Le blogue d'Edmond Prochain

3 mars 2012

Tête à lectures

Filed under: Tout-venant — Edmond Prochain @ 16:11
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Je suis entré pour la première fois dans cette petite église du sud de la France un dimanche soir d’une fin de mois d’août, après avoir roulé toute la journée. Il faisait chaud. Et je ne le dis pas seulement pour faire un effet de style avec une phrase factuelle et très ramassée juste derrière une séquence sensiblement plus longue et avant d’enchaîner avec une autre phrase longue ; non, en réalité, j’avais même noté ce jour-là des pointes absolument indécentes en terme de température et de degré d’humidité. Il faisait donc très chaud, même si je commence à réaliser que mes tentatives d’effets de styles sont moisies, dans la mesure où cette information n’est absolument pas pertinente pour la suite… Bref : j’étais dans une région inconnue, une ville inconnue, une paroisse inconnue, j’étais moi-même un inconnu et en plus j’avais trop chaud, et le prêtre s’est dirigé vers moi d’un air décidé pour me demander si j’accepterais de faire la deuxième lecture.

Dans cette autre église que je connais un peu mieux, plutôt dans l’ouest et plutôt à l’automne, mais où je n’avais pas remis les pieds depuis bien sept ans, les habitués se saluaient poliment de la tête, d’un bout à l’autre de leur banc. Il y avait là déjà toutes sortes de crânes : des boucles blondes, des dégarnis, des cendrés, des blanchis, des longs, des ras, des lisses, des hirsutes, des soyeux, des gras, des couverts, un rouge pétaradant. Certaines assemblées chrétiennes sont comme des vaisselles dépareillées : on se dit d’abord qu’elles ne ressemblent à rien, qu’elles ne sont pas présentables, et puis on oublie complètement au moment de passer à table. En tout cas, celle-ci ne ressemblait pas à grand chose, et le prêtre était un peu taillé du même bois, improbable et touchant. Si touchant, même, que c’est à mon épaule qu’il est venu le manifester juste avant le début de la messe : je ferais bien la première lecture, n’est-ce pas ?

Cette fois-ci, je l’ai senti dès que je suis entré. Petite église de petit village, aussi blanche de pierres que de paroissiens. A peine un pied posé dans la nef, la responsable de la liturgie (pourtant occupée à ralentir encore la chorale, des fois qu’il resterait encore un peu de rythme dans le chant qu’ils répétaient alors) a posé son œil d’aigle sur moi. J’ai senti par anticipation ses serres se refermer sur mon dos pour m’entrainer contre mon gré jusque dans son nid – autrement appelé ambon. J’avais raison : quelques minutes à peine plus tard, juste le temps d’expédier un sanctus deux tons en-dessous (je suis taquin, mais en réalité assez admiratif du dévouement d’une telle femme, même si mon oreille saigne un peu – je parle de mes oreilles au singulier parce que l’autre s’est déjà suicidée), la voilà qui fond sur moi et me lance, nasillarde : "Un peu de jeunesse, ça va nous faire du bien pour la lecture !"

Je n’y peux rien : j’ai une tête à lectures.

Avec les années, il aura bien fallu me rendre à l’évidence : je suis le genre qui plaît pour une lecture improvisée. Un "aspirateur à grands-mères et à curés", comme disait ma sœur autrefois (aujourd’hui, elle niera en bloc avoir jamais rien affirmé de tel, c’est évident). Il suffit que je débarque dans une paroisse pour que – crac – l’irrépressible envie de me confier une lecture s’impose dans l’esprit de quelques autochtones comme l’idée de l’année pour meubler la liturgie. C’est valable partout, sauf chez moi. Car curieusement, je n’ai  jamais tant de succès que dans des paroisses où je suis un parfait inconnu.

Bien sûr, cette situation a quelque chose de flatteur. Mais pas que. Je passerais volontiers sur le fait qu’elle dérange régulièrement mon désir tout naturel et très catholique de pantouflisme eucharistique : c’est vrai, j’aime bien me cacher pendant les célébrations, mais je prends avec philosophie les coups de pieds dans le fondement que constituent ces demandes bien innocentes. Après tout – me dis-je en souriant et en moi-même… Pourtant, vient toujours une crainte sensiblement plus profonde : moi que l’on vient solliciter pour lire la Parole, est-ce que ce n’est pas au détriment de quelqu’un dont le désir secret serait qu’on le sollicite, un jour ? Un habitué tellement fidèle et timide qu’il ferait partie des chaises, et à qui personne ne demande jamais rien pour ne pas le déranger et devoir faire sa connaissance, alors qu’être dérangé ne le dérange pas ?

