Deux nouvelles aventures d’Albin et Tirdel !

News

tombe-du-ciel-tirdel-3-secret-cardiomirettes   tombe-du-ciel-tirdel-4-ange-plus-que-parfait

Je tarde un peu à l’annoncer ici, mais ceux qui suivent sur Facebook ou Twitter sont déjà au courant : la série de petits romans « première lecture » Tombé du Ciel, démarrée l’an dernier chez Mame, s’enrichit de deux nouveaux livres, déjà disponibles dans les bonnes librairies (c’est même à leur présence en rayon qu’on les reconnaît – astuce !).

Petit rappel pour ceux qui ne suivent pas (il y en a hélas toujours) : la série raconte les aventures d’Albin, un petit garçon, et Tirdel, son ange gardien. Les deux se sont rencontrés par un concours de circonstances étonnant (pour en savoir plus, lire : Tirdel, apprenti ange gardien) et ont déjà eu l’occasion de renforcer leur amitié depuis (pour en savoir encore plus, lire : Le club des anges).

Cette fois, les deux amis sont confrontés à de bien mystérieuses lunettes détraquées – mais le sont-elles vraiment ? – dans Le secret des cardiomirettes (ce qui, je le dis au passage, est certainement le meilleur titre que je trouverai jamais pour un livre, donc si vous hésitez n’hésitez plus)… Puis ils rencontrent, dans Un ange plus que parfait, un ange encore plus beau que les anges normaux ; ce qui est probablement tout de même un peu suspect.

Bref, si vous commencez à vous dire que tout cela ne semble pas très sérieux, c’est que vous n’avez pas encore saisi que ces histoires s’adressent aux enfants : public le plus sérieux qui soit, parole d’éternel gamin !

 

P.S. La collection a aussi une page Facebook dédiée. Vous pouvez la liker pour rester informer de nouvelles parutions, ou contribuer à la faire connaître.

Laïcité : appliquons comme la lune

Humeur(s), News

Pascal-Eric Lalmy (une foi(s) n’est pas coutume, à droite), combattant l’obscurantisme avec le Parti radical de gauche

Il fallait s’y attendre : à force qu’il fasse moche en plein été, le Ciel a fini par fâcher tout rouge Pascal-Eric Lalmy et les radicaux de gauche avec lui. C’est bien fait pour le bon Dieu, saint Médard et tous leurs congénères : fallait pas chercher le Secrétaire national à la laïcité ! Dans le secret de sa loge son bureau, on le vit ainsi aiguiser son impitoyable bras vengeur et ourdir une revanche avec la minutie d’un employé de la Poste (cherchez pas, j’ai un contentieux avec la Poste, ces jours-ci). Un bon mois plus tard, après avoir épluché attentivement toutes les publications religieuses et activé ses frères réseaux pour débusquer une faille dans le comportement de tous les ensoutanés de France – il alla même jusqu’à lire La Croix, c’est dire s’il ne reculait devant aucun sacrifice – Pascal-Eric Lalmy finit par trouver un objet à sa fureur : une lettre interne appelant à prier pour la France le 15 août. D’un geste solennel, il s’empara alors de sa plus belle truelle pour rédiger le communiqué de presse qui propulserait la fusée de son Kourou courroux et remettrait les pendules à l’heure.

Sa prose héroïque est consultable gratuitement (notons-le, c’est pas souvent qu’on trouve de la littérature gratos) sur cette page. Et en gros, ça dit : « les cathos font un truc, alors c’est caca ».

Eh bien, moi, je dis que c’est pas du jeu : début août, il est généralement de bon ton de laisser bosser les stagiaires. Ils n’ont pas de stagiaires, au Parti radical de gauche ? Mais trouvons-leur quelques volontaires, nom d’une équerre ! Car si la phrase, qu’on attribue à Gainsbourg, sur la connerie comme décontraction de l’intelligence est juste, alors ils sont beaucoup trop décontractés au PRG et il est grand temps qu’ils aillent user leurs sandales sur les plages.

Ma commère Natalia a déjà répondu, avec sa verve habituelle, à ce très joli jus de crâne maçonnique radical, qui n’est autre qu’une valorisation sans précédent du pouvoir de la prière. Sauf qu’elle semble négliger la dimension hautement poétique et philosophique des quelques lignes que constituent ce brillant communiqué. Décryptons-le donc ensemble.

« L’Eglise n’a aucune légitimité démocratique

Notez que mon expérience de terrain m’a montré une chose : quelle que soit la ville et malgré la désaffection massive des paroisses, il y a encore en moyenne plus de monde à la messe le dimanche que dans les réunions publiques du PRG (et même du PS, ou d’ailleurs de l’UMP). Ce qui vous pose malgré tout une forme de légitimité. Et jusqu’à nouvel ordre, la « légitimité démocratique » (TM) première est encore la liberté d’expression de tout citoyen (manque de bol : on n’a pas encore réussi à déchoir les curés de leurs droits civiques).

La question pourrait donc se poser en ces termes : le PRG a-t-il vraiment une « légitimité démocratique » (TM) pour nier celle des catholiques ? Comme disait Combes : je vous le donne Émile…

pour s’immiscer dans le débat politique en France »

Soyons justes : on s’attend ici à une ingérence insupportable, à un lobbying éhonté, voire même à des pressions terribles. Le tout pratiqué dans la pénombre. Du complot, des manigances, du secret maçonnique. Bon. En fait, on parle d’une lettre envoyée par le président de la Conférence des évêques de France… aux évêques. Quelqu’un les a prévenus, au PRG, qu’il n’y avait aucun évêque au gouvernement ?

Selon Pascal-Eric Lalmy (Secrétaire National à la laïcité).

Au PRG, on est tellement nombreux qu’on a même un « Secrétaire National » (avec une majuscule à secrétaire ET à national, s’il vous plaît) chargé de s’occuper de la laïcité (sans majuscule, mais c’est juste parce que sinon ça en faisait une presque à tous les mots dans la phrase). Quel grand club !

