« Remakes » de quelques paraboles

Indispensable (ou pas)

Il est établi que le Christ s’est adapté constamment à son auditoire au moyen de paraboles pour faire comprendre aux foules la Bonne Nouvelle. Mais on peut quand même parfois se demander si ces fables de La Fontaine de Jésus continuent de parler vraiment aux hommes d’aujourd’hui. C’est là qu’une petite opération de lifting pouvait s’imposer…

Renouant avec son auguste (et autoproclamée) mission de service public, ce blogue (et son humble mais fier rédacteur) est heureux de présenter aujourd’hui une version totalement remasterisée de quelques paraboles parmi les plus célèbres. Le style est plus resserré – d’aucuns diront « plus punchy », sauf que ce n’est pas tellement français quand même -, la narration est simplifiée, les images réadaptées pour l’époque contemporaine, la morale parfois modifiée pour mieux correspondre aux exigences culturelles ou pastorales, etc. Bref : ce sont de véritables petits remakes généreusement offerts pour le bien de tous.

Je laisse les titres originaux ou les éléments qui devraient permettre de reconnaître l’image d’origine. Comme ça, la comparaison reste possible. Même si parfois, je sens qu’elle va être dure quand même (« traduttore traditore« , toussa).

Inutile de me remercier : la satisfaction du travail bien mal fait est ma seule vraie récompense.

*

« Les dix jeunes filles »

(Mt. 25, 1-13)

Dix femmes s’inscrivent pour participer à la « Valise RTL ». Mais seulement la moitié pense à recharger son iPhone. Quand Fabrice appelle enfin, celles qui ne se sont pas occupées de leur batterie sont bien emmerdées.

« Le fils prodigue »

(Lc. 15, 11-32)

Un junior prometteur dans une société cotée en bourse négocie un licenciement pour aller monter sa propre boîte, avec un max de primes de départ. Sa start-up se ramasse comme une merde. Il revient voir son ancien patron qui lui confie un poste à responsabilités. Son ancien binôme tire la gueule.

« La drachme perdue »

(Lc. 15, 8-10)

Une femme joue une pièce de deux euros à un jeu de grattage. Elle perd. Comme elle est bien dégoutée, elle retente sa chance sept ou huit fois, et finit par gagner deux euros. Pour fêter ça, elle rachète un ticket.

« Le pharisien et le publicain »

(Lc. 18, 9-14)

Un Parisien n’arrête pas de se vanter de toutes les propositions spirituelles dont il bénéficie dans la capitale. Un provincial, au contraire, se plaint de devoir faire des kilomètres ne serait-ce que pour aller à la messe. Sauf que lui, au moins, il y est à l’heure.

« Le semeur »

(Mt. 13, 3-9, 18-23)

Un paysan sème dans tous les sens, sans se soucier de l’endroit où tombe son grain. Alors un type bien intentionné vient lui expliquer que puisque de toute façon ça ne pousse que dans la bonne terre, ce n’est pas la peine d’évangéliser ailleurs que dans l’Église.

« Les talents »

(Mt. 25, 14-30)

Trois jeunes ont reçu des talents différents. Celui qui en a eu cinq vise une grande école et en développe cinq autres. Celui qui en a eu trois fait un bon cursus à la fac et en développe trois autres. Celui qui n’en a eu qu’un chouine sur son sort et préfère rester à rien foutre devant la télé. A la fin, il a bien la honte.

« Le figuier stérile »

(Lc. 13, 6-9)

Un homme a un figuier qui ne produit pas de fruits. Il demande à son jardiner de l’arracher, parce que y’en a marre. Le jardinier propose de plutôt faire des greffes avec des branches d’une nouvelle variété de figuier transgénique.

« Le mariage du fils du roi »

(Mt. 22, 1-14)

Un roi invite tout plein de gens pour le mariage de son fils. Mais il y en a un qui doit s’occuper de la cuisson du rôti, un autre qui a Téléfoot et un autre encore qui s’est couché tard la veille. Alors on ferme la paroisse et les gens râlent parce qu’il n’y a plus de curé dispo quand ils veulent pour les mariages et les enterrements.

« Les greniers neufs »

(Lc. 12, 16-21)

Un homme a fait une récolte tellement bonne qu’il veut agrandir ses greniers pour se faire d’immenses réserves de grain. Mais Dieu lui dit : « T’es pas un peu fou, non ? Et si tu mourais cette nuit ? » Du coup, le type vend toute sa récolte et s’achète un billet pour Disneyland.

« Le grain de moutarde »

(Mt. 13, 31-32)

Prenez la flûte à bec : c’est l’un des plus petits de tous les instruments. Mais dès qu’on se met à souffler dedans, elle devient presque aussi insupportable qu’une fanfare tout entière.