J’en frémis. (Oui, c’est le retour de l’effet de style moisi du début de ce billet.)

Et même si je me plie souvent de bonne grâce à la montée au micro, je trouve parfois – comme tout le monde – de bonnes grosses excuses des familles pour ne pas avoir à me décoller de mon banc. Car au rang des techniques pour ne pas sortir du rang, ma boîte à outils recèle quelques stratagèmes habiles. Et je ne parle pas seulement de la bonne vieille méthode de l’imperturbable abîmé en prière au moment où passe le rabatteur ; c’est un classique, mais la montée du sans-gêne dans la population de notre pays le rend de moins en moins efficace. Au contraire, préférez la tactique – dite – de Judas, elle-même très efficace : quand on s’approche de vous pour vous demander si vous accepterez de faire une lecture, répondez avec négligence en désignant votre voisin : "Moi non, mais lui oui." Évidemment, il faut venir à la messe avec un ami (ou un parent), mais c’est assez imparable. Autre subterfuge qui a fait ses preuves : l’accent étranger à couper au couteau et le français épouvantable qui va avec. Si ce rôle est joué avec suffisamment d’aplomb et une mine d’incompréhension absolue de ce qu’on vous demande, il s’avère très difficile à détecter. Pour peu qu’on ne la ramène pas trop ensuite durant les chants et les répons. Mais la technique la plus efficace pour se dérober au moment de se faire refourguer une lecture est encore probablement celle qui consiste à répondre en se composant un visage confus : "Je veux bien… mais je ne sais pas lire…" C’est très fort, mais il existe tout de même un risque : celui de se retrouver avec un panier de quête en lot de consolation !

Un mot enfin, avant de refermer ce billet foutraque et inutile, sur les différents profils de lecteurs qu’on retrouve généralement dans les assemblées. Comme une longue et minutieuse étude des spécimens peuplant les églises m’a permis de le constater, en effet, les lecteurs se répartissent en différents rôles plutôt universels et généralement très bien définis. Citons donc quelques uns des plus fumeux fameux :

Vito Corleone. Ce personnage a l’amusante particularité d’être totalement inaudible. On ne sait pas trop s’il s’adresse aux chauves souris de l’église par ultrasons ou s’il soigne sa laryngite, mais personne ne pipe mot à ce qu’il crachote, même l’oreille collée aux hauts parleurs (qui, il faut tout de même l’avouer, ne marchent pas).

Sarah Bernhardt. "La Parole de Dieu est vivante" : celle-là a tellement bien intégré cette idée qu’elle s’emploie à restituer toute la beauté du texte par mille intonations et changements de voix. Mais comme l’assemblée est à peu près aussi apathique que le Théâtre du Châtelet un soir de cérémonie des César, elle récolte rarement les applaudissements recherchés pour sa prestation.

Droopy. Sorte de cousin en miroir de Sarah Bernhardt, en voici un qui sous-joue systématiquement tout ce qu’il a à lire. Et non seulement il lit d’une voix monocorde, mais en plus cette corde unique semble faite pour qu’on puisse se pendre avec, tant sa voix est déprimante.

Oompa Loompa. Personne, fort heureusement, ne lui reprochera d’être plus petit que la moyenne (personne n’oserait – n’est-ce pas, les deux ou trois qui ricanent au fond ?). En revanche, cette information, depuis le temps, a peu de chances de lui avoir échappé. Et dans la mesure où cet individu fait une lecture toutes les deux ou trois semaines, il est peu concevable qu’il n’ait toujours pas compris comment réajuster l’orientation du micro lui-même.

Averell Dalton. Est-ce une faim brûlante qui lui donne cette envie furieuse de dévorer le micro ? Toujours est-il que l’énergumène ressent un besoin irrépressible de coller sa bouche à l’appareil, pensant probablement être ainsi mieux entendu, alors que l’objet est réglé pour capter le son dans des conditions optimales à 10 centimètres au moins…

Rachida Dati. Son truc à elle, c’est le gros lapsus bien gênant au milieu du texte. Parfois, c’est amusant et mignon, parfois beaucoup moins. Par exemple, les disciple qui "conduisent l’ânesse à l’ânon", alors que ça devrait être "l’ânesse et l’ânon", ça peut faire désordre. Mais le plus amusant, c’est que cette personne n’est souvent pas aidée par les textes à lire, et se retrouve avec des cas d’insanités bibliques telles que : "comme se dissipe la fumée" (Ps 68), "le loup et l’agneau paîtront ensemble"  (Is. 65) ou "la foi d’Eunikè ta mère" (2Tim 1). Le seul souci, en fait, c’est qu’elle s’en rend compte.

