Un jeune ; la notion, point final.

Humeur(s)

Parmi mes nombreux vices (boire de la tisane, laisser mon siège aux femmes enceintes dans le métro, prendre le métro, tenir un blogue, avoir lu Love Story un jour, aimer les jeux de mots tout pourris, faire des listes de mes défauts, etc.), il y a en a un qu’il faut absolument que je te confesse aujourd’hui.

Oui, j’aime dire des trucs définitifs.

Je pense même que mon goût prononcé pour les sentences, les aphorismes et les phrases fermantes pourrait me valoir parfois un peu d’accompagnement psychologique. Presque autant que mon esprit de contradiction. Faudrait d’ailleurs que je me renseigne, parce que je pourrais peut-être avoir un forfait pour ces deux tares-là. (Tu trouves pas ça marrant, toi, la façon dont sonne « tares-là » ? Dis-le à voix haute, tu vas voir, c’est rigolo : ça fait « tarla »… voilàvoilà.)

M'en fous, j'assume.

M'en fous, j'assume.

A la sortie du cinéma, si je vois tous mes amis (ouais, j’en ai plusieurs – la classe) s’enthousiasmer pour le film, il est fort probable que le premier qui s’avisera de me demander : « C’était bien, hein ? » s’entendra répondre : « Non. » De même, je n’ai aucune honte à affirmer sans laisser la moindre place à la contradiction que les mangeurs de Rice Krispies au petit-déjeuner sont tous des dégénérés. Par exemple.

Et donc, bah, aujourd’hui je me suis un peu laissé surprendre par une vague connaissance au cours d’une de ces conversations qui ne devaient pas être polémiques au départ. Tu sais, le truc qui commence par la bête description de la cabane que tu avais construite à 12 ans et qui finit par un gros pugilat où l’un des deux – souvent toi – se retrouve taxé de fascisme avant d’avoir compris pourquoi. Ce genre de discussion ; bien traître comme il faut. Et si tu te dis que ce paragraphe n’a pas grand rapport avec ce que j’ai écrit avant, c’est parce qu’il faut que tu lises la suite avant de râler. (C’t’un monde, tout d’même !)

Je ne saurais pas bien te dire comment c’est arrivé, mais y’a un moment de la conversation où j’ai méchamment glissé en laissant passer un piège à cons dans mes propos. En l’occurrence, c’était « les jeunes ». Ça n’a l’air de rien comme ça, « les jeunes », mais ces deux petits mots-là c’est une vraie saloperie chose-pas-belle : ça te flinguerait une bonne ambiance en moins de temps qu’il en faut à un scout de retour de camp pour noircir l’eau du bain. Je précise que cet exemple marche aussi avec un anarchiste-altermondialiste qui revient d’avoir cramé des hôtels (au cas où j’aurais soudain élargi mon public).

Donc, « les jeunes ». Je dis ça un peu innocemment (quel c…) et je me prends immédiatement le retour de la flamme que je n’avais pas cru allumer : « Ah ouais ? Et pour toi, c’est quoi un jeune ? »

For intérieur : « Et meeeeeeeeerdeuuuuh ! »

La notion de jeune, c'est déjà dur à expliquer, alors va donc l'illustrer ! Du coup, t'as droit à une image sympa sur l'enfance.

La notion de jeune, c'est déjà pas facile à expliquer, alors va donc t'amuser à l'illustrer, toi !

Me voilà parti dans une conversation philosophique (et embarrassée), à tenter de définir la notion de jeune avec ce type dont j’ai oublié de préciser qu’il devait avoir pas loin de deux fois mon âge ; c’est dire si j’étais mal engagé.

J’ai bien failli, au début, tenter d’esquiver la difficulté en énonçant :

« Un jeune, c’est une personne qui téléphone à sa mère plus d’une fois par mois. »

Propre. Généralisant. Définitif. C’était pas mal. Jusqu’à ce que je me rappelle que c’est aussi la définition d’une fille. Zut, flûte, crotte de bique : il fallait tout reprendre depuis le début.

Deuxième tentative de détourner l’attention ; j’ai voulu tenter un coup de bluff en ne définissant rien et en dissertant plus loin comme si la notion était évidente. Mais ça n’a pas pris. Pour l’anecdote, néanmoins, j’avais commencé à développer l’idée suivante :

« Le drame des jeunes, c’est qu’ils s’imaginent toujours qu’ils sont l’avènement d’un monde nouveau, alors qu’ils devraient avant tout être le renouvellement d’un monde ancien. »

Vous avez quatre heures. L’accès aux toilettes ne pourra se faire qu’un par un. Les calculatrices sont interdites.

