Le blogue d'Edmond Prochain

9 février 2013

Des monstres, et du pain

Filed under: Humeur(s) — Edmond Prochain @ 15:26
Tags: , , , ,

calvin-hobbes-monstres-litLa vie est une tragi-comédie qui finit bien, mais nous sommes totalement infoutus de nous en rappeler. C’est l’avantage de la croix : aussi terrible qu’elle soit, elle restera toujours un signe positif : le "plus" de l’amour qui se donne, qui rachète au prix fort et qui nous ajoute à… l’infini. Tout ça ne tient pas vraiment d’un point de vue mathématique : c’est génial. Bon. Et au milieu de cette histoire, on oublie toujours que nous sommes tout sauf des inconnus dans l’équation. Des "produits en croix", en quelque sorte : sauvés une bonne fois pour toutes par le Christ. Son peuple ? Pour jamais consolé. (Je pastiche Marcel Pagnol si je veux.)

N’empêche qu’en attendant, il y a quelques petits trucs qui nous rongent. Nous faisons tous l’expérience de ces angoisses qui s’insinuent, notamment au milieu de la nuit, dans nos pensées. Ce projet que nous ne pourrons jamais terminer à temps. Cette parole que l’on n’aurait pas dû dire, que l’on regrette, que l’on ne voit pas comment réparer. Celle qu’on n’a pas dite, lors de cette scène qu’on revit sans fin. Cette personne à qui il faudra sourire demain malgré tout ce qu’on a sur le coeur à son égard. Ce rendez-vous qu’on a trop longtemps repoussé et qui risque désormais d’intervenir trop tard. Cette peine inépuisable. Cette humiliation cuisante qui nous brûle encore l’amour propre. Ce qu’on pensera de nous, peut-être. Ce à quoi on a déjà dû renoncer, et les défaites qui viendront. Ceux qu’on redoute ; ceux pour qui on craint. Les rivalités au travail, les amours impossibles, les épidémies de gastro, les parapluies laissés chez les coiffeurs, les pneus crevés, les tuyaux de gaz à changer, les dates des vacances, les chaussures oubliées pour les mariages, les taches de gras, les livres prêtés, les travaux à faire, les tiers provisionnels, les cartes de piscine, les virus informatiques, les anniversaires d’hier, les réunions, les entretiens, les critiques, les verres brisés, les postes à pourvoir, les dates limites, les vols à l’arrachée, les RTT, les lettres anonymes, les carnets de correspondance, les profs de math. Tout ça à la fois, souvent.

Et au matin, les yeux pleins du sommeil dont on s’est privé, on se rappelle qu’on est trop grand pour avoir encore peur des monstres sous notre lit.

Le vrai souci, c’est que nous manquons de confiance. Partout. Tout le temps. La question n’est pas, bien entendu, d’aborder chaque jour avec un angélisme béat. Il y a des sujets d’inquiétude réels, mais aussi beaucoup d’ennemis imaginaires ; et nous, au lieu de remettre chacun à sa juste place, nous les laissons se bousculer tels les voyageurs d’un train qui s’amasseraient pour monter tous en même temps sans laisser descendre ceux qui sont arrivés. Mais combien de toutes ces préoccupations présentent un réel danger ? Et combien ne sont au fond que de petits cailloux dans le vaste système d’émotions qui gravitent autour de notre nombril ?

Est-ce que le pain quotidien veut dire quelque chose pour nous ? Voilà la question. Cette notion de pain quotidien, ce dont nous aurons besoin pour affronter notre journée et pas une miette de plus, a une vertu majeure : ce n’est pas une nourriture qui vient de nous. En s’abandonnant peu à peu à une confiance dans la providence (bien faire ce qui est de notre ressort et faire confiance pour le reste), on déplace le centre de gravité de notre univers intime, et on finit par retrouver notre propre place dans un ensemble plus large. Parfois, on s’aperçoit même à cette occasion que d’autres autour de nous portent des soucis bien plus cruciaux que les nôtres.