Les Radicaux de gauche constatent avec inquiétude

Déconnez pas : y’a certains frères camarades qui en ont eu l’appétit coupé au moment de commander un deuxième bol de frites avec leurs moules, hein…

que l’Eglise de France

Quelqu’un a prévenu le PRG qu’on avait (globalement, à part un ou deux villages d’irréductibles) mis fin au Concordat ? Ah non, pas partout, c’est vrai… Eh bien puisque c’est ça, et même si ça n’a rien à voir, on va en reparler à la fin du communiqué. Na !

a pris l’initiative

La salope !

d’une prière nationale unique

C’est clair : la « légitimité démocratique » (TM) de l’Eglise pour prier est totalement inexistante. Surtout à l’intérieur des églises et au moment de la « prière universelle » prévue dans la liturgie, d’ailleurs. Ces salauds de curés feraient mieux d’abandonner leurs prérogatives spirituelles. (Mais après l’enterrement de mémé, si possible.)

pour mobiliser les opposants à la législation sur le mariage homosexuel.

En gros : y’a une loi en projet, y’a des gens qui pensent que ce n’est peut-être pas une bonne idée, ils vont prier en évoquant vaguement et de très loin le sujet (et peut-être même s’exprimer par la suite), donc c’est pas bien. Où l’on comprend mieux, du coup, le concept de « légitimité démocratique » (TM) : en fait, la « légitimité démocratique » (TM) consiste à faire ce que veut le Parti radical de gauche. Si on pense pas pareil, c’est très très vilain. Prout ! caca !

Une nouvelle fois,

Et d’ailleurs, on commence à en avoir marre, parce que bon, zut flûte mince c’est vrai quoi à la fin !

on ne peut que constater

Si on veut avoir une « légitimité démocratique » (TM), en tout cas.

que les religions ne renoncent jamais à vouloir imposer leurs dogmes et leurs croyances

Faire prier des catholiques, c’est donc imposer des dogmes et des croyances. Et sortir le chien, c’est une tentative d’imposer la dictature par l’usage de la laisse, aussi ?

à la société civile en général et au pouvoir politique en particulier.

« S’adresser à des évêques pour qu’ils proposent aux catholiques de prier dans les paroisses » ize ze niou « manipuler l’opinion ». Wouhou !

Fool is beautiful, quoi, en fait ! (Être catho, c’est fun, c’est flex, c’est powerful et amazing… viendez tous, les gens !)

Cette initiative démontre, si cela était nécessaire,

« Et biiiiiiiiim ! Tu l’as vue, ma perfidie entre deux virgules ? (LOL !) » Notons aussi, tous ensemble, qu’il semble que c’était quand même vaguement nécessaire aux yeux du PRG, vu qu’ils se sont sentis obligés de se fendre d’un communiqué sur le sujet.

qu’il est urgent de réaffirmer le principe de laïcité en France

Principe (réaffirmons-le de façon urgente) selon lequel la liberté des catholiques (et des autres obédiences, y compris maçonniques) à prier dans leurs églises pour ce que bon leur semble est garantie par la République, pour peu que celle-ci ne reconnaisse ni ne subventionne ce culte. Voilà, c’est fait, et effectivement ça faisait du bien de le rappeler.

et renforce la détermination des Radicaux de gauche à obtenir l’inscription du Titre Ier de la loi de 1905 dans la Constitution

Et la stérilisation des croyants, aussi, tant qu’on y est. Ça leur évitera de continuer à se reproduire et, par conséquent, à nous embêter, nous et tous les « gens-qui-savent ».

et d’engager une sortie graduelle et négociée du régime dérogatoire des Cultes en Alsace et en Moselle avant la fin du quinquennat.

Aucun rapport ? non, c’est normal. C’est juste une marotte du PRG, et l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir.

Comme on dit au Grand Orient : y’a du niveau…

*

[Edit / Disclaimer / Précaution oratoire : Par ce billet, je n’entends nullement affirmer que M. Lalmy est membre d’une quelconque loge, ni même que le PRG est intégralement lié à la Franc-maçonnerie. Simplement, puisqu’ils nous gratifient de communiqués aussi lourds… ben, voilà quoi !]

Où l’élève Chaprot apprendra, en s’appuyant sur un exemple concret, à élargir son ouverture d’esprit en réfléchissant sur les notions d’égalité et de discrimination

Humeur(s), News

Mon cher Chaprot,

Tu m’as aimablement fait parvenir un petit courrier dans lequel tu t’interroges sur les raisons pour lesquelles, toi et ta classe, vous n’avez pas pu visiter ce charmant petit Conservatoire de l’école publique que votre institutrice avait pourtant promis de vous montrer. Par souci de clarté, je me permets de recopier ici ta missive, telle quelle, en corrigeant simplement les quelques fautes qui ont pu s’y glisser (c’est bien normal, à ton âge, de buter encore parfois sur certains points d’orthographe – ne t’inquiète pas, les adultes ne sont pas meilleurs) :

« Chaire Edmon, je suis comme même bien ambété par ce que la métresse elle avait di qu’elle allez nous emmené voir une école de comme s’été avant, épuise un meussieu a dit que non vous ne pouvé pas entré par se que vous vené de une école catolique et que sait interdit par le réglemans. Alor on nait retourné fer une dicter et j’ai encore eut une mauvèse notte et j’ai été priver de cinéma. Sait vrémant pas juste. Pourquoi le meussieu il a pas voulu con rentre dabor ? »

(Bon. Finalement, j’ai tout de même laissé quelques unes de tes fautes, pour faire plus vrai et parce que je trouve ça touchant. Embrasse tes parents de ma part et surtout remercie-les chaleureusement de se saigner pour te payer une école privée : tu profites ici d’un excellent niveau d’enseignement.)

Laisse-moi donc te dire, mon cher Chaprot, que je comprends sans mal ton désarroi. A cause d’un méchant monsieur, tu as été obligé de retourner travailler en classe au lieu de faire une sortie à la con profiter du riche patrimoine culturel de ta région pour parfaire ta culture générale et déployer ton ouverture d’esprit (mais je vais revenir sur la question de l’ouverture d’esprit). C’est très triste, et tu as bien raison d’être déçu. Si j’avais l’accent marseillais je serais tenté de te dire qu’hélas telle est la vie des hommes : quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins… mais non, je n’insisterai pas là-dessus car apparemment il n’est pas nécessaire de te le dire. Peut-être que ton institutrice te fera découvrir cela l’année prochaine, quand vous aurez fini la lecture cursive d’Harry Potter et juste avant de faire des études de structures de phrases dans la sympathique scène de viol de Betty Coton. Mais je m’égare.

