Y a-t-il un prêtre dans l’église ?

De rien

T’as passé un bon week-end ? En ce qui concerne ma petite vie à moi personnelle, c’était un de ces week-ends où je mets les voiles pour aller voir ailleurs si j’y suis (d’ailleurs, quand j’arrive, j’y suis !).

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C’est peut-être un peu exagéré, mais te plains pas : c’est pas si souvent que je t’offre une ambiance musicale avec un billet !

Mais qui dit petit séjour à la campagne dit aussi changement de paroisse le temps d’un dimanche. Même que c’est comme ça que je me suis retrouvé à Saint-Proche (mon village natal… et nan, ça existe pas) pour la messe dominicale. L’église de Saint-Proche, tu la connais : elle est vieille, sombre et il y fait froid. La sono est approximative, la population a sans doute été jeune durant la dernière Guerre mondiale, le curé a désormais douze clochers. Mais cette église-là, elle est surtout un peu vide, à cinq minutes de la messe. Vingt paroissiens dispersés sur les sept premiers rangs, faut avouer que ça fait pas bien lourd.

Bref, je me pose tranquillement et je commence à me recueillir en attendant que la liturgie ne commence. Bonne occasion de méditer aussi sur la chance qu’on a, en ville, avec tout plein d’églises et tout plein de messes et tout plein de prêtres et tout plein de paroissiens, etc. blabla (c’est vrai qu’on a de la chance, et on ne s’en rend même pas compte).

Tic, tac. Il est presque onze heures ; il est où le prêtre ?

Tic, tac, tic, tac. Il est onze heures… passées de dix minutes : est-ce que quelqu’un dans l’assemblée aurait été ordonné, par hasard ?! Apparemment non, si j’en juge par l’agitation qui commence à s’emparer de la pauvre animatrice, désormais plus blanche que la statue de sainte Philomène à sa droite. Elle court à droite, à gauche en murmurant. L’eucharistie sans célébrant, je commence à mal la sentir !

11h21, elle capitule et grésille dans le micro : « Est-ce que quelqu’un ici sait comment se déroule une A.D.A.P. ? » Mais personne ne sait (moi encore moins qu’un autre, dans la mesure où je suis un de ces citadins qui n’ont pas conscience de la chance qu’ils ont d’avoir des prêtres et des églises pleines, toussa toussa). Nous voilà bien…

Bon, finalement, « on » décide de commencer un semblant de célébration, même si les regards auront désespérément tendance à se tourner vers la porte du fond. Chant d’entrée, kyrie, gloria, première lecture, psaume, deuxième lecture, alléluia, évangile, homélie voilà, on arrive au moment où ça coince un peu. Pour la suite, puisque le prêtre continue de se faire remarquer par sa sacerdotale absence, on tente de sauver les meubles… Un Notre Père ne pourra pas faire de mal. La prière universelle, pourquoi pas, surtout qu’elle a été préparée : allez, on y va. Ah, et puis on n’a qu’à chanter quand même le chant prévu pour la communion. Parce que, ouais, y’a pas de communion. Et puis… quoi ? On prolonge avec un Je vous salue Marie. C’est fait. Et après ? Bah, rien : on va rentrer, tant pis !

Dur.

D'accord, cette image exprime plus mon ressenti que la réalité des faits...

D'accord, cette image exprime plus mon ressenti que la réalité des faits...

Faut dire, vraiment, qu’en ville on ne se rend pas compte de la chance qu’on a… (Déjà dit, peut-être ?) Petite pensée pour toutes ces paroisses où ça se passe toujours plus ou moins comme ça. Spéciale dédicace à tous les cathos sans curé…

Plus désolant encore : en rentrant, je passe devant la salle communale de Saint-Proche, pleine à craquer. On y organisait un loto. En me voyant approcher, une femme me lance : « Y’a plus d’place ! » … Dommage : je viens de l’église à côté, et pour le coup, là-bas, ça manquait un peu de monde.

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9 réflexions sur “Y a-t-il un prêtre dans l’église ?

  1. pfffff…. ça m’fait pleurer. Euh…nan bon j’arrête, tu vas dire que je pleure tout le temps ;-D

    Réponse d’Ed : J’espère que c’est la situation qui te fait pleurer, et pas ce que j’en dis… En attendant, tu noteras quand même que, cette fois-ci, j’ai reconnu me sentir comme un « enfant gâté » ! ;-)

  2. Mon pauvre Edmond, quelle souffrance ! Comme tu l’as mis dans ton billet, je pense à tous les paroisses qui connaissent ce genre de refrain presque chaque dimanche !
    Dur, dur de tenir bon !
    Mais à la fois c’est une réalité qu’il est bon de signaler !

    Réponse d’Ed : Oui, mais de là à me qualifier de « pauvre »… En tant que gros veinard des villes, j’ai pu largement relativiser la mésaventure. Et finalement, j’en suis même plutôt content, parce qu’elle me permet au moins de remettre les choses en perspective.
    Quant à cette paroisse-là, visiblement elle n’est pas habituée à ce genre de situation ! Le prêtre a dû avoir un problème (je ne connais pas le fin mot de l’histoire) ; ce qui n’enlève rien au fait que bien d’autres clochers se contentent d’A.D.A.P. tous les dimanches…

  3. Après être resté trente ans sans aller à l’église, j’ai retrouvé la pratique et la ferveur…grâce à la messe traditionnelle.
    En découvrant ce monde nouveau pour moi j’ai trouvé des choses étonnantes…des tas de gens qui grâce au Motu Proprio sont revenus à l’église qu’ils avaient longtemps désertée… des vocations très nombreuses;..mais aussi des fidèles et des prêtres sans église….alors que comme vous le dites très bien, tant d’églises sont vides.
    Et aussi, une chose qui me frappe est l’écart énorme entre la description que charrient les médias des catholiques attachés à la tradition (des nostalgiques plus que centenaires, hargneux et très marqués à l’extrême-droite, ‘exagère à peine) et la réalité de gens souvent jeunes, chaleureux et très ouverts…avec un très grand nombre d’immigrés et d’Antillais.

