A l’abandon…

Humeur(s)

Choses vues, un jour, quelque part… (Avec mon sens inné du détail, je pourrais écrire des livres de contes, je pense. Comment ça : non ? En même temps, si ce récit-là était un conte, ça en ferait un sacrément glauque. T’es prévenu.)

Il était une fois (tu vois que je pourrais faire des contes), dans un petit village fort pas très près d’ici – enfin de chez moi quoi – se trouvait une petite église qui portait le nom d’un saint (c’est suffisamment rare pour être noté, à mon avis). Dans cette petite église, se trouvait une petite nef avec des bancs qui sentaient la sciure et le vieil encaustique, un autel en bois mal ajusté au sol, un crucifix sur lequel le Christ était amputé d’une main et une affiche du secours catholique périmée depuis quelques années. Pourtant, dans cette petite église de petit village de région peu habitée, quelques familles multiprogéniturielles réussissaient malgré tout à tenir relativement haut le taux de remplissage des bancs le dimanche matin, tout en faisait diminuer significativement la moyenne d’âge. Une paroisse française classique, en somme.

Par une petite porte au fond de cette petite église, on pouvait accéder à une minuscule sacristie, qui était elle-même reliée par une petite porte à une seconde pièce dont l’usage apparaissait beaucoup plus flou – et qu’on qualifiera ici pour simplifier de « débarras ».

C’est dans ce débarras que se trouve le premier élément pas marrant du tout de l’histoire…

Parmi un amoncellement d’affiches, de panneaux en bois, de chiures de pigeons, de paniers et de chaises défoncées, gisait un vieil ostensoir dont la lunule laissait apparaître… une hostie complètement désagrégée. Tristesse et révolte du narrateur quand il fit cette funeste découverte. Quel genre de curé peut bien laisser faire ça ?

La réponse, eh bien c’est le second élément pas marrant du tout de l’histoire.

Le genre de curé qui peut laisser faire ça habite le petit presbytères, pas très loin de la petite église de ce petit village. Il porte un pull tout détendu, des chaussons la plupart du temps, il n’est pas toujours rasé et affiche un certain embompoint centralisé sur sa partie ventrale. Il prend ses repas en regardant les informations à la télé, il ne rate jamais le Magazine de la santé, Derrick et Questions pour un champion, sa voiture n’est pas sortie du département depuis 1987 (la date de naissance de sa voiture) et il fait sa lessive tous les dimanche après-midi. Bref : il se fait chier comme un rat mort il meurt doucement de solitude.

Réaliser ça, c’est immédiatement laisser tomber la révolte née devant l’ostensoir. Ou plutôt : c’est ne plus faire la différence entre les deux. L’un et l’autre disent sensiblement la même chose ; révèlent la même misère. Quels genres de paroissiens peuvent bien laisser leur curé comme ça ? Les mêmes, probablement, qui seraient prompts à se demander quel genre de curé peut oublier un ostensoir et le Saint-Sacrement au fond d’un débarras. Peut-être moi, si j’habitais ce village… Peut-être.

Ce billet n’était pas très drôle, désolé… je ferai mieux la prochaine fois ; peut-être même que je mettrai une illustration, pour la peine.

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8 réflexions sur “A l’abandon…

  1. et qui sait? ce curé était là peut être depuis 40 ans, comme ça arrivait parfois, un curé aimé des gens, qui s’emporte souvent trop fort, surtout quand il a trop bu, mais qui va voir les familles pour les deuils, qui a suivi chacun, qui est toujours là. il voit plus les choses, les enfants de choeur qui posent les coudes sur l’autel pendant la consécration, les chants qui font grincer les oreilles… mais il est là. Les curés de la haute ne le comprennent pas trop, les paroissiens ont appris à ne pas trop empiéter sur son espace personnel (chacun chez soi), quitte à le laisser dans une gentille misère, son évêque ne sait pas trop comment le gérer, le successeur (qu’il n’y aura pas) sait qu’il arrivera dans une paroisse passablement nécrosée… mais le jour où il meurt, tout le monde sera là, parce que bien ou mal, il a lui, toujours été là pour accompagner chacun, aux moments qui comptent. Et des personnes qui ont toujours été là sans jamais rien demander en retour, ben y en a pas des tas. Tiens, plus sobrement, il y en a quelques uns par chez moi, sans verve, sans éclat… mais fichtrement aimé: http://tinyurl.com/a9k3yp

  2. Et puis pourquoi s’en tenir à la surface des choses, nécessairement ?
    Bien sûr, entré dans cette église, tu as pu penser qu’elle était à peu près abandonnée, désertée même par son serviteur … Mais comment évaluer la place qu’a eue cet homme dans cette communauté depuis … 1987 ? peut-être a-t-il été proche des gens, peut-être lui ont-ils été reconnaissants de sa simple présence, de sa simple humanité, davantage que peinés par son peu de soin vis-à-vis des « instruments » de sa fonction, vis-à-vis, même, va savoir de son ministère-même …
    Au-delà, si cet homme était réellement abandonné ET de ss fidèles ET de sa hiérarchie, c’est à cette dernière en tout premier lieu, que j’en ferais le reproche … coupable de manque d’humanité, de manque de soin, d’incapacité ou d’absence de volonté … coupable de refuser de voir que quelqu’un peut être « usé » tout simplement …
    (tu vois, c’est précisément sur ce genre de « fondamentaux » que les détails qui nous séparent sont sans importance … :-) … et je suis capable de passer ici sans écrire (que) de(s) conneries …)

