Cette histoire de dignité…

De rien

Avant de commencer ce billet, j’aimerais savoir si toi aussi, parfois, ça t’arrive de t’imaginer que ta vie pourrait être vachement plus marrante si tu la vivais comme une bande-annonce des années 50… Tu sais, avec une voix off un peu flippante sur les bords et un gros titre qui s’affiche dans des caractères très subtilement kitsch.

Un truc qui donnerait à peu près ça :

that-worth-thing

La classe, non ?

Pompopom… Donc, tout ca pour dire que je vais aujourd’hui te raconter une aventure à peu près aussi édifiante qu’elle est vraie (c’est dire si elle est édifiante, parce que je te raconte même pas à quel point elle est vraie !).

C’était un dimanche, et même que c’était à la messe et dans ma chère paroisse. Mon curé (dit aussi « Bossuet » par certains – i.e. moi – par rapport à ses qualités d’orateur) vient me demander si je vais pouvoir l’aider à donner la communion. Bon, perso, je suis pas contre sur le principe, mais il peut y avoir des moments où je ne le sens pas des masses et où j’ai bien envie de dire que, finalement, non pas trop.

Explication : certains jours, c’est pas que je me sens spécialement morveux, mais disons que je ne suis pas au top de ma forme, et surtout que je ne me sens pas complètement digne de ce genre de chose. Mais passons revenons-y plus tard. (Note tout de même pour les plus tradis d’entre toi : ce sentiment d’indignité n’a rien à voir avec le délai de ma dernière confession ; c’est juste une impression générale.)

Comme je suis le bon gars et que je sais parfaitement le-truc-que-je-vais-développer-par-la-suite, je dis quand même oui. Ce qui prouverait que je suis un bon gars s’il en était encore besoin, puisque je l’ai dit clairement dans la phrase précédente.

Alors bref, donc, je l’aide à donner la communion. (Tu notes quand même comme je suis un bon gars, hein, tu notes ?) Toujours en me sentant indigne, mais en me disant que s’il me l’a demandé, c’est qu’il a besoin de moi, et puis qu’il n’est pas totalement exclu qu’il y ait un genre de grâce d’état pour ce type de service, toussa. Je ne croyais pas si bien penser.

A la fin de la messe, une amie vient me voir et me dit ça :

« Je voulais te remercier. Avant la communion, je ne voulais pas y aller parce que je ne m’en sentais pas digne. Finalement, j’ai décidé d’y aller quand même, et c’est toi qui m’a donné la communion. Et tu m’as donné deux hosties collées l’une à l’autre ! J’ai trouvé ça vraiment beau comme clin d’œil ! »

Le plus étonnant providentiel, c’est qu’en passant par ma main (moi qui m’en sentais indigne), le Christ s’est donné deux fois à cette amie (qui s’en sentait tout aussi indigne). Comme pour nous rappeler à l’un et à l’autre cette petite évidente : il y a un mot que Dieu ne connaît pas, c’est « dignité« . Il ne connaît que « grâce« .

Il faut juste essayer de s’en rappeler, de temps en temps…

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15 réflexions sur “Cette histoire de dignité…

  1. « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir… »
    Et sinon, euh, il est où le Technicolor promis par la bande-annonce ? :p

  2. Salut « Edmond » !

    Sur le fond, ton histoire ressemble bien à la délicatesse de qui on sait !

    Juste comme ça pour faire « genre » : Jésus ne se donne qu’une fois. Quel que soit le nombre d’hosties, ou la taille de la fraction, il se donne. Point. Il se donne toujours tout entier. Pas de réserve dans le don de Jéus. D’ailleurs il ne s’est donné qu’une fois, pour toutes, sur la croix.

    Et puis notre Père connaît bien le mot « dignité ». Et c’est le mot pivot de la DSE (« dignité de la personne humaine » …). Mais son don dépasse notre état : nous ne serons jamais à la hauteur, s’il ne s’abaisse, Lui qui a tellement pris la dernière place.

    Enfin, il est une directive sur la juste collaboration des laïcs au ministère sacerdotal qui met en perspective (et donne des indications pour dispositions pratiques …) la fonction de ministre extraordinaire de la sainte communion.
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/laity/documents/rc_con_interdic_doc_15081997_fr.html
    L’article 8 m’a conduit en général à (essayer de) m’excuser quand par hasard on vient me demander …

    Ce commentaire t’est adressé perso, pas pour être publié.
    ((-:

  3. Ed, j’ai eu comme première réaction d’aller chercher la même référence que celle citée ci-dessus mais l’on m’a devancé.
    En revanche, je n’en fais pas le même usage.
    J’ai eu à de nombreuses reprises l’honneur d’être un ministre extraordinnaire de la Sainte Communion. Je n’en ai pas toujours été le plus digne, cela est vrai. Mais je pense comme le stipule l’article 8 de cette directive que trop souvent l’on fait appelle à des laïcs qui ne sont pas préparés à porter le Christ aux fidèles du Peuple de Dieu.
    Bien souvent, ces ministres extraordinnaires sont présent pour « accélérer » la distribution de la communion afin de ne pas allonger la célébration en cours.