« Le bon Samaritain »

(Lc. 10, 30-37)

Une paroisse est bien mal en point. Un nouveau curé est nommé, mais les paroissiens ne l’accueillent pas parce qu’il est trop tradi. Un deuxième lui succède, mais cette fois il est trop progressiste. Alors la paroisse est rattachée à une autre lors d’un regroupement et l’évêque a enfin la paix.

« Le bon grain et l’ivraie »

(Mt. 13, 24-30, 36-43)

Un concepteur web est en pleine réalisation d’un projet ambitieux. Mais le client n’y connait rien et n’arrête pas de lui faire ajouter des widgets à la con. Sauf qu’il s’en fout : à la première mise à jour de la base de donnée, il virera les applis inutiles.

« La maison bâtie sur le roc »

(Mt.7, 24-29)

Le fou construit sa maison au Japon : un tremblement de terre survient, un tsunami le suit de près, et pour couronner le tout une fuite dans une centrale nucléaire proche rend la zone inhabitable. Alors que le sage, lui, s’est plutôt choisi un pays où ce genre d’emmerdes est rare.

« Les premiers seront derniers »

(Mt. 20, 1-16)

Un État met en place un système pour favoriser les activités culturelles. Une partie des intermittents passe son temps à courir les cachets pour travailler ; les autres font juste le minimum d’heures imposées par la loi. Au final, tout le monde a droit aux mêmes indemnités.

« Le blé qui pousse secrètement »

(Mc. 4, 26-29)

Le Royaume de Dieu, c’est comme un grain de blé qui pousse silencieusement dans un champ. On ne fait rien pour l’aider, mais il pousse quand même, jusqu’à donner un bel épi. Et puis un jour, un type vient lui dire qu’on est dans un pays laïc et fait faucher ce blé obscurantiste.

« Le juge inique »

(Lc. 18, 1-18)

Un juge malhonnête est harcelé jour et nuit par une pauvre femme qui réclame qu’il lui rende justice. Il finit par obtenir une injonction lui interdisant de l’approcher à moins de cent mètres.

« Les deux fils »

(Mt. 21, 28-32)

Un homme demande demande à deux de ses enfants de lui rendre un service. Le premier dit oui, mais n’y va pas. Le second dit non, et n’y va pas non plus. Alors le curé fait ses feuilles de messe tout seul.

« La brebis égarée »

(Mt. 18, 12-13)

Si l’un d’entre vous a cent brebis et en perd quatre-vingt-dix-neuf, ne reste-t-il pas à s’occuper quand même de la dernière, jusqu’à ce qu’elle s’en aille elle aussi ?

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30 réflexions sur “« Remakes » de quelques paraboles

  1. On lui amena une femme accusée d’adultère et lui demandèrent s’il fallait la lapider… alors Edmond se mit à écrire sur son son blog : çà les a fait rire, sourire tandis que le reste des râleurs partirent et l’Eglise s’en porte mieux (Jn 8,1-11) . « Va et n’arrête pas de bloguer! ».
    Je sais c’est pas une parabole, mais c’est juste pour te remercier d’avoir ce trait d’humour qui fait du bien dans des journées moroses.

  2. Pas mal, ton travail, effectivement !…
    NB : c’est le grain de moutarde que je préfère !

  3. Je connais un curé qui commence toutes ses homélies par une blague, la plupart du temps sans lien avec l’Évangile… Je vais lui soumettre votre idée, ça permettra déjà de le mettre sur la piste du texte à commenter ! Bon, au-delà des références culturelles et des liens avec l’actualité française, même les Québécois pourront s’amuser de votre humour. Bravo !

  4. Pas fan de la drachme perdue, ça s’éloigne bien bien ou je n’ai rien compris à la parabole?!

    En revanche, complètement fana du mariage du roi, entre autres! Avec le blé qui pousse secrètement, le grain de moutarde et le pharisien juste derrière. Oh et puis +1 pour le juge inique (ouais, en gros, pas mal tout ça). Pas sympa, la maison sur le roc :)

  5. Une mention spéciale pour le grain de moutarde et pour le pharisien et le publicain!

  6. Je note un vif succès du « Grain de moutarde », parabole directement sponsorisée par le CLFB (Comité de lutte contre les flûtes à bec). Je pense qu’un tel soutien leur fera chaud au cœur !

    @ LElfe : C’est pas la seule à être franchement éloignée de l’originale… Elle en est même probablement plus proche, malgré tout, que « Le juge inique », par exemple ! Et puis c’est bien ce que j’ai dit en introduction : parfois, je me suis laissé la liberté de les adapter tellement qu’au final il est peut-être difficile d’en tirer encore grand chose. Mais le but ici est exclusivement de se détendre, hein !

