Du vin de messe et de ses débouchés

Humeur(s)

L’homme, surtout quand il est d’Église, ne se nourrit pas que de pain. Tout le monde sait ça. Et voilà que, justement, La Croix m’apporte avec bonheur un article en forme de pendant magnifique d’un autre, découvert il y a un an et demi déjà. De quoi enivrer mon goût de l’anecdotique et ma passion pinardière tout à la fois ! Un vrai petit bonheur.

Alors, de quoi s’agit-il ? Des débouchés dans le domaine du vin de messe. Car si on a l’habitude, dans nos célébrations européennes, de communier au pain sans le vin, il ne faut pas oublier que les paroisses doivent néanmoins s’approvisionner en dives bouteilles pour les changer en coupes divines. Et alors que de braves religieuses mettent la main à la pâte pour répondre aux demandes en hosties, il est plus rare (mais pas impossible, certes) de voir des monastères investir dans la cave. En la matière, on connaît d’avantage aux abbayes leur goût pour la fermentation du houblon que du raisin. Seulement voilà : y’a pas délice, hélas, dans un vin de messe qui serait rempli de petites bulles et de mousse.

Car, qu’on n’essaie pas de nous mettre en bouteille : on ne rigole pas avec le vin chez les chrétiens ! C’est une vieille tradition d’Église, qui veut que le Christ ait commencé sa vie publique avec une beuverie effroyable (Cana – où il fournissait même directement le matos) et se soit achevée lors d’un frugal dîner néanmoins bien arrosé. Même au jour de la Pentecôte, on s’est demandé si ces apôtres qui parlaient tout un tas de langues n’étaient pas un peu beurrés comme des p’tits Lu remplis de vin doux. Le genre de « détails » qui vous forgent une sacrée tradition : le « Venez et voyez », ça va un temps ; très vite, on l’a donc substitué par l’heureux « Prenez et buvez »… C’est dire si on avait tout de même le sens de fête. Et ce n’est pas forcément pousser le bouchon que de le rappeler, quand les caricatures du jansénisme ont laissé quelques taches d’austérité sur l’image de la messe.

Cela dit, le petit vin blanc qu’on boit dessus l’autel, encore faut-il (donc) s’en procurer pour le bon déroulement de la messe. Et là, il y a semble-t-il autant d’écoles que de grands vignobles. D’abord, il y a les privilégiés, ceux qui habitent les régions viticoles : eux, ils trouvent toujours un petit producteur local trop content de mêler œnologie et eucharistie. Et puis il y a les autres, ceux qui vont aller se fournir comme tout le monde chez Nicolas. Lequel écoulerait tout de même dans les 30.000 amphores par an, rien que ça !

Il y a donc un marché, des promos et des offres spéciales pour le vin de messe. Que La Croix soit vivement remerciée pour ces quelques gouttes de culture généreusement offertes (ou vendues, selon que vous aurez ou non du bol avec le nouveau système payant du site).

Ce billet, toutefois, ne serait pas complet si je n’y évoquais que le côté festif du vin de messe. Car au sortir des sacristies, il y a aussi des drames, des larmes et de grands dams. Les raisins de la colère ? Si la robe du clergé n’est pas la seule à être blanche dans cette histoire, il y a aussi des heures où il ne fait pas bon pour un prêtre avoir choisi un vin trop sec. Quand, en effet, c’est son tour de se lever dans la nuit et la froidure de l’hiver parce que le curé dort ce matin et que c’est donc au vicaire de s’y (pi)coller, à 7h, le ventre vide et les dents pas encore brossées, le petit Riesling passe mal. Très mal. De nombreux témoignages viennent l’attester : il faut avoir le cœur et le la foi bien accrochés pour boire sans broncher la coupe jusqu’à la lie. Et qui parle de cette souffrance profonde de nos prêtres ? personne ! (Prions pour eux.)

Quant à ceux qui n’auraient pas encore bien vu l’intérêt de se répandre sur ce blogue pour un sujet aussi vain, qu’ils sachent que, résolument, le vin est une question sérieuse. Aujourd’hui encore, l’Eglise – sans crainte de se faire chambrer – laisse une place de choix au « fruit de la vigne et du travail de l’homme ». De ce point de vue, ce n’est pas demain qu’elle mettra de l’eau dans son vin. Enfin… si, justement, comme tous les jours… mais bon, bref : tout le monde a compris l’idée ! Sans compter que le christianisme, en tant que croyance transmise depuis des siècles, est un grand cru. Peut-être même le plus grand cru qui soit. Excusez du peu : notre joie a 2000 ans d’âge !

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23 réflexions sur “Du vin de messe et de ses débouchés

  1. et pour l’indonésie, vraie question: pas une bouteille en production propre, tout doit être importé de l’australie… j’ai testé, c’est pas que du bon, voire pas du tout.
    sinon je plussoie le souci du vin sec à jeun le matin… D’ailleurs, tout sponsor en Montbazillac sera le bienvenu.