Une spiritualité du pain quotidien ; ce pourrait être une piste intéressante pour un carême…

C’est aussi une idée eucharistique : on ne reçoit vraiment Jésus qu’en se donnant soi-même à lui. Car, finalement, il y a tant de choses qui nous dévorent qu’il faut bien que nous mangions Dieu, pour ne pas nous vider complètement.

6 septembre 2011

Du vin de messe et de ses débouchés

Filed under: Humeur(s) — Edmond Prochain @ 22:54
Tags: , , , , ,

L’homme, surtout quand il est d’Église, ne se nourrit pas que de pain. Tout le monde sait ça. Et voilà que, justement, La Croix m’apporte avec bonheur un article en forme de pendant magnifique d’un autre, découvert il y a un an et demi déjà. De quoi enivrer mon goût de l’anecdotique et ma passion pinardière tout à la fois ! Un vrai petit bonheur.

Alors, de quoi s’agit-il ? Des débouchés dans le domaine du vin de messe. Car si on a l’habitude, dans nos célébrations européennes, de communier au pain sans le vin, il ne faut pas oublier que les paroisses doivent néanmoins s’approvisionner en dives bouteilles pour les changer en coupes divines. Et alors que de braves religieuses mettent la main à la pâte pour répondre aux demandes en hosties, il est plus rare (mais pas impossible, certes) de voir des monastères investir dans la cave. En la matière, on connaît d’avantage aux abbayes leur goût pour la fermentation du houblon que du raisin. Seulement voilà : y’a pas délice, hélas, dans un vin de messe qui serait rempli de petites bulles et de mousse.

Car, qu’on n’essaie pas de nous mettre en bouteille : on ne rigole pas avec le vin chez les chrétiens ! C’est une vieille tradition d’Église, qui veut que le Christ ait commencé sa vie publique avec une beuverie effroyable (Cana – où il fournissait même directement le matos) et se soit achevée lors d’un frugal dîner néanmoins bien arrosé. Même au jour de la Pentecôte, on s’est demandé si ces apôtres qui parlaient tout un tas de langues n’étaient pas un peu beurrés comme des p’tits Lu remplis de vin doux. Le genre de "détails" qui vous forgent une sacrée tradition : le "Venez et voyez", ça va un temps ; très vite, on l’a donc substitué par l’heureux "Prenez et buvez"… C’est dire si on avait tout de même le sens de fête. Et ce n’est pas forcément pousser le bouchon que de le rappeler, quand les caricatures du jansénisme ont laissé quelques taches d’austérité sur l’image de la messe.

Cela dit, le petit vin blanc qu’on boit dessus l’autel, encore faut-il (donc) s’en procurer pour le bon déroulement de la messe. Et là, il y a semble-t-il autant d’écoles que de grands vignobles. D’abord, il y a les privilégiés, ceux qui habitent les régions viticoles : eux, ils trouvent toujours un petit producteur local trop content de mêler œnologie et eucharistie. Et puis il y a les autres, ceux qui vont aller se fournir comme tout le monde chez Nicolas. Lequel écoulerait tout de même dans les 30.000 amphores par an, rien que ça !

Il y a donc un marché, des promos et des offres spéciales pour le vin de messe. Que La Croix soit vivement remerciée pour ces quelques gouttes de culture généreusement offertes (ou vendues, selon que vous aurez ou non du bol avec le nouveau système payant du site).

Ce billet, toutefois, ne serait pas complet si je n’y évoquais que le côté festif du vin de messe. Car au sortir des sacristies, il y a aussi des drames, des larmes et de grands dams. Les raisins de la colère ? Si la robe du clergé n’est pas la seule à être blanche dans cette histoire, il y a aussi des heures où il ne fait pas bon pour un prêtre avoir choisi un vin trop sec. Quand, en effet, c’est son tour de se lever dans la nuit et la froidure de l’hiver parce que le curé dort ce matin et que c’est donc au vicaire de s’y (pi)coller, à 7h, le ventre vide et les dents pas encore brossées, le petit Riesling passe mal. Très mal. De nombreux témoignages viennent l’attester : il faut avoir le cœur et le la foi bien accrochés pour boire sans broncher la coupe jusqu’à la lie. Et qui parle de cette souffrance profonde de nos prêtres ? personne ! (Prions pour eux.)

