L’effort ou les purs ?

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Deux amis parcourent silencieusement une longue plage, au coucher du soleil. La mer découpe les derniers rayons rougeoyants de l’astre qui semble se dissoudre à l’horizon, tandis que l’écume clapote tendrement contre quelques rochers abandonnés. L’un des deux hommes se penche soudain. Sur le sable, seule et déjà presque desséchée, une maigre étoile de mer meurt doucement, incapable de rejoindre l’eau dont elle a été rejetée par un courant trop fort pour elle. Il la saisit délicatement au bout de ses doigts et la contemple un moment. Puis il esquisse un geste pour la projeter de nouveau dans l’eau. Son ami l’interpelle alors : « A quoi bon ? Tu sais bien que la mer dépose chaque jour des milliers d’étoiles sur le sable… Pour une que tu sauveras peut-être, combien vont malgré tout mourir, parce que tu ne peux pas t’occuper de chacune ? La remettre à l’eau, c’est dérisoire, inutile, et ça ne change rien. »

Avec un sourire un rien amer, l’homme continue de fixer l’animal, sans trop savoir quoi faire. Et soudain, d’un grand geste puissant, il la lance le plus loin possible dans l’océan. Reprenant sa marche sous l’œil interrogatif de son ami, il commente alors : « Peu importe. Parce que, pour elle, ça change tout. »

*

Le dilemme est en fait presque aussi vieux que la politique. Faut-il s’en tenir à des principes et ne jamais transiger au moindre dialogue, ou retrousser ses manches et travailler concrètement à l’amélioration d’une loi vers le « meilleur possible », au risque d’être ensuite associé à des concessions que notre propre conscience n’approuve pas ? En d’autres termes : rester « pur » ou considérer que, parfois, on doit accepter de mettre les mains dans le cambouis pour maintenir cette fichue chaine de vélo en état de marche ? Partisans de l’une ou l’autre position doivent au moins pouvoir se mettre d’accord sur l’idée que la réponse est loin d’être évidente.

Ici la précision s’impose : oui, je parle bien de la révision des lois de bioéthiques qui, après un premier examen à l’Assemblée en janvier, ont été largement modifiées au Sénat… et reviennent à la Chambre en deuxième lecture. Sans entrer dans le fond (ce que je laisserai à d’éminents spécialistes), le constat à l’heure actuelle est plutôt que si en janvier on avait à peu près – quoique toujours trop peu – limité la casse, le texte tel qu’il revient est en profonde contradiction avec les positions de l’Église. Dès lors, comment se positionner, comme croyant ?

Deux solutions s’offrent au député qui partagerait ces vues : soit il fait quelques déclarations tonitruantes et vote contre la loi au final, soit il ferraille autant qu’il peut pour atténuer chaque article et « sauver » tout ce qui pourra l’être. Idéalement, la première solution est évidemment la meilleure. Efficacement…

Le problème, c’est qu’il faut bien considérer que le projet de loi va passer. Mathématiquement, les chances qu’il soit rejeté dans l’hémicycle sont tellement infimes qu’il vaut mieux d’emblée les considérer comme nulles (quitte à avoir une bonne surprise).

Le problème aussi, c’est que certains semblent préférer les cris de hussards et la gloire des barouds d’honneur au travail lent et ingrat de fourmis. Et je ne dis pas que ce choix n’est pas le bon ! Simplement : à choisir entre le bruit et la ferveur… je préfèrerais encore que les partisans des « coups » médiatiques ou politiques acceptent parfois de lâcher un petit P, et se contentent déjà d’être de bons artisans. Sans lui jeter spécialement la pierre (car il fait par ailleurs un très bon travail, semble-t-il), je pense tout spécialement ici au député (catholique) de Saône-et-Loire, Jean-Marc Nesme, dont on a quand même beaucoup entendu chanter les louanges ces derniers temps. A lire certains (que ce soit dans L’Express ou ailleurs), il serait une sorte de chef de file courageux et particulièrement tenace, défenseur infatigable de positions situées dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église catholique. Soit. Mais alors, une question se pose : un examen rapide de la liste des personnes présentes ces derniers jours à la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique permet de s’apercevoir que M. Nesme n’a – semble-t-il – pas réussi à se libérer pour participer à ces réunions. Pourquoi ? C’est fort dommage, d’autant que de bonnes sources ont pu me confirmer que, lors d’un précédent examen en janvier, sa présence s’était déjà limitée à quelques minutes. Sans parler de son absence discrète dans l’hémicycle par la suite (là, je l’ai vu de mes yeux sur le direct de l’Assemblée, puisque des troubles brutaux de ma vie intérieure m’ont retenu à domicile, une bassine entre les mains…).

