Les Tontons… et le Galiléen

Indispensable (ou pas)

Amusantes coïncidences du calendrier, hier nous fêtions Pâques (oui, je sais : on le fête encore) et France 2 rediffusait Les Tontons flingueurs. Tu me diras, non sans un certain sens des convenances liturgiques : quel rapport ? Eh bien en fait, pas grand chose. Si ce n’est qu’une idée idiote a surgi dans mon esprit : et si un film sur la vie et la Passion du Christ avait été produit en France… et dialogué par Audiard ? Qu’est-ce que ça aurait pu donner ?

Pour mieux imaginer la « drôlerie », je me suis donc amusé à ressortir des lignes du film pour refaire l’évangile d’hier. On y retrouve des passages connus, légèrement adaptés pour coller aux besoins du scénario.

Ça donne une autre couleur à l’histoire, non ?

*

(Pierre, Jacques et Jean, enfermés au cénacle, ressassent les événements des derniers jours.)

Jacques. Le Galiléen, ç’a été une épée, un cador. Moi j’suis objectif, on parlera encore de lui dans cent ans. Seulement faut bien reconnaître qu’il avait décliné, surtout de la tête.

Jean. C’est vrai qu’sur la fin il disait un peu n’importe quoi. Il avait comme des vaps, des caprices d’enfant.

Pierre. Enfin, toi qui y a causé en dernier, t’as sûrement remarqué ?

Jean. Remarqué quoi ?

Jacques. T’as quand même pas pris au sérieux cette histoire de succession ?

Pierre. Pourquoi ? Fallait pas ? Ben, j’ai eu tort.

Jacques. Ah, ah. Et voilà.

Jean. Tu vois, Jacquot, c’était pas la peine de s’énerver : monsieur convient.

Jacques. Y’en a qu’abuseraient de la situation, mais mon frère et moi, c’est pas notre genre. Qu’est-ce qu’on pourrait faire qui t’obligerait ?

Pierre. Décarrer d’ici. J’ai promis à mon pote de m’occuper de ses affaires. Puisque je vous dis que j’ai eu tort, là. Seulement, tort ou pas tort, maintenant c’est moi le patron. Voilà.

Jean. C’est quand même marrant les évolutions, quand je l’ai connu le Galiléen, il paraissait pas le genre à se faire canarder à la première embrouille.

Pierre. A l’affût sous les arbres, on aurait eu not’ chance… J’avais un beau p’tit brin de glaive avec moi, quand on y pense. Seulement voilà : le Patron n’est pas très porté sur le combat à la main. Avec lui, l’esprit fantassin n’existe plus. C’est un tort.

Jean. Et c’est l’œuvre de qui d’après toi, des chefs des prêtres ?

Jacques. Les scribes, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

Jean. Et pourquoi pas les Romains ?

Jacques. Pareil : ce serait assez dans leurs sales manières… Pilate ? Je serais d’avis qu’on aborde molo, des fois qu’on serait encore attendu. Sans vous commander, si on restait un peu en retrait… hein ?

Jean. Ouais, n’empêche qu’au Mont des Oliviers, à vouloir rester à la traîne, le Jésus il en a trépassé… Et Marc, à le coller de trop près, il a fallu qu’il lâche son paletot pour s’enfuir déguisé en premier homme !

(Marie-Madeleine surgit soudain dans la pièce.)

Marie-Madeleine. Le Patron est de retour !

(Rires.)

Jacques. Ben voyons… C’est curieux, tout de même, chez les femmes, ce besoin de faire des rebondissements à tout va !

Jean. Si ça se trouve, elle a touché à la réserve avant de filer au tombeau. La pierre n’était pas la seule à être ronde, si vous voyez ce que je veux dire…

Jacques. Faut reconnaître que depuis qu’on a sorti le bizarre, ça joue plus dans la même catégorie. On n’est plus dans les eaux de toilette pour fillettes : c’est plutôt des boissons d’hommes.

Marie-Madeleine. Mais puisque je vous dit que je l’ai vu ; de mes yeux ! Et je n’étais pas seule : les filles étaient là, avec moi, et elles l’ont vu tout pareil.

Pierre. Mado, mon petit… Je voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L’homme de Galilée, parfois rude, reste toujours courtois. Mais la vérité m’oblige à te le dire : toi et tes copines, vous commencez à me les briser menu !

Jean. Peut-être qu’on devrait tout de même aller y voir par nous-mêmes. Si la nouvelle d’une disparition de la dépouille venait à se répandre dans la ville, les gens pourraient se méprendre et on jaserait…

Pierre. Écoute : j’ai rien contre toi, je sais que t’étais très attaché au Patron, mais si tu tires sur la corde je veux que tu saches que tu te prépares des nuits blanches… des migraines… des « nervous breakdown », comme on dit de nos jours.

Jacques. Et si elle avait raison ? Si un dingue était venu récupérer le Galiléen ?

Pierre. Eh ben alors on verra si le dingue aura encore envie de nous faire du transport de cadavre quand il aura pris ça dans la gueule. Il entendra chanter les anges, le gugusse de Judée. J’vais le renvoyer tout droit à la maison du Père, au terminus des prétentieux !