Quant à ceux qui n’auraient pas encore bien vu l’intérêt de se répandre sur ce blogue pour un sujet aussi vain, qu’ils sachent que, résolument, le vin est une question sérieuse. Aujourd’hui encore, l’Eglise – sans crainte de se faire chambrer – laisse une place de choix au "fruit de la vigne et du travail de l’homme". De ce point de vue, ce n’est pas demain qu’elle mettra de l’eau dans son vin. Enfin… si, justement, comme tous les jours… mais bon, bref : tout le monde a compris l’idée ! Sans compter que le christianisme, en tant que croyance transmise depuis des siècles, est un grand cru. Peut-être même le plus grand cru qui soit. Excusez du peu : notre joie a 2000 ans d’âge !

12 décembre 2009

N’importe lequel des membres souffrants…

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 21:08
Tags: , , , , , ,

Par hasard, l’autre jour, je me retrouve à une curieuse messe dans une étrange église d’une des rues les moins fréquentables de Paris. Ça faisait beaucoup pour ce début de soirée – quoique la nuit était tombée depuis longtemps déjà – et je n’ai pas été déçu.

D’abord le froid. Ce froid qui prend chair en un souffle, et essouffle les chairs qu’il parvient à toucher par mille failles d’un manteau trop désinvolte. Ce froid qui attache à la chaise dans de minuscules convulsions frissonnantes. Ce froid qui recroqueville les corps et ne cesse de tirer les esprits de la prière dans laquelle ils tentent de s’emmitoufler. Infime pauvreté de croyant qui s’accroche malgré tout, quand un cinéma aurait offert tellement plus de confort.

Et puis la liturgie. Plus austère encore que la chaise branlante et le courant d’air permanent. Une liturgie qui commence, sans prévenir, par des vêpres ânonnées péniblement dans un micro grésillant par une pauvre religieuse que l’assemblée laisse un peu trop seule, puis rejoint progressivement dans un chant murmuré, à mesure qu’elle s’enhardit où saisit la ligne mélodique. Cette coupe d’encens qui peine à fumer, puis répand sa douce odeur âcre autour de l’autel. Et la messe qui débute, sans prévenir elle aussi, comme une suite évidente et imperceptible.

Le prêtre, enfin. Le prêtre d’un autre temps, si petit et si droit dans sa vieillesse, récitant sur un ton trop chantant les paroles d’un rite qu’il connait par cœur. Sans y mettre du sien, mais en y mettant tout son cœur.

Le regard qu’il pose sur l’hostie élevée pour l’Église…

Au moment de communier, je veux simplement ouvrir les lèvres, mais je m’aperçois que l’effort pour lui est trop grand, que ses mains ne parviendront jamais jusqu’à ma bouche. Alors j’ouvre les mienne et je les offre à ce petit morceau de pain vivant que le vieux prêtre y dépose. Je crois que, malgré moi, je souris. J’ai rarement ressenti une telle paix en communiant.

En sortant, je soupire. J’inspire. J’expire. Je respire. Ma foi vient encore de prendre une claque ; la main qui me l’a assénée est si faible et malhabile que je la reçois comme une caresse. De ce contexte tout autre, jaillit l’expression peut-être la plus eucharistique que je connaisse à Bernanos : "N’importe lequel des membres souffrants de Jésus Christ"… Alors, de la même façon que j’aime cette Église, je tâcherai de m’aimer humblement moi-même.

*

(Photo "empruntée" à Poussah. Merci à lui.)

4 novembre 2009

Ah ! ces jeûnes…

Filed under: Indispensable (ou pas) — Edmond Prochain @ 21:47
Tags: , , , ,

Lettre à un curé de paroisse :

Monsieur le père,

hostieJe vous écris au sujet d’une petite question qui me turlupine. Je viens tous les dimanches à la messe que vous faites, mais comme il y a toujours du monde pour vous parler à la sortie je préfère vous écrire.

