De l’humain, et autres coquilles vides

Humeur(s)

Malheureusement, on s’y habitue. Parmi les multiples manifestations de ce que certains qualifieront, de façon un peu excessive mais pas inintéressante, de novlangue médiatique actuelle, il y a de ces petites expressions qui passent presque totalement inaperçues. Sauf à mes yeux, évidemment, puisque comme tu l’auras noté (avec une indéniable mauvaise foi), le paradoxe de l’imperceptible est d’être systématiquement perçu par celui qui le mentionne. Un coup pour l’imperceptibilité, en somme, mais ce n’est pas le sujet. Même si tu auras également noté que j’aime bien parler de tout ce qui n’est pas le sujet (mais ce n’est pas le sujet non plus).

Petite expression qui passe presque totalement inaperçue, donc : « de l’humain ». Je ne connais pas de journaliste qui ne l’ait pas entendue – souvent trop souvent – celle-là. « Tu me mettras de l’humain », « Faudrait rajouter de l’humain », « Ça manque d’humain, tout ça »

Le problème, c’est qu’autant le substantif « un humain » désigne un truc à peu près clair (un homme, une femme, chabadabada), autant l’adjectif « humain » est une notion à peu près envisageable (un truc qui se rapporte à l’humanité, ou alors une certaine qualité de gentillesse et de compréhension)… autant l’adjectif substantivé « de l’humain » est une pure projection du langage qui ne renvoie plus à grand chose. On comprend quand même, bien entendu, mais ce mot créé de toute pièce ressemble quand même assez fort à une vague tentative de noyer le poisson. « Mettre de l’humain » dans un reportage, c’est ajouter une touche de témoignage, insuffler de l’émotion, savoir le rapprocher de la vie quotidienne pour favoriser l’identification. En clair, c’est faire vibrer la corde sensible, non ? D’où ma question : pourquoi ne pas le dire comme ça ? Mmh ? Je sais, ne répond pas : parce qu’on sent déjà une petite touche de démagogie et que, du coup, c’est pas complètement positif. Et depuis Carrefour, on sait que c’est vachement important, ma bonne dame, de positiver, toussa…

Tant que j’y suis, tiens, je vais aussi faire mon vieux con réac à deux balles intégroïde (ce que tu veux) sur un adjectif substantivé assez proche « humanitaire ». Précaution introductive : j’adresse dès maintenant mes plus plates excuses à tous mes amis anciennement, actuellement ou bientôt en coopération internationale (ou pas, d’ailleurs). Mais je vous dois la vérité : chaque fois que je vous entend parler de « faire de l’humanitaire », j’ai envie de vous dépecer publiquement et d’exhiber vos entrailles tout le long des grilles du jardin du Luxembourg. Pour vous apprendre la dignité. A titre de rappel utile, je rappellerai donc utilement que les substantifs ont une fonction et que les adjectifs en ont une autre. Du coup, quand on parle d’« humanitaire » comme si on désignait une réalité concrète, on expose juste une énorme coquille vide. Je sais bien que d’un point de vue biblique donner un nom est une façon de participer à la création d’une chose… mais faudrait voir à pas en abuser non plus ! Parler uniquement d’« humanitaire », c’est un peu comme déconnecter l’intention (louable) de sa manifestation. Comme si l’action n’avait plus de finalité en elle-même, à part la satisfaction de ce qui n’en était qu’une propriété parmi d’autres (l’intention).

