Le blogue d'Edmond Prochain

6 juin 2011

Chronique « ciné & internet » (mais ailleurs)

Pour faire simple et caricatural, j’ai un jour reçu un message du type : « Il est vivant vous a envoyé une demande d’ajout à sa liste d’amis ». Amitié très intéressée, puisque c’était pour un papier, mais amitié intéressante tout de même. La proposition du rédacteur en chef : revoir The Social Network et en livrer une brève analyse pour un dossier consacré à internet, à paraître dans le numéro de juin du magazine.

Pour différentes raisons, je ne pouvais qu’accepter. D’abord, c’était un moyen de conjuguer une passion très personnelle (le cinoche, même si j’en parle finalement assez peu ici) et un élément dans lequel je baigne fortement depuis trois ans (internet en général, et Facebook en particulier). Ensuite, la proposition était originale, puisqu’au lieu de me demander de parler de mon blogue façon « ma vie, mon œuvre, mes taches de gras » – exercice que je trouve toujours un peu dangereux, même s’il est flatteur (en fait, parce qu’il l’est !) – j’avais l’occasion de livrer mes impressions sur un autre sujet que mon seul nombril. Sans compter qu’écrire des articles c’est un peu la base de mon métier ; la seule véritable originalité ici étant de le faire sous ce pseudo-là… Et puis aussi, j’ai vraiment aimé le film de David Fincher, et j’étais trop heureux d’avoir là l’occasion de le revoir plus attentivement. Enfin, j’ai une amitié particulière pour ce magazine et (surtout) son rédacteur en chef, avec qui j’ai quelques autres projets (*)… Bref, j’ai accepté avec joie.

Le résultat, le voilà enfin paru, et consultable gratuitement en ligne (en page 12 du dossier et en page 45 du magazine) :

Ce n’est évidemment que le fruit de ma vision du film (qui, selon moi, n’utilise l’histoire du célèbre réseau social que comme prétexte pour raconter autre chose), mais je suis assez heureux d’avoir pu l’exprimer de cette façon. Qui plus est dans un dossier plutôt bien troussé, notamment grâce à l’interview du Frère Éric Salobir (o.p. – personne n’est parfait) : un must à lire absolument. Bien plus intéressant que ma modeste prose.

L’amusant de cette brève collaboration, c’est qu’elle va aussi donner naissance à une autre pige de ma part dans le numéro d’été de la revue… Je ne dis rien pour le moment, si ce n’est que ça ne devrait pas arranger ma réputation de « prêtre » chez certains !…

En attendant : bonne lecture. Et méfiez-vous des internautes.

*

(*) Pour rappel, les bédédudimanche de ce blogue bénéficient tous les mois d’une mise en image inédite dans Il est vivant, grâce au talent d’Elvine. D’ailleurs, grâce à son talent et aux Éditions de l’Emmanuel (dirigées par le rédacteur en chef de la revue – ceci expliquant cela), la sortie d’un bel album est désormais très, très, très, très proche… On en reparle très, très, très, très vite !

1 décembre 2010

Charade d’Avent

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 18:08
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Mon Premier est pardon.

On regarde en arrière pour se réconcilier avec ce que l’on a été.

*

Mon Deuxième est espérance.

On regarde vers l’avenir pour accueillir ce qu’il nous tisse déjà.

*

Mon Troisième est joie.

Foi dans l’alliance conclue avec celui qui ne sait que nous aimer.

*

Mon Quatrième est paix.

On ferme les yeux ; l’heure vient, et c’est maintenant.

*

Mon Tout est vie.

Royauté d’épines et de lumière. Berceau tressé. Dieu en sa fragilité infinie.


Photo : Renaud Boitouzet.

11 février 2010

L’amour est dans le chœur

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 20:23
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De tous les marronniers de la presse (et de la société) française, en voici un des plus involontairement sympathiques, pour cause de kitschouillerie avancée : la Saint Valentin. Ouuuh ! J’imagine le niveau d’attention monter d’un cran dès lors qu’on aborde le sujet… Ça sent les gros cœurs en ballons, les bougies qui tachent la nappe, la bague au milieu d’une langouste et les boulets qui n’ont pas percuté qu’on était le 14 en proposant à une amie d’aller dîner… (J’en connais.) Bref : aussi vrai que je n’en ai rien à carrer, cette fête est un événement sociologique en soi, à observer avec grande attention.