On m’a dit qu’il fallait faire un jeûne eucharistique avant la messe et qu’il devait être d’une heure. Mais la personne qui m’en a parlé ne m’a pas expliqué si c’était une heure avant la communion ou une heure avant le début de la messe… C’est quand même pas pareil.

J’aimerais bien savoir, parce que je trouve quand même la messe un peu longue. Pas trop, ne vous inquiétez pas, mais un petit peu quand même. Du coup, vers la fin j’ai un peu faim.

Alors parfois je mange un peu avant de venir. Pas grand-chose : juste des chocos ou parfois un reste de tarte aux pommes, des trucs comme ça. Si je n’en mangeais pas, je pense que je pourrais m’évanouir avant la fin de la messe.

Pouvez-vous me dire si c’est un gros péché de manger un peu comme ça et d’aller à la communion après ? Et, si je ne mange pas trop (par exemple, je pourrais éviter de boire du coca avec et de manger des tic-tac dans le métro en venant, aussi), est-ce que c’est moins grave ? Et est-ce qu’il y a des solutions ?

J’essaie de ne pas le faire mais je n’y arrive pas. A chaque fois c’est pareil : j’ai faim…

Je vous demande tout ça parce que, vu que je ne suis pas baptisé, on n’a pas pu me l’expliquer au catéchisme.

Merci d’avance pour votre réponse.

La paix du Christ vous salue,

X.

[Note : Ceci est bien entendu une fausse lettre. Ecrite à la demande d'un vicaire facétieux, qui a voulu que je l'envoie à son pauvre curé (le genre scrupuleux qui se fait une montagne pour pas grand chose)... Hélas, on n'a jamais connu le fin mot de l'histoire !]

21 septembre 2009

Chroniques d’un croyant du dimanche

Filed under: Mais dites... — Edmond Prochain @ 10:49
Tags: , , , , , , , ,

Dimanche. Du latin dies dominicus, jour du Seigneur. Sauf qu’on ne peut pas servir deux maîtres à la fois, nous a un jour expliqué un jeune barbu qui pour le coup en était un authentique, de maître. Nous devons donc choisir, et deux options s’offrent à nous : soit Dieu soit l’argent. Comme dans les vieilles séries-B à base d’immortels et de lande écossaise : au final, il n’en restera qu’un. Le dimanche ne peut avoir qu’un seul Seigneur ; et les débats récents sur le travail dominical tendent à montrer que notre société a tranché. Devine pour qui.

Dans ce "contexte de perte de sens" (c’est classe, comme expression) qui tend à repousser en fin de semaine ce jour qui devrait pourtant en être le premier, j’ai trouvé par l’intermédiaire et les bons conseils d’une amie (qu’elle en soit remerciée) un remède rudement efficace, à travers le livre d’un vigoureux résistant : Le Dernier dimanche, de Gaspard-Marie Janvier (non, même avec un nom pareil, ce n’est pas un prêtre !). C’est un bien curieux ouvrage d’ailleurs : du début à la fin, on ne sait pas tellement s’il s’agit d’un traité, d’un recueil de chroniques, d’un témoignage, d’un journal, d’un essai ou – comme l’indique pourtant la couverture – d’un roman. C’est un livre constamment sur le fil ; et en matière de fil, juge celui qui se fait directeur : un homme qui n’a pas mis les pieds à l’église depuis bien longtemps décide d’aller à la messe chaque dimanche pendant un an, et de consigner à son retour les impressions recueillies durant cette heure particulière.

Voilà comment il introduit cette décision :

"Pour les appétits de l’âme comme pour ceux du corps, j’opte résolument pour une alimentation traçable. Même borgne, à demi éteintes, louches et crépusculaires, je préfère donc les lanternes du christianismes aux vessies du matérialisme, et avec Socrate, ceux qui s’interrogent à ceux qui savent. Dans cette drôle d’époque où les croyants se posent des questions quand les incroyants ne doutent plus, j’ai souhaité comprendre ce que m’apportait d’irremplaçable le fait d’être chrétien, même d’un peu loin."