    Réponse d’Ed : En réalité, je connais bien le village et la paroisse (ce qui m’a laissé, une fois, l’accès à ce « débarras »), donc je ne me suis pas contenté de la surface…
    Cela dit, il n’y a pas vraiment de jugement de ma part, dans cette affaire. C’est même pour ça que je m’inclus dans la question finale. Ce que je voulais dire, c’est qu’au-delà d’un certain nombre de débats formels, on court souvent le risque d’oublier que notre bon vieux curé est un homme
    aussi. La tentation de critiquer ce qui nous déplaît chez lui est souvent forte, mais je m’insurge encore plus contre une certaine façon de le regarder comme un être à part, de le mettre sur un piédestal spirituel qui peut avoir pour conséquence de l’isoler du reste du monde. L’intention n’est pas forcément mauvaise, mais les effets peuvent s’avérer dévastateurs. C’est pour ça que j’aime bien me rappeler, parfois, que « M. le curé » a aussi un prénom, peut-être un goût pour le cinéma et une petite bière de temps en temps, etc.
    Je n’ai rien voulu dire de plus. Ça te va, comme fondamentaux ? ;-)

  3. Be voui ça me va parfaitement …je me doutais bien que tu connaissais et l’endroit et l’homme … mais c’est le problème de fond qui me semblait important … et je sais aussi que, même si je suis très tès éoignée de l’église, si j’avais ici un prêtre comme David, j’enverrais plus facilement mes enfants au cathé … :-) ne serait-ce que pour l’ossature « morale » et humaine que ce type de contacts dispense, tout aspect même purement religieux mis à part !

  4. Ah…si les curés pouvaient se marier…

    Réponse d’Ed : Ah? Et ? J’ai un peu de mal à voir en quoi ce serait une solution au problème… Mais si tu le dis…

  5. Ça me rappelle des souvenirs de chorale ça, c’est assez étrange!
    Personne ne connaît cette chanson?
    « Le petit curé est arrivé un jour d’été, il s’est installé au presbytère, le dimanche matin il a sonné avec entrain, pour appeler tous ses paroissiens… »
    En gros, le brave petit curé se tue littéralement à la tâche ingrate de courir après des paroissiens tiédasses, incapables d’aller à l’église le dimanche, sauf Mademoiselle Emma.
    Et puis il finit par se laisser mourir de désespoir.
    A son enterrement, il y a tout le village.
    Et le petit curé, au paradis, les regarde triomphant.

    Il existait une coutume, qui existe encore à droite à gauche, qui était d’inviter son curé à déjeuner le dimanche et qui lui permettait d’être inclus à la vie de famille de ses paroissiens, de ne pas se sentir seul, et de mieux gérer sa paroisse, du coup.

    Pour le mariage des prêtres, je renvoie à « Dieu en plein cœur » du père René-Luc, que je viens de terminer. Il est très clair sur la question, avec des mots simples et accessibles à tous.

  6. ouahhh! effectivement et ça doit te toucher d’autant plus que tu connais « personnellement » cette paroisse…

    C’est vrai que c’est un vrai problème, notre « conscience paroissiale » on voit notre vie, notre besoin de messes, de sacrement, de rencontrer Jésus, de rencontrer untel qu’on verrai pas si yavai pas la messe famillial (siisi on est tous passé par là, ça jacasse souvent dur à la fin de la messe), on voit notre cheminement, notre foi mais on oublie que « nos » prêtres ne sont pas des des machines, qu’eux aussi ont besoin de relationnel, d’attention et de soutien.

    D’un autre côté j’ai aussi vu des prêtres fuirent (ya pas d’autre mots) sitôt la dernière note de l’envoi fini pour se replier(ya pas d’autre mots non plus ) au presbytère (on sait jamais qu’on l’aurai mangé pour le repas du dimanche. )J’aime la coutume évoquée par Nitt car je trouve qu’il est tellement important de offrir un peu de notre temps, de notre quotidien pour partager avec notre (nos) prêtre(s). Mais c’est comme dans toute relation, ça s’accorde chaque jour, se travaille, se ré accorde … des 2 côtés.

    Ton histoire doit nous appeler à garder tout ça à l’esprit dans notre vie en paroisse; En tout cas moi, j’espère ne pas oublier cette piqûre de rappel (car c’est bien connu on ne dit jamais assez aux gens qui nous sont « chers » combien on les aiment et combien ils comptent pour nous )

    Merci de nous partager tout ça!

    =>nitt à l’occasion je lirais bien ton livre… ;-)

  7. Le mariage des prêtres?
    Faudrait déjà savoir ce qu’est être une épouse (parole d’épouse)
    Pourquoi infliger à une femme ce que toutes les femmes refusent?
    1- un mec jamais là
    2- un mec toujours dispo… pour les autres
    3- un gars qu’on appelle à tout heure ( demande aux femmes de gendarmes)
    4- un gars sensé montrer l’exemple ( regarde Katy Perry, fille de pasteur, qui chante des chansons ultraaaaa légères! Super pour l’honneur du Révérend Perry)
    5- Un gars, jamais vraiment seul ( tu as toujours une Mme Michu qui a besoin d’écoute, d’eau bénite…)
    6- Regarde  » 7 à la maison »: touts tes paroissiens vivent chez toi! AAAAAARRRRGH!

    Faut pas déconner….Après ça, le pauvre homme qui n’est pas un surhomme devrait se donner entièrement à sa femme. Et comme i pourra pas, i z’auront pas d’enfant. La colonie de femmes « frustrées du zizi sexuel » (pardon, mais faut être incarné! j’ai pas pris la version spi de la question, t’as vu?!! )

    Dieu éternel et tout puissant, Miséricordieux pour tes filles, refuse, de grâce, de les marier à des prêtres!!!!

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