Ah oui, au passage : si j’en parle en avance – espèce de buse – c’est que je ne publierai pas de billet dimanche parce que c’est dimanche (comme tous les dimanches). Et ne viens pas me dire qu’il y a d’habitude une bédé : celle-là, elle est programmée. Parenthèse refermée.

Saint Valentin, donc. La douce fête d’un martyr pas spécialement bien connu, bien qu’il soit aujourd’hui mondialement célèbre. Cette année, plutôt que de sortir les inepties habituelles (c’est pas que ce soit faux de répéter que c’est une « fête commerciale », c’est juste que c’est un aussi gros cliché que de la célébrer !), voilà un sujet de conversation potable au bureau demain ou lundi matin : un mathématicien a calculé la probabilité qu’on a de rencontrer « le grand amour ». C’est marrant, j’ai comme l’impression que l’attention vient encore de monter d’un cran…

Donc, en résumé pour les feignasses qui n’ont pas eu la force de cliquer sur le lien gracieusement offert (ne dis pas non : je t’ai vu !), il semblerait selon un certain M. Peter Backus que nous ayons une chance sur 285.000 de rencontrer l’âme sœur au cours de notre vie. C’est sûr qu’il y a de quoi refroidir les plus enthousiastes… Bouh…

(Ici, je t’invite à marquer une pause et à observer une minute de silence pour bien finir de péter l’ambiance.)

(Merci. Reprenons.)

1/285.000, forcément, ça jette un froid. Mais comme ce blogue tient à sa réputation méritée autoproclamée totalement usurpée de véritable site d’information, je ne m’arrêterai pas là. Non, camarade lecteur : je ne te laisserai pas quitter ce billet sans une bonne nouvelle. Une vraie. Une grosse. Une indiscutable.

En effet, figure-toi que j’ai complètement repris les calculs à zéro – faisant courageusement abstraction de ma nullité crasse en maths – et je suis désormais en mesure d’affirmer ce qui suit :

Pour les catholiques, la probabilité de rencontrer le Grand Amour est de 100%. C’est déjà fait.

Merci de ton attention ; dossier suivant ! (Et bon dimanche… puisque cette année, Jésus Ressuscité efface le pauvre Valentin.)

21 septembre 2009

Chroniques d’un croyant du dimanche

Filed under: Mais dites... — Edmond Prochain @ 10:49
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Dimanche. Du latin dies dominicus, jour du Seigneur. Sauf qu’on ne peut pas servir deux maîtres à la fois, nous a un jour expliqué un jeune barbu qui pour le coup en était un authentique, de maître. Nous devons donc choisir, et deux options s’offrent à nous : soit Dieu soit l’argent. Comme dans les vieilles séries-B à base d’immortels et de lande écossaise : au final, il n’en restera qu’un. Le dimanche ne peut avoir qu’un seul Seigneur ; et les débats récents sur le travail dominical tendent à montrer que notre société a tranché. Devine pour qui.

Dans ce « contexte de perte de sens » (c’est classe, comme expression) qui tend à repousser en fin de semaine ce jour qui devrait pourtant en être le premier, j’ai trouvé par l’intermédiaire et les bons conseils d’une amie (qu’elle en soit remerciée) un remède rudement efficace, à travers le livre d’un vigoureux résistant : Le Dernier dimanche, de Gaspard-Marie Janvier (non, même avec un nom pareil, ce n’est pas un prêtre !). C’est un bien curieux ouvrage d’ailleurs : du début à la fin, on ne sait pas tellement s’il s’agit d’un traité, d’un recueil de chroniques, d’un témoignage, d’un journal, d’un essai ou – comme l’indique pourtant la couverture – d’un roman. C’est un livre constamment sur le fil ; et en matière de fil, juge celui qui se fait directeur : un homme qui n’a pas mis les pieds à l’église depuis bien longtemps décide d’aller à la messe chaque dimanche pendant un an, et de consigner à son retour les impressions recueillies durant cette heure particulière.

