network et en livrer une brève analyse pour un dossier consacré à internet, à paraître dans le numéro de juin du magazine.

Pour différentes raisons, je ne pouvais qu’accepter. D’abord, c’était un moyen de conjuguer une passion très personnelle (le cinoche, même si j’en parle finalement assez peu ici) et un élément dans lequel je baigne fortement depuis trois ans (internet en général, et Facebook en particulier). Ensuite, la proposition était originale, puisqu’au lieu de me demander de parler de mon blogue façon “ma vie, mon œuvre, mes taches de gras” – exercice que je trouve toujours un peu dangereux, même s’il est flatteur (en fait, parce qu’il l’est !) – j’avais l’occasion de livrer mes impressions sur un autre sujet que mon seul nombril. Sans compter qu’écrire des articles c’est un peu la base de mon métier ; la seule véritable originalité ici étant de le faire sous ce pseudo-là… Et puis aussi, j’ai vraiment aimé le film de David Fincher, et j’étais trop heureux d’avoir là l’occasion de le revoir plus attentivement. Enfin, j’ai une amitié particulière pour ce magazine et (surtout) son rédacteur en chef, avec qui j’ai quelques autres projets (*)… Bref, j’ai accepté avec joie.

Le résultat, le voilà enfin paru, et consultable gratuitement en ligne (en page 12 du dossier et en page 45 du magazine) :

Ce n’est évidemment que le fruit de ma vision du film (qui, selon moi, n’utilise l’histoire du célèbre réseau social que comme prétexte pour raconter autre chose), mais je suis assez heureux d’avoir pu l’exprimer de cette façon. Qui plus est dans un dossier plutôt bien troussé, notamment grâce à l’interview du Frère Éric Salobir (o.p. – personne n’est parfait) : un must à lire absolument. Bien plus intéressant que ma modeste prose.

L’amusant de cette brève collaboration, c’est qu’elle va aussi donner naissance à une autre pige de ma part dans le numéro d’été de la revue… Je ne dis rien pour le moment, si ce n’est que ça ne devrait pas arranger ma réputation de “prêtre” chez certains !…

En attendant : bonne lecture. Et méfiez-vous des internautes.

*

(*) Pour rappel, les bédédudimanche de ce blogue bénéficient tous les mois d’une mise en image inédite dans Il est vivant, grâce au talent d’Elvine. D’ailleurs, grâce à son talent et aux Éditions de l’Emmanuel (dirigées par le rédacteur en chef de la revue – ceci expliquant cela), la sortie d’un bel album est désormais très, très, très, très proche… On en reparle très, très, très, très vite !

2 juin 2011

Ascenseur, autistes !

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
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Bon jeudi ! ;-)

Sachant que c’est aujourd’hui l’Ascension et qu’il n’y aura pas de bédé dimanche prochain, les lectures du jour, c’est par là (ou en Mt. 28, 16-20)…

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

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