C’est ainsi que les hommes se donnent

Mais dites...

Il m’a fallu du temps, et sans doute en ai-je perdu aussi pas mal par ma propre faute, même si mon agenda a l’amusante particularité d’être largement surpeuplé depuis quelques mois. Le fait est que ce livre est resté indéfectiblement en haut de pile de mes lectures prioritaires, option déconne-pas-faut-vraiment-que-tu-t-y-mettes-là depuis que David et Sylvain ont eu la délicate attention de me l’envoyer avec un petit mot dont la délicatesse vaut tous les remonte-moral possibles. Le problème du temps qu’il m’a fallu repose alors sans doute beaucoup sur le sérieux avec lequel je voulais me plonger dans Ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux (on va dire JPH pour la suite, par commodité). J’accuserai aussi volontiers Mgr Albert Rouet de m’avoir plusieurs fois découragé : c’est que j’ai voulu lire si sérieusement que j’ai tenu à aller au bout d’une préface qui m’a laissé de marbre et de sommeil… un vrai pensum qui a plusieurs fois calmé mes ardeurs ; qu’il me pardonne ce commentaire peu aimable. Le pire, c’est que je sais bien qu’il ne faut jamais lire les préfaces, puisque ceux qui les rédigent passent systématiquement la moitié du temps à s’excuser de l’écrire (vous pouvez vérifier).

Le plus amusant dans tout ça, c’est que moi-même je passe tout le (long) début de mon billet à m’excuser qu’il soit si tardif.

Qu’y a-t-il donc dans ce livre, ce fameux JPH ? Des témoignages. Cinq. Plus une relecture théologique qui a le bon goût de s’élever un peu au-dessus du champ du témoignage pour tracer des lignes directrices, des traits d’union, des points de convergence (ou de divergence, d’ailleurs). Le tout, donc, sous la direction de Sylvain Brison, et avec la participation notable de l’ami David Lerouge. Deux personnes de valeur qui sont autant de raisons que j’avais de laisser le livre en tête de mes priorités, même si j’ai eu du mal à trouver effectivement le temps de m’y plonger.

Mais maintenant que j’ai pu le faire, je dois le dire : je n’ai pas été déçu. Du tout. Comme son titre l’indique, JPH donne la parole à des prêtres jeunes – par l’âge et par le sacerdoce – et bien dans leurs chaussures bateau converses sandales baskets (?). Soit des spécimens qui paraîtront sûrement très rares aux yeux de certains, même si pour ma part ils ne sont que cinq parmi tant d’autres, que j’oserai appeler « amis » (même de loin, parfois) et qui partagent ces trois caractéristiques : François, Éric, Emmanuel, Stéphane, Benoît, Vianney, Henri, Vincent, Florent, François, Franck, Nathanaël, Étienne et les autres… Sans compter ceux qui se préparent à rejoindre leurs rangs.

Par la parole des uns et des autres, on entre ainsi au cœur de quelques journées de prêtres, dans des lieux différents et des réalités variées. Par leurs mots, on entrevoit leurs préoccupations, leurs émerveillements, leurs interrogations, leurs espérances. Mais surtout, on observe comment ces différents éléments s’articulent les uns les autres dans une vie pas si ordinaire et pourtant pas si extraordinaire non plus. De là, naît ou renaît mon émerveillement pour le don qu’ils nous font de leur vie, par une grâce reçue et accueillie humblement. C’est déjà ce qui m’avait touché il y a quelques années dans un documentaire de François Lespès : Sacerdoce(s) ; c’est renouvelé ici.

Ils sont sympas, on irait bien au ciné avec eux – et on s’engueulerait probablement sur le choix du film. Et on saurait aussi qu’à la sortie, devant une bière peut-être, on laisserait la conversation dériver de l’anecdotique à l’essentiel. Parce qu’ils sont prêtres pour nous, et nous (d’une certaine façon) laïcs pour eux. C’est un livre idéal pour aimer « nos » prêtres (je dis « nos », mais en fait ce sont d’abord ceux de tous les autres… nous inclus !).

Je ne sais pas bien ce que je peux ajouter sur JPH sans dénaturer trop la découverte de chaque parole. Des cinq témoignages, j’ai été intellectuellement touché par celui de Sylvain – peut-être le plus profond, à mes yeux – et j’ai aimé les réflexions simples de Frédéric. Il y a les deux autres aussi (Denis et Jean-Pierre) ; ce n’est pas qu’ils ne m’ont pas intéressé – du tout ! – mais s’il faut vraiment en tirer quelques uns du lot, ce sont ceux de Sylvain et Frédéric. Et David. Et David. Et David. Je ne peux pas être impartial sur le témoignage de David, j’ai du mal à me positionner. Je l’ai découvert, redécouvert, et dans le même temps il est apparu exactement comme je le connais : le regard braqué avec tendresse sur les choses que personne d’autre que lui ne voit, avec son humour, sa délicatesse et ses énervements. David, je n’ai pas eu le sentiment de le lire, j’ai eu l’impression qu’il me parlait. David m’a touché, mais il ne pouvait pas le faire de la même manière que les autres. David est mon ami.