Voilà comment il introduit cette décision :

« Pour les appétits de l’âme comme pour ceux du corps, j’opte résolument pour une alimentation traçable. Même borgne, à demi éteintes, louches et crépusculaires, je préfère donc les lanternes du christianismes aux vessies du matérialisme, et avec Socrate, ceux qui s’interrogent à ceux qui savent. Dans cette drôle d’époque où les croyants se posent des questions quand les incroyants ne doutent plus, j’ai souhaité comprendre ce que m’apportait d’irremplaçable le fait d’être chrétien, même d’un peu loin. »

Le résultat ? Souvent un joyau. Un pur et simple bijou d’humanité, d’intelligence et, d’une certaine façon, de foi. Il faut voir le narrateur s’attacher à ce rendez-vous hebdomadaire, il faut laisser son œil neuf renouveler le nôtre. Durant la semaine où le livre m’a accompagné, j’ai redécouvert un amour de la liturgie que je ne pensais pas si vif en moi ! De petite phrase en réflexion esquissée, Gaspard-Marie Janvier m’a redonné soif de la Parole de Dieu donnée dans la messe. Il fallait le faire. Il l’a fait.

Faut pas se fier à cette couverture kitschouille...

Faut pas se fier à cette couverture kitschouille...

Au fil des pages, pas mal de gens en prennent quand même pour leur grade. C’est du brutal. Il y en a presque pour tout le monde : les politiques, les athées, ceux qui vont au centre commercial le dimanche… Les catholiques, aussi, qui ramassent autant que les autres. Et si certaines remarques ne sont pas toujours bien ajustées (j’émets de vives réserves sur certaines de ses conclusions – mais même les plus douteuses demeurent intéressantes par le regard qu’elles révèlent), l’expérience vécue dimanche après dimanche donne lieu à de merveilleuses petites mises en perspective. Je ne résiste pas au plaisir de t’en livrer une pépite… un peu longue, pardon :

« Chacun de nous vit sa vie sur le mode de l’alternance : travail et loisir, profession et famille, temps pour moi, temps pour autrui. Le rythme consiste à découper le calendrier, il se consigne au crayon sur l’agenda, il procède d’une représentation chronologique de notre être au temps. Et comme nous investissons tout de nous même dans cette conception filaire de la durée, nous sommes heurtés de plein fouet par chaque vicissitude, par chaque aléa fâcheux de l’existence, qui semble foncer vers nous en sens invers, comme sur une route à une voie. Le rendez-vous dominical élargit cette route et permet le croisement. Cette heure hebdomadaire de calme, de recueillement, de méditation, de contemplation, heure où je me retrouve parmi d’autres, ni pour commander ni pour obéir, ni pour acheter ni pour vendre, ni pour parler ni pour me taire, mais pour être là, simplement avec eux ; heure pour unir ma voix à la leur, heure pour recevoir, heure pour partager l’événement de ces images originelles, resurgissant de semaine en semaine, de mois en mois, d’année en année, toujours les mêmes et toujours autres, créant à chaque apparition de nouvelles et imprévisibles significations : oui, cette petite heure semainière de fermentation spirituelle crée une profondeur vertigineuse dans mon existence, comme un regard levé vers l’horizon lorsqu’on marche sur la crête. L’aventure s’épaissit. »

En refermant l’ouvrage, on sera malgré tout frappé d’un manque flagrant, d’un vide laissé béant durant cette année de messes, d’un vrai rendez-vous manqué : jamais Gaspard-Marie Janvier ne se laisse toucher par l’eucharistie. Il s’en rend compte, d’ailleurs, et il le dit à un moment donné : son goût pour la littérature et la philosophie lui font accorder une place démesurée à la première partie de la messe, à la liturgie de la Parole. Mais c’est aussi ce qui m’a touché (moi personnellement et pour moi-même en ce qui me concerne !), parce que ça m’a renvoyé à ma propre focalisation intérieure sur la seconde partie depuis quelque temps… du coup, je rééquilibre !

L’autre regret que l’on pourra émettre – et qui est, là encore, désamorcé par le narrateur, très lucide – c’est l’attachement sans doute trop grand à une figure de prêtre : le père Joris. Cette admiration forte est la plus grosse fragilité de la foi renaissante, et pourtant elle conserve quelque chose de touchant, parce qu’elle rappelle à quel point notre foi s’incarne souvent malgré nous dans quelques « grands frères » que la Providence veut bien mettre sur notre route.

Au final, je te laisse décider si tu te laisseras ou non séduire par cette petite expérience (parfois maladroite, mais vigoureusement rugueuse). Sache simplement que Le Dernier dimanche est sans doute le meilleur remède actuellement disponible à la tentation que représentent les discours sur le… travail du dimanche. C’est Chafouin qui va être content !

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