Clotaire. C’est un fait : Clotaire est le dernier de sa classe. Dès lors, QUI a eu l’idée brillante de lui confier cette lecture ?

Chevalier Bayard. Sans honte mais pas sans reproches, il est bien décidé à rentabiliser jusqu’au bout son abonnement à Prions en Église. Notre homme s’avance donc à l’ambon avec son livret, et ne lira pas la Parole sur un autre support ! Rien ne lui fera entendre raison (pas même le fait qu’une fête locale ait pu modifier ponctuellement la liturgie).

Philip K. Dick. Son truc à lui, c’est l’anticipation. Il n’aime rien tant qu’aller faire un bond dans l’avenir pour en rapporter les textes de la liturgie que nous n’entendrons pas avant quelques jours ou quelques semaines. A noter toutefois que ce profil est généralement combiné avec un autre évoqué précédemment, ce qui permet d’en profiter deux fois plus longtemps, grâce à la correction de page au milieu de la lecture.

*

Image d’illustration : Saint Pierre applaudi pour ses qualités d’orateur, lors d’un meeting à Jérusalem.

26 mai 2011

D’une cigale à quelques fourmis

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 17:11
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La Cigale,
ayant bien pétitionné,
Se trouva fort entendue
Quand le vote fut venu :
Ses petits amendements
Passèrent sans incident.
Elle criait pourtant encore
Sur la Fourmi, sans effort,
Et sans même se soucier
Que le débat fut passé
Sans trop de sombres nouvelles.
"Je vous supplie, disait-elle
(Contre tout entendement),
D’adopter l’amendement !"
La Fourmi s’interrogeait :
Qu’avait-elle fait, jusque là,
Sinon bien voter la loi
Comme on le lui demandait ?
Se tournant vers les plaignants
Elle dit, entre parenthèses :
"Vous signiez ? j’en suis fort aise.
Mais remerciez, maintenant !"

*

Je ne crois pas me souvenir que la mini web-série "La part du catho" ait jamais sorti un épisode intitulé "Le catho pétitionnaire"… C’est dommage : ça manque un peu. Parce qu’il faut bien avouer que c’est une habitude assez répandue chez les grenouilles de bénitiers, d’aller croasser en groupe à coups de signatures sous des textes écrits par d’autres. Ça, et le copier-coller de mails types envoyés à des élus ou des entreprises, généralement pour beugler protester. Je ne sais pas si c’est parce que le Christ aimait à parler de son troupeau et de ses brebis, mais le fait est que le catholique lambda a un instinct grégaire très sûr.

Ces derniers jours, la révision des lois de bioéthique était de retour à l’Assemblée. Pour le dernier round à la Chambre, après un premier passage et un petit tour catastrophique au Sénat. Alors, ça n’a pas loupé : qui dit bioéthique dit enjeu de société, et qui dit enjeu de société dit catho en colère (ou presque). Qui dit catho en colère dit… allez, devine… non, vraiment pas ? tss, tss… Qui dit catho en colère dit : catho pétitionnaire ! (C’était pourtant facile.) Faut dire aussi que s’il y a un truc qu’on apprend très tôt au catéchisme, c’est bien à (se) signer…  Note que je ne suis pas contre a priori l’idée de signer des pétitions. C’est même une idée intéressante et, de toute façon, c’est toujours plus constructif que d’aller démolir un cadre à coups de masse – pour prendre un exemple purement théorique qui ne renverrait à aucun événement précis. Mais le catho de base, le modèle générique, le croyant standard (attention : je suis en train de généraliser) a tout de même une façon assez irritante de signer des trucs sans trop se renseigner sur la véracité de l’objet de son ressentiment, voire même souvent parfois sans prendre la peine de regarder qui a vraiment écrit le texte au bas duquel il appose son auguste paraphe.