Pour rendre à Nicolas Mathey [en fait, c’est Incarnare qui a énoncé cette idée sur son fil Twitter : toutes mes excuses…] ce qui lui revient de plein droit, je me souviens d’une exclamation qu’il avait lancée sur Twitter pendant un débat sur l’euthanasie au Sénat. Bon, je ne me rappelle plus de l’expression exacte, mais l’idée était celle-ci : « N’est-il pas évident que le bon sens se trouve du côté de ceux qui n’éprouvent pas le besoin d’inventer de nouveaux mots pour redéfinir une réalité ? » De fait, c’est intéressant de noter qu’alors qu’un mot existe, nous éprouvons régulièrement besoin d’en créer de nouveaux, pour remodeler les contours du débat en fonction de nos idées ou de nos orientations (politiques, morales, religieuses, etc.). L’exemple de l’euthanasie est fort : l’étymologie du mot le définit quand même comme la « bonne mort » ! Quel besoin, donc, en théorie, de le remplacer par des expressions comme « aide médicale à mourir », « mort dans la dignité »…?

On se moque de ces terminologies qui évoluent, dans la société, pour éviter de donner le sentiment de réduire une personne à un métier, un âge, un handicap, un statut social, etc. Mais y pense-t-on lorsqu’on invente également des termes pour aborder des questions de société, notamment éthiques ? A croire qu’il faut repousser la limite du positif à mesure que le langage s’use (car les mots s’usent à force d’être utilisés, c’est un fait, et on en cherche de plus forts au fur et à mesure). On aurait certainement avantage à revenir plus souvent aux termes initiaux, aux idées simples. A s’appliquer un peu de bon sens.

Et on pourrait commencer par l’appliquer dans le domaine religieux.

Pourquoi parler de « spiritualité », voire pire : de « spirituel » (encore un bel adjectif substantivé, tiens) ou de « fait religieux », quand on peut tout simplement dire « foi » et « religion » ? Quel intérêt à rechercher de nouveaux mots ou à appliquer des expressions censées se révéler plus explicites ou plus valorisantes, quand des mots existaient déjà pour désigner très précisément la même chose ? Une « célébration », la plupart du temps, c’est bien une « messe » ? Un « catholique fidèle à la Tradition », jusqu’à nouvel ordre, c’est bien grosso modo ce qu’on appelle un « traditionnaliste » (voire gentiment un « tradi » – et je précise que cet exemple ne comporte ni jugement ni attaque !), non ?

Un exemple récent, pour l’anecdote : une amie me demandait il y a quelques semaines : « Comment on peut appeler un prêtre très âgé ? » La question sous-entendue était évidemment : « comment le qualifier de façon positive ? » Je n’ai rien trouvé de mieux à lui répondre que « un vieux prêtre ». Et j’en suis, finalement, assez content.

Il faut bien évidemment expliquer certaines notions et rendre le vocabulaire religieux plus accessible, mais j’ai parfois le sentiment qu’en créant certains synonymes et certaines périphrases pour arrondir les angles, on ne fait en réalité que compliquer et brouiller le message… On pourrait, en somme, y mettre un peu moins « de vrai » et plus de vérité !

Publicités

23 réflexions sur “De l’humain, et autres coquilles vides

  1. Adapté au monde du travail ça donne les coordinateurs petite enfance et autres agents d’ambiance, n’est-ce pas Edmond?

  2. Oui et non.
    Là, on tombe carrément dans la création de réalités nouvelles… Je voulais m’en tenir à la redéfinition de réalités existantes et déjà définies.

  3. Je ne peux que souscrire à cette réflexion. Malheureusement c’est un travers de l’humanité qui a la vie dure. Déjà Confucius disait : « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. » Merci pour cet appel à une vigilance de chaque instant …

  4. « …j’ai parfois le sentiment qu’en créant certains synonymes et certaines périphrases pour arrondir les angles, on ne fait en réalité que compliquer et brouiller le message… »