    @ Vianney : Mais les originales sont indépassables, voyons… ça ne fait pas un pli !

  7. Bien, bien ! Quelle imagination! Ça me rappelle un mariage où le prêtre avait fait toute son homélie en rappant, je n’ai pas pu me retenir d’éclater de rire ( toute l’assemblée était droite, recueillie…), puis tout le monde a ri…puis tout le monde a parlé de l’homélie …

  8. Attends, depuis quand faut s’inscrire pour participer â la Valise RTL ???

    Ah ben je comprends, maintenant !!

  9. Excellent !

    Il y a aussi la parabole de l’intendant malhonnête :
    Un trader d’une grande banque fait perdre quelques milliards d’euros à son employeur, qui s’en aperçoit et le vire. Pour ne pas être complètement à la rue, le trader va démarcher des éditeurs pour leur vendre son histoire.

  10. une vieille femme venait au téléthon pour donner quelques centimes de sa maigre retraite à Nagui. les autres faisaient rien qu’à se moquer. « OUH LA PAUVRE! elle fait rien qu’à donner des centimes. Si elle avait travaillé plus, elle aurait plus donner plus. » alors nagui dit: « ah ben oui, ça valait pas le coup » //un curé dit: « c’est tjs ça de pris. »

  11. @ JB : Bonne version, effectivement… C’est LA parabole oubliée, pour moi.

    @ Maman Croco : Oh, tu sais, à ce niveau là on n’est pas vraiment dans la faute lourde, mais dans la petite erreur d’inattention qui nous guette tous… Cela dit, c’est vrai : il est tard et c’est la fin de la semaine !

    @ David : Je pense pas que Nagui soit du genre à dire un truc pareil… #troll :-p

  12. Ma contribution :

    « De même, on ne met pas du beaujolais nouveau dans un cubi ancien (à moins de s’engager à le vider avant que le vin ne vieillisse). »

    « Un capitaliste confia son entreprise à des salariés réunis en coopérative. A l’approche de l’heure des dividendes, il leur envoie un comptable. Mais les salariés le lynchent. Alors, il leur envoie un cadre sup’ qui finit séquestré. En désespoir de cause, il leur envoie le VP de la boîte, mais les salariés le tuent. Alors, il délocalise en Roumanie. »

  13. Exclusivement se détendre ? pas sûr, pas sûr… Quand on étudie les paraboles, il est toujours bon de bousculer un peu, en actualisant, transposant. Et là… eh bien je piquerais bien quelques bonnes petites idées …si le propriétaire du copyright l’accepte !

  14. Celle que je préfère c’est : « Le fils prodigue » mais il aurait peut-être fallu rajouter « la queue entre les jambes et la tête basse » après « voir » dans la phrase :  » Il revient voir X son ancien patron qui lui confie un poste à responsabilités »…..

  15. @ notre hôte : les autres s’éloignent certes mais me paraissent plus proches de l’esprit de la parabole initiale, que ce soit par une transposition fidèle, par un contre-pied, par une adaptation mordante, ou jusque dans le détournement éhonté :-)
    Enfin, on s’en f***, je me suis bien marrée!

  16. Excellente, celle sur la graine de moutarde. J’ajoute que toute flute à bec mise entre les mains d’un collégien mérite d’être classée arme de destruction massive.
    Très bien vue, sinon.

  17. Le mariage du fils du roi est juste parfait.
    D’ailleurs, pour rappel, ce grand événement aura lieu tout à l’heure, les cloches sonneront et tout et tout.

  18. J’ai hâte de rentrer en France écouter les sermons français pour savoir si le prêtre t’aura lu ! ;)

    @Théologieducorps.fr (Incarnare ? Est-ce bien toi ? Je te tutoie tu m’en veux pas ?) : Extra aussi.

  19. Excellent!!!! Un grand bravo et merci de m’avoir fait tant rire! J’avoue que cela a aussi été pour moi l’occasion de relire les ‘VO’: certaines étaient enfouies un peu loin dans ma mémoire:-)
    @Théa: Je confirme, la flûte est une arme de destruction massive au collège et il est grand temps de l’INTERDIRE pour préserver la santé mentale des parents!!! Je finis ma 11ème année de torture (entrée en 6ème de mon aîné): plus qu’un an à tenir et c’est fini (ma cadette n’a pas intérêt à repiquer sa 3ème!!!!):-D

  20. les paraboles n’ont jamais été aussi bien adaptées pour notre époque, il suffit
    simplement de regarder l’essentiel et non le superflu ( genre valise RTL …) et
    vous verrez que bientot il y aura des pleurs et des grincements de dents et on
    dira : mais, Seigneur ! pourtant je suis catho enfin plus laïc mais catho tout
    de même
    à méditer…..

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