A propos de ta fâcheuse mésaventure, il faut que tu saches et comprennes quelque chose de très important. La discrimination, c’est mal. Discriminer, c’est très méchant. Il y a même des gens qui pensent que ce n’est vraiment pas bien. Je le précise pour que tu sentes bien la gravité de la situation. Dans notre beau pays de paix et d’amour et de droits de l’homme et de laïcité et de camemberts au calva, il y a un mot très très important qu’on a gravé en grosses lettres sur le fronton des mairies (la mairie, tu verras ça plus tard en éducation civique, c’est le bâtiment qui se trouve généralement entre la Poste et le Café de la Poste, en face de l’ancienne église, sur la place centrale du village). Je ne parle pas de « liberté » – ça, c’est un mot qu’on emploie quand on veut faire des pièces de théâtre pour dire des insanités sur la religion des autres – et je ne parle pas non plus de « fraternité » – ce mot-là, tout le monde s’en tamponne le coquillard avec une planche de boat-people, de toute façon. Non, je te parle du mot « égalité » ; un fort joli mot qui signifie que tout le monde a les mêmes droits, et aussi les mêmes devoirs (à ce propos, n’oublie pas de faire les tiens quand tu auras fini de lire cette lettre).

Ce beau mot-là, c’est ce qu’on appelle un grand principe. Un grand principe, ça veut dire qu’il faut toujours le respecter pour être quelqu’un de vraiment gentil. Par exemple, si tu avais un magasin et que tu écrivais sur la porte quelque chose comme : « No niggers allowed » (c’est de l’anglais qui veut dire, en gros : « Dégage, sale nègre »), eh bien ce serait très, très, très vilain. Mais heureusement, personne ne fait plus jamais ça depuis longtemps, parce que ce serait de la discrimination et que la discrimination ce n’est pas gentil du tout. Je vois que tu commences à comprendre, c’est bien. Aujourd’hui, tu ne peux plus interdire l’accès à un lieu à des gens, sauf :

  • Aux chiens et aux animaux dans les jardins publics,
  • Aux moins de 18 ans dans certains cafés un peu particuliers (ça, je t’expliquerai plus tard),
  • Aux cardiaques dans les manèges de Disneyland,
  • Aux séropositifs en Amérique,
  • Aux arabes dans les boîtes de nuit,
  • Et aux catholiques dans les lieux où on parle de la laïcité.

Mais à part ces quelques exceptions, tout le monde a le droit d’aller partout.

Voilà pourquoi tu n’as pas eu le droit d’entrer dans ce petit musée. Un « conservatoire de l’école publique », c’est un endroit où des monsieurs avec des barbes se rappellent de la lutte contre l’obscurantisme des catholiques et des curés (souvent, c’est la même chose). Ce serait vraiment trop dangereux d’y laisser entrer des enfants endoctrinés dans une école privée, car tout le monde sait bien que leur institutrice leur a glissé des cocktails molotov dans le cartable pour qu’ils saccagent l’endroit et rétablissent l’Ordre moral, l’Inquisition, l’État français, les Processions de la Fête-Dieu et le poisson le vendredi à la cantine. Et ne prends pas cet air innocent, Chaprot : je sais bien que tu étais prêt à tout casser, toi aussi, avec tes sales pattes d’enfant obscurantiste…

C’est ça que l’on appelle l’ouverture d’esprit : ça consiste à fermer la porte à ceux qui ne sont pas aussi ouverts d’esprits que toi. Chacun chez soi et comme ça les vaches sacrées sont bien gardées.

Au passage, tu penseras à remercier le monsieur du Conservatoire de l’école publique pour la gentille leçon d’éloquence et d’argumentation qu’il vous a gracieusement offerte (on est comme ça, dans l’enseignement public : on élève gratuitement la plèbe, même obscurantiste) : « C’est notre droit et c’est comme ça. » N’oublie pas de le réutiliser chaque fois que tu en auras l’occasion, car c’est une façon épatante de mettre fin à un débat en ayant le dernier mot et l’air con.

Mais rassure-toi, mon petit Chaprot, et ne sois pas trop déçu : dans ce « musée » que votre maîtresse voulait vous emmener voir, il n’y avait probablement (comme souvent dans ces petits lieux de folklore régional) que trois bureaux en bois et deux vieilles cartes murales qui se battaient en duel. Tu as bien fait de circuler, il n’y avait sûrement pas grand chose à voir.

Va donc te laver les mains, maintenant. Pourriture intégriste.

Le discernement, c’est maintenant

News

Je ne sais pas bien comment aborder la question, au juste, n’ayant pas vraiment le temps d’entrer dans le vif du sujet (des sujets, ai-je même envie de dire, tant ils sont nombreux) et de débattre des questions en jeu, mais j’ai tout de même bien envie de relayer cette initiative, alors voilà :

Koz a parfaitement bien résumé le contexte et les enjeux de cette vidéo ; NM et Henry le Barde ont également apporté des éclairages des plus intéressants. Ce clip a donc été réalisé par SAJE Prod, petite société de production fort sympathique avec laquelle je suis en lien – on va dire – étroit (mais ça, on en reparle très prochainement pour une annonce de projet de dingue – comme on dit sur touitteur : #teasingdemerde), et réalisé (donc – avant que je digresse sur des annonces à venir) à partir du document publié par la Conférence épiscopale en octobre dernier. Le titre était le même que celui de la vidéo, et le contenu avait le grand mérite de bien synthétiser les enjeux pour les échéances électorales à venir… mais aussi pour les mois et les années qui suivront.

Le tout est d’ailleurs regroupé sur une page internet tout ce qu’il y a de plus basique (mais efficace) : Quellesociete2012.fr

J’en entends déjà dire que le clip et les 13 points proposés à notre discernement ne nous donnent pas de consigne de vote aident pas à savoir pour qui voter. Effectivement, non. Et c’est heureux ! L’Église n’est pas là pour nous traiter comme des enfants, en nous expliquant qui nous devons soutenir ; au contraire, comme elle veut voir en nous les adultes responsables que nous sommes (si ! nous le sommes – arrêtez de ricaner au fond). Tout en nous donnant les outils – la « boussole » – pour éclairer notre choix, elle nous laisse choisir en conscience à qui nous choisirons de donner notre voix. Elle ne nous dit pas, comme l’a souligné Koz, « pour qui » voter, mais nous aide à discerner « pour quoi » voter… La décision qui en découle nous appartient, et elle est éminemment respectable dès lors qu’elle est posée en pleine conscience.