Tu admettras tout de même que c’était pas trop mal tenté, cette affaire. Et que, par ailleurs, je viens de gâcher dans un billet une très chouette « pensée pour aujourd’hui », preuve que je ne recule décidément devant aucun sacrifice. Mais revenons à nos moutons (qui se trouvent être des jeunes). La parade avait beau être brillante, elle n’a pas fonctionné face aux talents inégalés du gars dans la catégorie fouilleurs de merde (trois fois coloscope d’or au festival de Moncuq).

Et puis la grâce m’est venue en aide (depuis qu’elle fourre des ampoules dans mon placard, la grâce et moi, on est méga-potes) et m’a soufflé la réponse ultime, celle que mon interlocuteur n’avait pas pu voir venir, qui lui a fait un peu mal à ses dents et qui m’a permis de sortir victorieux de cette joute hélas pour lui inégale dès le départ.

« Un jeune, c’est quelqu’un qui ne se demande pas s’il l’est encore. »

Prends-toi ça dans ta face ; nananananè-reuh.

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20 réflexions sur “Un jeune ; la notion, point final.

  1. Pour les garçons, c’est quand les commerçantes vous appellent encore « jeune homme ». Pour les filles ? « Mademoiselle » tombe hélas en désuétude, mais là je fais une réflexion de vieux c. :-)

  2. et ben moi j’aime pas qu’on m’appelle Madame !! J’en déduis que t’es jeune, tant que t’es pas marié. Bon après c’est sûr on trouve des feintes : jeune marié, jeune maman ou papa… mais c’est pas la panacée non plus enfin, on fait comme on peut :D

    « est jeune celui qui ne regrette pas nostalgiquement sa jeunesse » !!

  3. mdr!!!!

    et ta pensée du jour tu l’as quand même placée finalement (parce que hein ça vaut bien le statut de pensée du jour moi j’dis! )

    (et non une fille ne téléphone pas au moins une fois par jour à sa mère… ou alors chui pas une fille :-$ ou une mère très occupée ou une vie à côté ou tout à la fois :-$ )

    il se fait tard là? non? tu trouves pas?:-$
    concours de jeux de mots foireux où je pense pouvoir prétendre à la médaille d’argent au moins ;-) mdr

  4. Eh oh, Ed’ tu deviens mysogine… Attention … je vais te dévower tout cwu
    Et sinon, c’est un peu dur cque tu dis là, ça file un coup de vieux directos…………
    ….. ou pas!

  5. Plusieurs choses.
    Hum… hum. (Oui, la liste est longue.) (Tu constateras que tu as des lectrices – pour les autres je sais pas mais moi c’est trice – qui aiment aussi faire des listes.)

    Neumbeur ouane : Les défauts comme les tiens sont en voie de disparition, surtout garde-les, vu qu’ils deviennent rares, peut-être qu’un jour ils vaudront quelque chose financièrement parlant. Y en a qui diront que ça vaut déjà de l’or…
    Neumbeur tou : Merci pour cette découverte de la loi de Godwin, c’est terriblement intéressant (et utile dans de futures conversations à rallonge).
    Neumbeur sri : Peut-être devrais-tu consulter à propos de tare-là = tarla… C’est une simple suggestion.
    Neumbeur fore : Puisque j’ai le droit de commenter en longueur, j’en profite. mais si, le rapport est plus loin. C’t’un monde, tout d’même! Et à l’occasion, j’aime bien plagier un peu aussi, c’est rigolo.
    Neumbeur faïve : Je maintiens, j’affirme, je persiste à dire que je suis unE lectrICE, (fille, deux chromosomes X, toussa) même si en trois mois passés loin de ma mère, je ne lui ai téléphoné qu’une fois! Non mais des fois!
    Neumbeur siks : Ta référence au scout qui noircit l’eau du bain devrait passer en expression courante dans la langue française : précise, efficace, particulièrement représentative pour certains, au moins.
    Neumbeur séveune : Que lis-je? Que vois-je? Qu’aperçois-je de mes yeux ébahis? (Merci de faire toutes les liaisons à la lecture, c’est plus joli.)
    Tu parles de… de… de moutons? Mais, non seulement un mouton jeune ça s’appelle un agneau, mais, ensuite, puisque tu luttes pour les chèvres, ne devrais-tu pas dire chevreau?
    Neumbeur èit : Je ne te savais pas versé dans le grand et bel art de la scatologie… je découvre un nouvel Ed.
    Neumbeur naïne : Wakatta pour les pensées pour aujourd’hui, que je n’appellerai donc jamais, même pour rigoler, les pensées quotidiennes, les pensées du jour, les pensées diurne, ni et encore moins les pensées du plat du jour.
    Ah oui, au fait « wakatta », c’est « j’ai compris » en japonais.

