Il y a forcément un côté kamikaze à se lancer dans le traitement d’un sujet que Koz a déjà excellemment commenté. Mais je suis un déglingo, alors j’en remets une couche. Eh ouais. Mais j’en profite pour préciser d’entrée que ça ne servira à rien de me dire en commentaire que mon-billet-t-à-moi il est moins bien ; j’en suis conscient, et je crois d’ailleurs que je m’en fous…
Mais entrons dans le vif du sujet.
C’est l’histoire de deux profs de français – des femmes, mais c’est un détail peu pertinent – qui ont fait une funeste découverte en venant gentiment faire les examinatrices au bac de français. Brr, les pauvres… Avec quoi se sont-elles donc retrouvées nez-à-nez ? se demande ici et à juste titre n’importe quel lecteur (on va dire : toi, pour simplifier). Était-ce le cadavre d’un élève de filière S ? Flaubert lui-même déterré par quelque candidat rancunier ? Le nouveau ministre de l’Education Nationale dépecé avant d’avoir pu annoncer sa première réforme ? Pire, les enfants ! pire ! Bien pire !
Il faut dire que les lycées privés recellent parfois de curieuses reliques. Moi-même, j’ai vu dans celui dont j’ai ciré les bancs avec mes fonds de culotte un vrai squelette d’origine inconnue (selon la légende) et même un cerveau humain conservé dans du formol. Soit du bizarre classique et du dégueu ordinaire.
Mais à Choisy-le-Roi, on ne fait pas dans ce genre de curiosités. Au lycée Saint-André, on frappe fort. On exhibe aux yeux de tous des horreurs, des vraies. On suspend sur les murs… ça :

Oui, c'est bien une croix ! (J'affiche la même que Koz pour accentuer sa campagne de publication de croix sur faycebouc.)
C’est insoutenable, je sais. Imposer au regard de tous de tels instruments de torture, alors même que pour beaucoup de bacheliers l’oral de français s’apparente déjà à une torture (moi, perso, j’avais eu une bonne note), c’est inhumain. Dégradant. Totalitaire, même. Et je pèse mes mots.
D’ailleurs, je pose la question : qui s’attendrait à trouver ce genre d’objet dans un lycée privé catholique ? C’est vrai, ça : Qui ?
Heureusement, seules pour se lever contre ce cabinet d’épouvante qui aurait fait frémir Barbe-Bleue lui-même, nos deux enseignantes ont enfilé leurs costumes de justicières de la laïcité et exigé le retrait des scandaleux symboles d’aliénation intellectuelle (pour info : elles ne l’ont pas obtenu). Je tiens tout de même à préciser ici, afin que les manuels d’histoire n’ignorent pas ce détail quand on reparlera de ce grand jour pour la résistance à l’obscurantisme, qu’elles l’ont fait au mépris de toutes représailles du lobby judéo-maçonnique des légions du pape (les fameuses). La liberté d’expression a donc fait un grand pas. Youpi tralala.
Depuis, le syndicat enseignant SNES-FSU s’est fendu d’un communiqué pour protester aussi, parce qu’il n’y a pas de raison que deux profs isolées récoltent toute l’attention médiatique. Il a bien fait, à mon avis, parce que ça permet de faire vivre un peu son site internet. Et probablement d’augmenter un peu le trafic, ce qui est toujours bon à prendre à l’heure des vacances scolaires. Il n’y a pas de petits profs profits.
A la place du directeur de l’établissement, je pense que j’aurais demandé si je devais aussi me débarrasser des pieux et des gousses d’ail gardés dans les placards pour compléter l’attirail de défense en cas d’attaque de personnes aux dents longues. Mais le gars a vachement plus d’humour que moi, puisqu’il a répondu (sans rire) :
“Il est difficile de retirer tous les signes religieux d’une école catholique.”
Et il faut bien reconnaître que, bon, c’est pas con. On ne le dit pas assez, en tout cas. Si ça se trouve, l’an prochain, nos deux héroïnes de la liberté d’expression reviendront réclamer que le lycée Saint-André soit rebaptisé “lycée Dédé-le-Bon-Gars” le temps des épreuves du bac. Parce qu’il ne faudrait quand même pas que les pauvres petits élèves si influençables n’entrent en contact avec le moindre signe religieux. T’imagines : des fois que ça les convertirait ! Nos malheureuses examinatrices porteraient la responsabilité de ce drame, et pourraient même être accusées de non-assistance à personne en danger.
En attendant, la Direction des Affaires juridiques a été, nous dit-on, “saisie“. On la comprend : il y a de quoi être drôlement choqué par cette sale affaire. Tss, tss…