En l’occurrence, quand c’est la Fondation Lejeune qui régale, on voit plutôt bien d’où ça vient. Reste que j’aimerais assez que les nombreux contacts qui m’ont encore envoyé depuis ce matin des messages m’invitant à signer un manifeste contre l’eugénisme se renseignent un peu avant de faire suivre le lien et le texte comme un seul homme. Pourquoi ? pour une raison simple : l’examen du projet de loi s’est achevé la nuit dernière à l’Assemblée nationale. Et l’amendement déposé par Jean Léonetti (que la Fondation Lejeune suppliait donc les députés d’adopter – cf. le texte de la pétition) a été voté. Il paraissait d’ailleurs assez peu douteux qu’il le soit, dans la mesure où il était présenté par le rapporteur de la commission spéciale lui-même, et soutenu par le gouvernement… Mais bon, pourquoi pas : il y en a qui aiment se faire peur avec des films d’horreur, d’autres avec des textes législatifs.

Alors, mes petits agneaux, par pitié : arrêtez de faire circuler le texte ! C’est bon, c’est fini, tout est bien qui finit bien, the end, basta, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, toussa… Et de grâce : foutez maintenant la paix aux parlementaires, arrêtez de les harceler avec ça ! En continuant à diffuser un truc sans prendre la peine de faire des vérifications minimales – et au demeurant très simples – vous nous faites tous passer pour des guignols. Merci.

Et tant que j’y suis, un autre point : j’apprécierais assez grandement à titre personnel que tous ceux qui ont su trouver le temps d’écrire à leur député pour lui mettre la pression avant le vote sachent en trouver encore un petit peu pour réécrire à leur députer et le remercier. Histoire que les catholiques ne soient pas seulement ceux qui râlent, mais aussi ceux qui savent faire preuve de reconnaissance quand ils ont été entendus.

Dernier point, mais peut-être le plus important de ce billet à mes yeux. Je me suis permis, dans un récent article, de citer les étranges absences de Jean-Marc Nesme en commission ou dans l’hémicycle. Ce que j’ai dit, je n’en retire pas une virgule : la question de la cohérence que je soulevais me paraît toujours valable. Il n’en demeure pas moins que mon but n’a jamais été de le montrer du doigt pour le condamner. Aujourd’hui, de même que j’invite à remercier les députés, je constate que M. Nesme a répondu à l’appel du vote des articles de la loi, hier et avant hier. Je tiens donc à le signaler, et à le remercier pour sa présence et son action.

Tant que j’y suis, je salue également Xavier Breton, dont je sais qu’il a accompli un travail de fourmi qui aura fini par porter du fruit. Même si ce fruit restera "mince, frustrant, sans doute infime et dérisoire" aux yeux de certains. Merci à lui, et merci à tous les parlementaires – chrétiens ou pas – qui se sont battus pour faire entendre leurs convictions.

D’une cigale (blogueuse) à quelques fourmis (politiques) : merci !

9 mai 2010

S’asseoir derrière

Filed under: Clin d'oeil — Edmond Prochain @ 15:04
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Petite distraction à la dominicale, cette semaine. Je précise quand même que j’étais à l’heure, impeccablement à l’heure, et même qu’il est rarissime que je sois obligé d’aller me carrer discrètement dans la deuxième partie de la nef. Ce qui ne m’a pas empêché de sourire en voyant que la population derrière moi avait plus que doublé pendant la première lecture. On ne refera pas nos paroisses sur ce point-là, j’en ai peur… Je connais même des curés qui ont perdu une bonne part de leur espérance dans cette bataille !

Alors voilà : je me suis presque retrouvé à fredonner du Souchon apocryphe en pleine messe (mais rassure-toi : j’ai quand même attendu d’être sorti pour m’attaquer aux couplets).

Tu verras, tu penseras à moi dimanche prochain, quand tu regarderas ta montre avant de passer le portail… ;-)

*

Refrain :

Tu verras bien, dimanche matin, fatigué,

J’irai m’asseoir sans trop me faire remarquer (hé hé…).

Tu verras bien qu’il n’y aura pas que moi

Assis derrière comme ça !


Couplets :

Le temps de traîner et de p’tit déjeuner,

On se retrouve à courir sur le trajet.

Evidemment qu’on est arrivés en r’tard !

Dis-moi : où on va s’asseoir ?

[Refrain]

Depuis le temps qu’on disait : « Il faut y aller ! »

Avec les enfants pas encore habillés,

J’ai eu beau crier : « En voiture, on pars ! »

Maint’nant, où on va s’asseoir ?

[Refrain]

Pourtant j’ai enfoncé l’accélérateur,

Souri aux païens dans mon rétroviseur,

En priant pour pas réveiller un radar.

Est-ce qu’y a une place quelque part ?

[Refrain]

Sur le parvis on a croisé les voisins :

Eux non plus, ils ne faisaient pas les malins.

