L’hostie, marché hostile

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C’est un fait : je ne devrais pas trouver ça amusant. Mais de fait, je n’arrive pas à ne pas. Voilà que les religieuses qui fabriquent nos hosties se retrouvent soumises à une rude concurrence dans un marché de moins en moins facile. C’est vrai qu’on y pense assez peu : ce sont elles qui s’occupent de l’approvisionnement de nos files de communion, tandis que les hommes chartreux s’occupent avec des productions plus masculines, céréalières et pétillantes, et connaissent par conséquent déjà la concurrence (et la pression).

Or les petites rondelles azymes ont longtemps été du pain béni pour bon nombre de monastères, en assurant par le travail au service des paroisses la subsistance, non seulement du Christ dans cette substance, mais aussi des communautés. Aujourd’hui, avec une production hexagonale (quoique toujours ronde) de 140 million par an, le périmètre de l’hostie s’est resserré. Moins quinze pour sang cent de corps du Christ en 2008, et encore une baisse de ce pain de vin vingt pour cent en 2009. On s’y perdrait presque.

Ce qu’on apprend aussi, c’est que bien des diocèses ont depuis longtemps fait une croix sur le centre de production « maison », à tel point qu’aujourd’hui ce sont 35 monastères qui se répartissent l’ensemble de la production. La consécration est, en l’espèce, toujours délocalisée sur le lieu de consommation. On respire, mais ça reste dur à avaler pour les moniales contemplatives qui vivent presque exclusivement (et à double titre) de ce pain.

La faute aux fidèles, évidemment, puisqu’ils le sont de moins en moins. Qui dit baisse de la pratique dit évidemment baisse des commandes. Mais ce qu’on imagine moins, c’est que la Cène se joue aussi sur un autre tableau : s’il y a crise de foi(e) dans le marché, ce n’est pas seulement par baisse de la consommation (ce qui constituerait assurément une première), mais aussi parce que de plus en plus de curés célèbrent en communion avec des producteurs étrangers. On a craint à une époque le « plombier polonais », il semblerait que le « Jésus polonais » fasse encore plus de mal à nos bonnes braves sœurs contemplatives ! C’est que les bougres rompent… pardon : cassent le marché. Qu’on se le dise : l’hostie polonaise, dont la présence chez nous est déjà bien réelle, est en route vers la consécration. Pour sauver un Saint-Sacrement made in France, il va falloir faire corps. Et de façon ostensible. Pour l’Aînée de l’Église, c’est la lutte filiale !

Jusqu’à maintenant, les religieuses de chez nous survivent encore à l’envahisseur (attention, ne nous méprenons pas : cette expression n’insinue en rien qu’elles seraient gauloises !), mais combien de temps tiendront-elles avant de toucher le fond du ciboire ? La France restera-t-elle une terre d’azymes ? L’inquiétude est patène patente. Pour tenter de sauver leur pain quotidien, voilà nos religieuses obligées d’en appeler à la Conférence des évêques de France et de sortir une vidéo (Les boulangères de Dieu – mais je ne l’ai pas trouvée) pour interpeller les consciences. Elles appellent également les fidèles à se tenir en éveil : l’hostie que l’on consomme est-elle certifiée AOC ? Qui a déjà posé la question à un prêtre ?

*

(Illustration empruntée au site de l’abbaye Notre-Dame du  Bon-Secours.)

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28 réflexions sur “L’hostie, marché hostile

  1. ZF10030118 – 01-03-2010

    COMMUNION EN ETAT DE GRACE : DES RELIGIEUSES EN PERIL

    « Communier est un acte de charité envers nous »

    ROME, Lundi 1er mars 2010 (ZENIT.org) – « Communier est un acte de charité envers nous » : L’association internationale des monastères fabriquant des hosties (International Hosts-Making Monasteries Association – IHMMA) a adressé hier une lettre solennelle au Pape Benoît XVI demandant que soit abandonné le développement toujours plus croissant de l’enseignement actuel concernant les conditions requises pour communier. « Depuis quelques temps, particulièrement en Europe de l’Ouest, on observe une augmentation du nombre de catholiques trop fervents qui ne communient pas, mais s’avancent les bras croisés sur la poitrine pour recevoir une bénédiction, car on leur a asséné qu’ils ne pouvaient pas communier en état de péché grave » se désole sœur Marie-Antonomase, économe du monastère de la Visitation des Affligés d’Estrouan, et secrétaire de l’IHMMA.