  2. hé hé hé… le pain sans le vin… c’était facile, mais fallait y penser :) Merci pour ces derniers sourires de la journée

  3. In vino veritas. Doit on comprendre, par cette affirmation, le fait que le sang versé par le Christ est ce qui révèle la vraie image divine de Jésus.

  4. Juste un mot.
    Savez-vous qu’en Russie, le vin de messe se dit « Cahors » (ne tenez pas compte du graphisme que je suis incapable de transcrire), ce qui tendrait à démontrer (?) qu’à l’origine (quand ?) le clergé orthodoxe s’approvisionnait dans cette belle région.

  5. @ Poussah : je me permets de te poser la question que je posais dernièrement au génial auteur de ce blog, « et t’es fier de toi … ??? »
    P.S. Cela dit, c’est pas faux … quant à la boire jusqu’à l’hallali, à moins d’être enivré d’Esprit Saint, nous n’arriverons même pas à la boire jusqu’à la lie.

  6. Des vins parfaitement adaptés à la liturgie:

    En bourgogne à Savigny les Beaunes, sur le fronton de la porte d’entrée du château est inscrit:

    « Les vins de Savigny sont vins nourrissants théologiques et morbifuges »

    (en photo ici: http://kirchhoffer.fr/divers/DSCN5268.JPG )

    Nourrissante, théologique et morbifuge est également la très sainte eucharistie !

  7. Va nuitée des va-cuités, tout est vin pour notre inanité (du sage de l’ivresse, Like-la-sieste). Je sais maintenant, Edmond, quelle libation à base de vin doux dissimule votre main gauche large ouverte !

  8. J’aime bien aussi le petit billet d’Alix de Saint-André dans La Croix. Je n’avais pas lu ça comme ça chez Chateaubriand ;-)

  9. Un délicieux petit billet qui nous change des déplaisants débats sur les activités réelles ou supposées de la Mairie de Paris. Merci beaucoup, et à la vôtre !

  10. Quand j’ai vu l’auteur, j’ai compris… Un œnologue de Dijon, et la préface par un cardinal dijonnais… C’est signé.

  11. « À Nueil-sur-Layon (Maine-et-Loire), la communauté de l’Arche de la Rebellerie commercialise ainsi un vin de messe certifié « Agriculture biologique ».

    Le vin de messe de La Rebellerie… (avec un nom pareil : « du vin de messe de la Rebellerie » ! ça donne -le nom du lieu vient des rebelles, nous sommes dans le pays des guerres de Vendée…) et bien, ce n’est pas qu’une histoire de commercialisation. Ce vin de messe obéit au « cahier des charges » spécifiques du Droit Canon (si, si, vraiment !)… Il est non seulement biologique, mais surtout il est produit, et actuellement cueilli et vendangé par les membres de l’Arche, personnes avec un handicap mental.
    D’ailleurs, vous êtes tous invités à venir vendanger avec eux le samedi 17 septembre prochain : une superbe journée laborieuse et joyeuse
    http://www.arche-larebellerie.org/frameset1.html
    A vos sécateurs. Une amie de La Rebellerie.

  12. @ Petiteame : Juste un détail… Si « c’était facile » mais qu’il « fallait y penser », c’est sans doute que ce n’était pas SI facile que ça… non ? ;-)

    @ Emmanuel Pic : Mais toi, tu es un privilégié en matière de pinard !

    @ René de Sévérac : C’est tellement vrai que l’article de La Croix parle justement de ça aussi ! On peut y lire que la région de Cahors a ainsi fourni l’Église orthodoxe russe jusqu’en 1917. Curieusement, d’ailleurs, les exportations se sont brutalement arrêtées à cette date… :-p

    @ Poussah et François : Il a bien raison d’en être fier, parce que c’est effectivement totalement nul !

  13. De fait, pour le vin de messe comme pour toute autre bouteille, la question du débouché est importante… Sinon, comment verser à boire ?
    En revanche l’article de La Croix oublie de mentionner que si l’Eglise catholique utilise le plus souvent du vin blanc, c’est pour une raison éminemment pratique : ça évite de faire des tâches rougeâtres bien visibles sur les linges d’autel blancs ! Problème que les Orthodoxes, qui eux utilisent le vin rouge pour mieux symboliser le sang du Christ, ont résolu différemment : ils utilisent des linges rouges !
    (http://fr.wikipedia.org/wiki/Eucharistie#Aspects_pratiques)
    Sinon, le vin blanc du Clos du Monastère du Broussey (Carmes déchaux du pays bordelais) est très apprécié dans certaines paroisses… Et j’ai connu un aumônier scout qui n’hésitait pas à finir les bouteilles à l’apéritif quand il recevait quelqu’un à déjeuner ! Etre prêtre n’empêche pas de savoir vivre ! ;-)

  14. En visitant la région, j’avais appris que le curé de Banyuls-sur-Mer, au sud de Perpignan, avait sauvé son village… en envoyant des échantillons du vin local aux curés de France et de Navarre; lequel vin local était devenu assez prisé en vin de messe (alors que de nos jours il est sans doute plus utilisé comme apéro, ce qui rejoint le commentaire de CS Indhal…)

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