Le blogue d'Edmond Prochain

12 novembre 2009

Nazareth

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 22:00
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nazarethL’air de rien. Ce sont des jours qui se traînent, avec leur lot d’heures dénombrables et d’heurts indénombrables ; de ces minuscules contrariétés qui arc-en-ciellent un quotidien à force de nous en montrer de toutes les couleurs.

Des réveils importuns et lourds, une froidure nouvelle de l’autre côté de la couette, des pommeaux de douche échappés qui s’écrasent sur des orteils mal réveillés. Des transports bondés ou des écharpes qui grattent ; un coup de pied involontaire au détour d’une rue. Des trottoirs souillés par des soirées étudiantes. Un dossier qui se trouve en retard à force d’urgences, une commande qui n’arrive pas, des enveloppes qui ne collent plus et la Poste qui ferme bientôt. Des autorisations chiffonnées, des coups de fils agacés, des questions de dernière minute qui remettent en cause les dernières heures passées. Une eau qui a un goût bizarre. Quelques courriels trop secs pour être agréables ; deux ou trois conversations “mises au point” à la chaîne (quelques larmes sitôt esquissées, sitôt effacées). Une messe à laquelle on n’arrivera jamais. Un coup de fil, un texto, une remarque qu’on ne saura pas comment prendre. Un déménagement : cartons de livres trop gros, coin de meuble légèrement abîmé dans la camionnette, visions différentes du rangement, canapé qui ne passera jamais dans l’escalier mais qui finit par passer malgré tout. Bref calcul pour s’apercevoir qu’on est en train de dépasser le poids maximum de l’ascenseur ; à trois. Sommeils écrasés. Au milieu de tout cela, un livre terminé qui n’a pas encore trouvé de remplaçant. Du chauffage, pour la première fois de l’année. Toujours pas eu le temps d’aller refaire des photos d’identité.

Passé un certain âge, il y a des personnes qui ne répondent plus “Ça va”, mais “Ça se maintient”. J’aime bien l’idée.

Évidemment, toutes ces couleurs seraient salement mélancoliques si elles n’étaient pas nuancées par un peu de profondeur. Appelons cela des ombres portées.

La lumière blanche et claire de l’hiver, qui révèle le jour et les contours. Le plaisir des lampes, en fin d’après-midi, des éclairages qui étoffent l’air de halos doux et réguliers. Un couteau suisse retrouvé, un rire d’enfant si particulier, un défaut de prononciations que l’on ne sera pas pressé de corriger. Jus d’orange, thés glacés, tisanes, cafés, kirs, bordeaux et San Pelegrino. Des signes d’achat d’une nouvelle paire de chaussures ; quelques fins de journées flânées d’une librairie à l’autre, sans perdre l’espoir d’y débusquer une envie ou une curiosité. Un long texte qui échoue dans la boîte aux lettres et déroule une histoire sans fioritures, terrible et fidèle. Le plaisir d’un stylo neuf, une lettre inattendue soudain indispensable. Un geste de dépouillement ordinaire, qui se donne dans toute l’humble violence de sa gratuité. Au terme d’une journée de travail et d’échanges, remerciements contre gratitude. La paroi brûlante d’une tasse de café, alors qu’on découvre une réponse qu’on n’espérait plus, et le sourire de ceux qui savourent ce moment. Gâteaux de chez Picard ; épinards. Des sifflements dans la bouche du fleuriste, en passant. Une satisfaction inédite devant un travail accompli, en contemplant le résultat, accompagnée de ce picotement de fierté que ne remarquent que ceux qui n’en abusent pas pour eux-mêmes.

Parfois, au quotidien, je ne sais plus bien où j’en suis. Dans ces moments-là, je me souviens que Dieu se fait tout petit à côté de moi, qu’il est le Dieu de l’extraordinairement ordinaire, le Sauveur de tout cela. Alors je me rappelle : je suis à Nazareth.

22 octobre 2009

Pensée pour aujourd’hui XVII

Classé dans : Tout-venant — Edmond Prochain @ 21:27
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Dieu ne nous aime pas pour ce que nous sommes ; il nous aime parce que nous sommes.

(Et pour que nous soyons, aussi.)

6 octobre 2009

53 coups de pouce (et plus si affinités)

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 21:57
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chapeletMoi non plus, je ne sais pas prier. Parce que je suis le dernier d’une longue série de disciples mal embouchés qui font rien qu’à réclamer des techniques et passeraient facilement plus de temps à se demander s’ils “font bien” qu’à faire, tout simplement. Voire même – encore plus simplement – à se laisser faire.

