Le blogue d'Edmond Prochain

12 novembre 2009

Nazareth

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 22:00
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nazarethL’air de rien. Ce sont des jours qui se traînent, avec leur lot d’heures dénombrables et d’heurts indénombrables ; de ces minuscules contrariétés qui arc-en-ciellent un quotidien à force de nous en montrer de toutes les couleurs.

Des réveils importuns et lourds, une froidure nouvelle de l’autre côté de la couette, des pommeaux de douche échappés qui s’écrasent sur des orteils mal réveillés. Des transports bondés ou des écharpes qui grattent ; un coup de pied involontaire au détour d’une rue. Des trottoirs souillés par des soirées étudiantes. Un dossier qui se trouve en retard à force d’urgences, une commande qui n’arrive pas, des enveloppes qui ne collent plus et la Poste qui ferme bientôt. Des autorisations chiffonnées, des coups de fils agacés, des questions de dernière minute qui remettent en cause les dernières heures passées. Une eau qui a un goût bizarre. Quelques courriels trop secs pour être agréables ; deux ou trois conversations “mises au point” à la chaîne (quelques larmes sitôt esquissées, sitôt effacées). Une messe à laquelle on n’arrivera jamais. Un coup de fil, un texto, une remarque qu’on ne saura pas comment prendre. Un déménagement : cartons de livres trop gros, coin de meuble légèrement abîmé dans la camionnette, visions différentes du rangement, canapé qui ne passera jamais dans l’escalier mais qui finit par passer malgré tout. Bref calcul pour s’apercevoir qu’on est en train de dépasser le poids maximum de l’ascenseur ; à trois. Sommeils écrasés. Au milieu de tout cela, un livre terminé qui n’a pas encore trouvé de remplaçant. Du chauffage, pour la première fois de l’année. Toujours pas eu le temps d’aller refaire des photos d’identité.

Passé un certain âge, il y a des personnes qui ne répondent plus “Ça va”, mais “Ça se maintient”. J’aime bien l’idée.

Évidemment, toutes ces couleurs seraient salement mélancoliques si elles n’étaient pas nuancées par un peu de profondeur. Appelons cela des ombres portées.

La lumière blanche et claire de l’hiver, qui révèle le jour et les contours. Le plaisir des lampes, en fin d’après-midi, des éclairages qui étoffent l’air de halos doux et réguliers. Un couteau suisse retrouvé, un rire d’enfant si particulier, un défaut de prononciations que l’on ne sera pas pressé de corriger. Jus d’orange, thés glacés, tisanes, cafés, kirs, bordeaux et San Pelegrino. Des signes d’achat d’une nouvelle paire de chaussures ; quelques fins de journées flânées d’une librairie à l’autre, sans perdre l’espoir d’y débusquer une envie ou une curiosité. Un long texte qui échoue dans la boîte aux lettres et déroule une histoire sans fioritures, terrible et fidèle. Le plaisir d’un stylo neuf, une lettre inattendue soudain indispensable. Un geste de dépouillement ordinaire, qui se donne dans toute l’humble violence de sa gratuité. Au terme d’une journée de travail et d’échanges, remerciements contre gratitude. La paroi brûlante d’une tasse de café, alors qu’on découvre une réponse qu’on n’espérait plus, et le sourire de ceux qui savourent ce moment. Gâteaux de chez Picard ; épinards. Des sifflements dans la bouche du fleuriste, en passant. Une satisfaction inédite devant un travail accompli, en contemplant le résultat, accompagnée de ce picotement de fierté que ne remarquent que ceux qui n’en abusent pas pour eux-mêmes.

Parfois, au quotidien, je ne sais plus bien où j’en suis. Dans ces moments-là, je me souviens que Dieu se fait tout petit à côté de moi, qu’il est le Dieu de l’extraordinairement ordinaire, le Sauveur de tout cela. Alors je me rappelle : je suis à Nazareth.

14 octobre 2009

L’amour m’attend.

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 11:58
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forrest-gumpNon, je ne suis pas devenu fou ; au contraire, j’ai le sentiment d’avoir trouvé une petite évidence jusqu’ici bien cachée. M’aurait-on menti ? je ne pense pas. Il me semble surtout que nous avons à la place des yeux et de la tête de bien étranges prismes qui dévient trop souvent notre façon de voir et de ressentir les choses. On se plante gentiment, sans que ce soit vraiment de notre faute.