D’ailleurs : n’aurait-on pas hurlé si les évêques ou même de simples catholiques avaient prétendu nous dicter notre vote ?

En attendant, nous voici avec de bons outils pour affiner notre réflexion et faire entendre la voix de l’Église dans la société actuelle. Évidemment, tout ne sera pas au goût de tout le monde, mais le message a le mérite d’être franc et les questions d’être posées. Dans une campagne où tout le monde se plaint que les sujets de fond ne soient pas abordés, cette prise de parole peut éventuellement trouver une petite place, par l’écho que nous lui donnerons. A chacun, ensuite, d’en tirer les éléments qui le guideront (ou pas, d’ailleurs), au moment de passer dans l’isoloir.

D’ici là : bon discernement à tous !

*

NB : Merci de ne pas faire des commentaires un espace de tracts pour tel ou tel candidat… La propagande politique, il y a des endroits pour ça !

J’ai fait un non-éveil…

Humeur(s), News

Ce n’est pas parce que j’ai été non-présent ces derniers temps que je ne suis pas non-loin pour autant. Et comme non-peu d’entre vous, sans doute, j’ai non-échappé aujourd’hui à la dernière campagne de pub de Benetton. Et je dois le non-taire : je suis choqué ! Non-superficiellement, même.

Je ne m’étends pas sur l’aspect non-respectueux des clichés que la non-inconnue marque de non-nudité et de vivrensemblitude forcenée a choisi d’imposer à notre non-cécité. Ça fait tout de même bien longtemps que les limites de ma non-désespérance vis-à-vis du monde qui m’entoure ne recouvrent plus le territoire occupé par l’entreprise. Peut-être cette non-indulgence de ma part provient-elle d’anciennes campagnes d’affichage qui mettaient en scène des non-laïcs déjà en train de se rouler allègrement des patins ? Ou alors simplement du fait que Benetton a consciencieusement, depuis des années, choisi de nous non-proposer toutes sortes de visuels tous non-moins non-ragoutants les uns que les autres. Je non-nie que je ne sais pas…. C’est décidément non-simple.

Non-long : cette provocation supplémentaire, que puis-je en non-taire, sinon que c’est non-malin, non-respectueux mais surtout non-intelligent ? Faire s’embrasser le pape et un imam sous le slogan de « Un-Hate » (« Non-Haine »), comme c’est drôle ! comme c’est spirituel ! comme c’est original et pas du tout répétitif ! C’est vrai que le pape est un fervent défenseur de la guerre aux musulmans… que le conflit armé se prépare en secret dans les caves du Vatican… Et surtout que les cathos ne sont pas déjà suffisamment la cible de plein d’autres campagnes ou provocations faciles. Il leur fallait bien celle-ci pour se faire le cuir, tiens ! (Soit dit en passant, les autres visuels ne sont pas non-pires… loin de là. La bêtise ne cesse de repousser ses limites !)

Mais ce n’est même pas le non-meilleur à mes yeux. Après tout, la provocation qui consiste à aller coller cette affiche sous les fenêtres de Benoît XVI est d’une débilité confondante, mais outre ce « détail« , la figure du pape n’est après tout pas sacrée. Il devrait juste avoir droit au même respect que n’importe qui ; m’imaginé-je naïvement, du moins. Et la marque peut bien venir se déclarer « désolé[e] que l’utilisation de l’image ait heurté la sensibilité des fidèles », c’est un peu facile quand on se doute bien qu’elle comptait précisément sur cette même sensibilité pour faire le buzz. Mais passons, puisque j’ai dit que ce n’était même pas le pire.

En fait, ce qui me non-réjouit le plus dans cette histoire, c’est le parti pris sémantique qu’elle ose non-dissimuler.

Un slogan publicitaire non-mal connu de ces non-premières années disait : « Avec Carrefour, je positive. » On me dira que c’est très nouille, ça aussi ; et on aura non-tort. Faut-il pourtant qu’aujourd’hui on réplique : « Avec Benetton, je négative » ? Je le non-souhaite, personnellement. Nan, mais sérieusement ! Qui est le type qui a inventé ce slogan de la campagne : « Un-Hate » ? Si c’est ça, la nouvelle valeur absolue de la vivrensemblitude, je suis désolé de jouer les rabats-joie, les enfants, mais on est mal barrés, tiens ! Ou alors, il faut s’adapter un peu…

C’est ainsi qu’en communion avec les belles valeurs du « créatif » de chez Benetton, j’ai fait un non-éveil.

Nous non-mourions tous dans une belle non-disharmonie sur une non-mer qui était non-hideuse. Tous les non-hommes et les non-femmes étaient non-malheureux. La vie était non-compliquée pour tout le monde, puisque tous étaient en non-mauvaise non-maladie, non-moches et non-pauvres. Les animaux étaient non-méchants et il faisait toujours non-pluvieux. C’était non-désagréable. Un gentil non-dictateur gouvernait avec non-injustice ce pays non-affreux. La non-guerre régnait partout, Bref : c’était le non-enfer.

Et on avait tous l’air bien non-intelligents.

Je n’ose même pas ce qu’aurait, d’ailleurs, donné le message du Christ, à ce compte… « Je suis le non-terrain-vague, le non-mensonge, la non-mort » ? « Non-haïssez-vous les uns les autres » ? Pas sûr que ça aurait si bien marché.

Tout ça pour dire que quand Benetton aura fini de nous prendre pour des cons et de faire de la provoc à deux balles et pleine de non-respect, il pourra éventuellement songer, un jour, à nous expliquer ce qu’il essaie de nous vendre. Moi non-compris.

Yet, AD/BC rocks!

Médias, News

Ou comment, à force de parler dans les angles, on finit par déconner dans les coins.