    Aujourd’hui nous recevons trop facilement la Sainte Eucharistie et nous la distribuons trop facilement !

    Moi je trouve cela très beau quand un fidèle s’avance pour demander la bénédiction car il ne se sent pas digne. pour x ou y raison. C’est un geste d’humilité fort que nous devrions méditer…

    A certains moments nous ne sommes pas dignes et le reconnaître en ne communiant pas est aussi porteur d’espérance.
    Le risque à communier trop facilement est que cela ne devienne plus une grâce mais une habitude dans laquelle nous ne grandissons plus.

    Ce sont quelques réfléxions qui me semblent importantes à avoir et nous devons prier pour que notre attachement au Christ soit plus fort que notre dépendance à la Communion…

  4. Plutôt que de ne pas communier parce qu’on est pas au top, il semble préférable de reprendre la prière du publicain: « Seigneur, aie pitié du pécheur que je suis ». La contrition parfaite nous remettant en état de grâce, ce me semble un effort plus constructif, même si on sait bien qu’elle reste imparfaite, que de se passer du remède quand on se trouve trop malade…

    Année jubilaire du curé d’Ars obligeant, je ne peux pas m’empêcher de le citer ici, à propos de la dignité et de la communion:
    « Ne dites pas que vous n’en êtes pas digne. C’est vrai : vous n’en êtes pas digne, mais vous en avez besoin. »

    plein d’autres citations, trop trop top: http://www.arsnet.org/114.php

  5. @ (obligatoire) : Les commentaires ici sont publiés automatiquement, et je pense que maintenant trop de gens l’ont lu pour le retirer sans enlever un peu de cohérence à ceux qui suivent. Donc sauf si tu me le redemandes formellement, je le laisse et je te répond ici !

    Tu n’as donc rien compris à mon billet ?! ;-) (Note : ceci est une boutade. Avec un peu de sérieux, mais surtout un gros clin d’œil !)
    Je sais parfaitement que le Christ ne se donne qu’une fois ; simplement, dans cette histoire, je regarde le symbole providentiel par lequel il semble se donner deux fois plus ! Du moins, je l’interprète comme ça et mon amie aussi. Il n’y a rien de « plus extraordinaire » que d’habitude dans cette communion.
    Et s’il est évident que Dieu connaît la « dignité » de la personne humaine, il me semble que ce n’est pas dans le même sens que j’utilise le mot ici, puisque je le prends sous l’angle de nos propres jugements sur nous-mêmes. Évidemment, nous ne serons jamais « dignes » de notre Créateur, et pourtant sa grâce nous rend cette « dignité »-là. Derrière les formules, c’est ce que je voulais dire.

    Pour le reste, la citation du Curé d’Ars proposée par Do est d’ailleurs une excellente clé de lecture…

  6. lu dans Histoire d’une âme: « Un jour, contrairement à mon habitude, j’étais un peu troublée en allant à la Communion, il me semblait que le Bon Dieu n’était pas content de moi et je me disais :  » Ah ! si je ne reçois aujourd’hui que la moitié d’nne hostie, cela va me faire bien de la peine, je vais croire que Jésus vient comme à regret dans mon coeur.  » Je m’approche… oh bonheur ! pour la première fois de ma vie, je vois le prêtre prendre deux hosties bien séparées et me les donner !… Vous comprenez ma joie et les douces larmes que j’ai répandues, en voyant une si grande miséricorde… »
    un p’tit quelquechose de la communion des saints…

  7. Lors du culte final au rassemblement du Grand Kiff ( http://www.legrandkiff.org ), j’ai eu la grâce d’amener la Sainte Cène à ces centaines de jeunes réunis… Communion véritable, un silence habité, un échange de regards, un sourire, les mains tendues pour partager…

    Oui, la communion, qu’on l’appelle Sainte Cène ou Eucharistie, ce n’est pas une question de dignité. Comme le disent les protestants, c’est « la grâce seule »…

  8. Cela m’arrive de donner la communion presque toutes les semaines, il faut dire que je suis servant de messe (enfin en ce moment beaucoup plus épisodiquement car j’amène mon fils, mon jeune fils à la messe quand il sera plus grand il m’accompagnera dans le choeur.

    J’ai remarqué deux choses, importantes pour moi. on va commencer par la plus désagréable pour terminer par la plus lumineuse.

    – J’ai remarqué que quelques fidèles souvent des personnes âgées (je ne jette pas l’opprobre) préférent la recevoir (la communion) du curé ce serait amusant si cela ne blessait pas le Christ qui lui est bien présent dans chaque hostie. Alors juste au dernier moment elles changent de file pour que ce soit Monsieur le Curé qui la distribue.