La solution nous a pourtant été donnée, puisque la question fut posée une bonne fois pour toutes par un disciple que Luc n’a pas vu l’intérêt de nommer : “Seigneur, apprends-nous à prier”… Le résultat, c’est la plus simple des prières ; la plus directe, aussi, avec un subtil équilibre d’exigences (pour soi-même) et de demandes (à Dieu). On n’a pas encore fait mieux. Normal, vu l’auteur.

Il y a pourtant une façon de l’améliorer sensiblement, ce bon Notre Père : c’est de le garnir de gros bouquets de Je vous salue, Marie. Et là, j’entends tous les parpaillots de mon entourage (y’en a) gémir et crier au sacrilège ! C’est pour ça que je leur réponds d’emblée : “Faites ch…” Au moins, c’est dit et je peux continuer à être d’accord avec mon avis ; que je partage, soit dit en passant. S’il est vraiment besoin de le dire, quitte à dire de grosses banalités pour certains, l’Ave est bien moins une prière à Marie qu’une prière par Marie. Même que c’est pour ça que je l’aime bien aussi, celle-là : parce qu’on a tous un jour été un gamin qui, timidement, n’osait pas trop aller demander un truc à son père, et qui préférait demander à sa mère de se faire l’intermédiaire. Histoire de mettre un peu de douceur dans la requête. Les enfants timides sont des roublards. Les cathos aussi, et ils ont bien raison.

Mais entourer les Notre Père de gros bouquets, disais-je. Question bouquet, je conseille la dizaine ; et tant qu’à faire, les offrir par cinq (avec une petite amorce de trois pour un, histoire de compléter le tout. C’est très joli, et ça tient dans la poche. Et ça va avec tout : un brin de marche, une pointe de métro, un soupçon d’ennui en réunion…

Le Je vous salue, Marie ? un simple petit coup de pouce. Au sens propre comme au figuré, c’est ça qui est le plus beau.

30 juin 2009

C’est pas ma faute !

Classé dans : Clin d'oeil — Edmond Prochain @ 14:38
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Tu risques d’être drôlement surpris, mais en fait je suis un gars hyper-faillible. Un truc de fou : ça m’arrive vachement souvent de faire un truc pas bien quand je voulais faire un truc chouette, ou même de pas faire un truc cool alors que je voulais vraiment le faire. Comme disait (mieux) l’avorton.

Mais tout ça, bah c’est pas ma faute, d’abord ! Ou si peu.

sempe-peche

Merci à David qui m'a remis cette petite perle en mémoire ! (Clique pour lire la légende.)

En plus, eh bah quand on est catho c’est plutôt un avantage d’être un sacré charlot, du genre bras cassé de chez mal foutu. Pour de vrai : ça peut mener loin. Très loin. Et c’est pas tous ceux-là qui vont dire le contraire :

Là, je sais, faut une certaine qualification en anglais pour comprendre… Mais en résumé pour les plus chauvins d’entre toi, il suffit que tu comprennes que Dieu se sert la plupart de temps de gros tocards pour faire sa volonté. Et en plus, ça marche !

Ce qui m’amène à la conclusion de ce billet : je suis un charlot… youpi tralala !

22 juin 2009

Le vent est de retour

Classé dans : Actu — Edmond Prochain @ 10:06
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Quand j’étais enfant, je jouais parfois avec des petits moulins à vent ; tu sais, ces trucs colorés accrochés au bout d’une tige, comme des fleurs, et qui tournent. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas toujours du vent. Alors parfois il fallait le chercher, et la magie de l’enfance, c’est qu’on le trouvait, le vent : il suffisait de courir pour le rattraper ! Et le moulin tournait.

Ensuite j’ai un peu grandi et j’ai commencé à faire un peu moins gaffe au vent. Mais j’ai découvert une autre façon de le trouver quand il se cachait (et même que j’étais vachement fier de moi) : je mouillais mon doigt et je le levais. Ça me faisait sentir le sens des courants d’air. Et j’aimais bien ça, je crois.

Le truc avec le vent, en fait, c’est qu’à part les bourrasques et les tempêtes, et à part quand on est enfant aussi, on se rend jamais trop compte s’il est là ou pas. On croit qu’il est parti, un peu.

