En attendant la fin du monde

Rabat-joie

Les enfants, loin de moi l’idée de paraître alarmiste, mais je crois bien que c’est la fin. Ce coup-ci on n’y coupera pas : on y est, ça va trancher. Et le pire, c’est que ce sera même pas faute de nous avoir prévenus : on nous l’a dit, répété, annoncé, rabâché dans toutes les langues des hommes et des anges : tout passe (sauf – bien entendu – l’amour et les trains sur la ligne C du RER). Avec le temps, paraît-il, va, tout s’en va.

Oh, je sais bien qu’il y en aura malgré tout pour dédramatiser et nous murmurer que, tu verras, tu verras, tout recommencera, toussa. C’est l’instinct des survivants, probablement. Car je veux bien reconnaître que jusqu’ici on a plutôt fait preuve d’une qualité tactique indispensable à la réussite d’une équipe de foot (surtout quand elle est française) : le cul. Ça, du cul, on en a eu. Sans compter les catastrophes imprévues du genre Tchernobyl et Fukushima, on a quand même échappé à la fin du monde ultime en 2000… Tellement classe que ça aurait carrément dû être l’apocalypse de notre vie, telle qu’on n’en connait que toutes les quatre ou cinq générations. Et puis l’Armageddon s’est dégonflé, hélas, alors que le film de Michael Bay avait quand même réussi à sortir en salles trois ans plus tôt (ce que je considère d’ailleurs, à titre personnel, comme un événement bien plus grave dans l’histoire de l’humanité que n’importe quelle fin des temps). Et donc, sous prétexte qu’on s’en est bien tirés la dernière fois, certains concluent à la hâte qu’il n’y a pas de raison que ce soit pire l’année prochaine, pour la séance de rattrapage de 2012. Pardon, mais non. Il faut se rendre à l’évidence, cette fois : on va tous mourir dans d’atroces souffrances, et certains risquent même de salement pleurer et grincer des dents. Mais je ne vise personne.

Donc mourir. Pour une raison que je ne m’explique pas totalement, alors qu’on a été prévenus qu’on ne saurait « ni le jour ni l’heure », on cherche tout de même à savoir et le jour et l’heure depuis des siècles. On est comme ça, nous, les hommes (ça fait un peu pub de rasoir, ce début de phrase, non ?) : on aime bien se gâcher les surprises. Selon les spécialistes de la lutte anti-sectes, qui ont dû se coltiner la rédaction d’un rapport très sérieux sur le sujet (les pauvres), on en serait même à la 183e fin du monde pronostiquée. Autant dire que le match est assez inégal et que le score est pour le moment sans appel : Chaos céleste 0 – Bordel humain 182. On gagne les doigts dans le nez. Sauf qu’on ferait peut-être mieux quand même de se les sortir (du nez ou d’ailleurs), parce qu’une partie d’Apocalypse c’est un peu le but en or à sens unique : le jour où la Bête marque, c’est pour de bon.

Il faut noter dès maintenant la date ; ne serait-ce que parce que ce n’est pas la peine de prévoir de remplir la chaudière à l’hiver 2012 (ce sera toujours ça d’économisé). A moins d’un couac, le 21 décembre 2012 : couic ! Enfin… boum. Enfin, j’en sais rien, j’ai jamais vécu de truc dans ce genre, donc je n’ai aucune idée du bruit que ça fait. Et puis, franchement, entre nous, je pense que ce sera le cadet de nos soucis, que la terre disparaisse en faisant « shebam », « pow », « blop », « wizz » ou même pourquoi pas « crac boum hue »… Même si ce serait évidemment très rigolo de voir apparaître en lettres de feu dans le ciel les mots : « Game Over ! »

Ou alors, il ne se passera rien. Mais j’en doute. Je suis convaincu : c’est bon, on y est. Quoique, ce serait bien entendu dommage pour les candidats au suicide collectif… D’ailleurs, entre nous soit dit : c’est pas un peu stupide de vouloir se foutre en l’air à plusieurs quand on est de toute façon supposés tous être zigouillés en même temps par un dragon ou une météorite ou un trou noir ? Au pire, c’est totalement inutile, et au… encore pire, on meurt bêtement pour rien alors que les autres continuent à vivre. Mais j’imagine qu’on ne changera pas les hommes : il y aura toujours quelques grands créatifs dans le domaine de la connerie pour nous pondre de nouvelles idées foireuses. Et c’est valable aussi pour les faux cyniques qui se moquent de la moindre Espérance.

