Ou comment, à force de parler dans les angles, on finit par déconner dans les coins.
En l’occurrence, dans le coin de la classe, là où l’on envoie les éléments perturbateurs ou indésirables. La zone fantôme. Le goulp. Le commissariat de Colombes. Le coin, donc. Celui dans lequel les Anglais ont l’air de vouloir assigner le Christ désormais, pour quelques raisons plus ou moins obscures. On leur reconnaîtra que réussir à se mettre dedans en tentant de mettre quelqu’un dehors, c’est une idée qui finit par créer des phrases à la fois évidentes et incompréhensibles ; c’est-à-dire très anglaises. Mais je m’égare.
Tout a donc commencé il y a quelques semaines avec l’interdiction d’une publicité qui représentait le Christ dans le but d’annoncer la Résurrection de vendre des téléphones. On y voyait un christ souriant, pouce levé et clin d’œil appuyé, vanter les mérites d’"offres miraculeuses". Rien que du bon goût.
A noter quand même que la pub – qui reprenait la représentation bien connue du "Buddy Christ" dans le film Dogma – a été diffusée en avril, mais interdite seulement en septembre. C’est dire déjà si ça valait le coup de se secouer les abats pour ça…!
C’est pas passé loin : au moment de cette interdiction, j’ai déjà failli consacrer un billet à la question. Parce que j’avoue ne pas totalement comprendre la nécessité de cette décision. On a déjà vu des pubs bien plus insultantes, bien plus équivoques pour les chrétiens. Là, il y a évidemment un jeu avec un symbole détourné pour de basses raisons commerciales, mais je doute sincèrement que la marque à l’origine de cette bouse picturale (appelons malgré tout les choses par leur nom) ait tablé un seul instant sur la polémique pour faire du buzz sur le dos des croyants. Ce qui est loin d’être la cas de la plupart des autres campagnes surfant sur un motif religieux. Ici, c’est probablement juste le côté "fun & pun" qui a primé. Je veux bien que quelques personnes aient protesté, mais ça n’a pas non plus dû soulever un tollé sans précédent… Alors pourquoi s’appliquer à l’interdire, alors que tant d’autres représentations bien plus gênantes sont laissées régulièrement libres de s’afficher un peu partout ?
Franchement, la seule insulte qu’on peut voir ici, c’est une insulte à l’intelligence… Et certes, ça, c’était éventuellement une raison valable de dégager cette pub. Sauf qu’à ce compte, presque toutes les campagnes d’affichage devraient craindre pour leurs miches.
Bref. Devant le peu d’intérêt du sujet, j’avais finalement opté pour une manifestation silencieuse de ma précieuse indifférence. (Oui, parce que mon indifférence est précieuse, et je t’emmerde.)

Intermède : toi aussi découvre la pub en question et trouve-la pourrie.
Mais voilà : il faut croire que ces cons les Anglois voulaient absolument qu’on parle d’eux, et n’ont donc pas lésiné sur les moyens pour montrer à quel point Jésus n’était plus tellement le bienvenu chez eux. Même que c’est par la voix de la BBC qu’ils ont désormais décidé de saborder l’usage du BC ("Before Christ", par opposition à AD : "Anno Domini") dans ses usages de datation. Initiative intéressante s’il en est, et tout particulièrement urgente à l’heure où la crise économique, comme jadis l’hiver, vient frapper à notre porte.
Nous y voilà donc : plutôt que de faire référence à un juif fondateur du catholicisme et considéré comme prophète par les musulmans – ce qui est, certes, objectivement excluant pour les hindous et les raëliens – la BBC a décrété que désormais on se repèrerait sur ses antennes par l’expression "avant l’ère commune / de l’ère commune" ("before the common era / common era"). Hugues Serraf, qui soutient assez bien le procès en fondamentalisme chrétien, et Henry le Barde, qui a un nom à la con mais est en revanche assez catholique lui-même (quoique barbu), ont bien souligné l’absurdité de cette avancée essentielle dans le domaine du politiquement correct. Effectivement, sous couvert de ne plus ériger le christianisme en référence pour nos sociétés, on décrète simplement que le calendrier occidental doit être considéré comme "commun", c’est-à-dire quasi universel. C’est vrai, c’est mieux. Beaucoup mieux.
(Je m’étonne seulement que mes deux compères blogueurs aient répercuté une même traduction foireuse qui m’a fait moi-même hurler encore plus fort dans mon petto et un premier temps : "avant / après l’ère commune". Là, l’absurde n’avait plus de limite, dans la mesure où une ère est une période, une durée… à l’inverse du Christ qui – si son enseignement a pu être appelé à durer lui-même – représente plutôt un moment, une date, en tout cas pour sa naissance. L’ère commune à laquelle ces brillants linguistes voudraient faire référence, nous sommes donc en plein dedans. Ou alors c’est moi qui suis une buse. Ce qui est aussi une possibilité, bien qu’elle n’ait pas ma préférence a priori.) (Ceci constituant une longue parenthèse.)
Mais qu’importe. Il n’est certainement pas question d’aller abonder dans un "Messieurs les Anglais, triez les premiers". Ce ménage au cœur de nos repères historique, sous ses airs d’universalisme, a quelque chose de profondément affligeant. Peut-on vraiment y voir davantage qu’une politique de l’autruche culturelle, comme si ne plus voir le christianisme allait définitivement émanciper une société de l’obscurantisme dans lequel elle croit avoir baigné ? Désolé les gars, mais il faut vous y faire : si vraiment vous avez trempé dans la fosse à purin, comme vous semblez le croire, vous risquez de sentir encore un bon moment…
Ici on fait du zèle pour ne surtout pas offenser les chrétiens, là on s’agite pour éviter de froisser tous les autres. A ce train-là, on parlera bientôt klingon ou elfique pour ne pas risquer d’exclure ceux qui ne connaîtraient pas la… langue commune. Et tant qu’on y est, on adopte le calendrier galactique standard ou même le calendrier révolutionnaire.
D’ailleurs, pour rire, posons cette simple question à la BBC : Quel événement sert donc de référence pour le début de l’ère commune ? La réponse pourrait s’avérer amusante. En attendant, et parce que je ne suis pas rancunier : que Dieu sauve quand même la reine !
Il est de bon ton, dans les premiers jours d’une nouvelle année, de se souhaiter tout un tas de trucs, de préférence positifs, pour les douze mois à venir. On se le dit de vive voix dans un festival de "Bonne année", "Heureuse et sainte année", et ce délicieux manque d’originalité si typiquement catholique qui ose la transformation du traditionnel "bonne santé" par "bonne sainteté" ! Hohohoho… on ne s’en lasse décidément pas !

Le thème est presque récurrent, et c’est vrai que la question est intéressante : comment aurions-nous réagi si le Christ n’était pas venu il y a deux mille ans mais aujourd’hui ? L’aurions-nous suivi ? l’aurions-nous seulement cru ? l’aurions-nous condamné nous aussi ? Au-delà de l’interrogation personnelle, il est évident que cette question n’a pas énormément de sens, dans la mesure où le contexte historique, médiatique et culturel n’a aucun rapport.

Oui, ça devient un peu anachronique… et alors ?! Je l’écris en titre parce que je suis sûr que la moitié des gens qui auront entendu la chronique n’auront pas saisi ce brillant, subtil et élégant jeu de mots. C’est pas faute d’avoir insisté lourdement, pourtant…













