« Laissez passer l’homme libre »

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Le chant des moines. Pour seule ponctuation. Comme seule envolée musicale et précieuse légèreté. D’un bout à l’autre : plus encore qu’une histoire qui se déroule, il nous est donné de sentir battre un chœur d’hommes. Voilà, j’ai vu le film de Xavier Beauvois.

C’est étonnant, d’ailleurs, comme après en avoir parlé dès le mois de mai et l’avoir attendu très impatiemment j’ai pu y aller avec la certitude très forte que j’allais être déçu. J’ai été comblé, et j’ai pleuré d’une émotion où se mêlaient la joie et la peine. Et quand la lumière s’est rallumée – chose que je n’avais encore jamais vécue dans un cinéma – le silence a continué de flotter sur une salle en état de grâce. Pour un peu, j’aurais fait un signe de croix au moment de sortir. Eh ! quoi ? Je n’ai pas assisté à un spectacle, j’ai prié pendant un film. Vraiment.

Qu’on vienne donc me dire que le catholicisme, que le christianisme est mièvre… Ceux qui auront vu Des hommes et des dieux ne le pourront plus. Sans compter qu’au-delà de la radicalité du don de ces hommes (difficile de mieux montrer que ne le fait le réalisateur à quel point le don d’eux-mêmes aura été lucide, gratuit et « plein »), le film parvient à toucher certaines vérités si profondes qu’on s’étonnerait presque que Xavier Beauvois ne soit pas croyant.

La prière, par exemple. A aucun moment les moines de Tibhirine ne sont présentés dans un élan mystique ou simplement « méditatif », dans la plus pure imagerie des « spiritualités » tellement à la mode aujourd’hui. Au contraire. Leur prière est rêche, pauvre, balbutiante, gémissante, froide, et pourtant d’une grâce, d’une communion, d’une chaleur inouïe dès lors qu’ils chantent ensemble les offices. Le fameux chant des moines dont je parlais tout à l’heure – quelle belle idée d’en avoir fait le seul champ mélodique ! Dans leur bouche, sous nos yeux, les cantiques ont une intensité et un poids qui leur redonne la hauteur et la profondeur que, nous catholiques, nous risquons parfois de perdre de vue. Je garde spécialement à l’oreille ces complies bouleversantes de confiance :

« Sauve-nous Seigneur quand nous veillons ; garde-nous Seigneur quand nous dormons ; et nous veillerons avec le Christ ; et nous reposerons en paix. »

Combien de fois l’ai-je chanté ? Combien de fois prié comme je l’ai fait durant cette séance ?

Un autre point saisissant, c’est le cheminement intime de chacun. Voir tour à tour, dans les yeux des moines, les doutes, les joies, les espérances, les déceptions, l’audace, la paix… et cette peur nouée au fond de leur ventre, c’est incroyablement marquant. On parle beaucoup du fameux dîner final, et c’est vrai qu’il est remarquable, notamment à cet égard : on y passe du sourire aux larmes, de l’angoisse à la paix. Dans ce sens et dans l’autre, tout se mélange. De ces itinéraires intimes, on retient spécialement celui de Frère Christophe. Et, évidemment, celui de Frère Luc, interprété par un Michael Lonsdale touché par la grâce. Est-ce sa foi qui lui a fait donner à son personnage autant de force et de légèreté, ou était-il ainsi dès le scénario ? A l’image, Frère Luc brûle la pellicule d’une incandescente sainteté, équilibre quasi-parfait entre l’émerveillement de l’enfant et la sérénité du vieillard. La scène où il explique au Frère Christian qu’il n’a pas peur de la mort parce qu’il est « un homme libre », avant d’ajouter tel un enfant qui joue : « Laissez passer l’homme libre », est magnifique de simplicité.

Paradoxalement, Lambert Wilson est moins bon alors qu’il avait le rôle a priori le plus intense à mes yeux : celui de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine. La faute sans doute à une interprétation pas encore assez dépouillée, notamment quand il célèbre l’eucharistie (je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver faux) et quand il chante (trop mobile). Mais je pinaille, car il sait aussi nous révéler avec une grande sincérité les tourments et l’amour insondable de cet homme.