Et puis hier, j’ai pris le train. Le paysage défilait drôlement vite. Ah ouais, parce qu’il faut que tu saches que je continue de considérer que quand tu voyages, c’est le paysage qui se déplace ; la preuve, c’est que moi je bouge pas. D’abord. Or donc voilà, toussa, à côté de mon train y’a de grosses éoliennes qui sont passées. J’ai bien regardé les arbres autour : ils bougeaient pas, y’avait pas de vent. Et pourtant elles tournaient. Donc y’avait du vent. Un peu. Le même vent que je croyais parti, en fait, il était resté. Voilà. Il suffisait de quelques éoliennes pour rendre témoignage au vent. Le vent était de retour.

A ton avis, Don Quichotte il l'aurait attaquée, celle-là ?

A ton avis, Don Quichotte il l'aurait attaquée, celle-là ?

Si je te raconte tout ça, c’est pour que tu fasses pas de blague toute pourrite sur le titre du bouquin dont au sujet duquel je veux te parler. Ça s’appelle Dieu est de retour. (Nan, en vrai, il était pas parti – essaie de suivre, je te jure, c’est fatigant parfois…) C’est écrit par un ami qui s’appelle Jean-Baptiste Maillard, mais c’est pas que pour ça que j’en parle. Quoique, un peu quand même. Mais pas que.

En dédicace, JBM m’a écrit :

“Nous partageons le même souci de l’évangélisation. Puisse ce livre t’encourager dans ton apostolat sur internet, autour de toi et loin de toi !”

La question, donc, c’est qu’il est urgent d’annoncer notre foi dans le monde. Pourquoi c’est urgent, tu te demandes ? Faut que tu lises le livre pour savoir ! (Je fais du suspense pour vendre un peu, t’auras noté.) La vraie question, alors, c’est que la mission laissée par le Christ aux apôtres, c’est l’affaire de tout le monde aujourd’hui. Chacun à sa place, chacun a sa place. Et cette enquête le montre bien, en brassant à peu près tous les domaines : professionnel, générationnel, confessionnel, sensibilitionnel, toussa.

JBM, il dit des trucs énergiques et parfois un peu grosmotisés, du genre : “Le monde crève la gueule bouche ouverte, le monde meurt. Et que faisons-nous pour voler à son secours ?” Mais il a pas tort, et je dirais même plus : il a raison. Et puis JBM, aussi, il parcourt la France à la rencontre de tout plein d’évangélisateurs tous plus tarés les uns que les autres, et pourtant humains. Au final, il fait un sacré recueil de bonnes idées.

C’est un peu Tintin et les Sept dons de l’Esprit, en fait.

La couverture est jolie (c'est toujours plus sympa au moment de l'afficher sur son blogue).

La couverture est jolie, non ?

Après, évidemment, je pourrais lui reprocher d’avoir un peu poussé le principe du panel trop loin, de zapper d’un sujet à l’autre sans que le rapport soit toujours évident, de présenter des initiatives d’inégal intérêt à mes yeux, d’avoir casé sa femme dans les témoins interrogés alors que moi-même pas (tu me diras, ça m’a évité de lui dire non !), ou encore de taper parfois un peu trop dans un milieu que je reconnais trop facilement, où je connais un peu trop de noms pour être totalement surpris. Je pourrais lui reprocher ces choses, sauf qu’en vrai il arrive toujours à dépasser ces petites caricatures passagères pour revenir à quelque chose de plus essentiel. Le Christ, en l’occurrence. (Ça devrait toujours être l’occurrence.)

Sans compter qu’au-delà de cette essence-là, JBM a le bon goût, tout le long de son enquête, de ne pas se positionner en réactions aux initiatives passées (et parfois encore présentes) de l’Église en France. Ce parti-pris, sage et très juste, de la continuité tout en réclamant un souffle nouveau, un paragraphe l’illustre bien :

“Il ne suffit pas que l’Église de France “prenne à bras le corps les questions de société”, comme on l’entend souvent. Ni qu’elle réfléchisse à la question de sa “présence au monde” ou de sa “visibilité”. Être présent est nécessaire mais insuffisant sans l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. Le plus urgent est que l’Église de France se jette sans plus attendre dans cette évangélisation de nos contemporains. Cette évangélisation, rappelons-le, n’est pas un volontarisme ou un activisme. Mais toutes les activités des chrétiens doivent être ordonnées à l’annonce du Christ , comme nous l’a rappelé Benoît XVI en France. Oui, il faut évangéliser la France. Alors qu’attendons-nous ? Si nous nous lançons résolument dans cette évangélisation, alors oui, l’Église sera vraiment présente dans notre société, et le Christ dans le cœur de chacun.”

