Éloge des grands-mères universelles

Humeur(s)

Peu importe comment on les appelle, d’un petit nom affectueux ou d’un poli Madame. Peu importe aussi, d’ailleurs, comment elles s’appellent. Elles sont au-delà de ça : elles sont au-dessus de tout. Un peu comme dans ces vieilles affiches publicitaires qui tapissaient les murs de la cantine : « Bonne Maman, nous sommes tous tes petits enfants ». Un peu comme ça, oui.

Elles vivent dans une maison derrière une grande porte verte. Un numéro 7, sans doute, dans une rue dont le nom prête à des plaisanteries potaches. Elles habitent surtout sur le chemin de l’école ou du lycée ; ce qui fait d’elles une halte imposée. Si c’est un détour, c’est encore meilleur. Le bouton de la sonnette est un peu enfoncé et il y a une voiture qui dort sous le porche. On ne la verra jamais la conduire, mais on l’empruntera souvent.

Dans le placard de la cuisine, elles ont du chocolat. Du saucisson, aussi. Et du thé, du miel, des briques de jus d’orange. Et des biscuits ramollis dans une boîte en métal. Elles ont plein de photos de petits-enfants souriants. Ils sourient, les petits-enfants sur les photos, parce que leur grand-mère fait une mousse au chocolat formidable. Avec des morceaux de chocolat fondants dedans. Dans le jardin, il y a Sidonie, une tortue handicapée depuis qu’un chien l’a confondue avec un big-mac. Dans ce même jardin, elles ont une balançoire qui est un endroit super pour bavarder. Elles ont aussi une télévision pour des soirées VHS ou des après-midi Roland-Garros. Une bouteille de prune dans le salon, pour des fins de soirées confidences. Elles ne s’étonnent pas de trouver chez elles un ou deux petits-enfants adoptifs au petit matin.

Elles disent : « Raconte-moi, mon petit… » Et elles le disent gentiment (même si elles n’entendent pas toujours très bien la réponse).

Elles dodelinent doucement de la tête quand on leur explique quelque chose, ou alors elles disent : « Ah, c’est bien. »

On peut repasser chez elles des années plus tard, rien ne change et ça ne change rien : elles nous accueilleront toujours de la même manière, elles offriront toujours d’entrer dans la cuisine et elles feront à nouveau les mêmes remarques à leur « vrais » petits-fils. Qui repenseront longtemps à elles en remettant les pans de leur chemise dans leur pantalon. Parce que ça fait quand même mieux : regarde tes amis, eux, ils sont bien habillés…

Elles sont comme ça. Toutes petites et très grandes, précieuses et gratuites ; universelles, uniques.

Quand, au retour de quelques courses en ville, un crissement de pneus nous les enlèvent, dans le panier qu’elles serrent fort contre elles, elles emportent quelques bons morceaux de notre adolescence.

Au’voir ma’ame…

Publicités

16 réflexions sur “Éloge des grands-mères universelles

  1. Je t’envoie mes plus sincères condoléances. Il y a maintenant une personne en plus là haut qui veille sur toi.

  2. Je vous salue, Marie,
    Comblée de grâces,
    Le Seigneur est avec vous.
    Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
    Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

    Sainte Marie, Mère de Dieu,
    Priez pour nous, pauvres pécheurs,
    Maintenant et à l’heure de notre mort,
    Amen.

    Ô Marie, prie pour nous qui sommes tes enfants.

  3. Oh! Ed! Comme je suis triste pour toi…pas pour elle, je sais bien où elle doit être en ce moment…
    [Enfin, si j’ai tout bien compris…pasque d’temps en temps, chuis un peu blonde sur les tempes…]
    Mais je t’embrasse, allez tiens!
    Et pas d’UDP pasque t’aime pô ça, mais quand même un petit Ave en passant!