    Je ne suis malheureusement pas si optimiste (ou positif) : il me semble qu’aujourd’hui où règne en maîtres (despotes ? « diktateurs » ? faiseurs d’opinions ?)ceux qui écrivent, qui parlent, qui ont pignon sur rue dans le domaine des idées, le verbe a beaucoup d’importance.
    Je ne leur ferai pas l’injure de penser qu’ils ne sont pas intelligents et qu’ils emploient des mots à tort et à travers. Des mots (pour reprendre les exemples de l’article ci-dessus) comme « euthanasie », « humain », « humanitaire » ont un contenu précis mais qu’en les utilisant un peu n’importe quand et n’importe comment on vide peu à peu de leur sens.
    « Mettre un peu moins de vrai et plus de vérité » me semble une excellente conclusion et le juste constat que la Vérité n’est plus reconnue.
    J’ai mis une majuscule et sur ce blog chacun comprendra ce qu’il veut mais sans tomber dans la caricature (car ce n’est simplement en changeant le casse d’une lettre qu’on change tout) tout le problème est quand même là. Le défunt et bientôt Bienheureux pape Jean Paul a écrit, à mon sens, une Encyclique de toute première importance sur le sujet: Veritatis splendor… De grands intellectuels (chrétiens ou pas) l’ont salué mais aussi de grands intellectuels (chrétiens notamment et pas des moindres !) l’ont beaucoup critiquée. En 2011 il existe toujours, [même si leur avenir n’existe plus dans les esprits vides] des Vérités intemporelles qu’il faut savoir défendre jusque dans les termes au risque d’apparaître comme un « conservateur verbal ».

  5. Me permettez-vous de citer Desproges ?

    Extraits du réquisitoire contre Renée Saint-Cyr, 6 avril 1981:

    “…On ne dit plus un infirme, on dit un handicapé, on ne dit plus un vieux, on dit une personne du troisième âge. Pourquoi, alors, continue-t-on à dire « un jeune » et non pas « une personne du premier âge »? Est-ce à dire que dans l’esprit des beaux messieurs bureaucratiques qui ont inventé ces merveilleux néologismes, la vieillesse est une période de la vie infamante au point qu’on ne peut plus l’appeler par son nom ? Est-ce que nous vivons au siècle de l’hypocrisie suprême ?

    Il y a de plus en plus de vieux. Ils meurent de plus en plus seuls. On les retrouve souvent recroquevillés dans leur mansarde avec le crucifix sur le ventre et le squelette du chat à côté, morts depuis des semaines et des mois, si l’on en croit les gazettes. Ou alors ils moisissent et s’éteignent dans des mouroirs provinciaux bien proprets. Dans l’indifférence générale, car les jeunes ont le problème de la vignette moto, il faut vraiment les comprendre. Tout cela serait horrible, mais on dit « personne de troisième âge » au lieu de dire vieux et le problème est résolu. Il n’y a plus de pauvres vieux mais de joyeux troisième-âgistes. Il n’y a plus de pauvres affamés sous-développés mais de sémillants affamés en voie de développement. Il n’y a plus d’infirmes, mais de pimpants handicapés. Il n’y a plus de mongoliens mais de brillants trisomiques.
    Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien. »

    Cordialement,

    J.M.P.

  6. Ce billet décrit très bien une réalité qui n’est pas si nouvelle que ça, mais qui semble de plus en plus prégnante de nos jours. Sans doute parce qu’il y a de plus en plus de participants aux débats (merci Internet) que par le passé, donc plus d’inventeurs de mots, qui se prennent volontiers pour des créateurs de concepts.

    La référence à Orwell, par contre, me paraît être un contresens. Dans 1984, on n’invente pas de nouveaux mots: on en supprime au contraire. Moins il y a de mots, moins il est possible d’exprimer des idées déviantes. Et l’objectif n’est pas simplement de positiver la réalité, mais carrément d’en inverser le sens (« ministère de la Paix », « ministère de la Vérité », etc).

  7. @ Gwynfrid : Je dis que la référence est excessive. Et à vrai dire, je ne la mentionne pas par rapport à Orwell directement, mais parce que certains utilisent ce terme de « novlangue » pour désigner le phénomène… C’est (à peu près) tout.

