Morts ? Vivants !

Humeur(s)

Dans l’excellent édito qui accompagnait la newsletter du site du Jour du Seigneur la semaine dernière, le camarade Salobir (Frère Éric de son état) synthétisait à merveille une réflexion que je porte également. Et Dieu sait que la synthèse n’est pas la qualité la mieux partagée chez les Prêcheurs, quoi qu’ils en aient bien d’autres pour se rendre sympathiques et nonobstant le profond respect que j’ai pour eux, car il est évident qu’on ne peut qu’avoir un extrême sens de l’humour quand on choisit volontairement de porter un habit aussi salissant.

Intermède ludique : sais-tu quelle est l’origine du nom de l’émission dominicale sur France 2 ? Ce titre est en fait tiré du Robin des Bois de Walt Disney. Dans une scène mémorable, juste avant que Robin n’arrive déguisé en mendiant (costume habile qui parvient à tromper les autres personnages sans même réussir à abuser le spectateur – comme souvent au cinéma, ce qui tend à prouver qu’un spectateur moyen est largement plus futé que n’importe quel personnage de fiction), le très vilain et très pas beau shériff de Nottingham pique les pièces d’à peu près tous les protagonistes de la scène, ce qui provoque l’indignation légitime du bon Frère Tuck. Et le voleur de magots qu’on appelle lourdaud de répliquer : « Garde ton sermon, prêcheur, tu nous le diras le jour du Seigneur ! » Or, tu n’es pas sans ignorer que les dominicains, qui portent cette émission, sont aussi appelés les frères prêcheurs… Ta-daam ! CQFD.

Mais ne va pas t’amuser à crâner en racontant cette histoire : elle est absolument fausse…!

Revenons donc à l’édito du camarade Frère Eric dont je parlais un peu plus haut. Qu’il me permette ici de citer sa prose (s’il n’est pas d’accord, c’est un peu tard de toute façon) :

Les saints sont-ils tous morts ?

Quand on voit les ventes de chrysanthèmes grimper en flèche à l’approche de la Toussaint, on est tenté de le croire. Pour beaucoup d’entre nous, honorer les saints, c’est honorer les morts. Il faut dire que la conjonction des deux fêtes prête à confusion.

Et pourtant… Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants. Du coup, les saints ne sont-ils pas les vivants par excellence ? Ceux qui ont reçu la vie éternelle ? Si c’est le cas, ça change tout dans notre rapport aux saints : la vénération que nous leur portons n’est pas un souvenir nostalgique mais une relation.

Et puis, il y a peut-être des saints ici, parmi nous. Et si la vie chrétienne consistait aussi à les repérer et à les suivre ?

Les « vivants par excellence », j’aime cette expression appliquée aux saints. D’autant qu’on peut la lire à plusieurs niveaux : parce qu’ils sont pleinement vivants dans l’éternité, et parce que leur vie a – de tâtonnement en victoire sur eux-mêmes – touché une forme d’excellence. Il faudrait d’ailleurs mettre ces deux sens dans l’autre (sens) : le second conduit au premier.

Par raccourci de calendrier, par facilité aussi (c’est plus facile de visiter une tombe lointaine un jour férié, évidemment), nos contemporains et les complices que nous sommes trop souvent pour eux dans cette affaire vont finir par faire oublier définitivement la fête de la Toussaint pour la confondre définitivement avec la Commémoration des fidèles défunts. Le jour où la substitution sera complète, quand le tour de passe-passe sera terminé, comme l’édito cité le montre les morts auront effacé les vivants. Et même plus que les vivants : les « Bien vivants » ! L’espérance aura laissé la place à un bouquet de chrysanthèmes.

Il va falloir aller remettre joyeusement un peu de vie dans tout ça. D’autant que la Toussaint n’est pas une commémoration, mais le rappel de ce à quoi nous sommes tous appelés. Tous saints : programme qui ne manque pas d’intérêt. Un peu de Gloria in Excelsis Deo pour prendre soin de nos auréoles… Tous convertis (retournés intérieurement), tous appelés à partager une même sainteté plutôt qu’à contempler simplement celle des autres. Bien dans nos baskets : Converts – All Saints ! Rien de moins. Car c’est certainement la seule course au monde dans laquelle tous les concurrents sont coéquipiers.

Laissons donc (aujourd’hui, demain, les autres jours) les morts enterrer leurs morts et, nous, prions avec et pour les vivants. Avec ceux qui le sont déjà ; pour ceux qui le seront bientôt. Vivent nos défunts !

Simple question eschato-logique, en somme.

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12 réflexions sur “Morts ? Vivants !

  1. Connaissant plusieurs dominicains, je me demande quand même s’il n’y a pas une part de vérité dans le lien que tu fais entre Walt Disney et le « Jour du Seigneur ».
    Cela dit, « ta-daam », c’est une citation, non ?

  2. Ah! Je ne suis pas le seul à regarder les Walt Disney!

    Heureux les coeurs d’enfant, il joueront dans la cour des saints!

  3. @ Nitt : Pour moi, ce serait plutôt « Calvin et Hobbes », mais peut-être que l’expression n’a pas de copyright.

  4. Ah ah… Donc après les jésuites, c’est au tour des dominicains de s’en prendre (gentillement) plein la gueule.
    Sinon j’aime beaucoup les converts all saints, idéales pour le chemin de la sainteté.

  5. @ François, Nitt et Poussah : Pas de citation particulière, en fait… mais si je l’ai « intégré » de quelque part, ça vient certainement plutôt de « Calvin & Hobbes » que de « Wall-E ». Et oui, c’est une abréviation (je savais bien qu’il y en aurait un pour le pointer)…

    @ Juhi : Faut pas exagérer, les doms n’en prennent pas tant que ça dans la tronche… Et puis, ce que je dis est tellement gentil, au fond !

    @ Christophe : Ta môman t’a jamais appris que réclamer c’était pas beau ?!

  6. Si je peux me permettre une petite digression. (ok je me permets alors)
    Pour moi, effectivement les deux fête se confondaient jusqu’au moment où, encore jeune étudiante en droit (personne n’est parfait), un de mes prof en droit des contrats nous raconta une anecdote (véridique, plus qu’elle fait l’objet d’un jugement).
    Je ne me souviens plus bien des détails mais en substance, un homme avait emprunter de l’argent à un vieux monsieur en signant une reconnaissance de dette. Sauf que cette reconnaissance mentionnait le remboursement de la somme « à la Saint GlinGlin ».
    Notre vieux monsieur, voyant que la somme ne lui était pas remboursée, s’est porté en justice où notre rusé filou arguait qu’il n’était ni en tort ni en retard du remboursement.
    Le juge (qui avait oublié d’être bête et de manquer de culture élémentaire) décida que Saint GlinGlin était un Saint comme les autres, bien que fantaisiste et condamna le petit rigolo à payer la somme le 1 novembre, à la Toussaint car c’était la fête de tous les Saints.

    Notre professeur ayant donc conclu par un « mes petits, plus jamais vous ne pourrez oublier que la Toussaint c’est la fête de tous les Saints et non des morts et que parfois la justice et la morale se rejoignent ».
    Il avait raison.

    désolé pour ce commentaire un peu long :-)

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