  4. Moi qui ai l’âge d’être une (jeune)grand-mère, je t’embrasse bien fort

  5. Petite précision, parce que je reçois aussi des messages à côté… Merci à tous pour votre sollicitude. Sachez simplement que ce n’était ma propre grand-mère, mais « juste » une personne qui représentait beaucoup pour moi.
    Ça ne m’empêchera pas de continuer à rire (elle n’aurait pas voulu, je pense), mais elle valait bien ces quelques mots.

    Je pense surtout à ses « vrais » petits-enfants, qui ont perdu bien plus.

  6. Je repasse par là, juste pour ajouter que c’est une belle semaine pour retourner à Dieu.
    Il m’est arrivé le même genre de chose quand j’étais encore au lycée et je compatis sincèrement.

    Des bisous tiens.

  7. Je ne peux que m’unir par la prière a cette perte douloureuse car toute personne qui compte est une perte douloureuse qu’elle soit ou non de la famille , ma propre « perte » étant encore parfois à vif , je ne peux qu’unir mes larmes à ton texte si magnifique et si « ça » .

    Mais de là haut elle veille avec toutes les autres « grands-mères » (grands parents et autres défunts de nos familles) sur sa petite famille (de sang ou pas d’ailleurs). Mon demi-frère (3ans à l’époque) lors du décès de ma propre grand mère « mais alors maintenant mamy c’est un ange, tu te rends comptes on a un ange au paradis »… certes on ne possède personne mais dans la bouche de cet enfant, sa joie de réaliser qu’outre la douleur il y avait de l’espoir m’a beaucoup touché et je crois vraiment que c’est lui qui est dans la vérité.

    En Union De Prière donc aussi pour sa famille et ses petits-enfants

  8. « Toutes petites et très grandes, précieuses et gratuites ; universelles, uniques. »

    Exactement, ça!

    « Ma mienne » est entrée dans la Jérusalem Celeste dimanche dernier!

  9. Très beau billet, merci.
    Et une prière pour toutes les gentilles vieilles dames de la Terre, une. Avec une petite larme de prune, pour faire passer le léger noeud dans la gorge.

  10. @ Raph : Tu sais que c’est moi qui suis le plus reconnaissant. M… représentait vraiment beaucoup. Et c’était un honneur (et même, j’ose dire : une joie) d’être auprès d’elle hier soir et ce matin.
    Il va s’en passer du temps avant qu’on commence seulement à l’oublier…

  11. Merci pour ce bel hommage qui m’a mis la larme à l’oeil.

    OUI, nos grands-mères (et nos grand-pères aussi …) sont précieuses, uniques, formidables, irremplacables … et quand elles partent en silence, malgré la joie et la fierté d’avoir marché à leurs côtés … le chagrin est là, fort et puissant, et même si les années passent, l’absence reste cruelle.

    Là, je pense à mon arrière-grand-mère Paulette, qui est partit rejoindre le Seigneur il y a plus de 2 ans. Je ne m’y fait pas, la tristesse et le manque sont toujours là …

  12. Nitt, je crois qu’on se comprend.
    Maman, ayant lu l’article a appelé ma Grand-maman pour lui lire le message et moi c’est tout juste si je ne pleurait pas en l’entendant lire…

  13. merci beaucoup (pour tous les billets, en général trop bon!!!)
    Pour ce billet sur les grand-mères, je l’ai lu à ma maman, grand-mère 21 fois déjà…elle à bien apprécié, l’occasion de lui dire qu’on l’aimait bien avec des mots pas à nous, mais qui auraient pu ( presque) être à nous. Merci pour nous, merci pour elle…le problème est que ma fille en pleurait presqu’a côté, je vais être responsable de cauchemar cette nuit!!!
    merci beaucoup et merci à toutes les grand-mères c’est trop génial d’avoir des grand-mères…y’en a qui ont trop de chances…qu’ils le sachent…et qu’ils en profitent à fond!
    J’en ai profité pour lui lire en boni un ou deux morceaux d’autres billets, dont celui où nous partageons le mal à notre Pape, elle aussi, ça fait du bien…merci pour tout.

Mettre mon grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s