  8. @ Edmond: exact. Je réagissais surtout à cet excès (cf le com de Blogblog). De façon générale, on abuse beaucoup d’Orwell, qui mérite mieux que cet usage quasi pavlovien qu’on fait de lui. De même, le mot « totalitaire » mis à toute les sauces pour désigner n’importe quelle opinion avec laquelle on se trouve être en désaccord… « Les mots s’usent à force d’être utilisés, c’est un fait, et on en cherche de plus forts au fur et à mesure » : pas mieux.

  9. On pourrait ajouter: « gardienne d’immeuble » pour « concierge »…

    Par contre, « célébration » n’est pas toujours une « Messe »: par exemple, ça peut être une sépulture (sans Eucharistie).

    Un diacre (permanent) nous racontait que, lorsqu’une famille demande une Messe de sépulture, il répond: « Vous voulez une Messe ou une Eucharistie? ». La plupart du temps, la famille répond: « une Messe », équivalant, dans son esprit, à « célébration à l’église ». Et, souvent, la famille remercie pour la « belle Messe » qui n’était qu’une « célébration » (sans Eucharistie)!

  10. Eh, vous savez quoi ? J’ai une super bonne idée !
    On va dire, histoire de gagner tous du temps, que quand je prend la peine de poser des réserves, c’est parce qu’en fait je sais bien que ce que je dis est à nuancer. Vous allez voir, ça va être rigolo ! Par exemple (et pourtant, je reste très largement faillible, hein !), quand je dirais – comme ça, pouf pouf – qu’une célébration est « la plupart du temps » une messe, ben en vrai c’est parce que je saurais qu’il y a des exceptions, toussa.
    C’est sympa, comme concept, non ?

    Bisous.

  11. @ Edmond : alors je n’ai pas besoin de relever l’énormité de ta définition grosso modo de « traditionaliste », surtout que dans « catholique », il y a nécessairement « fidèle à la Tradition » ? ;)
    (Ça, c’est fait :p )
    Merci, cher ami, de relever si joliment ce moins joli travers humain consistant à déguiser les concepts avec de jolis mots vide. Et j’aime beaucoup le « vieux prêtre », surtout quand on sait ce que veut dire prêtre étymologiquement !

  12. L’arme fatale pour déguiser une réalité, c’est les sigles: non plus un « avortement » mais une IVG. C’est sur ça dit moins ce que ça veut dire. Non plus une convention de mère-porteuse mais une « gépéha », pardon une gestation pour autrui. Appelons un chat un chat et pas un FDTR (félin domestique de taille réduite).

  13. DANS MES BRAS !
    (métaphoriquement bien sûr.)
    Il y a des jours où on est vraiment content de se rendre compte qu’on n’est pas tout seul à faire des bonds devant son poste de radio (ou devant des gens-en-vrai, d’ailleurs…)
    Les mots ont un sens, le modifier ou décider d’en employer d’autre a un sens aussi, auquel on peut être attentif sans être rétrograde.

  14. @Gwynfrid(com.#9) : « de plus en plus prégnante » me semble quelque peu malheureux comme expression, voire antinomique. Même au figuré, c’est prégnant ou pas… J’imagine que tu devais vouloir dire « fréquente » ou « présente », au point que cela risque de devenir « normal ». Et cela nous ramène au sujet même d’Edmond. Dont j’adore le com.#13 :D

    Sinon, la finalité de cet usage est naturellement de brouiller les cartes, lorsque c’est intentionnel ; mais c’est aussi, et je ne parviens pas à décider si c’est pis ou non, fréquemment pour masquer un manque de compétence et de connaissance exacte du sujet. Donc on emploie un mot un peu flou, et hop, on donne l’impression qu’on maîtrise le sujet… Ça marche très bien.
    Tant que personne n’ose vous faire préciser le sens du mot.
    Et ça, c’est le travail de chacun :)

    Une expression qui, pour ma part, m’exaspère : « être à 200% ». À moins de voir double, on ne peut être qu’à 100%. Et à l’instant de votre mort, vous serez bien à 100% de votre vie terrestre, quelle soit la façon dont vous l’aurez remplie… ou pas.