Le résultat ? Souvent un joyau. Un pur et simple bijou d’humanité, d’intelligence et, d’une certaine façon, de foi. Il faut voir le narrateur s’attacher à ce rendez-vous hebdomadaire, il faut laisser son œil neuf renouveler le nôtre. Durant la semaine où le livre m’a accompagné, j’ai redécouvert un amour de la liturgie que je ne pensais pas si vif en moi ! De petite phrase en réflexion esquissée, Gaspard-Marie Janvier m’a redonné soif de la Parole de Dieu donnée dans la messe. Il fallait le faire. Il l’a fait.

Faut pas se fier à cette couverture kitschouille...

Faut pas se fier à cette couverture kitschouille...

Au fil des pages, pas mal de gens en prennent quand même pour leur grade. C’est du brutal. Il y en a presque pour tout le monde : les politiques, les athées, ceux qui vont au centre commercial le dimanche… Les catholiques, aussi, qui ramassent autant que les autres. Et si certaines remarques ne sont pas toujours bien ajustées (j’émets de vives réserves sur certaines de ses conclusions – mais même les plus douteuses demeurent intéressantes par le regard qu’elles révèlent), l’expérience vécue dimanche après dimanche donne lieu à de merveilleuses petites mises en perspective. Je ne résiste pas au plaisir de t’en livrer une pépite… un peu longue, pardon :

"Chacun de nous vit sa vie sur le mode de l’alternance : travail et loisir, profession et famille, temps pour moi, temps pour autrui. Le rythme consiste à découper le calendrier, il se consigne au crayon sur l’agenda, il procède d’une représentation chronologique de notre être au temps. Et comme nous investissons tout de nous même dans cette conception filaire de la durée, nous sommes heurtés de plein fouet par chaque vicissitude, par chaque aléa fâcheux de l’existence, qui semble foncer vers nous en sens invers, comme sur une route à une voie. Le rendez-vous dominical élargit cette route et permet le croisement. Cette heure hebdomadaire de calme, de recueillement, de méditation, de contemplation, heure où je me retrouve parmi d’autres, ni pour commander ni pour obéir, ni pour acheter ni pour vendre, ni pour parler ni pour me taire, mais pour être là, simplement avec eux ; heure pour unir ma voix à la leur, heure pour recevoir, heure pour partager l’événement de ces images originelles, resurgissant de semaine en semaine, de mois en mois, d’année en année, toujours les mêmes et toujours autres, créant à chaque apparition de nouvelles et imprévisibles significations : oui, cette petite heure semainière de fermentation spirituelle crée une profondeur vertigineuse dans mon existence, comme un regard levé vers l’horizon lorsqu’on marche sur la crête. L’aventure s’épaissit."

En refermant l’ouvrage, on sera malgré tout frappé d’un manque flagrant, d’un vide laissé béant durant cette année de messes, d’un vrai rendez-vous manqué : jamais Gaspard-Marie Janvier ne se laisse toucher par l’eucharistie. Il s’en rend compte, d’ailleurs, et il le dit à un moment donné : son goût pour la littérature et la philosophie lui font accorder une place démesurée à la première partie de la messe, à la liturgie de la Parole. Mais c’est aussi ce qui m’a touché (moi personnellement et pour moi-même en ce qui me concerne !), parce que ça m’a renvoyé à ma propre focalisation intérieure sur la seconde partie depuis quelque temps… du coup, je rééquilibre !

L’autre regret que l’on pourra émettre – et qui est, là encore, désamorcé par le narrateur, très lucide – c’est l’attachement sans doute trop grand à une figure de prêtre : le père Joris. Cette admiration forte est la plus grosse fragilité de la foi renaissante, et pourtant elle conserve quelque chose de touchant, parce qu’elle rappelle à quel point notre foi s’incarne souvent malgré nous dans quelques "grands frères" que la Providence veut bien mettre sur notre route.

Au final, je te laisse décider si tu te laisseras ou non séduire par cette petite expérience (parfois maladroite, mais vigoureusement rugueuse). Sache simplement que Le Dernier dimanche est sans doute le meilleur remède actuellement disponible à la tentation que représentent les discours sur le… travail du dimanche. C’est Chafouin qui va être content !

25 août 2009

L’Eucharistie affranchie de l’Eglise ?