Je reviens enfin sur le titre. Autant le dire : je ne l’aimais pas trop. Ce que j’y pressentais de dialogue/lutte entre les religions ne me plaisait pas . Il s’avère que j’avais tort. Peut-être Xavier Beauvois avait-il réellement l’idée de suggérer une coexistence de deux dieux : celui des musulmans et celui des chrétiens. Mais l’extrait du Psaume 81 (82) qui ouvre le film vient éclairer ce titre d’une toute autre lumière :

« Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! Pourtant, vous mourrez comme des hommes ; comme les princes, tous, vous tomberez. »

Les voilà, nos moines, si fortement configurés au Christ jusque dans leur sacrifice, non pas choisi mais consenti, devenus par le Christ des dieux, tels les enfants de Dieu que nous sommes tous. Le mystère de l’Incarnation traverse le film avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité. Par la palme qu’ils ont obtenue, certes pas à Cannes, mais dans leur témoignage total, ils s’unissent « à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». Des hommes dans leur mort… des dieux dans la Vie.

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44 réflexions sur “« Laissez passer l’homme libre »

  1. Moi aussi, j’ai prié (et pleuré) pendant le film…
    Et en rentrant à la maison hier soir du cinéma, le petit groupe que nous étions, on est allé prié les complies à la chapelle, comme on le fait souvent. Et effectivement, ce chant « sauve-nous Seigneur… » avait une intensité et un poids tout à fait différent!
    Et moi aussi je trouve remarquable, combien l’auteur à su montrer ce cheminement intérieur de chacun! De passer de la peur, de l’angoisse, de ne pas vouloir mourir… à l’acceptation de donner leur vies jusqu’au bout (comme ils avaient déjà choisi le moment de devenir moines!) et de justement par cette acceptation, passer à la paix et la joie. Une paix et une joie qui nous viens de la certitude d’avoir suivi pas à pas le Maître! De donner une sens à leur vie, de montrer la valeur et la dignité de l’homme.
    Et c’est là que Dieu se fait tout proche et que sa présence se révèle enfin, comme on voit surtout avec le frère Christophe!

    Merci Edmond, t’arrives toujours à mettre les mots justes, dans les sentiments, pensées, idées, que nous avons et ne savons pas toujours exprimer!

  2. Edmond,

    je partage ce que tu écris.
    Je l’ai vu mercredi soir aussi et avec les amis nous avons prié aussi ensuite : pas d’autre chose à faire.
    d’autres amis aussi ont prié dans le film.
    j’ai eu le sentiment d’être « chez moi » dans ce film , dans cette prière des moines que nous avons la chance de partager…
    merci!

    MB

  3. C’est le deuxième billet sur ce film.
    Le même enthousiasme. La même envie.
    Quarante ans que je n’ai pas fréquenté de salle obscure.
    Vous n’avez convaincu que je aller prier moi aussi en ces lieux.

    Merci Edmond.

  4. Moi, j’ai pleuré à chaudes larmes … mais en lisant votre billet ! Merci Edmond pour ce « coeur tout brûlant ».
    Je me suis donc précipitée sur la programmation de notre complexe de salles de cinéma : le film n’est pas en vue. Sur leur site, j’ai tapé « des hommes et des dieux » dans la recherche ; résultat : « Le Choc des Titans », la luttte de Persée qui doit empêcher qu’Hadès n’arrache le pouvoir à Zeus pour que le monde ne soit pas un enfer !!! …

  5. @ René de Séverac : où est l’autre billet enthousiaste svp ? Merci. En union de prières.

  6. « Mais l’exemple de la mort des martyrs nous touche, car ce sont nos membres (Rm 12, 5). Nous avons un lien commun avec eux : leur résolution peut former la nôtre, non seulement par l’exemple, mais parce qu’elle a peut être mérité la nôtre. » Pascal, Pensées Fragment 340

  7. Bon alors déjà que j’ai très envie de le voir mais alors là j’ai ENCORE PLUS envie d’aller le voir. C’est pas mal de patienter un peu plutôt que de courir au cinéma, je savourerai ce film comme il se doit, comme un gâteau qui a cuit au four le matin et qu’on ne pourra manger que le soir, on l’apprécie encore plus. Mais merci pour cette critique magnifique.

  8. De retour du cinéma, nous avons également eu le droit à un silence éclaboussant de profondeur, de recueillement. Du jamais vu, jamais entendu… bonne scéance à tous !

  9. Je rentre du cinéma.C’était dans la plus grande salle de mon ciné à Paris.Il y avait beaucoup de monde (même dans les sièges tout à gauche et tout à droite).Malgrés ce monde, à la fin du film, presque personne n’a osé bouger de son fauteuil jusqu’à la fin du générique.La salle est resté en silence et le silence est rester tous le temps ou nous sommes sorti.Même dans la rue devant le ciné, certain encore n’osé pas parler.Du jamais vu.
    Pour ce qui est du film pour moi, ça fait plusieurs minutes que j’essaye de vous dire comment j’ai vécu ce film mais je n’arrive toujours pas à trouver les bons mots

  10. J’aime ce que tu dis sur ce film, cher Edmond,
    merci de partager ton ressenti qui me touche et ton analyse qui me plait.
    (et je trouve ça assez cool d’écrire mon premier commentaire sur ton blogue pour un tel sujet !)

  11. C’est finalement une très bonne chose que ce film ait été réalisé par un non-croyant : on ne peut pas l’accuser de faire du prosélytisme, ni d’en rajouter et l’hommage rendu à la foi des moines n’en est pas moins fort.

    Comme toi, j’ai aimé la simplicité de leur prière, la simplicité des chants, pris dans un répertoire que nous connaissons bien. Et leur parcours intérieur, le doute du frère Christophe, la peur de plusieurs d’entre eux : ce n’étaient pas des héros, ni des inconscients, mais des croyants qui ont rempli leur mission jusqu’au bout.

  12. Mon Dieu, que je suis bête ! Je devais aller voir ce film avec deux amis prêtres… et je me suis endormi, ne me réveillant qu’à l’heure où j’aurais dû être au cinéma. C’est ballot !

    Mon cher Edmond, me permettras-tu de pinailler un peu sur un détail – qui n’en est pas tout à fait un ?
    « Les voilà, nos moines, si fortement configurés au Christ jusque dans leur sacrifice, non pas choisi mais consenti », écris-tu… Pas choisi, leur sacrifice ? Allons donc ! C’est bien tout le contraire que j’ai compris depuis bien des années sur le sacrifice des moines de Tibhirine, et sur le sacrifice du Christ.
    Je crois que tu veux exprimer ici le fait qu’ils ne se sont pas suicidés, qu’ils n’ont pas provoqué leur assassinat, mais qu’ils ont accepté la conséquence quasi inéluctable de leur présence en ce lieu. Alors oui, je suis d’accord, et c’est bien à l’image du Christ : Jésus n’a dit nulle part qu’on le crucifie… il savait qu’il le serait s’il restait à Jérusalem, et il est resté, disant : « Ma vie, nulle ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». Il a librement choisi de donner sa vie, et non pas seulement consenti à mourir ; et ces moines l’ont fait à sa suite, .
    Consentir à mourir, nous y sommes tous obligés, c’est une question de temps. Ce n’est pas particulièrement chrétien comme attitude, c’est humain. En revanche, choisir de donner sa vie jusqu’à la mort, voilà ce qu’est le sacrifice. Ensuite, ce sont les moyens qui nous échappent parfois.

    Merci pour ce bel article : si j’ai réagi à cette phrase, c’est simplement parce qu’elle me semble en légère dysharmonie (petit jeu : dysharmonie, ou disharmonie ?) avec le reste !

  13. @ Christine972 : Il finira bien par arriver… mais une chose est sûre : n’allez surtout pas voir une daube comme Le choc des Titans ! ;-)

    @ Koz : Oui, je suis bien d’accord. C’est d’ailleurs une remarque qu’on se faisait avec un ami en sortant : personnellement, le même film réalisé par un croyant m’aurait certainement moins touché, et il y a même de bonnes chances pour qu’il m’ait agacé par moment, parce que j’aurais tenté de lire derrière le message que le réalisateur voulait faire passer. Là, j’ai juste savouré ce qu’il nous montrait, gratuitement. C’est indéniablement la force du film.

    @ Vianney : Oui, c’est vrai… mais en même temps, ce que je voulais bien marquer en opposant deux termes, c’est qu’il n’ont pas d’abord choisi de mourir. La mort n’était pour eux qu’une conséquence possible de leur véritable choix, qui était de rester. Il y a une scène où le Frère Christian explique au Frère Christophe que si la mort les prend, ce sera malgré eux. Parce qu’ils veulent vivre, malgré tout. A choisir, ils préfèreraient éviter « la coupe » (pour reprendre un tourment célèbre !) ; pourtant, ils l’accueillent si elle se présente à eux.
    C’est vraiment ce que je voulais exprimer. D’un point de vue chrétien, bien sûr qu’ils ont « choisi » de mourir. Mais si je m’adresse au monde, un degré supplémentaire est nécessaire : le choix ne porte pas sur la mort elle-même, mais sur une décision qui peut avoir la mort comme conséquence possible. En ce sens, la conséquence est « consentie » au moment du choix.

  14. vu.
    pas vraiment pleuré, mais je ne voulais pas.
    pas complètement prié, mais je ne voulais pas.
    chantonné souvent, parce que je connaissais chacun des mots par coeur,
    et surtout…

    impressionné par la capacité du réalisateur à couper son film, sans fondu enchaîné, suggérant une vie de moine morcelée dont chacun donnera l’unité. tout pourrait se juxtaposer, c’est la question que pose Christophe, ou emmener ailleurs, dans les rares plans en traveling, pas si fréquents.

  15. Je t’accorde que j’ai accepté de me laisser impliquer personnellement. Mais c’est l’attitude que j’ai presque systématiquement au cinéma : vivre le film le plus possible. Quand on a une tendance très forte à analyser chaque plan, c’est reposant d’y parvenir…
    Et là, justement, j’ai d’autant plus pu « plonger » que Xavier Beauvois a laissé tomber toute tentation d’effet de manche. Pas de fondus, comme tu le soulignes, mais pas non plus de musique, pas vraiment de grues ni trop de travellings, pas de jeux optiques pour venir appuyer les sentiments des moines. Juste les images et l’histoire qui se raconte. Combien de temps, d’ailleurs, s’est écoulé pour eux entre le début et la fin du film ? Ça pourrait être des jours, des mois… et même pourquoi pas des années ? On ne sait pas, et ça n’a aucune importance.
    De ce point de vue, le film est radical et adopte l’âpreté de son sujet. Il faut juste espérer que cet aspect ne refroidira pas trop les spectateurs…

  16. @Edmond (suite du commentaire précédent, et ça m’apprendra à cliquer sur « soumettre » trop vite) : nous sommes d’accord d’autant plus que le choix ne porte pas sur la mort – ce serait scandaleux -, mais sur le sacrifice, c’est-à-dire sur le don de leur vie, y compris, s’il le faut, jusqu’à la mort. Comme Jésus.
    Si tu avais écrit : « leur mort, non pas choisie mais consentie », je n’aurais pas tilté. Mais tu as écrit : « leur sacrifice, non pas choisi mais consenti », et là est toute la différence.
    Nous sommes donc bien d’accord : le sacrifice, qui est bien choisi, implique le consentement à ce qu’il aille jusqu’à la mort. Mais il ne faut pas identifier trop sèchement sacrifice et mort : le sacrifice, c’est le don de sa vie, et cela peut impliquer une mort consentie… puisque nous savons que la mort du juste aboutit à sa résurrection, et c’est ça qui nous rend libres face à la mort ! Pas surhumains (ça fait peur, la mort !), mais libres (on peut surmonter cette peur avec la grâce de Dieu).

  17. en fait, je craignais de me laisser emporter et de ne voir que l’émotion, quand je connaissais d’autres aspects de la vie spirituelle. Il y a d’autres choses dans le film. Ton article est très bien… mais je voulais souligner autre chose:

    les coupures nettes sont très intéressantes. une certaine image de la vie monastique dans le monastère de l’Atlas… un côté morcelé à habiter. leur vie n’est pas que prière, loin de là, mais la prière devient pulsation, chant, qui relie. Pour autant que je me souvienne, les travellings ont lieu au bord du lac, et en fin en premier « fondu non enchaîné ». aux moments en mouvemet. j’avais d’ailleurs été marqué par le tout début du générique, quand les titres des producteurs apparaissaient violemment sur le fond noir. et voilà, c’est une vie qui s’habite différemment selon les uns ou les autres. comme la peur de christophe, et ses questions, comme la peur de christian sous la pluie, une fois la décision prise, comme l’humour de fr. Luc, comme la prudence du vieux frère.

    j’ai été formé dans le même séminaire que Christian. ça pose un peu les questions différemment.

    m’est avis que l’hymne de Noël est trouvé dans pas mal de paroisses.

  18. Beau, simplement beau. Des images qui soutiennent des paroles économisées mais précieuses, et qui restent. On se surprend à répondre pendant les offices, à chanter les hymnes et les psaumes, à prier, oui, à prier vraiment.
    Jamais je n’avais vu cela au cinéma.
    J’aimerais savoir ce que ressentent ceux qui ne pratiquent pas, ou ne croient pas…

  19. merci pour ce très bel article qui donne envie d’aller voir ce film cité comme grand par beaucoup de media.

    pourvu qu’il touche les coeurs !!

    il ne me reste plus qu’à faire garder mon bout’chou de 6 semaines pour y aller… dur tâche !

  20. J’ai surtout été frappé par la complète humanité de ces moines. Tu en parles déjà un peu, mais uniquement dans leur prière. Or c’est dans chaque instant de leur vie qu’ils sont hommes, et complètement homme. L’un allant même (chose a priori inimaginable, c’est un moine, quand même…) jusqu’à insulter un de ses frères. Cette scène de la vaisselle, personne n’a semblé la remarquer, mais elle est un concentré de cette profonde humanité des moines : tâche ménagère, discussion « de comptoir » (« il a bien parlé, aujourd’hui », comme on pourrait le dire d’un politique), plaisanterie de potache (« t’as compris quelque chose, toi ? »), énervement, départ de l’un, l’autre qui reste, un peu désemparé.

    Ces hommes sont des hommes, pas des surhommes. Et c’est ça qui fait que ce film est si frappant, et que, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas été le seul à rester jusqu’à la fin du générique, puisque personne ne s’est levé avant que les lumières s’allument.

  21. @ Fik : Oui. J’aurais pu en dire encore beaucoup sur ce film… mais si je voulais m’en tenir à un article digeste, il fallait resserrer sur quelques points. Du coup, j’ai choisi de m’attarder sur la prière, mais il y a bien d’autres images et détails qui m’ont marqué, tu t’en doutes !
    Je suis d’accord avec ce que tu soulignes.

  22. C’est vrai edmond que beaucoup d’image sont marquantes (et le fait que la dernière messe célébrée en plein temps de noël soit faite avec des étoles violettes ne saute même pas aux yeux).
    Mais merci d’avoir fait un article digeste : c’est en lisant ton blog que j’ai eu envie d’aller voir le film des la séance suivante et si l’article avait été trop long j’aurai fini de le lire que le séance aurait déjà commencé.

    Pour info : Le distributeur du film vient de décider d’augmenter de 162 salles sup le nombre de ciné qui diffusent le film (déjà 254 salles) après les 362671 spectateurs en 5 jours.

  23. Edmond je t’aime bien, mais sur ce film le commentaire de David me paraît plus ajusté … du moins, le pensé-je pcq je l’ai vu un peu comme lui : la grâce au ras des tripes, la sainteté dans la réalité. C’est pour cela qu’à mon goût c’est un grand film.
    Personnellement j’ai trouvé que c’était fr. Christophe qui en faisait un peu de trop, pas Wilson. Par contre, j’ai beaucoup aimé les autres frères : frères Luc et Amédée, bien sûr, mais aussi les autres.

  24. Mais figure-toi que moi aussi je t’aime bien, et que ça ne m’empêche nullement de penser aussi que le commentaire de David est particulièrement ajusté ! J’aime bien d’ailleurs lire la diversité des perceptions, parce que ça dit quelque chose de chacun des spectateurs que nous sommes…

  25. « J’aime bien d’ailleurs lire la diversité des perceptions, parce que ça dit quelque chose de chacun des spectateurs que nous sommes… » => certes.

  26. Ce film est un vrai cadeau. Je partage avec toi une certaine déception sur le rôle incarné par L. Wilson.
    Merci pour ton blog, je passe ici rigoler un bon coup de temps en temps : sur certains sujets que tu abordes, mieux vaut rire que pleurer, comme on dit…

  27. Chers amis, d’abord, premier com ici, donc, coucou, hello, pax vobiscum., tout ça Ensuite, juste un mot pour dire que j’ai vu le film sur les Champs-Elysées, à 22h, dans une grande salle, où il y avait plein de musulmans jeunes et moins jeunes même si ça ne se voit pas sur la figure, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, shoukran. Une salle cosmopolite, donc, très variée, des vieux en djellaba qui semblaient sortis du film, des jeunes wesh-wesh qui semblaient sortis de banlieue, des vieilles qui semblaient revenir d’un stage de sudoku tantrique organisé par Télérama. Et moi, donc, qui n’appartiens à aucune des catégories sus-citées. Eh bien, même constat, c’est la première fois dans cette salle que je fréquente assidûment que je vois tout le monde rester assis jusqu’à extinction du projo, sortir en silence, chuchoter sur le trottoir, et surtout, dans les regards, une sorte d’hébétude mêlée de douceur… Je ne dis pas que d’ordinaire tout le monde hurle et se tape dessus en sortant de projection, mais on avait l’impression qu’on aurait pu aller parler ensemble et prendre un thé, on avait l’impression que chacun avait fait un petit pas intérieurement, vous voyez ce que je veux dire ? Ce film m’a fait prendre conscience d’une chose : il y a une spiritualité de Tibhirine, et qui est en linéament dans certains textes du Concile, Redemptoris Missio ou encore les statuts des Œuvres Pontificales Missionnaires. Une spiritualité de la communion et de l’amour de l’autre préalable à toute forme de mission. Je m’exprime mal, pardon, mais je pense pour conclure que ce film, et avant tout les événements qu’il relate, sont fondateurs de quelque chose de fort, de beau, de prophétique, et qui est la seule réponse chrétienne possible dans les temps de terrorisme, de défiance et de peur de l’autre que nous vivons. Mais je peux me gourer. Et pour Edmond : j’aime aussi quand tu n’es pas drôle :)

  28. Comme Edmond, après l’avoir tant attendu, j’avais peur d’être un peu déçue par ce film. Eh bien non, pendant tout le film j’ai vraiment eu la peur qui me montait dans le ventre, en communion avec les moines. Mais je crois qu’une infime chose m’a manquée. J’ai compris pourquoi en regardant la photo des « vrais » moines. Ces hommes transpiraient une joie sereine, une douceur que je n’ai pas vues aussi intenses dans les acteurs du film. On voit bien, et ce n’est ni la faute du réalisateur ou des acteurs, qu’ils ne peuvent arriver à être autant transparent à l’amour de Dieu que des vrais de vrais.

  29. Je n’ai pas eu la chance de voir ce film, cet après-midi, dans une salle de spectateurs « saisis » par l’intériorité… Mais j’ai pu malgré tout faire abstraction des chuchotements et des bruits de papiers froissés pour entrer pleinement dans ce mystère du don de soi dont témoignent ces moines (acteurs mais vivant bien leur rôle, j’ai trouvé). Mille choses déjà évoquées m’ont touchées bien sûr. Mais aussi, cette succession de « bruits » (joies de la fête, chants liturgiques, cris au marché ou attaques armées…)et de silences. Bien sûr, temps de prière ou de travail mais en particulier, entre les Frères : petit exemple au marché, justement où un Frère prépare le petit étal pour vendre les pots de miel; autour, ça crie, ça s’interpelle, ça jacasse, ça rit; un autre Frère arrive avec un carton, le dépose en silence, aide l’autre à disposer les pots, sans rien dire. Pas de parole inutile.
    Et cette phrase déjà relevée : « Ta vie, tu l’as déjà donnée !! » (Fr Christian à Fr Christophe). Combien de fois, en diverses circonstances, on dit (je dis) : « Seigneur, je Te donne ma vie. » Et ce sont les épreuves, aussi petites soient-elles, qui viennent vérifier la pureté de mon don, voire même le désir de me donner…

  30. Vu, lu et approuvé!
    J’ai vu ce film il y a deux semaines, mais j’ai eu besoin d’un peu de temps pour trouver les mots, laisser retomber l’émotion, et y voir un peu plus clair. Mais du coup, ce commentaire arrive un peu après la bataille…!

    J’ai vraiment été scotchée par ce film. Comme dirait une amie, c’est bouleversifiant (et ça décape un grand coup surtout!)

    J’ai eu un peu peur qu’il n’y ait des longueurs, surtout au début du film. Je me voyais déjà embarquée dans un film du style « le grand silence » (que je n’ai pas vu d’ailleurs, bouh, c’est mal de ma part de critiquer sans avoir vu) et j’avoue que je n’avais pas trop de motivation pour ça.
    Bon, le premier assassinat met les choses au clair tout de suite: il n’est ici pas question de filmer la vie monastique, mais plutôt les doutes et craintes des moines, tiraillés entre leur envie de partir et leur trouille de rester.
    C’est vraiment la pleine acceptation de ce qui risque d’arriver (même s’ils ne le souhaitent pas, loin de là)
    C’est difficile de trouver les mots pour le dire, mais j’ai été marquée par leur acceptation, entièrement libre et consciente. Cf le « laissez passer l’homme libre » de frère Luc. Et la révolte de frère Christian, sa détresse face au choix possible, et la sérénité qui l’habite une foix ce choix posé.

    Je rejoins aussi le commentaire de Fikmonskov: leur humanité est très marquante. On est loin de l’idéalisation de la vie monastique. C’est peut être ça qui fait qu’on se sent si proches d’eux.
    A propos de la dernière « cène », j’étais toute recroquevillée dans mon fauteuil, trop pleine d’émotions. Même maintenant, je ne trouve pas les bons mots pour exprimer ce qu’on ressent très fortement, mais qui n’est jamais dit.

    Merci Edmond de savoir poser des mots si justes sur les choses de ce monde et de l’autre!

  31. Voilà, c’est fait. Je suis ENFIN allé voir ce film dont tout le monde m’a dit tant de bien.
    J’avoue, franchement, que je n’ai pas été transporté. Pourquoi ? Je n’en sais fichtrement rien, c’est comme ça. Peut-être d’avoir tant lu et entendu dessus, par des gens si divers. Peut-être aussi parce que, à part le frère Amédée, je n’ai pas réussi à voir des vrais moines au-delà des acteurs… je ne sais pas.

    Et je peux maintenant répondre à la question technique de FX (commentaire 27) : la dernière messe n’est pas en plein temps de Noël, mais vraisemblablement au début du Carême, vu la date de leur enlèvement (nuit du 26 au 27 mars 1996… en 1996, Pâques était le 7 avril, CQFD… c’était même après la mi-Carême).

    Je tâcherai de le revoir plus tard, pour voir si cette fois-là il y aura déclic !

  32. Bonjour à tous,
    je suis allée voir ce film hier avec quelques amis de l’aumônerie (ensemble c’est mieux!). Je l’ai trouvé magnifique et vraiment évangélique… tout comme notre ami Edmond, mais en pire, j’ai eu beaucoup de mal avec Lambert Wilson. Parfait comédien, il dénotait dans le jeu si naturel des autres. Pourtant, j’y suis allée sans a priori vu que j’aime beaucoup cet acteur.En revanche, j’ai été subjuguée par les autres moines: frère Luc évidement, mais aussi (son nom m’échappe)ce frère(visage rond et chauve) qui raconte à frère Christian ses retrouvailles avec sa famille en France et ses hésitations: tout quitter et reprendre son métier de plombier. Bouleversant de vérité.
    Personne ne parle de la scène où Frère Luc va reposer sa tête sur le torse nu du Christ: ça a été pour moi un vrai moment de grâce… un instant d’intense communion aux souffrances de ces hommes!
    Xavier Beauvois pas croyant?? Pas croyable!!!

  33. Merci pour votre article magnifique.
    Dans le film, j’ai été très émue lors du chant « Voici la nuit, et rien n’existe hormis l’amour… »
    Gardez toujours votre désir d’écrire…
    Fraternellement,

  34. Trois Césars amplement mérités… ou plutôt est-ce un honneur pour les Césars d’être liés à ce film ? Parce que cette reconnaissance n’est pas nécessaire pour se rendre compte de la pure beauté de celui-ci.
    Catholique par culture (ou par esprit de contradiction, c’est selon…), non pratiquante par conviction, j’ai aimé ce film magnifiquement et immensément humain. Plusieurs mois après l’avoir vu, il me touche encore profondément.
    J’en ai eu les tripes à l’envers et les larmes au coeur.
    Je ne regardais pas le film, je le vivais… de l’émotion à l’état brut… La simplicité de certaines scènes leur donnait une intensité bouleversante, réveillait des sentiments qui venaient du plus profond de moi et me bouleversaient.
    Je n’en suis pas sortie convertie, peut-être moins misanthrope, sûrement remplie d’une infinie tendresse pour ces hommes pétris d’amour, de charité, de doutes, de silences, de luttes,… bref, d’humanité.

    Non, cela n’a pas été qu’un beau moment de cinéma…

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