  15. @ Marsu: un des sens de « prégnant », d’après mon Petit Robert: « qui s’impose à l’esprit ». Cela dit, je vous remercie de pointer ce mot. Sans être vraiment erroné dans ce contexte, il est excessivement précieux (qui parlait d’excès, déjà ?). « Fréquent » aurait amplement suffi.

  16. On parle finalement de la tendance général qu’à l’homme social de privilégié la forme au fond et le trait d’esprit au bon sens. Cette tendance, il me semble de date pas d’aujourd’hui et à toujours été dénoncé par des hommes de lettre (je pense à Voltaire et ses lettres persanes ou à Molière et ses Précieuses Ridicules).
    Après que des termes soient galvaudés (ho le joli mot!), c’est un fait et que l’abus périphrase nuit gravement au sens, c’est une évidence.

    Pourtant, je me rebiffe un peu sur le procès fait aux termes tel que IVG ou GTA… Je pense qu’il ne faut pas tout confondre. Ce sont des termes médicaux qui sont certes repris par la presse, mais pas tant que cela. Au contraire, on parle la majorité du temps d’avortement ou de mère porteuse. Il ne faut pas considérer que ces termes existent pour masquer la réalité de l’acte. Il existe car il faut bien définir. Au contraire, dans IVG il y a volontaire, terme fort qui ne laisse aucun doute sur la responsabilité de la femme qui s’engage dans cette démarche (et je n’engage pas un débat sur l’IVG, pas du tout). Ceci contrairement au terme générique d’avortement qui est global et qui désigne la perte (avortement spontané désignant une fausse couche)… C’est justement CE terme qui a été galvaudé et utilisé uniquement pour désigné l’IVG.

    Je terminerai en disant que nos propres « nouvelles expressions » sont le reflet de la culture et des limitse éthiques de notre société. L’exemple le plus récent est celui de « bébé médicament », terme très brutal qui ne cache en rien la réalité d’un être utilité comme remède. Alors que le terme anglo-saxons « savior sibling » voulant dire peu ou prou « sauveur de fratrie » et on voit tout de suite la connotation extrêmement positive de ce terme (le mot sauveur n’est en rien anodin), représentatif d’une culture anglo-saxon beaucoup plus tolérante et beaucoup moins légiférante (ho le beau néologisme) que la notre.

    Voilà, j’ai encore peur d’avoir fait un commentaire trop long et vaguement hors sujet.
    Mes excuses à notre hôte :-)

  17. @ Sarita :
    GTA ? A part Grand Theft Auto, je ne vois pas ce que ça peut vouloir dire ! :)