    L’association a en effet constaté sur 2009 une augmentation de 12,42 % de la pratique de la bénédiction. Conjuguée à la baisse de la pratique religieuse, cette évolution pourrait se révéler catastrophique pour un grand nombre de communautés. « Nous prions pour que le Saint-Père prenne en compte avec compassion notre situation difficile, et infléchisse la pratique dans le bon sens. Jésus-Christ est venu pour tous ! » ajoute sœur Marie-Antonomase, enthousiaste et confiante.

    Le Pape a promis que la situation serait examinée avec attention, une réponse des services de la Curie est attendue courant 2010.

  2. Très beau billet, Edmond, très intéressant thème, et belle écriture. J’arrête là les compliments. Je ne voudrais pas te « tenter » pendant le désert de ton carême ;)

    @Poussah

    C’est une blague?

  3. @edmond: excellents jeux de mots. merci pour ce grand sourire (enfin, c’est moins marrant pour les soeurs)

    @Poussah : excellent. On pourrait le proposer le 1er avril !

  4. @ Poussah : j’ai pas marché, j’ai couru… Je sais pas pourquoi, je sens que ça va se retrouver sur certains sites comme une vraie dépêche. Des 2 bords, si vous voyez ce que je veux dire. Hum

  5. Tu sais, après la confession par téléphone (arnaque lancée le mercredi des cendres, condamnée fermement par la CEF), la délocalisation de la consécration pourrait bien être la prochaine étape. :)

  6. Pour l’AOC, cela ne paraît pas possible (manque de terroir…). En revanche, on pourrait penser à un label, genre label rouge…

  7. @ Lemessin : En rire pour en prendre conscience… Derrière les jeux de mots, si j’en parle, c’est parce qu’il y a un vrai sujet de fond ! (Et ce n’est pas si facile de trancher, quand les finances des paroisses ont elles-mêmes la vie dure.)

    @ Incarnare : J’ai vu aussi l’histoire de la confession par téléphone… Me suis mis ça de côté pour un potentiel billet, mais pas sûr d’avoir trop envie, en fait. On verra.

    @ Maman Croco : Désolé… ;-)

    @ NM : Des hosties rouges ? ça va pas la tête ?! Trop « artifice » à mon goût… Et pourquoi pas « la belle bleue », pendant qu’on y est ? :-p

  8. J’hallucine : tu as fait un pari au nombre de jeu de mot à la ligne ou bien ? (Oui, je sais, tu t’appelles Edmond Prochain et tu assumes tes jeux de mots – différents de la vanne, soit dit en passant et avec les liaisons.)

    Et je vais avoir du mal à aider, je suis passée à l’hostie chinoise depuis décembre…

  9. @edmond

    Punaise, je l’ai échappé belle, j’ai failli réagir au quart de tour et je ne sais pas pourquoi, j’ai eu un doute sur le « monastère de la Visitation des Affligés d’Estrouan » ;)

    J’avais déjà écrit un commentaire enflammé, que j’ai effacé tout honteux!

  10. La plupart des commentaires émanent de personnes qui prennent l’article d’Edmond comme une bonne blague de son invention… Mais ce n’est pas du tout une blague : c’est une nouvelle donnée par le très sérieux journal « La Croix »!
    Et nous sommes encore loin du 1er avril!
    De fait, il y a quelque chose de gênant à entendre parler d’argent quand il s’agit d’hosties destinées à devenir le « Pain de Vie » , DONNÉ (gratuitement, oh combien!) pour que les hommes aient la VIE DE DIEU… Et pourtant, tout responsable de paroisse sait que les hosties (comme le vin de messe, d’ailleurs) ne tombent pas gratuitement du ciel! Et il est tout aussi vrai que pour bien des monastères, la fabrication et la vente des hosties, est un de leurs seuls moyens de vivre…
    Les « clients » (prêtres ou laïcs) de ces religieuses savent parfaitement qu’ils aident des monastères à vivre chaque fois qu’ils leur achètent des hosties… Je souhaite d’en prendre bien conscience à ceux qui seraient tentés d’acheter ailleurs, à un moindre prix, seulement pour faire quelques économies, ce qui est (ou devrait être) un échange fraternel de services entre chrétiens serviteurs de la même Eucharistie!