Le seul truc qui me fait un peu de peine, face à la perspective de cette mort aussi imminente qu’inéluctable, c’est la quasi-certitude que le tout dernier humain de l’histoire à s’exprimer sera sans doute un con en train d’écrire sur Twitter : « Bon, c’est l’heure… elle vient, cette fin du monde, oui ou merde ? LOL » A quoi bon prévoir des dates si personne n’y croit ? Pourquoi essayer de se pourrir le (peu) de temps qui nous reste, si tout le monde s’en fout royalement et fait comme si rien n’allait changer ? comme si tout allait continuer ? Finalement, c’est peut-être bien à ça que le Christ pensait quand il affirmait : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure… »

Du coup : bonne chance à tous.

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12 réflexions sur “En attendant la fin du monde

  1. je vote pour un mec cul nu, cheveux blond frisés et lunettes de soleil blanches qui nous invitera tous au paradis. Même moi.

    ou alors, version Brel: et ça fera des grands slurp, et ça fera des grands slurp

  2. Le jour où la fin du monde éclatera, j’en connais plus d’un qui diront: « Mais enfin ce n’est pas normal! On vit dans un pays laïc! ».

  3. Je plussoie Sanglier Intrépide ! ^^

    Mais alors, Edmond, si tu y crois vraiment de tout à fait pour pas du beurre étouhétou, j’aimerais que tu nous fasses un petit guide du voyageur intergalactique de la fin du monde, avec les bons plans à ne pas rater, la montagne sacrée sur laquelle il faut être, le tapis sur lequel se prosterner pour implorer la pitié du Grand Patron, le bar où y aura une giga promo sur le kir royal « pour fêter ça »… des trucs du genre quoi.
    Alleeeez, steuplaîîîît !

  4. On est comme ça, nous, les hommes (ça fait un peu pub de rasoir, ce début de phrase, non ?) Chez nous c’est plutôt une pub de bière Jupiler : «Une bière d’homme.» Mais bon c’est sans doute un truc de belge la bière, une des choses que nous avons encore en commun dans toute la Belgique et que nos voisins du sud nous envient…
    Merci pour ton billet qui nous fait toujours sourire dès le matin, et en même temps nous éclaire ;-)

     » L’espérance voit ce qui sera dans le temps et l’éternité. Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité même. » Peguy

  5. Réflexion pas con du tout, et je dirai même que ça fait réfléchir sur pas mal de choses…
    Encore un billet plus qu’intéressant ! :-)

  6. N’empêche, il y a quand même des rapprochements marrants au sujet de l’Apocalypse. Comme le fait que ce livre indique qu’une étoile nommée Absinthe devrait ravager la Terre. Or, il se trouve que le mot Tchernobyl en ukrainien est bien la plante qui donne l’absinthe, ce que j’ai fait vérifier par des gens connaissant la langue. Je n’en tire strictement aucune conclusion, mais j’aime bien la mise en relation. :)

  7. A mon avis, les suicidés collectifs cherchent surtout à éviter les embouteillages sur les autoroutes de l’au-delà. Un peu comme partir en vacances un jour plus tôt que tout le monde, quoi.
    Blague à part, quelle tristesse…

  8. A lire l’excellente nouvelle de Buzatti et les réactions humaines à l’annonce de leur mort, et dont l’horreur augmente au fur et à mesure que s’éloigne l’échéance…

  9. Les suicides collectifs dans ce genre de cas sont surtout des gens qui ne veulent pas avoir tort au cas où ils se planteraient…

    Sinon, c’est bizarre, c’était précisément notre sujet de conversation hier soir, à table. Nos conclusions étaient à peu près les mêmes. Mais il n’empêche que cela me ferait bien suer (pour ne pas employer un mot plus odorant) que la fin du monde tombe précisément le 21/12/2012 car alors j’aurais droit aux regards goguenards de ces types qui me diront je vous l’avais bien dit !
    (Remarquez, si elle tombe n’importe quel jour sauf celui prédit, je me ferais une joie de leur envoyer cette réplique…)

  10. Oulala les références ! De partout ! Des films, des chansons, vous êtes déchaînés !

    (Et non, je n’ai rien d’autre à dire.)

  11. J’ai bien aimé aussi la référence au « Cauchemar en rouge » de F. Brown ; mais c’est vrai que « game over », ça parle plus que « tilt » aux djeunss d’aujourd’hui (j’en sais quelque chose : mes élèves de seconde n’y ont rien panné ! « Un flipper, kèzako ? »).

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