Filed under: Actu — Edmond Prochain @ 9:08
Tags: , , , , , , ,

Certains peuples ont leurs rituels. On dit par exemple l’Anglais très attaché à la lecture de son journal à l’heure du petit déjeuner. Pour ma part, n’étant pas Anglais (ni Belge, contrairement à des légendes répandues), mais seulement folliculaire, j’ai pour habitude de boire mon café serré au son de la radio matinale. Et hier matin, m’est venue la vision à l’écoute de ladite radio que si j’avais été Anglais, j’aurais probablement pu recevoir bien plus qu’un simple journal pour mon petit-déjeuner…

"By Jove ! (comme disent les Belges) Qu’est-ce que tu racontes, Edmond ? On ne capte rien à cette introduction !"

Soit. Soyons donc un peu plus clair.

C’était lors de la revue de presse. La toute nouvelle chroniqueuse nous avait dégoté une info des plus savoureuse, dans le Guardian pardon : le Gouarediane (je m’appuie sur sa prononciation impeccable de l’anglais…!). Imagine un peu : au pays des gens qui parlent dans les angles, il est désormais possible de recevoir la communion à domicile ! Mais si mon bon môssieur, et par le facteur encore ! Tu veux une preuve ? la voilà. Même que si tu n’as pas la chance de parler la plus belle langue du monde après le français et toutes les autres, parce que je suis quelqu’un de bon qui pense à ses lecteurs (c’est toi), tu peux aussi trouver un résumé en langue vernaculaire.

Alors, qu’y lit-on ? (Tiens, c’est joli, ça : "kiliton"…) Que certains épiscopaliens – grands pourvoyeurs d’idées douteuses devant l’Éternel ! – ont trouvé une toute nouvelle connerie pour faire parler d’eux : envoyer la communion par la poste. Là, c’est clair qu’il fallait y penser, quand même ! Et donc, ils appellent ça "Post the Host". C’est intéressant, ça ; voilà.

Et le pire de tout, c’est qu’il faut bien admettre que l’argument derrière tout ça est très certainement louable : il s’agit de permettre, selon l’Open Episcopal Church, à ceux qui sont éloignés de l’église (le bâtiment, mais du coup aussi l’assemblée de fidèles) à cause de leur âge ou de leur condition physique de recevoir malgré tout la communion. Pour peu qu’ils s’acquittent quand même des frais de port (faut pas déconner, non plus).

L'hostie directement à votre porte : une idée d'avenir ?

La communion directement à sa porte : une idée d'avenir ?

Ce qui est triste là-dedans, c’est que tout épiscopaliens qu’ils soient, ils n’ont pas l’air d’avoir compris que le but de l’Église était justement de réunir l’assemblée du peuple de Dieu – corps du Christ. Et que si certains ne peuvent se joindre à l’assemblée, c’est qu’il nous faut aller les rejoindre là où ils sont. Pas en favorisant une petite religion personnelle de "pain béni" commandé par boîtes de vingt, mais en allant leur porter la communion, pour signifier concrètement qu’ils sont eux-mêmes membres du corps…

Ironie de la chose, c’est exactement ce que m’a vanté ensuite une publicité pour une marque de couleur, qui disait (en substance) : "Il y a certaines choses qu’on ne peut pas faire à distance". Eh ouais. Je sais pas toi, mais personnellement j’aime beaucoup ces petites coïncidences !

J’écarte volontairement ici toute la question sacramentelle et tous les débats qui pourraient en résulter ; non pas par manque d’intérêt, mais parce qu’il me semble important que, puisque l’initiative est née sur un plan strictement humain, on puisse en rester au niveau de l’assemblée pour l’analyser. Qu’on développe des services pour faciliter l’accès à l’eucharistie serait une excellente chose (y compris dans nos paroisses – pas besoin de voir à grande échelle alors qu’on a tous des voisins). J’ai quand même du mal à croire que "poster des hosties" puisse aider à une plus grande… communion.