Je répète : il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, et je suis tout prêt à gratifier Jean-Marc Nesme de mon amitié et de mon soutien (après tout, il cosigne la plupart des amendements que j’approuve des deux mains, ce n’est pas comme s’il était un lâche notoire). Cet exemple, je ne le cite ici que parce qu’il me semble symptomatique d’une certaine façon de préférer parfois, en politique, les mains propres et l’absence de la moindre compromission à un véritable travail de fond.

Comme citoyen, j’estime légitime de m’interroger sur l’efficacité réelle d’un amendement qu’on dépose mais qu’on ne prend ensuite pas la peine d’aller défendre en commission ou (pire) en séance. C’est bien beau, par exemple, de réclamer l’interdiction pure et simple de la recherche sur l’embryon, mais quelle chance cet amendement a-t-il d’être adopté si son signataire ne vient pas soutenir sa position, et s’il n’est même pas là pour le voter le moment venu ? Des nèfles, rien, aucun espoir ! Se contenter de voter in fine contre le projet de loi complet, c’est joli sur un CV, ça fait gagner des points dans des classements de députés pro-famille, mais c’est totalement inefficace.

On a besoin de hérauts, mais de héros bien plus encore. Pardon donc si, à une chaise bien vide, il m’arrive de préférer un vote bien fait. Parfois, il faut savoir défendre ses positions avec tout le poids de sa main levée, et pas seulement à la pointe de son stylo. Et une voix, peut-être discrète mais présente, ce ne sera pas du luxe pour détricoter ce que le Sénat nous a composé… C’est en tout cas ce que j’attends d’un député auquel je donne ma voix, que ce soit en 2007 ou en 2012.

Il en va de la politique comme de la chevalerie : on peut charger contre des moulins, ou tenter de regagner, parcelle après parcelle, le terrain perdu.

N’empêche… Quand le rapport de forces impose que la loi passera à la fin, n’est-il pas du rôle de l’homme politique de peser de toutes ses convictions sur le texte, afin d’épargner tout ce qui pourra éventuellement l’être ? Les concessions obtenues seront minces, frustrantes, sans doute infimes et dérisoires… et alors ? Dans quelle conception du monde « trop peu » vaut-il moins que « rien » ?

Relisons à ce propos ce passage d’Evangelium vitae, consacré à l’avortement mais qui pourrait aisément être extrapolé :

« Il est évident que, lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement, un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes. »

[Edit 24.05 : Un éminent lecteur (Mgr Hervé Giraud, pour ne pas le nommer) m’informe d’une variante plus juste de la fin de cette traduction : « … On considère comme juste et opportun l’effort pour en limiter les aspects injustes. » (« Potius vero aequus opportunusque inducitur conatus ut eius iniquae cohibeantur species. ») Merci à lui.]

Tout y est : le rappel de l’idéal et l’introduction d’un pragmatisme efficace, pour viser toujours un meilleur possible.

« Les forts et les purs » sont peut-être séduisants ; qu’on me permette malgré tout, sans renier les premiers, de préférer parfois l’effort et l’épure. Les deux (les quatre, en réalité) ne sont d’ailleurs pas nécessairement incompatibles : les coups d’éclats peuvent être précédés de modestes travaux. Il y a, aujourd’hui, des députés aux convictions fortes, qui ont répondu à l’appel du bienheureux Jean-Paul II et se battent chaque jour pour faire avancer le schmilblick, discrètement, sans communiqués de presse tonitruants ou interviews médiatiques. Qui sont présents sur les bancs de l’Assemblée, où ils avalent probablement plus de couleuvres qu’on pourrait jamais le supporter nous-mêmes. Mais qui tiennent bon. Inutile de les nommer : leurs noms sont de tous ces amendements que l’on pourrait signer des deux mains, et que d’autres d’ailleurs signent avec eux. Qu’ils sachent qu’à la veille de l’examen de ce projet de loi si crucial, je les soutiens comme je peux par la prière.

Et si le mardi devenait le jour où nous prions pour les hommes politiques chrétiens ? Parce que chaque main levée, chaque minute de présence dans l’hémicycle, comme pour une seule étoile de mer, change tout.

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23 réflexions sur “L’effort ou les purs ?