En l’occurrence, dans le coin de la classe, là où l’on envoie les éléments perturbateurs ou indésirables. La zone fantôme. Le goulp. Le commissariat de Colombes. Le coin, donc. Celui dans lequel les Anglais ont l’air de vouloir assigner le Christ désormais, pour quelques raisons plus ou moins obscures. On leur reconnaîtra que réussir à se mettre dedans en tentant de mettre quelqu’un dehors, c’est une idée qui finit par créer des phrases à la fois évidentes et incompréhensibles ; c’est-à-dire très anglaises. Mais je m’égare.

Tout a donc commencé il y a quelques semaines avec l’interdiction d’une publicité qui représentait le Christ dans le but d’annoncer la Résurrection de vendre des téléphones. On y voyait un christ souriant, pouce levé et clin d’œil appuyé, vanter les mérites d’« offres miraculeuses ». Rien que du bon goût.

A noter quand même que la pub – qui reprenait la représentation bien connue du « Buddy Christ » dans le film Dogma – a été diffusée en avril, mais interdite seulement en septembre. C’est dire déjà si ça valait le coup de se secouer les abats pour ça…!

C’est pas passé loin : au moment de cette interdiction, j’ai déjà failli consacrer un billet à la question. Parce que j’avoue ne pas totalement comprendre la nécessité de cette décision. On a déjà vu des pubs bien plus insultantes, bien plus équivoques pour les chrétiens. Là, il y a évidemment un jeu avec un symbole détourné pour de basses raisons commerciales, mais je doute sincèrement que la marque à l’origine de cette bouse picturale (appelons malgré tout les choses par leur nom) ait tablé un seul instant sur la polémique pour faire du buzz sur le dos des croyants. Ce qui est loin d’être la cas de la plupart des autres campagnes surfant sur un motif religieux. Ici, c’est probablement juste le côté « fun & pun » qui a primé. Je veux bien que quelques personnes aient protesté, mais ça n’a pas non plus dû soulever un tollé sans précédent… Alors pourquoi s’appliquer à l’interdire, alors que tant d’autres représentations bien plus gênantes sont laissées régulièrement libres de s’afficher un peu partout ?

Franchement, la seule insulte qu’on peut voir ici, c’est une insulte à l’intelligence… Et certes, ça, c’était éventuellement une raison valable de dégager cette pub. Sauf qu’à ce compte, presque toutes les campagnes d’affichage devraient craindre pour leurs miches.

Bref. Devant le peu d’intérêt du sujet, j’avais finalement opté pour une manifestation silencieuse de ma précieuse indifférence. (Oui, parce que mon indifférence est précieuse, et je t’emmerde.)

Intermède : toi aussi découvre la pub en question et trouve-la pourrie.

Mais voilà : il faut croire que ces cons les Anglois voulaient absolument qu’on parle d’eux, et n’ont donc pas lésiné sur les moyens pour montrer à quel point Jésus n’était plus tellement le bienvenu chez eux. Même que c’est par la voix de la BBC qu’ils ont désormais décidé de saborder l’usage du BC (« Before Christ », par opposition à AD : « Anno Domini ») dans ses usages de datation. Initiative intéressante s’il en est, et tout particulièrement urgente à l’heure où la crise économique, comme jadis l’hiver, vient frapper à notre porte.

Nous y voilà donc : plutôt que de faire référence à un juif fondateur du catholicisme et considéré comme prophète par les musulmans – ce qui est, certes, objectivement excluant pour les hindous et les raëliens – la BBC a décrété que désormais on se repèrerait sur ses antennes par l’expression « avant l’ère commune / de l’ère commune » (« before the common era / common era »). Hugues Serraf, qui soutient assez bien le procès en fondamentalisme chrétien, et Henry le Barde, qui a un nom à la con mais est en revanche assez catholique lui-même (quoique barbu), ont bien souligné l’absurdité de cette avancée essentielle dans le domaine du politiquement correct. Effectivement, sous couvert de ne plus ériger le christianisme en référence pour nos sociétés, on décrète simplement que le calendrier occidental doit être considéré comme « commun », c’est-à-dire quasi universel. C’est vrai, c’est mieux. Beaucoup mieux.

(Je m’étonne seulement que mes deux compères blogueurs aient répercuté une même traduction foireuse qui m’a fait moi-même hurler encore plus fort dans mon petto et un premier temps : « avant / après l’ère commune ». Là, l’absurde n’avait plus de limite, dans la mesure où une ère est une période, une durée… à l’inverse du Christ qui – si son enseignement a pu être appelé à durer lui-même – représente plutôt un moment, une date, en tout cas pour sa naissance. L’ère commune à laquelle ces brillants linguistes voudraient faire référence, nous sommes donc en plein dedans. Ou alors c’est moi qui suis une buse. Ce qui est aussi une possibilité, bien qu’elle n’ait pas ma préférence a priori.) (Ceci constituant une longue parenthèse.)

Mais qu’importe. Il n’est certainement pas question d’aller abonder dans un « Messieurs les Anglais, triez les premiers ». Ce ménage au cœur de nos repères historique, sous ses airs d’universalisme, a quelque chose de profondément affligeant. Peut-on vraiment y voir davantage qu’une politique de l’autruche culturelle, comme si ne plus voir le christianisme allait définitivement émanciper une société de l’obscurantisme dans lequel elle croit avoir baigné ? Désolé les gars, mais il faut vous y faire : si vraiment vous avez trempé dans la fosse à purin, comme vous semblez le croire, vous risquez de sentir encore un bon moment…

Ici on fait du zèle pour ne surtout pas offenser les chrétiens, là on s’agite pour éviter de froisser tous les autres. A ce train-là, on parlera bientôt klingon ou elfique pour ne pas risquer d’exclure ceux qui ne connaîtraient pas la… langue commune. Et tant qu’on y est, on adopte le calendrier galactique standard ou même le calendrier révolutionnaire.

D’ailleurs, pour rire, posons cette simple question à la BBC : Quel événement sert donc de référence pour le début de l’ère commune ? La réponse pourrait s’avérer amusante. En attendant, et parce que je ne suis pas rancunier : que Dieu sauve quand même la reine !