Mais je suis probablement trop catholique pour les épiscopaliens…

16 août 2009

Encore une histoire de pain

Filed under: Bédés — Edmond Prochain @ 15:13
Tags: , , ,

Je suis un être faible, qui avait décidé de ne pas poster de bédés pendant ses vacances mais qui est incapable de résister à l’idée qui lui a traversé l’esprit pendant la messe ce matin (tu peux remercier le prêtre : il me l’a pratiquement soufflée).

Du coup, bah… bon dimanche ! Les lectures du jour, c’est par là.

pain-chair

Bédé réalisée grâce à StripGenerator (et un peu Ma Pomme, aussi).

30 juillet 2009

Cette histoire de dignité…

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 11:43
Tags: , , , ,

Avant de commencer ce billet, j’aimerais savoir si toi aussi, parfois, ça t’arrive de t’imaginer que ta vie pourrait être vachement plus marrante si tu la vivais comme une bande-annonce des années 50… Tu sais, avec une voix off un peu flippante sur les bords et un gros titre qui s’affiche dans des caractères très subtilement kitsch.

Un truc qui donnerait à peu près ça :

that-worth-thing

La classe, non ?

Pompopom… Donc, tout ca pour dire que je vais aujourd’hui te raconter une aventure à peu près aussi édifiante qu’elle est vraie (c’est dire si elle est édifiante, parce que je te raconte même pas à quel point elle est vraie !).

C’était un dimanche, et même que c’était à la messe et dans ma chère paroisse. Mon curé (dit aussi "Bossuet" par certains – i.e. moi – par rapport à ses qualités d’orateur) vient me demander si je vais pouvoir l’aider à donner la communion. Bon, perso, je suis pas contre sur le principe, mais il peut y avoir des moments où je ne le sens pas des masses et où j’ai bien envie de dire que, finalement, non pas trop.

Explication : certains jours, c’est pas que je me sens spécialement morveux, mais disons que je ne suis pas au top de ma forme, et surtout que je ne me sens pas complètement digne de ce genre de chose. Mais passons revenons-y plus tard. (Note tout de même pour les plus tradis d’entre toi : ce sentiment d’indignité n’a rien à voir avec le délai de ma dernière confession ; c’est juste une impression générale.)

Comme je suis le bon gars et que je sais parfaitement le-truc-que-je-vais-développer-par-la-suite, je dis quand même oui. Ce qui prouverait que je suis un bon gars s’il en était encore besoin, puisque je l’ai dit clairement dans la phrase précédente.

Alors bref, donc, je l’aide à donner la communion. (Tu notes quand même comme je suis un bon gars, hein, tu notes ?) Toujours en me sentant indigne, mais en me disant que s’il me l’a demandé, c’est qu’il a besoin de moi, et puis qu’il n’est pas totalement exclu qu’il y ait un genre de grâce d’état pour ce type de service, toussa. Je ne croyais pas si bien penser.

A la fin de la messe, une amie vient me voir et me dit ça :

"Je voulais te remercier. Avant la communion, je ne voulais pas y aller parce que je ne m’en sentais pas digne. Finalement, j’ai décidé d’y aller quand même, et c’est toi qui m’a donné la communion. Et tu m’as donné deux hosties collées l’une à l’autre ! J’ai trouvé ça vraiment beau comme clin d’œil !"

Le plus étonnant providentiel, c’est qu’en passant par ma main (moi qui m’en sentais indigne), le Christ s’est donné deux fois à cette amie (qui s’en sentait tout aussi indigne). Comme pour nous rappeler à l’un et à l’autre cette petite évidente : il y a un mot que Dieu ne connaît pas, c’est "dignité". Il ne connaît que "grâce".

Il faut juste essayer de s’en rappeler, de temps en temps…

24 juillet 2009

Veilleur

Filed under: De rien — Edmond Prochain @ 9:33
Tags: , , ,

Il s’est relevé dans la nuit, à l’heure où aucune âme ne bruisse. Dans la lenteur du silence, il a respiré l’air obscur, plus frais que d’ordinaire ; et il est sorti, il a traversé quelques rues en s’étonnant du son de ses propres pas. Puis il est arrivé, comme le carillon daguait quatre fois l’atmosphère.