    – La deuxième chose, c’est le pouvoir de la communion, parfois même en étant servant je peux assister avec le cœur lourd, cette présence dans le chœur fait son effet, déjà mes mains ouvertes lors du Notre Père font entrer en moi toute la lumière de ce sacrement (l’eucharistie) et donner le corps du Christ à toute cette foule m’emplit de Paix du Coeur. Toutes ces mains tendues vers ce corps… Mon bonheur c’est de voir ce fils d’une cinquantaine d’année accompagner sa maman aux pas hésitants par la vieillesse pour venir retirer avec délicatesse ce Corps livré pour nous.

  9. à Frantz T : attention, il y a des incitations à « jeûner » de l’Eucharistie, contre lesquelles l’Eglise nous met (collectivement ici, mais c’est pareil) en garde:
    « Il faut réprouver expressément l’abus qui consiste à suspendre arbitrairement la célébration de la sainte Messe pour le peuple, à l’encontre des normes du Missel Romain et de la saine tradition du Rite Romain, sous le prétexte de promouvoir le « jeûne de l’Eucharistie » ». (2004 Redemptionis Sacramentum, n°115 ; http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gyu.htm )

    Il y a aussi une parole de Jésus à Ste Faustine qui est très claire là dessus, au n°156: « A un certain moment, je désirais beaucoup communier, mais j’avais un doute et n’y suis pas allée. (…) Jésus se trouva soudain près de moi et me dit: «  »Ma fille, n’omets pas la sainte Communion, à moins que tu saches que tu es tombée gravement (…). Saches que tu m’attristes beaucoup quand tu me délaisses dans la sainte Communion. »
    Bon, ok, c’est une Sainte, j’en entends déjà qui sussurent que nous on l’attriste moins; …mais s’il lui a demandé de l’écrire sur un cahier, c’est bien pour nous aussi.

    De même, à la page d’après, pour ceux qui sont gênés par la communion dans la main (ce qui se conçoit, ce n’est pas une critique), et qui souvent préfèrent aussi communier de la main du prêtre (« si moi je ne touche pas l’hostie avec la main, comment puis-je accepter qu’un autre laïc le fasse? », ai-je entendu une fois), Jésus semble avoir prévu de nous déculpabiliser:
    au n°160 [en gros, elle communiait sur la langue (c’était avant le concile), mais le prêtre laisse tomber une deuxième hostie qui atterrit dans sa main], elle entend ces paroles venant de l’Hostie: « Je désirais reposer sur tes mains et pas seulement dans ton coeur. »
    alors bon, on peut, c’est pas péché!
    Ne péchons-nous d’ailleurs pas plus souvent avec la langue qu’avec la main? …encore que, depuis Internet, c’est en passe de s’inverser ; )

  10. @E.P. il faudrait enlever la parenthèse qui s’est accrochée au lien ;) merci!

    Réponse d’Ed : C’est fait ! :-)

  11. oh sympa! Tu m’avais pas raconté que t’avais hésité a y aller. Et jt’en veux pas trop… Tout le monde va savoir que chui fan de Jésus avec ça!!!

  12. Dans ma famille il y a eu souvent des histoires de double hosties à la communion, généralement dans un moment où on en trouvait tout de suite le sens (approche d’une première communion, questions sur une conversion, etc.)…
    Pas mal du tout la citation du curé d’Ars, qui était un contemporain de Bossuet, qui s’est laissé influencer par ses discours lors de ses séjours à Paris…

    Rien que pour te faire mentir, je suis allée lire la bio.
    Niark niark. ^^

  13. Bon bien sûr je suis super en retard pour donner mon avis, c’est la faute aux vacances (mais je ne vais pas me plaindre).
    Je donne aussi assez régulièrement la communion, sans doute parce que mon curé m’aime bien, allez savoir pourquoi… Et j’assiste aussi à ces changements de file impromptus; mais je n’en fait pas un concours de popularité. Avant Vatican 2, un laïc ne pouvait pas la donner, me semble-t-il, alors que quelques personnes un peu plus « tradi » préfèrent le recevoir du prêtre, cela ne me choque pas. Par contre, l’un des prêtres de la paroisse est « moins apprécié » des paroissiens, et lorsque le changement de file se fait au « détriment » du prêtre, là cela me semble vraiment contestable…

    Mais ce dont je voulais surtout témoigner, c’était sur notre indignité. Je n’y pense pas. Je suis indigne de recevoir la communion, je le dis clairement lors de la messe, et je suis profondément convaincu de ce que je dis ! Mais bon, j’y vais quand même parce que (je suis gonflé et parce que) je crois fondamentalement en la grâce, parce que j’y suis invité et que j’aurais surtout du mal à dire que j’ai quelque chose de plus important à faire, bref, trouver une excuse pour décliner l’invitation.

    Le jour où je me sentirais digne de quoi que ce soit dans l’église, fut-ce de balayer derrière le baptistère, j’espère trouver des frères qui me bottent le cul !

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