Bref. (Comme on dit maintenant à la télévision.) Quand on se donne la peine de le lire (plus vite que moi, si possible), ce qu’on découvre de ces jeunes prêtres heureux, c’est sans doute qu’il ne sont pas « des hommes comme les autres », mais assurément des hommes. Comme les autres.

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12 réflexions sur “C’est ainsi que les hommes se donnent

  1. Après l’avoir lu et apprécié, je l’ai envoyé à un ami prêtre. Que ce livre se propage….

  2. Envie de le relire :-)
    Parce que tu en parles bien mais peut-être surtout parce que,finalement, j’ai trouvé le témognage de chacun presque trop court…

  3. J’ai offert le livre à un (très grand) qui sera ordonné en juin. Il a beaucoup apprécié.
    Maintenant faut que je lise les livres qu’il m’a prêté et que je lui demande de me prêter celui-là ! (Ben oui, mes finances ne permettent pas d’acheter 72 exemplaires du même bouquin d’un coup. Même 2, en fait…)

  4. @ Edmond: Je me suis forcée à le lire dans l’ordre quand je l’ai attaqué, et à ne pas me jeter sur le deuxième témoignage. Bon… j’ai quand même fini par sauter la préface (=S). Chacun des témoignages m’a touchée. Y a des phrases qui m’ont faite sourire, des réflexions qui m’ont interpellée. Quand ça transpire de joie et de vrai et de vécu, on n’a même pas envie d’essayer d’être impartial. Aucune envie de prendre de la distance avec le bouquin. On garde tout.

    Et, si tu me permets de consoner avec toi Ed (pardon et merci), je reconnais qu’il y en a un qui m’a plus touchée que les autres (même si j’ai pas osé lui dire mais qu’il s’en doute sûrement). David, c’est un grand frère.

  5. Toujours pas lu. On me l’a prêté… j’espère que la personne qui me l’a passé l’a lu, elle, sinon elle risque d’attendre longtemps ;)
    Un jour peut-être ?

  6. bon, Eliette et Edmond, la prochaine fois qu’on se voit, vous … (pour des raisons de pudeur, je retiens mes mots)

  7. Que de grands jours, ces jours-ci… Aujourd’hui je me suis offert le dico catho. « Le prêtre, c’est la vie de l’Église qui se donne à nous, c’est un homme de prière qui donne Dieu aux hommes ». « Le prêtre représente le Christ qui donne sa vie pour nous ». « Il a donc davantage besoin de soutien que de critiques… ». Et ce bel envoi du premier livre de Samuel qui m’a donné l’envie puis la joie de m’y plonger « Je me susciterai un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et mon désir, je lui assurerai une maison qui dure et il marchera toujours en présence de mon oint. Quiconque subsistera de ta famille viendra se prosterner devant lui… ».
    Oui, je me prosterne devant David et ses pairs ! Ça aura le don de les énerver, mais c’est comme ça.

  8. @ Nitt : Ah ouais, je déteste offrir des livres pour ça. Je préfère les garder.

    @ Eliette : C’est curieux, en fait, comme le sérieux avec lequel on a voulu se plonger dans ce livre nous en a en réalité éloignés dans un premier temps… Je suis vraiment heureux d’avoir fini par m’y plonger vraiment (en plus, les « conditions extérieures » étaient idéales pour que ça résonne au maximum de sa puissance, ce qui – j’en conviens – aide pas mal !).

    @ Vianney : Tu m’en as pas trop voulu de t’ajouter arbitrairement à la liste des prêtres dans le billet, d’ailleurs ? ;-)

    @ David : Tu l’as bien cherché, de toute façon, avec les gentillesses que tu balances sur nous par ailleurs…

  9. Eh ben, Jean-Pierre, c’est notre curé et il nous a aussi donné ce livre et il est toujours en haut de ma pile de livres à lire en priorité… J’ai honte. En tout cas, nous sommes trop contents d’avoir pour curé ce jeune prêtre, heureux d’être tout ça en plus !

  10. Je l’ai guetté, je m’y suis plongé aussitôt (j’aime bien lire ce type de livre dans le métro, ça élève un peu…). J’ai énormément apprécié de découvrir ainsi le quotidien, les pensées, la Foi de ces jeunes prêtres. Ils m’aident à comprendre cette Eglise qui, parfois, m’agace profondément (et j’ai qqes jeunes prêtres, dans ma paroisse). Oui, ils nourrissent mes réflexions.
    Le livre s’ankylose un peu, actuellement, sur le bureau de mon fiston. Je vais le lui repiquer, pour le faire circuler. Bon, ok, je crois que je vais l’offrir aussi…
    Merci Edmond, de remettre ce livre « en haut de la pile », par cette critique tardive !!

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