  1. ben c’est pile ce qui m’avait portée à voter Bayrou malgré sa position médiane sur l’adoption homo et non tonitruante sur l’avortement.
    à l’époque, il n’y avait pas encore le PCD,
    mais maintenant encore, lequel des deux est le plus dans ce pragmatisme?
    lequel est capable de proposer une voie accessible à une majorité de français?
    comment le PCD pourrait-il annoncer ses convictions de façon claire et toutefois faire connaître aux français qu’il est prêt à respecter leurs convictions même si elles lui sont opposées?
    il faudrait vraiment creuser, là. et pas trop tard: pourquoi attendre encore 5 ans?

  2. Et en même temps que les hommes politiques le mardi, dire un ave maria chaque jour pour la France (et ses jeunes en particulier…). Pour rendre grâce du fait qu’en France les digues tiennent encore face au mariage homo, face à l’euthanasie… (malgré les coups de boutoirs de ceux d’en face, faut pas se voiler la face).
    C’est la 1e fois que je commente ici et j’en profite pour flatter un bon coup le propriétaire de la maison : merci de nous considérer comme tes prochains, Edmond ! Tes articles sont à la fois profonds et légers, quelle est ta recette miracle ?? (si je puis dire)

  3. (la recette miracle, il l’a dit : le travail de la fourmi…;-)

  4. Je suis bien désolé de ce que cela a pu donner pour le moment à l’Assemblée nationale. Une droite en débandade face à une gauche mobilisée. Le travail courageux des Bretons, Gosselin, Le Fur et Mariton en particulier (qui valent bien un Nesme…) n’y a pas suffit visiblement. C’est toujours à suivre… mais sans illusion.
    C’est une bonne idée de rappeler le §73 d’Evangelium vitae qui est sans doute un peu compliqué mais essentiel pour les hommes politiques (nous notre devoir nous appelle à d’autres formes d’actions).

  5. @ Delphine (et Arbogasta, qui me gratifie pour la première fois d’un commentaire ici, si je ne m’abuse…) : Bienvenue, et merci. :-)

    @ NM : Merci d’avoir cité, à quelques noms près, les personnes que je m’étais refusé de mentionner dans le billet. Venant de toi, ça a plus de poids, et c’est bien à eux que je pense en parlant de prier pour les chrétiens engagés en politique (si on inclut, un peu de force, Mariton parmi eux). Voyons ce que ça donnera la semaine prochaine, même si je suis, comme toi, assez pessimiste dans l’ensemble. Mais c’est bien pour ça qu’on aura besoin de toutes les voix dans l’hémicycle, et pas seulement de communiqués a posteriori pour expliquer les raisons qui ont poussé untel ou tel autre à voter contre le texte final… (Ça, pour le coup, je l’ai eu mauvaise la dernière fois.)

    @ Fikmonskov : Me’ci missié, vous y en a trop bon missié…

  6. C’est toute la question de la frontière entre le compromis et la compromission : la deuxième est haïssable mais le premier est indispensable. Sauf à céder à ce que j’appelle – pompeusement certes – la « tentation de Montségur », comme tu le dis très bien.

  7. comme toujours très pertinent…et bonne idée de prier le mardi!

  8. Je vote pour que le mardi soit le jour de la prière pour les députés !
    D’autant que ce matin, j’ai reçu un texte bien hard. Il disait en gros que nos ennemis pensaient que si le peuple en étaient là, si nos bergers nous emmenaient par des chemins dévoyés, c’est parce que le peuple avait péché contre Dieu …

  9. Le mardi, pourquoi pas ? Il y a une dizaine d’années, j’avais choisi le mercredi, pour consacrer au monde politique cette « Prière citoyenne » :
    « Seigneur Jésus, envoie ton Esprit, et inspire à nos représentants les paroles et les actes que méritent l’accueil et la dignité des personnes, le respect des familles, la sauvegarde des équilibres naturels, le bien de ceux qui s’entraident, travaillent et entreprennent en artisans de paix. Avec eux, avec Toi, nous voulons être les citoyens d’une France qui aime et aide la vie. Amen »
    Et votre prière pour les élus, Edmond, peut-on la connaître ?

  10. @ Denis : Pas de prière formelle, pour ma part. Juste une longue intention reformulée chaque fois différemment…

    @ Koz : Comme l’a signalé Nicolas (NM), ce sont les hommes politiques qui sont directement concernés par ce passage. Pour les électeurs, l’exigence n’est pas la même puisqu’on se trouve en amont.