    M’sieur, j’ai fini, je peux donner ma copie?

  6. @ B-attitude : Je trouve ça mignon que quand j’écris qu’une fille (au même titre qu’un jeune) appelle sa mère « au moins une fois par mois« , tu rectifies de toi-même (et probablement inconsciemment) en « une fois par jour«  ! ;-)
    Ou comment confirmer une idée reçue en voulant la réfuter ! Très fort !

    @ Maman Croco : Misogyne, moi ? Pff… laisse-moi rire ! « Si j’ai mal parlé, montre-moi ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi veux-tu me dévorer ? » :-p

    @ Nitt : Euh… alors… euh… bon…euh… parce qu’en fait… euh… mais… et sinon… euh… alors voilà, quoi !

  7. ouai mais ce que les gens ignore c’est que bon hein chui un peu blonde sur les bords (comment chercher une excuse bidon avec une idée reçue encore plus con..)

    note ed (tu permets que je t’appelle ed au fait???: -$ ) que une fois par mois…chui pas sûre non plus mais bon comme elle habite pas si loin que ça… j’avoue on peut s’en tenir a ce rythme là :-$
    Tout ça pour dire que tu as touché juste avec ce billet (encore un ;-) ) et j’me suis bien amusée .
    la jeunesse … ça c’est un sujet d’actualité(et une notion bien abstraite quand même) !!! ;-)

    note à nitt=>je crois que nous sommes désormais officiellement des adict :-$ tu crois que c’est grave???ô_O
    on devrait peut-être en parler à quelqu’un ??? :-$

  8. @ Yayon : non, n’insiste pas, je n’appellerai pas maman pour en parler avec elle.

    Cherchez pas trop à comprendre les autres, vous allez vous faire des nœuds.

  9. J’avais lu il y a longtemps déjà une citation de chepasqui qui disait en substance (c’est pas clair mais j’ai du lire cela il y a bien 30 ans!)
    « Jeunes, on voudrait changer le monde,
    Vieux, on voudrait changer les jeunes »

    J’étais déjà d’accord dans ma jeunesse,c’est comme cela que cela m’avait frappé, maintenant que je suis quasi-vieille, je pense que c’est toujours réaliste

  10. @ nitt=> tu sais des noeuds hein j’voudrais pas dire mais bon voilà quoi… ;-) mais bon j’en toucherai 2 mots à Marie si tu veux mdr
    ^^ (je sais je sais chui grave mais j’me marre bien quand même (la fille fière en plus de sa connerie lol ) na :-P

  11. cela n’engage que moi mais je trouve ce que tu écris moyen à tous égards.

  12. Han, il est démasqué le monsieur qui pose des questions genre « c’est quoi un jeune » dans les grandes discussions sujettes à la loi Godwin!
    Je vais me retenir de faire la finaude, sinon ça va mal finir, je le sens d’ici.

  13. Alors je voudrais pas faire mon relou mais sur la définition du jeune (la tienne est très bonne cher Ed !) nous avons des références « marketing » !

    Eh oui regardez les banques : avant les offres jeunes allaient jusqu’à 20 ans et puis cela a été étendu jusqu’à 25 ans… et maintenant certaines banques proposent des offres jeunes jusqu’à 30 ou 35 ans…

    Alors la notion de jeune serait-t-elle extensible ? Serat-t-elle modulable dans le temps ?

    En même temps il faut aussi voir que s’il existe une notion de jeune c’est qu’il existe une notion de vieux…
    Et faut-t-il attendre la carte vermeil pour se considérer vieux ?

    En attendant, moi je me fis à ce que je lis : « soyez comme des petits enfants » comme ça je suis sur de rester jeune !!!

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