Ainsi d’une étrange inscription aperçue ces jours-ci sur un mur que le tagueur avait dû trouver trop monochrome. Des mots qui pourtant détonnaient des habituels graffitis urbains, tant par leur sujet que par leur absence de faute d’orthographe :

“J’attends l’amour.”

Rien que ça. (J’aime spécialement le point à la fin.) Face une telle espérance, on est tenté de s’incliner et de passer son chemin. C’est plus qu’un cri et qu’un appel ; c’est une chanson ancestrale répétée à tue-tête (et sans doute de plus en plus souvent à notre époque). Nos contemporains attendent l’amour. Impatiemment. Désespérément, parfois. Quel amour attendent-ils ? Eh bien, sans vouloir trop m’avancer, il me semble qu’en général, c’est plutôt “le grand”. Ce qui ne nous avance guère, mais pose un peu plus haut encore le standard requis.

Voilà plus ou moins les idées qui sont passées dans mon esprit à la lecture du tag. Et puis soudain – un éclair ! Les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent, il me semble qu’ils prennent le problème à l’envers. Ou alors, c’est juste que j’ai un goût un peu trop prononcé pour les retournements… mais l’un n’empêche pas l’autre, d’abord !

Je n’attends pas l’amour. Que ce soit dit ! L’amour m’attend.

J’en entends certains me murmurer que ces quatre mots sont assez orgueilleux. Ne vous énervez pas, c’est autre chose que je veux dire. Et je maintiens, avec force : l’amour m’attend. D’autres – qui entrevoient plus vite l’idée – pensent sans doute que je mélange tout, et voudront préciser que ce n’est pas le même. C’est assez juste (quoique). Et alors ? Ce n’est peut-être pas “le grand”, mais c’est le vrai, le seul. Un peu comme dans ces expressions aux couleurs passées à force d’être trop répétées : “Il est l’heure d’aimer”, “Aime et fais ce que tu veux”, Si je n’ai pas l’amour…, etc. L’amour m’attend, voilà. Il n’attend que moi pour se manifester en moi (c’est-à-dire autour de moi, à travers moi). L’amour est là : tout près, tout prêt, comme si mon Oui était la seule chose importante à ses yeux. La charité (c’est son nom en version “encodée catho”, désolé) brûle d’impatience que je la laisse m’embraser. Sans doute est-ce simplement cela, d’ailleurs : je suis libre pour elle et c’est bien malgré moi que je résiste encore.. L’amour m’attend. Le prochain pas est pour moi ; le prochain pas…

L’amour m’attend. Qu’est-ce que j’attends ?

6 octobre 2009

53 coups de pouce (et plus si affinités)

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 21:57
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chapeletMoi non plus, je ne sais pas prier. Parce que je suis le dernier d’une longue série de disciples mal embouchés qui font rien qu’à réclamer des techniques et passeraient facilement plus de temps à se demander s’ils “font bien” qu’à faire, tout simplement. Voire même – encore plus simplement – à se laisser faire.

La solution nous a pourtant été donnée, puisque la question fut posée une bonne fois pour toutes par un disciple que Luc n’a pas vu l’intérêt de nommer : “Seigneur, apprends-nous à prier”… Le résultat, c’est la plus simple des prières ; la plus directe, aussi, avec un subtil équilibre d’exigences (pour soi-même) et de demandes (à Dieu). On n’a pas encore fait mieux. Normal, vu l’auteur.

Il y a pourtant une façon de l’améliorer sensiblement, ce bon Notre Père : c’est de le garnir de gros bouquets de Je vous salue, Marie. Et là, j’entends tous les parpaillots de mon entourage (y’en a) gémir et crier au sacrilège ! C’est pour ça que je leur réponds d’emblée : “Faites ch…” Au moins, c’est dit et je peux continuer à être d’accord avec mon avis ; que je partage, soit dit en passant. S’il est vraiment besoin de le dire, quitte à dire de grosses banalités pour certains, l’Ave est bien moins une prière à Marie qu’une prière par Marie. Même que c’est pour ça que je l’aime bien aussi, celle-là : parce qu’on a tous un jour été un gamin qui, timidement, n’osait pas trop aller demander un truc à son père, et qui préférait demander à sa mère de se faire l’intermédiaire. Histoire de mettre un peu de douceur dans la requête. Les enfants timides sont des roublards. Les cathos aussi, et ils ont bien raison.