  11. Effectivement, la précision de traduction est utile. Elle peut paraitre un peu subtile mais non négligeable. Les conditions de mise en oeuvre de ce §73 (spécifique à l’action politique) sont très particulières : l’opposition absolue à l’avortement, connue de tous (qui respecte cette condition dans notre personnel politique ?); le vote doit être décisif. Il s’agit non pas de participer à une injustice mais de contribuer à en limiter les effets injustes. En ce sens, et par réalisme politique, on peut dire que cela entre bien dans le cadre de la lutte pour le respect d’un certain nombre de point non négociables (malgré ce que laisse entendre un troll !!).

  12. Koz pose une bonne question (me semble-t-il)… parce qu’un tel sujet de théologie morale politique (très amplement traité au cours des siècles) est assez complexe en fait. Et le « coup des points non négociables » énumérés par Ben XVI… et bien, on peut pas l’écarter comme ça, d’un revers de manche de T-shirt.
    Maintenant, moi ce que j’en dis ; hé bien justement, voilà ce que j’en dis : dans les questions de bioéthique et de défense de la vie, il me semble qu’il n’y a pas UNE bonne solution d’action, mais qu’il faut faire feu de tout bois. Certains auront une prudence de loup et un travail de fourmis, d’autres des coups d’éclats de prophètes (et ça leur amène parfois plus de danger que de gloire, en fait) ; surtout n’opposons pas les uns aux autres ! c’est la grande faiblesse de la défense de la vie en France : on veut la même chose, mais on s’excommunie tous mutuellement, on perd de la force de frappe et le diviseur est content.

  13. Et pourquoi seulement pour les chrétiens ? Les autres aussi (surtout ?) auraient bien besoin d’un peu d’inspiration divine. Mc 2:17

  14. @ abjb : Oui, certes, mais tu noteras au moins que j’ai justement essayé d’évoquer un équilibre entre les deux… La seule réserve que j’y mettrai, c’est quand les coups d’éclat semblent avoir plus de visées électoralistes que réellement stratégique. Et quand l’intransigeance des « purs » risque de mettre en danger les chances d’obtenir quoi que ce soit, en discréditant d’un seul coup toute l’action des « fourmis ».
    Mais on est bien d’accord que la frontière est ténue et qu’il est bien délicat de trancher.

    @ KPM : Alors, oui, certes… mais bon… Comme mon billet traitait des différentes façons pour un chrétien de mettre en pratique ses convictions dans un engagement politique, forcément, j’ai été un peu restrictif dans l’invitation finale. Mais il me semble que si j’en appelle à prier pour eux (en pratique ici, donc : pour qu’ils puissent être éclairés et soutenus dans leur engagement), il me semble qu’il est assez évident qu’en d’autres circonstances j’appellerais tout autant à prier pour d’autres. Pardon, mais le côté trop inclusif, « ne réduisons jamais nos propos à un seul groupe mais généralisons au maximum », ça a tendance à me gonfler légèrement, à la longue ! :-)

    Parce que si on va par là :
    – « Et pourquoi seulement pour les politiques ? Les autres aussi (surtout ?) auraient bien besoin d’un peu d’inspiration divine. »
    – « Et pourquoi seulement pour les personnes en âge de travailler ? Les autres aussi (surtout ?) auraient bien besoin d’un peu d’inspiration divine. »
    – « Et pourquoi seulement pour les êtres humains ? Les autres aussi (surtout ?) auraient bien besoin d’un peu d’inspiration divine. »
    – « Et pourquoi seulement pour les créatures vivant sur terre ? Les extra-terrestres aussi (surtout ?) auraient bien besoin d’un peu d’inspiration divine. »
    – Etc.

  15. D’après mon petit doigt qui a suivi les débats aujourd’hui Mr Nesme est présent ce qui affaiblit un peu ta réthorique, même si sûr le fond je pense que ce que tu dis est assez juste…
    Je te fais suivre le mail de mon petit doigt sachant que je ne suis pas vraiment d’accord avec tout ce qu’il y dit…

  16. @ Blogblog : Non, ça n’affaiblit pas ce que je dis. J’ai cité Jean-Marc Nesme comme un exemple, avec l’espoir qu’il serait au rendez-vous en séance. De fait, je constate aussi qu’il est présent, et je m’en réjouis. (Il était temps, mais c’est heureux.)

  17. A ne pas manquer, sur cette discussion : Raymond Parquet répond à Edmond Prochain sur Poilaunez.com –>  » Aimez les Nesme  » http;//www.poilaunez.com/2011/05/26/aimer-les-nesme/

  18. Très cher Edmond,
    Qui serait aujourd’hui mieux placé que toi pour écrire un courrier à notre bien-aimé ministre Luc Chatel, qui vient d’un trait de plume imposer la théorie du Genre comme seule vérité scientifique recevable dans à l’Éducation nationale?

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