(Soupir.) Billet pas drôle. Billet long et pénible. Billet qui va sûrement m’attirer les foudres de pas mal de monde. On m’excusera d’exprimer mon ressenti : je suis un gars sensible.
Ainsi donc, j’en ai mal ; autant que j’en ai marre. Les vieilles légendes, les discussions rebattues, les petites polémiques bien-pensantes pour pimenter la fin du dîner, ça passait encore. L’ignorance crasse et les légers raccourcis journalistiques histoire de doper un peu les ventes, j’en avais pris mon parti. Ou mon mal, mais alors en patience. Et puis vogue la galère, qu’importe la houle et les cris de la foule, Inch’Allah, toussa…
Mais là, on vient encore de repousser les frontières de la connerie organisée. A ce niveau, ce n’est même plus de l’ignorance ou de la malveillance, ça relève du problème psychologique ou du retard mental. De mémoire, en ce qui me concerne, j’ai appris à lire en CP. Mais même en grande section (je dois être un surdoué) je savais déjà recopier des phrases à peu près lisiblement. Alors, cher confrère folliculaire qui crie en ce moment avec tous les autres loulous, je dois te le dire : tu fais une pub désastreuse à la méthode globale !
Parce que toi, cancre magnifique, on t’écrit ça :

Et toi, avec ce qui s’apparente à un cancer de la réflexion, tu recopies ça :

Comment on passe de l’un à l’autre ? Mystère et foule de connes. L’histoire ne le dit pas ; dommage. On préfère passer directement à la morale : le pape est un vilain nazi pas beau qui pue (mais ça, on le savait déjà, non ?) et en plus il est coupable de crime de lèse-capote. Rien que ça. Je vais être dur avec toi, mais parti comme t’es, bah, tu passeras jamais en CE1. Il te reste les coloriages, et encore : tu serais foutu de dépasser tout le temps.
Ou alors… mais je n’ose y croire… ça voudrait dire que… que… tu serais un peu de mauvaise foi ? toi ? rhôô… impossible !
J’admets pour ma part que je le suis. De mauvaise foi. Si, si. C’est vrai : aucun d’entre toi (cher confrère folliculaire) n’a probablement écrit ou dit texto la phrase telle que je l’ai gribouillée. C’est parfaitement exact. Sauf que tout le monde s’emporte comme si cette vulgaire caricature était malgré tout la pensée de Benoît XVI en la matière. Alors que bon, y’a pas non plus besoin d’avoir fait Iéna pour voir que ce n’est pas le cas.
Le truc, c’est que je n’ai même pas envie d’argumenter sur le fond du problème. Moi, je suis un saltimbanque, un chercheur de sourires. Pas un débatophile exalté. Aussi, en toute lâcheté, amen amen je te le déclare : ami troll ou simple amateur de joutes verbales, je te renvoie une fois de plus chez Koz (à qui faudra que je paie une mousse un de ces quatre, pour toutes les fois où il m’aura évité de développer), et puis aussi tant que j’y suis chez Eolas et même Authueil, voire sur Causeur. Si après ça je passe pas pour un réac fini, j’en avale mon bicorne. Parole de jeune vieux con.
Si seulement… (Rêvons un peu.) Si seulement on nous faisait le crédit d’admettre que Benoît XVI n’a pas juste balancé une petite phrase, qu’il a pris la peine de donner un discours avec de vrais morceaux d’arguments dedans. On n’est pas obligé d’adhérer à ces arguments-là, ce n’est pas le problème. Mais qu’au moins, au moins, au moins on l’accueille comme tel, et pas juste comme une sortie hors contexte d’un vieillard tout alzheimeré du bulbe…
Qu’on respire profondément et qu’on prenne une seconde pour se poser cette seule question : si nous sommes en démocratie, avons-nous le droit parfois de nous interroger sur certains points qu’on considère généralement acquis ? (Je sais : je suis un dangereux révolutionnaire, avec mes idées anarchistes.)
Que tu sois d’accord ou non avec l’idée que le préservatif n’est peut-être pas la meilleure solution contre le sida, je m’en fiche. Et je suis même prêt à aller plus loin : sur le fond, je me contrefous de savoir si c’est vrai ou non. Ce qui m’emporte m’importe, en revanche, c’est de voir un tel déferlement de commentaires hostiles sur la simple base qu’une personne – toute auréolée d’une autorité morale qu’on lui conteste pourtant bien souvent – ne pense pas comme la plupart des gens. Soit on a le droit d’avoir ses opinions, soit on ne l’a pas. Mais alors, qu’on le dise.
Pour le reste, j’avoue que cette troisième “crise” depuis le début de l’année me gave sévère. Mais alors, d’une force… comme dirait l’autre. Cette année, laisse tomber les résolutions de Carême : suffit d’être catho pour le vivre. C’est cadeau.
On a eu l’affaire Williamson, du nom du gars qui nous a fait découvrir qu’en français “levée d’excommunication” était synonyme de “réhabilitation”. Et peu importe que tout le monde, y compris dans l’Église, condamne ses inacceptables propos. Et peu importe qu’on explique qu’il n’est absolument pas réintégré. Les journalistes connaissent quand même vachement mieux leur droit canon que le pape lui-même, faut pas déconner non plus ! A ce train-là, je serais pas étonné qu’on apprenne bientôt que “munster” est synonyme de “dentifrice”. C’est les dentistes qui vont en faire une gueule…
Ça, c’était un genre d’apéro. Ensuite, on a eu l’entrée : l’excommunication de la mère d’une fillette brésilienne… Ou l’info à sens unique. Du lourd. Merci les gars d’avoir rectifié le tir quand le Vatican s’est exprimé pour dire exactement le contraire de ce que la presse prétendait. Merci d’avoir fait amende honorable, d’avoir dissipé le malentendu. Mission d’information, qu’y disaient ! Dire que je croyais qu’un journaliste s’engageait à “rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte”…
Maintenant, on en est au plat de résistance. Et je pèse mes mots : il faut une sacrée force de caractère pour résister à cette vague-là. Protestations dans tous les sens (quoique pour certaines d’entre elles, n’en ayant aucun) et hommes politiques qui “commencent à poser un vrai problème”.
Du coup, moi, j’attends le dessert avec impatience. Quelqu’un sait si le fromage et le café étaient dans la formule ?
N’empêche. J’ai mal à mon Église ET j’ai mal à mon métier. Une Église que j’aime et qui vaut tellement mieux que toutes ces caricatures (fussent-elles nées de grossières erreurs de communication) ; un métier qui me passionne mais que j’ai de plus en plus de mal à exercer sereinement, tant certains abus me rendent malade.
Et en plus, avec tout ça, mon thé a refroidi… (Soupir.)