Là, c’est sûr que le curé, il va nous voir

Quand on va aller s’asseoir…

[Refrain]

Ma femme soupire, la main dans le bénitier.

Bêtement j’essaie de relativiser :

« On aurait pu arriver à l’offertoire… »

Elle me fusille du regard…

*

Dernière chance pour ceux d’entre toi qui ne connaissent pas cette chanson (finalement assez anecdotique) qu’est "S’asseoir par terre" : ça s’écoute ici. Et maintenant, on reprend tous ensemble…!

25 août 2009

L’Eucharistie affranchie de l’Eglise ?

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 9:08
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Certains peuples ont leurs rituels. On dit par exemple l’Anglais très attaché à la lecture de son journal à l’heure du petit déjeuner. Pour ma part, n’étant pas Anglais (ni Belge, contrairement à des légendes répandues), mais seulement folliculaire, j’ai pour habitude de boire mon café serré au son de la radio matinale. Et hier matin, m’est venue la vision à l’écoute de ladite radio que si j’avais été Anglais, j’aurais probablement pu recevoir bien plus qu’un simple journal pour mon petit-déjeuner…

"By Jove ! (comme disent les Belges) Qu’est-ce que tu racontes, Edmond ? On ne capte rien à cette introduction !"

Soit. Soyons donc un peu plus clair.

C’était lors de la revue de presse. La toute nouvelle chroniqueuse nous avait dégoté une info des plus savoureuse, dans le Guardian pardon : le Gouarediane (je m’appuie sur sa prononciation impeccable de l’anglais…!). Imagine un peu : au pays des gens qui parlent dans les angles, il est désormais possible de recevoir la communion à domicile ! Mais si mon bon môssieur, et par le facteur encore ! Tu veux une preuve ? la voilà. Même que si tu n’as pas la chance de parler la plus belle langue du monde après le français et toutes les autres, parce que je suis quelqu’un de bon qui pense à ses lecteurs (c’est toi), tu peux aussi trouver un résumé en langue vernaculaire.

Alors, qu’y lit-on ? (Tiens, c’est joli, ça : "kiliton"…) Que certains épiscopaliens – grands pourvoyeurs d’idées douteuses devant l’Éternel ! – ont trouvé une toute nouvelle connerie pour faire parler d’eux : envoyer la communion par la poste. Là, c’est clair qu’il fallait y penser, quand même ! Et donc, ils appellent ça "Post the Host". C’est intéressant, ça ; voilà.

Et le pire de tout, c’est qu’il faut bien admettre que l’argument derrière tout ça est très certainement louable : il s’agit de permettre, selon l’Open Episcopal Church, à ceux qui sont éloignés de l’église (le bâtiment, mais du coup aussi l’assemblée de fidèles) à cause de leur âge ou de leur condition physique de recevoir malgré tout la communion. Pour peu qu’ils s’acquittent quand même des frais de port (faut pas déconner, non plus).

L'hostie directement à votre porte : une idée d'avenir ?

La communion directement à sa porte : une idée d'avenir ?

Ce qui est triste là-dedans, c’est que tout épiscopaliens qu’ils soient, ils n’ont pas l’air d’avoir compris que le but de l’Église était justement de réunir l’assemblée du peuple de Dieu – corps du Christ. Et que si certains ne peuvent se joindre à l’assemblée, c’est qu’il nous faut aller les rejoindre là où ils sont. Pas en favorisant une petite religion personnelle de "pain béni" commandé par boîtes de vingt, mais en allant leur porter la communion, pour signifier concrètement qu’ils sont eux-mêmes membres du corps…

Ironie de la chose, c’est exactement ce que m’a vanté ensuite une publicité pour une marque de couleur, qui disait (en substance) : "Il y a certaines choses qu’on ne peut pas faire à distance". Eh ouais. Je sais pas toi, mais personnellement j’aime beaucoup ces petites coïncidences !

J’écarte volontairement ici toute la question sacramentelle et tous les débats qui pourraient en résulter ; non pas par manque d’intérêt, mais parce qu’il me semble important que, puisque l’initiative est née sur un plan strictement humain, on puisse en rester au niveau de l’assemblée pour l’analyser. Qu’on développe des services pour faciliter l’accès à l’eucharistie serait une excellente chose (y compris dans nos paroisses – pas besoin de voir à grande échelle alors qu’on a tous des voisins). J’ai quand même du mal à croire que "poster des hosties" puisse aider à une plus grande… communion.

Mais je suis probablement trop catholique pour les épiscopaliens…

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