Aux Quatre Vents

News

Il y a l’image que les télés retiendront ; sans doute pour les bêtisiers, d’ailleurs. Un vieux monsieur habillé de blanc, pas très aimé et donc cible idéale des railleries, décoiffé par une bourrasque et soudain privé de son drôle de petit chapeau. La calotte qui met les voiles, devant un million et demi de spectateurs et en direct sur de nombreuses télévisions. C’est du bon, ça, coco : ce drôle d’oiseau balayé, on en rira de bon cœur. Ce n’est même pas la première fois que ça arrive, mais ça illustre bien un certain goût du ridicule : il faut être inconscient ou avoir un sacré sens de l’humour pour porter ce genre de petite galette sur le crâne…

De toute façon, les merles n’ont jamais aimé les hirondelles. Mais qu’ils se moquent : elles s’en moquent ! Les hirondelles sont libres, même quand elles ont été peu à peu défaites par trop de printemps.

Il y aura donc le souvenir de cette calotte qui vole, comme celui d’autres clichés tout aussi amusants. Et puis voilà. Sauf que les télés auront bien raison : la tempête qui dérobe le chapeau du pape, c’est bel et bien l’image qu’il faudra retenir de ces JMJ de Madrid 2011.

Peut-être pas pour les esprits chagrins qui se seront concentrés exclusivement sur la fausse polémique du coût (on attend d’ailleurs que la presse relaie avec tant d’empressement les bénéfices aujourd’hui réestimés des JMJ… pour rire). Peut-être pas non plus pour les participants (eux rapporteront, je l’espère, plutôt le visage du Christ dans leurs souvenirs – qu’ils l’aient aperçu au coin du chemin de croix, au passage de l’adoration eucharistique ou au détour d’une confession), mais je n’oserai pas me prononcer en leur nom : je n’en étais pas. A l’été 2011, durant les Journées mondiales de la jeunesse, je me rappellerai surtout avoir été en vacances, et n’avoir suivi que de loin le rassemblement. Alors je me contenterai de parler pour ceux qui n’y étaient pas et n’auront fait, comme moi, que voir quelques images éparses de la joie madrilène. Pour ces JMJistes par écran interposé, l’image, la grande image, celle qui restera, c’est bien celle que les télés retiendront. Mais pas pour les mêmes raisons.

Du vieillard secoué par le vent au point d’en être décoiffé, on ne retiendra pas la trajectoire de la calotte. Seules les feuilles mortes l’auront suivie. On retiendra l’homme, tenant droit dans le vent et la pluie sur l’aérodrome – si bien nommé ! – de Cuatro Vientos. L’image aurait pu être l’anodin cliché d’un bêtisier, elle est au contraire emblématique, voire prophétique : c’est le symbole absolu d’un pontificat décidément fait pour déjouer les pronostics et tenir bon dans les tempêtes.

Avec Benoît XVI, les catholiques ont pris ces dernières années quelques bonnes rafales de vent. Inutile de les énumérer de nouveau ; sans doute en prendront-ils encore quelques unes. Sans doute verront-ils encore s’envoler quelques coiffes et seront-ils encore secoués de quelques embruns. Et puis voilà : leur pape aura tenu droit, ils tiendront bien. Mieux encore : leur pape aura doucement souri, ils sauront bien s’inspirer de cette philosophie-là et faire contre mauvaise fortune bonne espérance.

Aux quatre vents, debout… les tempêtes ne sont jamais aussi tonitruantes que le calme qui leur succède. A la proue du navire, non pas un chef (pour le chrétien, nul autre chef que le Christ), mais bien un capitaine, dont la présence ne galvanise peut-être pas l’équipage, mais rassure et affermis. « Affermis dans la foi », c’était d’ailleurs le thème de ces JMJ. (Comme quoi… la météo a parfois des airs étonnamment célestes.) Il suffisait de revoir le capitaine, un peu plus tard, la tempête passée, le discours enfin achevé, se mettre au premier rang d’un temps de prière face au Saint-Sacrement, dans un silence comme on n’en fait plus nulle part ailleurs…

Le rendez-vous de ce pape n’est pas avec les médias, il est avec l’histoire. Le rendez-vous de l’Eglise n’est pas avec le monde, il est avec le ciel. D’ici là, vaille que vaille, malgré l’orage, on s’accrochera à la foi, à l’espérance et à la charité. Et, si possible, surtout à la charité. Elle, elle ne s’envolera pas.

*

[P.S. Comme expliqué dans ce billet : je suis en vacances… et très, très peu connecté. Du coup, soyez sages dans les commentaires et soyez patients avec moi : je reviens bientôt.]

Apprenons à rire avec l’humour de nos amis antireligieux

News

J’ai bêtement laissé passer ce petit monument d’humour anticlérical. C’est un tort : le communiqué de l’UNSA Éducation daté du 6 juin 2011 est une vraie petite merveille. Un chef d’œuvre d’implicite et d’autosatisfaction. Typiquement signé de la grande secte assemblée des « Gens qui savent ». A côté, même le désormais célèbre communiqué du Grand Orient de France à propos de l’intervention du Cardinal Vingt-Trois sur la révision des lois de bioéthique pourrait passer pour un petit poème en prose à la gloire du Christ-Roi !

Pourtant, reconnaissons-leur au moins ça, l’UNSA a quand même davantage de raisons d’intervenir que le GODF n’en avait il y a quelques semaines. En soi, cette question de l’enseignement de la théorie du « gender » aux lycéens est suffisamment complexe pour considérer légitimement qu’il y a débat. Le problème n’est donc pas qu’ils répliquent à l’initiative des AFC ; le problème, c’est leur façon de le faire. Cette manière très irritante de refuser la moindre discussion, au prétexte que, de toute façon, ils ne partagent pas les idées de leurs contradicteurs. Bêtement, j’ai toujours cru que c’était le minimum pour qu’un débat s’installe ; il semble en fait que non.