Le clocher. L’heure. Voici l’heure.

Sans un mot, il s’est abaissé contre terre et bientôt une autre personne immobile s’éclipsait. Il restait seul, dans un pluriel tout intérieur, un Pluriel pourtant exposé là, devant lui. Dans l’opacité de la nuit, un soleil unique dressé comme une offrande, et l’homme semblable à une statue contemplant la lumière. De tout son être, accueillir la nuit, accueillir la lumière et bientôt la parole née du plus profond des silences.

Au cœur de la ville, un cœur battant.

ostensoir

Tandis que les secondes s’étiraient pour se confondre dans une même durée d’éternité balbutiante, il a laissé ses yeux se fatiguer à la clarté de veille. Tout autour, en mille alentours, des sommeils radieux. En-dedans, un profond soleil. Et pas un cri pour le troubler. Par son intermédiaire, des milliers de cœurs reliés sans le savoir à cette source inépuisable.

Quand il ressort, tranquillement, le jour naît.

La ville murmure déjà, émerge lentement de sa torpeur. Lui inspire et remplit sa gorge de cet air de vie nouvelle. Il observe avec tendresse les premiers signes de vie éclose.

Dans le silence du matin, avec la paix des veilleurs, il enfante la ville qu’il a portée en secret.

12 juin 2009

L’Eucharistie une fois l’an

Filed under: Médias — Edmond Prochain @ 20:02
Tags: , , , , , ,

Dimanche, c’est la Fête-Dieu. Si ça c’est pas de l’info solide et vérifiée, je veux bien aller nettoyer Montmartre ou Fourvière avec une brosse à dents, moi. Et donc, fort de cette grosse actu que je viens d’asséner avec l’aisance qui sied à mon métier de folliculaire (on dit aussi "chien", mais c’est encore moins gentil), je peux ouvrir ce billet sous un resplendissant ciel d’information éclatante. C’est un minimum.

Je m’en vais d’ailleurs fêter ça avec la narration tendre d’un souvenir ému (l’inverse marche aussi).

Nous sommes en août 2006. Sous un soleil écrasant et une climatisation enrhûmante, je me laisse porter par le cahot des rails vers une destination au sud, chaque seconde plus au sud. Ma valise est étendue silencieuse au-dessus de ma tête, un petit sac complémentaire s’est réfugié sous mon siège, je m’affale un peu plus et j’ouvre un bon magazine acheté à la gare juste avant le départ. Le trajet s’annonce bien.

J'aime bien cette image, tiens.

J'aime bien cette image, tiens. Alors je la mets.

Et soudain… (ça fait toujours bien de relever un peu le suspense,) soudain, je bondis sur mon siège et en moi-même ! Quoi ? que lis-je ? Horreur ! Sous mes yeux, en marge d’un article – par ailleurs pas si mauvais, de mémoire – consacré à je-ne-sais-plus-quel-aspect de l’Église, s’étale ce petit encadré qui explique fièrement quelques mots de vocabulaire. Parce ça fait toujours bien de mettre des compléments en encadré à côté d’un article. Ainsi, je lis :

"Saint-Sacrement : autre nom de l’eucharistie. Pour les catholiques, l’Esprit saint descend dans l’hostie consacrée au cours de la messe: c’est le miracle de la transsubstantiation, lorsque le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. Le sacrement de l’eucharistie est célébré lors de la Fête-Dieu (qui a lieu soixante jours après Pâques). Procession du Saint-Sacrement."

T’as bien lu : les catholiques ne célèbrent l’Eucharistie qu’une fois par an ! Le plus amusant, c’est que la formulation est curieuse, mais l’explication pas complètement fausse. Sauf que. Quand même. J’en ai tellement ri que je n’arrive toujours pas à vraiment en vouloir à ma consœur ; elle m’a quand même éclairé le voyage avec cette petite ânerie toute mignonne.

Voilàvoilà. C’était le récit ému d’un souvenir tendre (l’inverse marche aussi, je t’avais dit).

Page suivante »

Thème Rubric. Propulsé par WordPress.com.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 142 autres abonnés

%d bloggers like this: