Parabole bis

Mais dites...

Pas tant pour l’exercice de style que parce que l’évangile d’hier m’a donné cette distraction (mais en était-ce vraiment une ?) que parfois, à force de prendre la Parole de Dieu complètement au pied de la lettre, on renverse peut-être les valeurs… Du coup : « Et vlan, dedans ! » Dommage…

Pour rappel, donc, l’évangile proclamé hier dans toutes les bonnes paroisses (quoique, aussi dans les mauvaises) était en Lc 18, 9-14.

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain.
Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. ‘
Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! ‘
Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Et si on reformule – j’ai même presque envie de dire « si on actualise » – ça pourrait sans doute aussi donner ça :

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était publicain, et l’autre, pharisien.
Le publicain se tenait à distance et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je sais que je ne suis pas parfait, mais je te rends grâce tout de même parce qu’au moins je ne suis pas comme ce pharisien. Il jeûne deux fois par semaine et il verse le dixième de tout ce qu’il gagne, mais sa foi est celle d’un hypocrite. Cet homme accorde tellement de place aux dogmes et aux rites qu’il en oublie complètement ton message. Et tout le temps qu’il passe à te bénir du bout des lèvres, il n’apprend pas à te connaître et à te laisser la place.
Le pharisien, lui, n’osait pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, je suis encore si loin de ce que j’enseigne aux autres… Ma vie, malgré les apparences, manque encore tellement de cohérence avec ta Parole. Prends pitié du pécheur que je suis !’ »

Et maintenant, juste une question : vu comme ça, lequel des deux serait le plus juste ?

Mais tu n’es pas obligé d’être d’accord.

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20 réflexions sur “Parabole bis

  1. Une phrase du Petit Prince reprise par J.C. Gianadda (ça nous rajeunit pas !) dit : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».
    Mais tu n’es pas obligé d’être d’accord, comme dit l’autre.

  2. Merci Edmond, avant je passais bien souvent par les deux états de l’Evangile maintenant grâce à toi c’est quatre !
    Sympa, le gars … (grrrr)

  3. Très bon retournement de point de vue. En version évangélique américain, ça donne ce sermon – qu’on aurait pu entendre hier- d’un pasteur célèbre à Seattle, Mark Driscoll, qui explique pourquoi il déteste la « religion »… ! Je ne partage pas tout son commentaire, mais j’aimerais bien cet enthousiasme (et cet humour) dans nos homélies.

  4. Tout à fait d’accord avec toi sur ce point!!
    Aujourd’hui ceux qui se sentent bons chrétiens sont ceux qui sont des « catholiques décompléxés » (en clair des modernistes…)
    Ca fait du bien de lire ça!!!

  5. La deuxième version de cette parabole rééquilibre la première: c’est bien utile!

  6. Ben ouais, que voulez-vous… on fait ce qu’on peut, généralement assez mal, d’autant que l’équilibre reste très fragile. La figure du bon catholique, c’est sans doute celle du funambule !

    @ Benjbenj : Enthousiasme et humour en homélie, j’en connais quand même un certain nombre qui les pratiquent pas trop mal… J’ai pas le temps de regarder tout de suite ta vidéo : j’y reviendrai plus tard.

    @ Panouf : En te lisant, je me demande si tu as saisi. Ce n’est pas un renversement pour dire que la situation s’est inversée : c’est juste un renversement pour montrer que d’un excès, on a vite fait de tomber dans l’excès inverse… La première version de la parabole reste quoi qu’il arrive la plus forte et celle qui doit nous interpeller en priorité ! La mienne, c’est juste pour rééquilibre (parfois).

  7. @ Edmond @ Panouf : en fait, ta nouvelle version est la même que l’ancienne, pour peu qu’on ait un raisonnement dialectique. La question n’est pas de savoir si je suis pharisien ou publicain, mais de savoir si je vis en enfant de Dieu ou pas.

    @ Benjbenj : excellente, cette vidéo ! Je ne prêcherai jamais comme cela, mais ce qu’il dit, j’y adhère tout à fait, même avec les légères (!!?) tendances théologiques protestantes évangéliques du discours. Mais là où il est fort, c’est que ce que j’ai compris de la théologie de la justification qu’il propose est tout à fait acceptable en théologie catholique.
    Juste une réserve sur sa définition de religion, car, si on prend la sienne, le christianisme n’est plus une religion. Mais cela, c’est une affirmation courante chez les évangéliques. Pas chez les catholiques !

  8. @ Vianney : Evidemment qu’in fine c’est la même version ! Puisque la question n’est pas d’être pharisien ou publicain, mais de ne pas se comparer à l’autre et d’essayer de se comporter en juste du mieux qu’on peut… C’est exactement le but du renversement. On a un peu trop tendance, il me semble, à regarder le « dossard » des deux personnages de la parabole quand il s’agit bien de présenter le fond de notre cœur à Dieu.

  9. Bonjour!
    merci Edmond pour cette version en miroir…
    Finalement c’est le mot juste qui compte…
    Juste un petit mot
    qui peut sonner juste
    ou raisonner juste…
    se sentir juste
    parfois c’est aussi être à l’étroit…
    ou devenir juste
    parce que Dieu nous a ajusté…
    cela me rappelle aussi la parabole du fils prodigue…
    le frère aîné : moi je ne suis pas comme mon benjamin, je t’ai servi, etc…
    le fils prodigue : réduis-moi comme un de tes serviteurs…

  10. Edmond. ce billet est excellent.

    @ Vianney: « La question n’est pas de savoir si je suis pharisien ou publicain, mais de savoir si je vis en enfant de Dieu ou pas. » Très bien vu. Les deux sont également pécheurs, mais seul l’un des deux s’en est rendu compte.

    @ Panouf: tout ça est aussi une histoire de paille et de poutre…

  11. Quelle que soit la version, on cherche à être le second tout en étant trop souvent le premier…

    Enfin je parle pour moi !

  12. Edmond, tu as parfaitement exprimé les idées vagues qui flottaient dans ma tête en rentrant dans la messe hier soir, merci.

    @Gwynfrid : Je ne crois pas que le sens premier de la parabole (que ce soit dans l’Evangile selon saint Luc ou l’Evangile selon Edmond) soit « les deux sont également pécheurs, mais seul l’un des deux s’en est rendu compte », particulièrement pas le « également ».

    Les 2 sont pécheurs ? Oui : à part Jésus et Marie, tous les hommes depuis Adam et Eve, moi le premier, et y compris tous les saints et les prophètes sont pécheurs.

    Les 2 sont également, au sens de « tout autant » pécheur ? Je ne crois pas que ce soit ce que Jésus veuille dire, et je pense même qu’on perd tout le sens de la parabole si on le comprend comme ça. Le publicain *est* objectivement un infâme salopard. Pour bien comprendre, je pense qu’il faudrait remplacer « le publicain » par « le Milicien » ou « le Gestapiste ». Et il n’y a aucune raison de croire que le pharisien n’est pas tout ce qu’il prétend être : un homme qui n’a jamais de fait de mal à son prochain, qui n’a jamais blessé ni trompé qui que ce soit et qui s’est entraîné toute sa vie à respecter la Loi que Dieu a ordonné de respecter. Le problème du pharisien n’est donc ni qu’il ne soit pas conscient de ses péchés qui sont aussi graves que ceux du publicain (car en fait, il n’est effectivement *pas* coupable de péchés aussi graves que ceux du publicain), ni qu’il respecte la Loi, mais simplement qu’il ait complètement perdu de vue le but de la Loi : être ouvert à la grâce divine sans laquelle nous ne pouvons rien faire, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain. Son respect de la Loi divine devrait être le parfait entraînement pour aimer Dieu et son prochain, mais il ne voit ce respect que comme une fin en soi, et il se révèle encore très loin d’aimer Dieu (puisqu’il ne parle que de lui-même) ou son prochain (puisqu’il méprise tous les autres etc).

    NB : il est possible que vous fasse un immense procès d’intention sur le « également » que vous n’entendiez peut être pas du tout dans le sens que je lui attribue. Désolé donc si c’est le cas ! Mais mon laïus reste valable dans l’absolu.

  13. Soren Kierkegaard (dixit not’ vicaire !) avait aussi imaginé la suite de cette parabole : en entendant Jésus qui racontait à ses disciples la morale de cette histoire, le pharisien et le publicain remontent au Temple, le premier pour reconnaître sa pauvreté, le second pour louer Dieu que « Heureusement, il n’est pas comme ce pharisien ! ».
    Et comme il y a toujours un petit pharisien et un petit publicain qui traînent au fond de chez nous… L’important c’est que, en rencontrant Jésus, on fasse une conversion dans l’humilité et la louange (extraits et raccourcis personnels de l’homélie !)

    Mais j’aime beaucoup ta version aussi, qui me rejoint trop souvent (hélas… mais ça, je l’avais déjà compris avec ta petite BD de la veille ;o) !…)

  14. @ Cath+ : M’en parle pas, ça fait des années que je suis en procès avec Kierkegaard à ce sujet… il faut toujours qu’il s »attribue les idées des autres, ce gros paresseux !

    @ Miss Pomme : Maiiis euuuuh ! Qu’est-ce que j’ai fait encore ?

  15. Edmond, Marie-Liesse t’as raconté mon sermon d’hier ou quoi ? et pourtant je n’ai pas lu Kierkergaard, (qui ne m’a pas lu non plus d’ailleurs).

  16. Jean316: je suis assez d’accord avec votre laïus, en fait. Je reconnais que le mot « également » était un peu trop rapidement écrit. « Les deux sont pécheurs » aurait été suffisant, et plus exact. J’entendais par là que Jésus rejette l’attitude consistant à comparer la gravité de nos péchés avec ceux du voisin, (« je te rends grâce parce que je ne suis pas comme ce publicain »). Bien que le publicain soit effectivement un salaud, c’est lui qui nous est donné en exemple (« c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste »), parce que c’est lui qui comprend le sens de la loi de Dieu suffisamment pour arriver à la conversion.

  17. Les quatre attitudes, aussi bien celle des deux publicains que celles des deux pharisiens, sont susceptibles d’être retrouvées dans nos églises. Au final, je dirais que ce qui compte, c’est l’humilité, qu’elle soit celle du publicain du jésus ou du pharisien d’Edmond.

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