Mais entourer les Notre Père de gros bouquets, disais-je. Question bouquet, je conseille la dizaine ; et tant qu’à faire, les offrir par cinq (avec une petite amorce de trois pour un, histoire de compléter le tout. C’est très joli, et ça tient dans la poche. Et ça va avec tout : un brin de marche, une pointe de métro, un soupçon d’ennui en réunion…

Le Je vous salue, Marie ? un simple petit coup de pouce. Au sens propre comme au figuré, c’est ça qui est le plus beau.

23 septembre 2009

Parce que ma joie est peine

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 13:47
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antoine-doinel

Parce que ma joie est peine,

Parce qu’au fond je vais bien mais que mon visage ne l’exprime pas,

Parce que je suis si lent à me réjouir de la beauté du monde autour de moi,

Parce que le bonheur des autres ne parvient qu’à creuser un sillon amer que je ne sais combler,

Parce que l’écorce dure de mon coeur se laisse si peu pénétrer,

Parce que je suis incapable de jamais me laisser consoler,

Parce que la paille du péché dans mon oeil dissimule les poutres de grâce que tu établis en moi,

Parce que tout rayon de soleil est immédiatement obscurci par mille de ces préoccupations quotidiennes et indélébiles,

Parce que je ne me donne pas le droit de goûter simplement à la paix,

Parce que l’espérance et la foi me semblent réservées aux autres,

Parce que ma volonté n’a prise sur rien de tout cela,

Et parce que tu connais mieux que moi ce qui est bon pour moi ;

Parce que ma joie est peine,

Seigneur,

Fais que ma peine soit joie.

9 septembre 2009

Des gens bien comme il… faille

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 21:41
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Les rides sont le propre de l’homme. Tout au moins, la conscience pleine de ce qu’elles signifient. L’humain est par essence non seulement périssable (et le chrétien est souvent rappelé à sa poussière) mais à chaque instant faillible. Il faut vouloir être Dieu pour le nier. Alors, parce qu’ils l’ont bien compris, certains affirment leur amour pour les gens qui doutent ; je rejoins David sur ce point. Pas ceux qui font du doute une posture spirituelle ou intellectuelle, mais ceux qui subissent au quotidien cette petite instabilité de caractère, qui ont parfois du mal à cohabiter en eux-mêmes avec eux-mêmes et qui ne s’expriment jamais tant que par leurs maladresses.

Le film n'a rien à voir. Seul le titre m'intéressait.

Le film n'a rien à voir. Seul le titre m'intéressait.

On a trop vite fait de se moquer d’untel qui renverse son café ou de cet autre qui a mis des chaussettes dépareillées. On a tort : l’erreur est intime. En pareille circonstance, il vaudrait mieux sourire ; le sourire instaure une complicité par sa bienveillance, ne juge pas, ne hiérarchise pas, ne s’impose pas. Le sourire de connivence est la main tendue des fragilités de l’âme.

Pour ma part, je n’aime rien tant que le chanteur qui déraille sur la dernière note, que le banquier qui tache sa cravate avec du chocolat, que la mariée qui bafouille pendant l’échange des consentements, que le petit garçon qui a fait l’effort de ne pas se salir aujourd’hui et qui glisse dans une flaque d’eau à dix mètres de la maison… J’aime ceux qui font un lapsus quand ils voulaient être solennels, j’aime ceux qui craquent pour un gros hamburger au milieu de leur régime, j’aime ceux qui réservent un billet de train pour le lendemain de leur départ, j’aime ceux qui cassent le plat qu’ils viennent de finir de nettoyer, ceux qui n’ont pas vérifié les horaires d’ouverture de la bibliothèque, ceux qui ont un peu de salade entre les dents sur la photo de famille, ceux qui ont perdu le papier avec le code de l’interphone, ceux qui découvrent en pleine conférence que leur fils a changé leur sonnerie de portable, qui avalent de travers l’hostie lors d’une sépulture, qui révèlent en parlant trop vite qu’ils savent des choses qu’ils ne devraient pas, qui posent des questions comme : “Alors, c’est pour quand ?” ou qui rangent le dentifrice au réfrigérateur dans la précipitation d’un départ matinal. Je les aime parce qu’à ce moment-là, ils sont entièrement eux-mêmes.