    Comment expliquer tout cela ?

    Réponse d’Ed : Je me garderai bien de vouloir « expliquer » à tout prix ! Surtout que je parlais moins des églises vides de paroissiens que des églises sans prêtres (même si, en l’occurrence, il y avait un peu des deux, c’est vrai). Mais bon, il y a malgré tout quelques éléments de compréhension.
    Le fait est que l’image un peu hargneuse des tradis est en partie de leur faute, au moins au début. Ensuite, l’image est restée : les médias ont besoin de simplifier les choses et il leur fallait probablement des fondamentalistes aussi chez les cathos pour bien équilibrer avec les autres religions… pas la peine de chercher beaucoup plus loin.
    Sans compter que l’opinion publique sera toujours beaucoup plus réceptive face à un catholicisme « à visage humain », horizontal (qui s’incarne dans le service aux plus pauvres), que face à la dimension verticale de la liturgie.

  4. Et si on lançait des messes avec un truc à gagner?
    Non mais de façons ostensible!
    Oui, on y gagne tous une infinité de grâces à chaque fois, mais on en n’a jamais l’air à la sortie, alors que les gens qui sortent du loto ils sont tous vachement contents et ils sortent avec des cadeaux dans les bras. Faut que chez nous aussi ce soit visible!
    Faudrait que nous cathos on sorte de l’église avec un air tellement contents d’avoir assisté à un miracle, un vrai, et si comblés de bonheur d’être aimés comme ça, et avec les bras chargés de… hé hé… c’est pourtant simple de quoi : de plein d’amour à partager, que les gens soient obligés de se poser des questions, et décident d’aller y voir, pour tenter de comprendre.

    Oui, on a de la chance dans les villes, non on s’en rend pas compte, mais il est rare de voir quelqu’un sortir de sa messe comme si on sortait du loto de la semaine avec le gros lot, avouons, tous!

  5. C’est hélas tellement vrai… Tout pareil chez moi, 18 clochers sur un périmètre de 50 km… Le curé est parti en ‘échange’ (eh oui euh aussi, ont droit à leur Erasmus) en Afrique Noire, et du coup notre Padre a quand même réussi à apprendre à nos chères vieilles dames l’ordinaire de messe en dialecte africain. Classe non?…

  6. On va encore me dire que je suis un oiseau de mauvaises augures, mais sans que tu t’en soit rendu compte, tu viens de vivre une expérience dign d’un bon X-Files…

    … et oui, c’était le futur, pas encore le présent, mais presque.

    Moi je suis en rural, et ce qui m’inquiète le plus, c’est que cela continue à vaguement fonctionner avec l’aide de « prêtres rustines » (mais j’ai déjà eu l’occasion d’un parler chez moi, je ne vais refaire un billet ici), cad des prêtres en retraites, souvent de plus de 80 ans qui font tourner la boutique.

    Cela va tenir encore combien de temps ?? 5 ans. 10 grand max.

    L’inquiétant, c’est que l’Eglise n’est absolument pas prête à envisager de vivre sur un autre mode, ni dans la pratique, ni dans les mentalités.

    Nous sommes encore trop riche pour accepter de revoir nos habitudes.

    Pourtant, un p’tit tour en Afrique et en Asie permet de comprendre que il existe d’autres modèles de célébration.

    Reste à quitter notre confort.

  7. Ce que vous rapportez ici implique que l’image du prêtre soit restée la même qu’à l’époque où le Concile a voulu la changer. Mais je sais des villages ardennais où les ADAP sont célébrées avec coeur, et avec dignité. Pour la liturgie de la parole, pas de problème, vous le savez, surtout avec la croissance de la culture théologique chez bien des laïcs, parallèle avec une ignorance abyssale chez d’autres, naturellement. La liturgie eucharistique est évidemment privée de consécration sur le moment, mais le tabernacle n’est pas vide, le sacrifice du Christ, antérieurement, a déjà été re-célébré, et Dieu est toujours là dans l’hostie. La profession de foi, la prière universelle (ou intentions, dont la rédaction est même spécifiquement confiée à des laïcs), le rite MUET d’aller prendre le ciboire dans le tabernacle et de le mettre sur l’autel, le pater puis la communion, j’ai vu tout cela et c’était profond. Cela m’a rappelé ce que j’avais lu, que c’était le vie des croyants en période révolutionnaire ou en terres de persécution. Le christianisme n’est pas confié aux seuls oprêtres, mais aux baptisés. Amicalement.

  8. Bonsoir(ou bonjour comme vous voulez)
    Croyez-en ce que vous voulez mais je vous assure que dans mon petit village du Nord, ça fait deux ou trois ans qu’il y a 2 prêtres pour 10 à 15 clochers (ce qui fait la messe dans le village une fois par mois…) et que nous avons donc mis en place cette fameuse ADP(Assemblée Dominicale de la Parole/ou de la Prière, comme vous voulez) afin que les enfants du caté puissent avoir une célébration ou une eucharistie au moins deux fois par mois, après le caté (sans cathéchistes bien sûr mais avec l’aide des parents).
    Il nous arrive aussi quelques fois d’aller chercher un prêtre de 92 ans, qui célèbre la messe assis et qu’on aide à s’habiller, à la maison saint Jean.
    Mais ça fait tellement longtemps… maintenant c’est rodé. Et, c’est triste à dire mais au moins, nous, on saura comment faire quand il n’y aura vraiment plus de prêtres.

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