Cela dit, j’insiste d’emblée : je n’entrerai pas dans le fond du débat. Pour une raison assez simple : la théorie du « gender » relève de dimensions suffisamment hétéroclites (malgré son nom très monolithique) pour que je n’aie pas la prétention de me lancer là-dedans sans reprendre moi-même une étude approfondie du problème. Certains de mes petits camarades l’ont en plus déjà fait, souvent avec talent, et je vois mal ce que j’aurais à apporter de plus que leurs différents contributions, pour et contre :

Quant à moi, en cette période d’examens, je me propose donc de réaliser une petite « étude de texte » du communiqué sus-évoqué (non, maman, « sus-évoqué » n’est pas une grossièreté). Décryptage malhonnête et outré, ligne par ligne, de l’humour pratiqué à l’UNSA Éducation…

*

L’ordre moral est de retour

C’est le titre. On n’a pas écrit « le nazisme », parce qu’on est un syndicat enseignant et qu’on essaie de montrer notre éducation avec des références plus fines en terme de « pas bien ». (Mais putain, on avait bien envie de mettre « le nazisme » quand même !)

Les « Associations familiales catholiques »

Vous avez vu les guillemets qu’on leur a collés, hein ? Nan, parce qu’on a eu l’idée de faire ça pour montrer notre réprobation de principe vis-à-vis d’associations que même que d’ailleurs en vrai que on se demande des fois si elles seraient pas un peu illégales vu que y’a « catholique » dans leur nom et qu’on est quand même dans un pays laïque, toussa… Mais bon, admettons : on leur accorde le bénéfice du doute. Mais on laisse les guillemets.

lancent leur nouvelle croisade.

Là, c’est une super idée qu’on a eue à la relecture du communiqué : au début, on avait plutôt mis « les heures les plus sombres de notre histoire », mais on s’est dit que ce serait plus sournois (donc rigolo) de faire une référence pseudo-religieuse liée à la chrétienté. Alors on a voté entre l’inquisition espagnole et les croisades, qui ont gagné à une voix près.

Elles ont décidé de s’en prendre aux programmes de première des « sciences de la vie et de la terre »

Genre, elles avaient que ça à foutre. Bon, on s’occupe comme on peut : nous on gratte bien des Millionnaires dans la salle des profs, pour passer le temps… N’empêche que, là, les fachos cathos ils attaquent la seule matière où on peut parler librement de zizi sans subir des plaintes de parents. Et ça, franchement, c’est dégueulasse ! (Mais qui est l’abruti qui a laissé des guillemets ici ? C’est pas du tout leur place…)

et, comme le rappellent les programmes,

Z’avez vu, m’sieur l’ministre et m’sieur l’inspecteur ? On a vachement lu les programmes, hein ! Certains les ont même appris par cœur et affichés dans leur salon. Nos respects, hein, m’sieur l’ministre et m’sieur l’inspecteur : vous saluerez bien vôt’ dame de nôt’ part !

à « l’acceptation des différences ».

Et on rappelle que les différences, c’est bien. Sauf quand les différences concernent des gens qui ne pensent pas comme nous ; mais ça c’est pas de vraies différences, c’est juste contre nature, d’abord.

Elles ont une cible :

Parce qu’en plus, quand elles attaquent, elles le font en visant un truc. Mais a-t-on jamais vu un tel niveau de perversion ?

l’homosexualité.

Bon, ça, elles le disent pas clairement, mais on préfère le dire tout de suite histoire d’emporter tout le monde dans l’adhésion à notre cause et bien jeter opprobre sur les « associations » sus-mentionnées.

Elles dénoncent la théorie du « genre » qui montre que les différences sexuelles ne peuvent justifier les inégalités entre personnes.

Au passage, simplifions à l’extrême cette théorie en insistant sur un aspect qui n’est pas visé par les fameuses « associations » – qu’on se demande d’ailleurs si ce ne seraient pas un peu les Légions du pape (les fameuses) qui seraient de retour. Plus c’est gros, mieux ça passe.

Pour ces associations intégristes,

N’ayons pas peur des mots, histoire de favoriser le débat.

l’hétérosexualité est la norme

Alors que dans la société, le mariage n’est absolument pas limité aux couples composés d’un homme et d’une femme. C’est juste chez les intégristes, ça.

et les identités entre hommes et femmes

Bon, on avoue : on a un peu merdé ici sur le concept d’ « identité entre »… Mais faut pas nous en vouloir : on a déjà parfois du mal à bien distinguer notre identité de prof et notre identité de militants, alors on n’arrive pas bien à concevoir l’identité comme un tout, et pas comme un truc fluctuant et divisé.

établies une fois pour toutes.

L’immobilisme, c’est mal.

Le mariage est la règle et ne peut que concerner les hétérosexuels.

Contrairement à la loi française en la matière, comme on l’a déjà (brillamment) montré. Nous, on s’en carre du débat sur le sujet : on a déjà tranché la question, et ceux qui sont pas d’accord sont rien que des gros fachos qui mériteraient d’être exilés.

Les associations reprennent les propos inquiétants et menaçants

Ouuuuuh…

du pape Benoît XVI

Faute de place, on n’a pas rajouté la note pour rappeler son passage dans les jeunesses hitlériennes. Mais on espère que le seul nom du pape suffira pour que tout le monde ait bien ce fait à l’esprit.

qui avait  déclaré que la théorie du « genre » représentait « l’émancipation par l’homme de la création et de son créateur ».

On n’a pas mis de majuscule à « Créateur » exprès, en recopiant la citation, pour montrer qu’on ne croit pas à ces histoires à dormir debout. D’ailleurs, la calotte a l’air de dire qu’il est contre l’émancipation… comment se fait-il que ce mec n’ait pas encore été guillotiné ? (Au fait : on vous a déjà dit qu’on était athées et qu’on n’aimait pas trop les cathos ?)

L’utilisation de la laïcité, pour ce gouvernement, est à géométrie variable.

Déjà que nous on y comprend que dalle, alors l’État c’est pire. (D’ailleurs, l’État c’est toujours pire… Mais on s’éloigne du sujet, là.)

Il l’invoque sans l’appliquer à lui-même comme ce fut le cas à Latran

Président : ramasse tes dents ! Bisque bisque rage !

ou lors de la cérémonie de « béatification » d’un pape.

La vache : on est trop doués, nous, avec les guillemets ! C’est trop joli et ça montre tellement trop bien tout le mal qu’on pense de ces pratiques archaïques… Hahaha !

Il s’en sert pour mieux faire oublier qu’il en oublie les principes et la portée.

Vous inquiétez pas : nous non plus on est pas certains d’avoir bien saisi toutes les implications de cette phrase. Mais elle fait tellement bien qu’on n’a pas eu le cœur de l’enlever !