  11. @ Gabriel : Juste pour être clair, je pense que ceux qui réagissent comme à une bonne blague ou en mentionnant le 1er avril font surtout référence à la fausse dépêche de Poussah… ;-)
    Pour le reste, on est d’accord !

  12. Cela semble faux..Mais cela serait intéressant de savoir si le nombre de gens reçoivent la communion est en augmentation ou non.. Je pense que oui (par rapport il ya 50 ans)….

  13. Et qui vous dis que les monastères polonais n’ont pas aussi besoin d’argent ? Ou alors il faudrai que les monastères se regroupe en coopérative pour obtenir de meilleur prix des fournisseur de matières premières et plus facilement exporter vers les pays non producteur d’ostie. Nous de notre coté, on a juste à évangéliser d’avantage pour augmenter la « clientelle » et on peu aussi se confesser plus souvent et aller tous les jours à la messe (même les jours ou ça nous saoul d’y aller) pour augmenter notre consomation.Ainsi nous les aideront.
    Quand je lis certain commentaire, j’en arrive a me demander si certain ne voudrai pas que dans les église, ça soit comme chez le boucher : affichage à l’entrée de l’origine de l’ostie avec traçabilité du chant de blé jusque dans le ciboire.

    Tu es béni Dieu de l’univer toi qui nous donne ce pain fruit de la terre et du travail des hommes. La, on voit bien le travail des hommes.

  14. Un grand classique en économie: toute crise entraîne une concentration des entreprises. Ce qui a fait dire à certains que le communisme était l’aboutissement du capitalisme: Jésus-Marie-Joseph!

    En morale, « tout travail mérite salaire »: mais il s’agit d’un autre domaine qui, par les temps qui courent, tient plus de la foi que de l’économie…

    Certes, la foi peut déplacer des montagnes!

  15. @ FX : Rien ne nous dit que les monastères polonais n’ont pas besoin d’argent… En revanche, l’article de La Croix cité en lien nous dit que les hosties polonaises sont fabriquées par des laïcs ! ;-)
    La question n’est pas tant la traçabilité des hosties que de savoir si on choisit ou non de les payer moins cher, au risque de mettre en danger la survie de monastères. Il y a là une vraie question ; et pas de réponse simple, à mon avis.

  16. Je ne vois pas le problème que l’ostie soit fabriqué par des laïcs. Personne ne se plein que toute les bieres ne sont plus fabriqué par des moines.
    C’est vrai que c’est pas simple comme question. Et la, je ne pose meme pas la question, peut on utiliser de la farine de blé issu de blé OGM qui s’altère moins vite avec le temps(trés pratique pour les lieux d’adoration perpétuelle un peu humide ou mal isolé du froid) ?

  17. @ FX : Le problème n’est pas que des hosties soit fabriquées par des laïcs. Je répondais juste à ta question sur les monastères polonais.

  18. « …Moins quinze pour (sang) cent de corps du Christ en 2008… »

    « …Par celui qui le reçoit, il n’est ni coupé ni brisé, ni divisé : Il est reçu tout entier.
    Qu’un seul le reçoive ou mille, celui-là reçoit autant que ceux-ci et l’on s’en nourrit sans le détruire.(…)
    Quand le Sacrement est rompu ne te laisses pas ébranler, mais souviens-toi qu’il y a autant sous chaque fragment que dans le tout.
    La réalité n’est pas divisée, le signe seulement est fractionné ; mais ni l’état ni la taille de ce qui est signifié n’est diminué… » (extrait du Lauda Sion, par St Thomas d’Aquin)

    J’ai bien compris ta petite phrase ;o), cher Edmmond, mais elle m’a fait penser à ce passage de la Séquence qu’on chante (parfois) à la fête du Saint-Sacrement, que je trouve si belle !!!

  19. décidémment j’aime bien votre style. l’humour fait tellement de bien et finalement, ce n’est jamais qu’un petit décalage.

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