Mais sans rire, il faut lire Dieu est de retour. Et pas que parce que c’est le livre d’un copain. Il faut le lire parce que ce livre présente plus de visages de cathos engagés que ce que certains croient qu’il reste de cathos dans l’Église. Il faut le lire, aussi, parce que quand on est dans le train à regarder les éoliennes avec le livre posé sur la tablette devant soi, il interpelle les gens qui passent :Dieu est de retour… Ah bon, il était parti ?”

Nan, en vrai, il était pas parti.

12 juin 2009

L’Eucharistie une fois l’an

Classé dans : Médias — Edmond Prochain @ 20:02
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Dimanche, c’est la Fête-Dieu. Si ça c’est pas de l’info solide et vérifiée, je veux bien aller nettoyer Montmartre ou Fourvière avec une brosse à dents, moi. Et donc, fort de cette grosse actu que je viens d’asséner avec l’aisance qui sied à mon métier de folliculaire (on dit aussi “chien”, mais c’est encore moins gentil), je peux ouvrir ce billet sous un resplendissant ciel d’information éclatante. C’est un minimum.

Je m’en vais d’ailleurs fêter ça avec la narration tendre d’un souvenir ému (l’inverse marche aussi).

Nous sommes en août 2006. Sous un soleil écrasant et une climatisation enrhûmante, je me laisse porter par le cahot des rails vers une destination au sud, chaque seconde plus au sud. Ma valise est étendue silencieuse au-dessus de ma tête, un petit sac complémentaire s’est réfugié sous mon siège, je m’affale un peu plus et j’ouvre un bon magazine acheté à la gare juste avant le départ. Le trajet s’annonce bien.

J'aime bien cette image, tiens.

J'aime bien cette image, tiens. Alors je la mets.

Et soudain… (ça fait toujours bien de relever un peu le suspense,) soudain, je bondis sur mon siège et en moi-même ! Quoi ? que lis-je ? Horreur ! Sous mes yeux, en marge d’un article – par ailleurs pas si mauvais, de mémoire – consacré à je-ne-sais-plus-quel-aspect de l’Église, s’étale ce petit encadré qui explique fièrement quelques mots de vocabulaire. Parce ça fait toujours bien de mettre des compléments en encadré à côté d’un article. Ainsi, je lis :

“Saint-Sacrement : autre nom de l’eucharistie. Pour les catholiques, l’Esprit saint descend dans l’hostie consacrée au cours de la messe: c’est le miracle de la transsubstantiation, lorsque le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. Le sacrement de l’eucharistie est célébré lors de la Fête-Dieu (qui a lieu soixante jours après Pâques). Procession du Saint-Sacrement.”

T’as bien lu : les catholiques ne célèbrent l’Eucharistie qu’une fois par an ! Le plus amusant, c’est que la formulation est curieuse, mais l’explication pas complètement fausse. Sauf que. Quand même. J’en ai tellement ri que je n’arrive toujours pas à vraiment en vouloir à ma consœur ; elle m’a quand même éclairé le voyage avec cette petite ânerie toute mignonne.

Voilàvoilà. C’était le récit ému d’un souvenir tendre (l’inverse marche aussi, je t’avais dit).

17 mai 2009

Tout s’explique…

Classé dans : Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
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Bon sixième dimanche de Pâques, dans la joie de la Résurrection ! Les lectures du jour, c’est par là.

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Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

24 avril 2009

Pensée pour aujourd’hui VIII

Classé dans : Tout-venant — Edmond Prochain @ 15:55
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Le problème de l’homme contemporain, c’est qu’il voudrait avoir le Bon Dieu sans concession.

29 mars 2009

Parabole mal réglée ?

Classé dans : Bédés — Edmond Prochain @ 6:00
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Grand retour de la bédé cette semaine. Avoue que t’as eu un peu peur que je me dérobe encore une fois…

Bon cinquième dimanche de Carême ! Les lectures du jour, t’as pas oublié le principe ? C’est par là.

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Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

11 mars 2009

Et la lumière fut.

Classé dans : De rien — Edmond Prochain @ 18:51
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Il y a certains événements de la vie qui te font comprendre subitement que l’existence de Dieu ne saurait en aucun cas n’être qu’une vague hypothèse. Des circonstances durant lesquelles le doute n’est plus permis et où il te faut humblement te rendre à l’évidence en admettant l’indiscutable. Pour moi, ce moment fondateur de l’existence a eu lieu hier soir.