    Vous ne voulez pas engager pas un débat sur l’IVG, et je respecterai volontiers votre volonté de ne pas l’engager sur les deux premières lettres (qui, pour le coup, sont pourtant franchement et clairement un masquage de l’acte réel).
    Cependant, vous dites quelque chose de relativement grave qui ne peut tout de même pas rester sans réponse à ce sujet : le « volontaire » impliquerait automatiquement la responsabilité de la femme. Pas si sûr. Encore faudrait-il que ce soit réellement volontaire, et cela, précisément, ne l’est pas si souvent, pour plusieurs raisons.
    1. Les lettres IV, qui constituent précisément un mensonge par omission à propos de la réalité de l’acte, empêchent la personne de penser réellement l’acte comme il l’est réellement : quand on nomme mal, on pense mal, on conçoit mal, on juge mal. Première altération de la volonté.
    2. Pour qu’une personne puisse réellement vouloir quelque chose, encore faut-il qu’elle ait la liberté de le choisir. Actuellement, en France, le moins que l’on puisse est que cette liberté est largement limitée par le manque de propositions de résolutions alternative du problème que pose une grossesse chez bon nombre des femmes et des couples concernés. Quand ces propositions ne sont pas volontairement occultées et combattues. Seconde altération de la volonté.
    3. Liberté encore limitée par la pression sociale et affective très forte : il faut agir vite, le plus souvent on ne laisse pas le délai légal de réflexion avant l’IVG, et on zappe le rendez-vous d’accompagnement psychologique préalable, pourtant lui aussi légalement obligatoire. Troisième altération de la volonté.
    4. Rares, très rares sont les femmes qui, en plus des trois points précédents, veulent réellement recourir à l’IVG, qu’elles soient en situation immédiate d’y recourir, ou qu’elles envisagent seulement l’éventualité future d’y être confrontées.
    Bref, résumons : ignorance sur l’objet de l’acte et sur les autres choix possibles, pas de liberté réelle à cause de cette ignorance et de la pression sociale et affective, et, au contraire, volonté expresse de l’éviter autant que possible. Les causes des trois premiers points sont politiques et sociales. Le « volontaire », dans IVG, est rarement du fait de la femme qui prend la décision d’y recourir : il est beaucoup plus du fait de la société, c’est-à-dire de nous tous collectivement, même si individuellement nous agissons peut-être de multiples manières pour combattre ce fléau, pour protéger les victimes potentielles et pour aider les victimes.

    Moi aussi, je suis hors-sujet. Même pas peur. Il fallait que ce soit dit, puisque le sujet avait été abordé :)

  18. Edmond, tu as fait vibrer – très fort – la corde sensible de la prof de français que je suis. Je le ruminais depuis longtemps, tu l’as écrit ! Et si bien écrit !
    Ma santé mentale et moi (qui sommes un peu liées l’une à l’autre, aussi fou que cela paraisse) nous te remercions chaleureusement.

  19. @ Nitt’ : AhAh ! ^^

    @ Edmond : pas mal du tout (encore) ! Même si je ne suis pas prof de Français, tu dénonces là quelque chose qui est un vrai problème en Philosophie : inventer un nouveau terme pour désigner quelque chose de nouveau, ou une nuance d’une réalité existante, c’est une chose. Mais on en vient vite à inventer de nouveaux termes pour désigner des choses déjà définies et déjà désignées par des termes connus, et c’est là qu’on tombe dans le jargonnage non productif.

    Le commentaire n°15 est très bon ! J’aime bien l’idée de FDTR ! J’avoue que le chat du foyer domestique ne réagit pas quand je m’essaie à l’appeler ainsi… Ce chat doit être un conservateur allergique aux idées nouvelles !

    Et le commentaire 8 montre bien que le problème n’est pas nouveau… mais reste plus que jamais d’actualité ! (Ca aussi, comme formule creuse, ça vaut son pesant d’or…)
    Pas à dire, ce réquisitoire dans son ensemble est une perle de cynisme, de mauvaise foi et de critique de la société, le tout dans le délire le plus flagrant !

  20. sur l’IVG, c’est le mot interruption qui me fait tiquer : je pense à l’interruteur qui me permet d’éteindre et de rallumer la lumière, dans l’IVG impossible de « rallumer » ce qui a été interrompu, l’expression est trompeuse.
    l’IMG est pire encore : Interruption Médicale de Grossesse, « médicale » me laisse croire que l’on va soigner, mais non, on tue. Encore trompée.
    Sinon, ces évolutions de langages vers des euphémismes, comme si l’homme était de moins en moins capable de regarder la réalité en face, ne sont pas si récentes.
    Ca fait longtemps que nos paysans sont devenus des agriculteurs, les Noirs des « gens de couleurs » pour finalement redevenir des « Blacks », les aveugles des non-voyants, les sourds des mal-entendants etc…
    Moi je trouve que le balayeur était vachement gentil et faisait bien son travail, alors que le « technicien de surface » « se la pète grave » et en plus il (« travaille comme un arabe ») (pardon) n’est pas très efficace.

Mettre mon grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s