(Pierre et Jean partent en courant vers le tombeau. Jean arrive le premier, mais attend Pierre.)

Jean. Hé bien ma vieille, tu nous fait attendre. La route a pas été trop toc ?

Pierre (essoufflé). Ben, suffisamment.

Jean. Sans vouloir faire le précieux, j’ai failli attendre. C’est que le complice qu’il aimait commençait à avoir des impatiences.

Pierre. Alors quoi, bon ? Y’a une affaire ou y’a pas d’affaire ? T’es entré ?

Jean. Ah ben, je ne me serais pas permis.

(Ils entrent dans le tombeau. La grotte est vide, et le linceul est replié sur le bord.)

Jean. Avoue que ça fait quand même une surprise, non ?

Pierre. Des surprises, t’es peut-être pas au bout. Viens : faut qu’on aille disculper la Madeleine.

26 réflexions sur “Les Tontons… et le Galiléen

  1. mouarffff trop bon!!!!!!

    ça aurait sans doute été aussi cultissime ;-)
    et au moins on flinguerai peut-être pas du KTO à tout va si on pouvait se refaire un film comme celui là ;-)
    Bravo Edmond! tu le réalises quand ton film?? ôO

  2. « Pendant les années noires, sous l’Occup’ (de la Palestine par les Romains), il butait à tout va ! Il a quand même décimé tout un troupeau de porcs ! »

    « Il était dans les abattoirs ? »

    « Nooon. Dans les exorcismes ! Soit à ce qu’on t’dit ! »

    « Mais j’sais pas, j’ai plus ma tête ! »

  3. Oh tous ces bons films qui reviennent en mémoire !
    Merci pour le fou-rire, j’en avais bien besoin (une histoire de pingouins de Pâques mal digérée) !

  4. Oh pour cette histoire de couleur, ça donne du noir et blanc, un peu comme cette photo d’un gars avec la main dans les cheveux et une cravate, qui a l’air de dire des trucs genre « parle à ma main, même tête est occupée ». ;)

  5. Très bon! Si je puis juste me permettre un ptit bourre-pif? : la première réplique de Pierre me semble devoir être inversée avec la suivante de Jean…
    Mais j’ai plus trop ma tête moi non plus…enfin, quand la découverte d’un tombeau vide coïncide avec la rumeur de la resurrection du Galiléen, faut plus comprendre, faut prier!

  6. Excellentissime et drolissime !

    Maintenant il ne manque plus que l’adaptation vidéo !!!

  7. J’avoue que je n’ai jamais vu ce « monument » du cinéma (oui, j’ai un peu honte)… Mais je donnerais cher pour voir la tête d’un certain abbé lorsqu’il lira ton billet !!! Lui, il appréciera, c’est sûr ;o)

  8. Pour le tournage de la scène, je pense qu’elle restera beaucoup plus savoureuse tant qu’on la gardera dans nos têtes… La comparaison risquerait d’être assez décevante, quand même.

    @ Cath+ : Je mentirais si je te disais que je n’ai pas pensé à lui, à un moment donné, en écrivant… ;-)

  9. Merci beaucoup Edmond ! C’est du brutal – faut reconnaître que c’est des écrits d’hommes !

    Néanmoins, ces tâches printanières ne sont pas sans noblesse…

    Mais va falloir arrêter la production : y’a des clients qui deviennent morts de rire – ça va faire des histoires !

    Abbé G+

  10. Excellent, je partage les infos sur facebook, mais j’aimerais aussi en faire profiter mes amis qui n’y sont pas.

  11. Alors il dort le romain ? Ben il dormira mieux quand il aura pris ça dans la gueule !
    Non mais, des histoires à dormir debout qui vous disent, soit disant qu’on l’aurait enlevé du tombeau le patron.
    Il est ressuscité voilà tout ! Alleluia !

  12. La réponse de Jacques, après la première réplique de Marie-Madeleine : c’est du pur Audiard aussi ? (question d’inculte que je suis)

  13. @ Cath+ : « C’est curieux, tout de même, chez les marins, ce besoin de faire des phrases… »
    C’est une trèèèès libre adaptation qui me permettait une transition via une référence parmi les plus évidentes.

  14. @ Edmond et Cath+ : ça ne vous gêne pas de parler des absents … surtout quand ils ne sont pas là ?

    Cela dit, je crois qu’effectivement un certain abbé de Bordeaux (parmi beaucoup d’autres – de France, de Navarre, d’Outre-Quiévrain, et d’ailleurs encore …), a du bien se marrer (ou va bien se marrer).

  15. Magnifique !!! Encore une belle tranche de rire… à en avoir la larme à l’oeil :o)

  16. « Si on ne peut pas rire des choses sérieuses, de quoi va-t-on rire ?!? » Bravo pour ce magnifique exercice de style, qui montre qu’on peut être irrévérencieux sans être irrespectueux. Bien des humoristes auto-proclamés feraient bien de méditer cette différence..

  17. J’aime. Beaucoup ! Et +1 pour le commentaire n°21 !
    Je vous salue donc, frère Edmond, avec irrévérence ! ^^

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