Ce titre n’est pas une plaisanterie : j’aimerais vraiment qu’on foute le feu à la spiritualité et qu’on la regarde tous cramer comme un vulgaire Reichstag. Qu’elle dégage et qu’on n’en parle plus. Ou en tout cas, plus à tout bout de champ. Ce mot est devenu vraiment trop fourre-tout pour qu’on puisse encore lui donner du crédit. La spiritualité, c’est quoi ? Pfuit ! un peu de ceci, un peu de cela… Elle est passée par-ici, elle repassera par-là. Ou pas.
La spiritualité est vulgaire. C’est même pour ça qu’elle me gonfle.

Que c'est laid, ce truc jaune en bas à droite !
Scène de la vie métropolitaine (pas plus tard qu’hier, tiens) : ma voisine dans le métro feuillette une brochure. Là, les pharisiens Parisiens comprendront ce que je veux dire et les autres probablement un peu moins, mais il y a un sport très couru dans le métro, c’est de contorsionner ses yeux pour réussir à voir un peu de ce que notre voisin peut bien être en train de lire. Un peu inconsciemment au départ, puis de façon totalement assumée dès que mon agacement a commencé à monter, je m’y suis donc adonné hier matin. La dite brochure vantait les qualités d’un prieuré inconnu au bataillon. Et les mots jaillissaient de la page : “méditation”, “développer sa foi”, “connaissance de soi”, “conscience”, “intériorité”… et, bien entendu : “spiritualité”. Toute la panoplie d’une “retraite” de relaxation, en somme : faire le point avec la nature et la signature au bas du chèque.
Et immédiatement, m’est revenue cette petite phrase qui me fout un coup de sang à chaque fois qu’elle revient (c’est d’ailleurs pour ça que je n’aime pas trop la laisser revenir), une petite phrase entendue il y a quelques années dans un vague reportage sur des catholiques. Un jeune bellâtre expliquait à un micro pendu au bout d’un bras qu’il n’avait pas apporté de Bible, mais qu’à la place il avait pris un petit bouquin de citations à caractère crypto-religio-méditatif, en affirmant que c’était bien mieux puisqu’à l’intérieur il y avait “tout ce qu’il faut pour améliorer son potentiel spirituel”.
“Améliorer son potentiel spirituel”… Tiens, rien que d’en reparler, ça me re-fout les poils de colère !

Vraiment, sans façon...
Moi, avec ma désormais légendaire bêtise de catho-de-base, je repense à cette parole des apôtres au Christ : “Seigneur, augmente en nous la foi”. Et je me dis qu’on n’a pas fait mieux depuis. Surtout pas quand on vomit des trucs du genre “améliorer son potentiel spirituel” ! On pourrait presque opposer les deux expression terme à terme ; mais je ne vais quand même pas t’imposer ça… Oh, et puis merde : si, je vais le faire !
“Augmenter”, c’est faire grandir gratuitement, élargir, étendre, approfondir. C’est un verbe qui appelle le don : “augmente en nous”. De l’autre côté, “améliorer” établit par pure stupidité une idée de hiérarchie : il faut progresser sur une échelle, il y a un point de départ et un point d’arrivée. On veut juste un mieux, pas un bien. Et tu connais le proverbe.
“En nous” associé à l’apostrophe introduit l’idée d’une médiation (qui est renforcée par le vocatif : “Seigneur”), au contraire du simple possessif “son” qui lui suggère justement un travail à accomplir seul, par soi et pour soi.
“La foi”, c’est la simplicité même, la réponse belle et humble de l’homme qui cherche Dieu, qui le reconnaît déjà comme son créateur et qui l’accueille tel le Tout Autre qu’il est. Est-ce que j’ai seulement besoin d’insister sur toute la grossièreté de l’expression “potentiel spirituel” ? Juste dire que la recherche de “puissance” y est intégralement tournée vers l’intérieur, seule voie “spirituelle” apparemment considérée comme valable.

Sauras-tu trouver où il est ?
Mais au fond – tu te demanderas sans doute à juste titre – pourquoi je m’énerve autant contre ça ? Eh bien, parce que ça me gonfle ! C’est clair ? Dans toute cette “spiritualité” crypto-chrétienne, il manque juste un mot. Un seul. Je te laisse deviner lequel ?
… Il manque juste le Christ !
Le pire, c’est que tous, autant que nous sommes, ce danger-là nous guette : développer notre petite religion à nous, avec nos ingrédients et ce qui nous plait dedans, en oubliant le cœur du message (le christianisme ayant cette intéressante particularité que le medium et le message se rejoignent dans la figure de Jésus). Chez les plus tradis, ce sera une référence prioritaire à “la Vérité”, à “la Tradition”, etc. Chez les plus progressistes, un langage tourné autour du “partage”, des “valeurs”, de la “solidarité”, etc. Chez les chachas, peut-être davantage une insistance sur les “charismes”, sur l’“expérience”, sur la “gloire”, etc. Tous, dans nos sensibilités respectives, nous rencontrons à un moment donné ce risque de nous déconnecter de la source.
Alors, petit rappel qui pourrait s’avérer utile dans ces cas-là : tirer le gilet de sauvetage fourni dans le kit labellisé Saint-Paul : Ph 1, 15 21. C’est radical :
“Pour moi, vivre, c’est le Christ.”
Mais tu peux toujours essayer de trouver mieux si ça t’amuse.