Il n’y a rien de pire que les hommes qui ne vivent que pour transmettre le message qu’ils contrôlent la situation. Le contrôle n’a rien d’humain, seul le dérapage a un visage. Et leurs masques trop lisses de statues en font de tristes cires. Immuables, mais sans épaisseur (car les épaisseurs sont toujours irrégulières).

Une feuille blanche est propre, certes, mais ne se regarde pas, contrairement à celle qui a été griffonnée, gribouillée, raturée. Elle, est la seule à raconter une histoire.

L’humain, c’est ce qui se fissure. La vie craquèle toujours. Nos petits défauts nous définissent mille fois mieux que nos cartes d’identité, nos C.V., nos profils et nos portraits scolaires (ceux où nous grimacions un sourire devant un fond bleuâtre). Et je n’accueille jamais mes propres faiblesses avec autant de bienveillance que quand je porte un regard d’amour sur les petites failles des autres.

2 septembre 2009

L’Église est un gaz

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 11:00
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Note préliminaire : Ce billet est tellement sponsorisé par Poussah et Spag qu’il est en réalité pratiquement écrit par eux. Merci de me laisser reprendre cette idée.

Note un peu moins préliminaire, mais quand même : Il est possible de soutenir l’idée développée ci-dessous à travers un groupe faycebouc. Qui t’attend, alors viendez tous.

Note carrément plus préliminaire du tout : Tous ceux qui ont eu des idées scatologiques mal placées à la lecture du titre de ce billet, tu sors immédiatement !

* * *

On ne m’en voudra pas trop de faire un peu de maths (ou de physique) dans ce qui va suivre, dans la mesure où – comme je le répète souvent – je fais ce que je veux chez moi. Ainsi donc :

  • Soit une nef de surface S, qu’on prendra “fixe” et “quelconque” (mais de préférence jolie, parce que c’est pas le tout de s’emmerder à faire des expériences à la con, autant les faire dans des endroits qui ont un peu de gueule).
  • Soit aussi A, une assemblée de n fidèles (catholiques). On pourra nommer ces fidèles selon le schéma ai, i=1,2, … , n ; ce qui donne : A{a1, …, ai, …, an}. On prendra aussi soin que le nombre de fidèle demeure strictement inférieur aux nombre de chaises (ce qui est de toute façon la règle dans une église normale hors de grandes célébrations), ou pour dire les choses plus clairement : n < chaises(S), où chaise est une application qui, à une surface S, associe le nombre de chaise(s) réparties sur la-dite surface. (A étant un sous-ensemble de l’Église E – mais on ne va quand même pas commencer à tout compliquer non plus !)

Pour les besoins de l’expérience, nous allons jeter A sur S. Une fois cette action accomplie, observons ensemble la répartition sur S des molécules d’Église (autrement appelées “fidèles”).

Dans des conditions normales de température et de pression, les fidèles se répartissent uniformément sur l’ensemble des chaises disponibles, de façon à occuper la surface S avec homogénéité, et ceci malgré nos tentatives pour les regrouper vers l’avant.

De cette expérience (fort intéressante), il résulte qu’une assemblée de fidèles de l’Église se comporte exactement de la même façon que les molécules d’un gaz. D’où, conclusion implacable :

L’Église est un gaz.

CQFD.

C'est quand même beau, la science appliquée à l'Eglise...

C'est quand même beau, la science appliquée à l'Eglise...

* * *

Notes :

  • Un chauffage localisé peut perturber le déroulement de l’expérience. Il faut donc veiller à couper toute source de chaleur (ce qui est fait par défaut dans la plupart des églises, mais mieux vaut vérifier malgré tout.
  • L’expérience peut s’avérer encore plus spectaculaire au mois d’août, ou dans n’importe quelles circonstances entraînant par nature une augmentation spectaculaire du rapport entre les fidèles et le nombre de chaises (au détriment des premiers), tel que : n << chaises(S).
  • On aurait également pu en profiter pour vérifier la loi des gaz parfaits, soit PV=nRT ; mais bon, ça, je laisse à ceux que ça amuse le soin de le faire…

Note préliminaire : Ce billet est tellement sponsorisé par Poussah qu’il est en réalité pratiquement écrit par lui. Merci de me laisser reprendre cette idée.

Note un peu moins préliminaire, mais quand même : Il est possible de soutenir l’idée développée ci-dessous à travers un groupe faycebouc. Qui t’attend, alors viendez tous.

Note carrément plus préliminaire du tout : Tous ceux qui ont eu des idées scatologiques mal placées à la lecture du titre de ce billet, tu sors immédiatement !

* * *

On ne m’en voudra pas trop de faire un peu de maths (ou de physique) dans ce qui va suivre, dans la mesure où – comme je le répète souvent – je fais ce que je veux chez moi. Ainsi donc :

Soit une surface S, qu’on prendra “fixe” et “quelconque” (mais de préférence jolie, parce que c’est pas le tout de s’emmerder à faire des expériences à la con, autant les faire dans des endroits qui ont un peu de gueule).

Soit aussi A, une assemblée de n fidèles (catholiques). On pourra nommer ces fidèles selon le schéma an, ce qui donne : A(a1, a2, …, an). On prendra aussi soin que le nombre de fidèle demeure strictement inférieur aux nombre de chaises (ce qui est de toute façon la règle dans une église normale hors de grandes célébrations), ou pour dire les choses plus clairement : n < chaises(S). (A étant un sous-ensemble de l’Église E – mais on ne va quand même pas commencer à tout compliquer non plus !)

Pour les besoins de l’expérience, nous allons jeter A dans S. Une fois cette action accomplie, observons ensemble la répartition dans S des molécules d’Église (autrement appelées “fidèles”).

Dans des conditions normales de température et de pression, les fidèles se répartissent uniformément sur l’ensemble des chaises disponibles, de façon à occuper la surface S avec homogénéité, et ceci malgré nos tentatives pour les regrouper vers l’avant.

De cette expérience (fort intéressante), il résulte qu’une assemblée de fidèles de l’Église se comporte exactement de la même façon que les molécules d’un gaz. D’où, conclusion implacable :

L’Église est un gaz.

Notes:
- Un chauffage localisé peut perturber le déroulement de l’expérience, veillez à le couper.
- L’expérience est plus spectaculaire en août, où tout autre condition entraînant n << chaises(N).

30 juillet 2009

Cette histoire de dignité…

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 11:43
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Avant de commencer ce billet, j’aimerais savoir si toi aussi, parfois, ça t’arrive de t’imaginer que ta vie pourrait être vachement plus marrante si tu la vivais comme une bande-annonce des années 50… Tu sais, avec une voix off un peu flippante sur les bords et un gros titre qui s’affiche dans des caractères très subtilement kitsch.

Un truc qui donnerait à peu près ça :

that-worth-thing

La classe, non ?

Pompopom… Donc, tout ca pour dire que je vais aujourd’hui te raconter une aventure à peu près aussi édifiante qu’elle est vraie (c’est dire si elle est édifiante, parce que je te raconte même pas à quel point elle est vraie !).

C’était un dimanche, et même que c’était à la messe et dans ma chère paroisse. Mon curé (dit aussi “Bossuet” par certains – i.e. moi – par rapport à ses qualités d’orateur) vient me demander si je vais pouvoir l’aider à donner la communion. Bon, perso, je suis pas contre sur le principe, mais il peut y avoir des moments où je ne le sens pas des masses et où j’ai bien envie de dire que, finalement, non pas trop.

Explication : certains jours, c’est pas que je me sens spécialement morveux, mais disons que je ne suis pas au top de ma forme, et surtout que je ne me sens pas complètement digne de ce genre de chose. Mais passons revenons-y plus tard. (Note tout de même pour les plus tradis d’entre toi : ce sentiment d’indignité n’a rien à voir avec le délai de ma dernière confession ; c’est juste une impression générale.)

Comme je suis le bon gars et que je sais parfaitement le-truc-que-je-vais-développer-par-la-suite, je dis quand même oui. Ce qui prouverait que je suis un bon gars s’il en était encore besoin, puisque je l’ai dit clairement dans la phrase précédente.

Alors bref, donc, je l’aide à donner la communion. (Tu notes quand même comme je suis un bon gars, hein, tu notes ?) Toujours en me sentant indigne, mais en me disant que s’il me l’a demandé, c’est qu’il a besoin de moi, et puis qu’il n’est pas totalement exclu qu’il y ait un genre de grâce d’état pour ce type de service, toussa. Je ne croyais pas si bien penser.

A la fin de la messe, une amie vient me voir et me dit ça :

“Je voulais te remercier. Avant la communion, je ne voulais pas y aller parce que je ne m’en sentais pas digne. Finalement, j’ai décidé d’y aller quand même, et c’est toi qui m’a donné la communion. Et tu m’as donné deux hosties collées l’une à l’autre ! J’ai trouvé ça vraiment beau comme clin d’œil !”

Le plus étonnant providentiel, c’est qu’en passant par ma main (moi qui m’en sentais indigne), le Christ s’est donné deux fois à cette amie (qui s’en sentait tout aussi indigne). Comme pour nous rappeler à l’un et à l’autre cette petite évidente : il y a un mot que Dieu ne connaît pas, c’est “dignité“. Il ne connaît que “grâce“.

Il faut juste essayer de s’en rappeler, de temps en temps…

24 juillet 2009

Veilleur

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 9:33
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Il s’est relevé dans la nuit, à l’heure où aucune âme ne bruisse. Dans la lenteur du silence, il a respiré l’air obscur, plus frais que d’ordinaire ; et il est sorti, il a traversé quelques rues en s’étonnant du son de ses propres pas. Puis il est arrivé, comme le carillon daguait quatre fois l’atmosphère.

Le clocher. L’heure. Voici l’heure.

Sans un mot, il s’est abaissé contre terre et bientôt une autre personne immobile s’éclipsait. Il restait seul, dans un pluriel tout intérieur, un Pluriel pourtant exposé là, devant lui. Dans l’opacité de la nuit, un soleil unique dressé comme une offrande, et l’homme semblable à une statue contemplant la lumière. De tout son être, accueillir la nuit, accueillir la lumière et bientôt la parole née du plus profond des silences.

Au cœur de la ville, un cœur battant.

ostensoir

Tandis que les secondes s’étiraient pour se confondre dans une même durée d’éternité balbutiante, il a laissé ses yeux se fatiguer à la clarté de veille. Tout autour, en mille alentours, des sommeils radieux. En-dedans, un profond soleil. Et pas un cri pour le troubler. Par son intermédiaire, des milliers de cœurs reliés sans le savoir à cette source inépuisable.

Quand il ressort, tranquillement, le jour naît.

La ville murmure déjà, émerge lentement de sa torpeur. Lui inspire et remplit sa gorge de cet air de vie nouvelle. Il observe avec tendresse les premiers signes de vie éclose.

Dans le silence du matin, avec la paix des veilleurs, il enfante la ville qu’il a portée en secret.

15 juin 2009

A sale gosse, sale gosse et demi

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 15:35
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Je le sais avant même de commencer à écrire : il y en a qui vont venir me dire que je ne suis pas gentil et que je risque de perturber durablement une pauvre enfant et que toussa toussa, pas bien, bouh. C’est vrai. Sauf que je m’en fous, parce qu’elle l’a bien cherché. Là, tu auras compris que je parle de Chipie (nan, c’est toujours pas son vrai nom).

J’ai enfin eu ma vengeance ! Ah, elle a pu faire sa maligne une fois, cette pestouille, mais j’ai trouvé la faille : elle est peut-être vachement fortiche en théologie, mais en maths elle est carrément nulle. Niek niek niek… Il fallait qu’elle paie ; elle a payé.

Mais pour ça, il a fallu que je réussisse d’abord à échapper aux regards suspects de sa maman. Laquelle s’inquiétait visiblement (et probablement à raison) pour le sort de sa progéniture dès lors qu’elle se retrouverait entre mes griffes douces mains. Sa surveillance attentive, je l’ai pourtant déjouée, grâce à une ruse multiséculaire, une prise rudement efficace dont peu ont le secret : le coup de fil de sa sœur ! C’est une technique que je te donne, parce qu’elle a fait ses preuves… Rien de tel qu’un bon vieux “coup de fil de sa sœur” pour détourner durablement l’attention d’une mère.

C'est vrai, quoi : les pestes ne gagneront pas !

C'est vrai, quoi : les pestes ne gagneront pas !

Innocemment, j’ai fait comme si je ne m’intéressais même pas plus que ça à Chipie. Et ça, c’est une autre technique que je te donne si tu veux attirer l’attention d’une jeune fille d’environ quatre ans et demi (à soixante-quinze ans près) : fais autre chose, ne t’occupe pas d’elle. Ça n’a évidemment pas loupé : au bout de deux minutes, elle ne pensait plus qu’à une seule chose, m’empêcher de lire mon journal. Le piège pouvait se refermer sur elle…

- Tu sais, Chipie, Jésus il est mort à cause de tes bêtises…

Et là, j’arrête l’histoire, parce que j’en entends hurler que je suis vraiment trop porrible. Bon. J’avoue : je n’ai pas osé faire ça. Quand même ! Je suis presque déçu que tu y aies cru (t’as vraiment une piètre opinion de moi, ça fait peur).

En réalité, c’est encore une fois elle qui m’a abordé :

- Dis, Edmond… Comment Jésus il a fait pour être sur une croix ?

Euh… gloups. Elle veut vraiment que je lui explique comment on fait ? J’en connais qui ont étudié la question, et c’est franchement pas appétissant. Brr… Mais heureusement, alors que je commençais à envisager de lui passer le dévédé de La Passion du Christ, elle a précisé sa question et m’a sauvé la mise.

- Parce que, à Noël il est tout petit bébé dans la crèche, et puis à Pâcre [*] il est grand et les méchants ils le mettent sur une croix.

Elle a comme un souci avec la concordance des temps, en fait.

Elle a comme un souci avec la concordance des temps, en fait.

Awé, kanmèm… La p’tite Chipie, elle aura beau être hyper balèze question transsubstantiation, toussa, elle est même pas foutue de comprendre qu’on lui fait l’histoire de Jésus en résumé. Et toi, lecteur, ne viens pas lui trouver des excuses sous prétexte qu’elle a quatre ans et demi ! C’est pas une raison ! Je te rappelle qu’elle a des notions de théologie beaucoup plus poussées que le commun de mortels adulte. Alors zut.

Du coup, je lui ai répondu ça :

- C’est parce que Jésus était un garçon très doué. Les enfants sages et gentils, ils grandissent [en âge et en sagesse - note d'Ed] plus vite que les autres. Et ceux qui mettent du temps à grandir, c’est parce qu’ils ne sont pas assez gentils…

Et elle l’avait bien cherché. D’abord.

- – -

[*] Je suppose qu’elle voulait dire “Pâques”…

12 mai 2009

Sale gosse !

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 14:42
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Scène de la vie quotidienne : Edmond s’occupe quelques heures de la fille d’un couple d’amis. Alors attends : je te présente Chipie (nan, c’est pas son vrai nom). Quatre ans et demi, une taille qui lui permet aisément d’attraper tout ce qu’on voudrait garder hors de sa portée, plus d’idées saugrenues à la minute qu’un scénariste de Scrubs et un don inné pour les taches les plus indélébiles. (Tu savais, toi, qu’on pouvait se salir avec de la fêta ? bah si tu étales aussi l’huile qui la conserve, si.) Surtout, surtout : une langue qui dépasse largement de sa poche…

Les cent quarante-trois premières minutes, tout s’est “à peu près” (l’histoire de la fêta, notamment) bien passé. Chipie se balade partout, pose des questions, me demande de lui lire une histoire en me montrant du doigt un Gaffiot, trouve où j’ai planqué mes Granola… Rien que de bien classique, donc. Et puis, à la cent quarante-quatrième minute : le drame !

- Dis…

Mon cerveau, qui sait très bien analyser ces moments-là, m’a sobrement hurlé : Alerte ! alerte ! Question tordue en approche : sauve qui peut ! on dégage ! (Réaction : je me tais et je fais genre je l’ai pas entendue… Oh, mais dis-moi : c’est passionnant un plan de métro…)

- Dis, Edmond ?

Et m… ! Repéré. Bon, en même temps, elle a beau avoir quatre ans et demi, Chipie, elle est pas idiote ; et j’étais le seul autre être vivant mammifère humain de cet appartement.

- Mmh ?

- Dis, est-ce que Jésus, il est dans l’hostie ?

Rhôô, la fourbe. Le débat théologique, d’entrée. Je t’en pose des questions, moi ?! Esquiver, simplifier… confirmer :

- Oui.

- Ah bon, c’est vrai ?

Le ton de la voix de Chipie est sournois. Ça sent la réplique qui tue… Alerte ! alerte !

- Pas’que ma maman elle dit que l’hostie c’est Jésus…

Oh p… ! Je m’attendais à tout, mais pas à ce que le piège soit dans la question de départ. Et puis, d’abord, quatre ans et demi, c’est pas un peu jeune pour faire la différence entre transsubstantiation et consubstanciation ? Y’a des tas d’adultes qui n’entrent pas dans ces nuances et qui ne torturent personne. J’avais rien demandé, moi ! Et à vouloir être gentil sans trop l’embrouiller, je passe pour un demeuré.

Sale gosse !!

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