A choisir, j’aurais bien aimé un décor classe pour l’instant où m’aurait été révélée la présence du Très-Très-Très-Haut à mes côtés. Un genre de Notre-Dame de Paris, façon Paul Claudel et en toute sobriété. Tu vois ? Un de ces endroits où, bon, faut bien avouer que ça en jette un peu, sans faire non plus trop snob (Saint-Pierre de Rome me semble un tantinet prétentieux, de ce point de vue). Un décor adapté et puis aussi une date symbolique pour nourrir des anecdotes, toussa toussa. A choisir. Rien d’exceptionnel, à vrai dire.

J'ai mis une photo juste pour aérer le texte. C'est mieux, non ?

J'ai mis une photo juste pour aérer le texte. C'est mieux, non ?

Sauf que là, va bien falloir admettre que le “Moment Zéro” (avec deux majuscules, pas comme dans “nouvelle évangélisation”) de ma vie, l’heure à célébrer avec moult Gloria et autres Danses des canards, c’est arrivé alors que j’étais bêtement dans ma piaule. Pas de bol. Dieu a beau aimer chacun personnellement, je le soupçonne quand même d’en aimer certains personnellement plus que d’autres… En deux mots : Il abuse ! Je le dis d’autant plus facilement que comme il m’a fait un gros “coucou” hier soir, on est un peu copains comme cochons, maintenant.

Bref.

Je reviens une seconde sur le titre de ce billet, parce que figure-toi qu’il est brillant (et pas seulement parce que cet adjectif me permet de faire un jeu de mots). Brillant, te dis-je ! En effet, outre la référence biblique et l’apport mystique qu’elle confère à ces quelques mots, tu auras noté qu’il se termine par un point, ce qui n’est évidemment pas sans suggérer implicitement mais de façon très fine toute la dimension définitive de la révélation expérimentée hier soir. Et ce, alors qu’il faisait nuit – mais oui ma bonne dame ! Et puis, tant qu’on y est, ajoute à ça le niveau de lecture que je vais ajouter avec la fin de ce billet… tu comprendras sans trop avoir à te casser le tronc que ce titre est effrontément à la limite de la perfection. Quoique, je ne dis pas non plus tout le bien que j’en pense, par pure modestie.

points-suspension

Voilà, voilà… Tu crois que j’ai assez fait durer le suspense pour passer à la conclusion, là ? Parce que, bon, en fait, je vais sécher si faut que je prolonge encore un peu juste pour te faire bisquer.

Allez, je te raconte le miracle. Ouais parfaitement : j’ai bien dit “le miracle” ! Rien que ça ! Donc j’étais dans ma piaule, peinard, en train d’écouter le dernier album des Fatals Picards des chants grégoriens et de manger des fraises tagada de ne rien manger du tout parce que c’est quand même Carême, et puis là, voilà-t’y-pas que d’un seul coup – pouf ! – en voulant allumer ma lampe de chevet l’ampoule fait tic et puis arrête de faire de la lumière. Ouais : carrément ! Alors, moi, tu me connais, je pousse un bon gros juron je rends grâce au ciel pour cette opportunité de prier dans la pénombre, et puis je m’apprête à lire mon bouquin en m’éclairant aux voisins.

Mais soudain (c’est bien, ce genre d’adverbe, pour relancer l’attention), soudain je me dis : “Oh, tiens ! Et si j’allais voir si j’en ai pas une de rechange dans le placard…” Ceux qui me connaissent sauront que cette idée était complètement déconnante, parce qu’il y a aussi peu de chance de trouver une ampoule de rechange (ou n’importe quoi qu’on serait en train de chercher) dans un placard de chez moi que de trouver encore un Granola dans un paquet entamé la veille. Il n’y en a pas, donc.

Voilà l'objet à l'origine du plus important moment de ma vie depuis qu'un abruti a coupé mon cordon ombilical.

Voilà l'objet à l'origine du plus important moment de ma vie depuis qu'un abruti a coupé mon cordon ombilical.

Et ben… devine un peu ce que j’ai trouvé dans mon placard… tu me vois venir ? Mais si, allez : fais confiance à tes intuitions ! J’ai trouvé… J’ai trouvé dans ce placard où il n’y avait aucune chance de trouver une ampoule… une bougie et des allumettes !

Génial, non ? … Sauf que non. Ça aurait fait une trop belle chute, trop profonde et riche en interprétations.

Non, en fait, bah, j’ai juste trouvé une ampoule de rechange. Et c’est ça, le miracle qui m’a fait prendre conscience définitivement de l’existence de Dieu. Parce que si c’est pas Dieu qui a été foutre une ampoule là, je vois vraiment pas qui ça pourrait être.

C’est là que la lumière, elle fut. Indiscutable, certes… mais tellement pas glamour ! Zut !

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