Le ministre de l’Éducation nationale

Coucouuuuu patroooooon !

cèdera-t-il aux pressions des intégristes catholiques ?

Attention : panpan culcul ! Céder aux intégristes, c’est pas très gentil parce que c’est vraiment des gros méchants, les intégristes. Et faites-nous confiance pour savoir reconnaître un intégriste quand on en voit un : c’est super méga fastoche : un intégriste, c’est quelqu’un qui a des convictions que je ne partage pas. Et qui ose le dire, en plus ! (Le con !)

Ou y résistera-t-il ?

S’il ne cède pas, c’est qu’il résiste. On a bien réfléchi à toutes les possibilités possibles : y’avait aussi l’hypothèse qu’il s’en foute complètement, mais ça faisait désordre dans un communiqué alarmiste…

Pour l’UNSA Éducation,

C’est nouuuuuuuus !

les Églises, quelles qu’elles soient, n’ont pas à donner leur avis sur des programmes scolaires

D’ailleurs, si elles pouvaient complètement fermer leur gueule, ça nous arrangerait pas mal.

qui visent à la formation de  « citoyens » et non de « croyants »,

Car, c’est bien connu, les « croyants » ne sont pas des « citoyens ». Ce sont des sous-hommes.

sauf à vouloir défaire la loi de séparation des Églises et de l’État.

Ta-daaaam ! Vous avez vu : on avait réussi à se retenir de mentionner ça jusque là. C’était un pari avec Maurice Lebrau, un copain du PMU : il nous doit une tournée de Stella, du coup. Parce que c’est pas tout ça, mais on a fini notre journée, nous…

*

En conclusion, je dirai donc : Hihihi (rire bête).

D’une cigale à quelques fourmis

News

La Cigale,
ayant bien pétitionné,
Se trouva fort entendue
Quand le vote fut venu :
Ses petits amendements
Passèrent sans incident.
Elle criait pourtant encore
Sur la Fourmi, sans effort,
Et sans même se soucier
Que le débat fut passé
Sans trop de sombres nouvelles.
« Je vous supplie, disait-elle
(Contre tout entendement),
D’adopter l’amendement ! »
La Fourmi s’interrogeait :
Qu’avait-elle fait, jusque là,
Sinon bien voter la loi
Comme on le lui demandait ?
Se tournant vers les plaignants
Elle dit, entre parenthèses :
« Vous signiez ? j’en suis fort aise.
Mais remerciez, maintenant ! »

*

Je ne crois pas me souvenir que la mini web-série « La part du catho » ait jamais sorti un épisode intitulé « Le catho pétitionnaire »… C’est dommage : ça manque un peu. Parce qu’il faut bien avouer que c’est une habitude assez répandue chez les grenouilles de bénitiers, d’aller croasser en groupe à coups de signatures sous des textes écrits par d’autres. Ça, et le copier-coller de mails types envoyés à des élus ou des entreprises, généralement pour beugler protester. Je ne sais pas si c’est parce que le Christ aimait à parler de son troupeau et de ses brebis, mais le fait est que le catholique lambda a un instinct grégaire très sûr.

Ces derniers jours, la révision des lois de bioéthique était de retour à l’Assemblée. Pour le dernier round à la Chambre, après un premier passage et un petit tour catastrophique au Sénat. Alors, ça n’a pas loupé : qui dit bioéthique dit enjeu de société, et qui dit enjeu de société dit catho en colère (ou presque). Qui dit catho en colère dit… allez, devine… non, vraiment pas ? tss, tss… Qui dit catho en colère dit : catho pétitionnaire ! (C’était pourtant facile.) Faut dire aussi que s’il y a un truc qu’on apprend très tôt au catéchisme, c’est bien à (se) signer…  Note que je ne suis pas contre a priori l’idée de signer des pétitions. C’est même une idée intéressante et, de toute façon, c’est toujours plus constructif que d’aller démolir un cadre à coups de masse – pour prendre un exemple purement théorique qui ne renverrait à aucun événement précis. Mais le catho de base, le modèle générique, le croyant standard (attention : je suis en train de généraliser) a tout de même une façon assez irritante de signer des trucs sans trop se renseigner sur la véracité de l’objet de son ressentiment, voire même souvent parfois sans prendre la peine de regarder qui a vraiment écrit le texte au bas duquel il appose son auguste paraphe.

En l’occurrence, quand c’est la Fondation Lejeune qui régale, on voit plutôt bien d’où ça vient. Reste que j’aimerais assez que les nombreux contacts qui m’ont encore envoyé depuis ce matin des messages m’invitant à signer un manifeste contre l’eugénisme se renseignent un peu avant de faire suivre le lien et le texte comme un seul homme. Pourquoi ? pour une raison simple : l’examen du projet de loi s’est achevé la nuit dernière à l’Assemblée nationale. Et l’amendement déposé par Jean Léonetti (que la Fondation Lejeune suppliait donc les députés d’adopter – cf. le texte de la pétition) a été voté. Il paraissait d’ailleurs assez peu douteux qu’il le soit, dans la mesure où il était présenté par le rapporteur de la commission spéciale lui-même, et soutenu par le gouvernement… Mais bon, pourquoi pas : il y en a qui aiment se faire peur avec des films d’horreur, d’autres avec des textes législatifs.

Alors, mes petits agneaux, par pitié : arrêtez de faire circuler le texte ! C’est bon, c’est fini, tout est bien qui finit bien, the end, basta, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, toussa… Et de grâce : foutez maintenant la paix aux parlementaires, arrêtez de les harceler avec ça ! En continuant à diffuser un truc sans prendre la peine de faire des vérifications minimales – et au demeurant très simples – vous nous faites tous passer pour des guignols. Merci.

Et tant que j’y suis, un autre point : j’apprécierais assez grandement à titre personnel que tous ceux qui ont su trouver le temps d’écrire à leur député pour lui mettre la pression avant le vote sachent en trouver encore un petit peu pour réécrire à leur députer et le remercier. Histoire que les catholiques ne soient pas seulement ceux qui râlent, mais aussi ceux qui savent faire preuve de reconnaissance quand ils ont été entendus.

Dernier point, mais peut-être le plus important de ce billet à mes yeux. Je me suis permis, dans un récent article, de citer les étranges absences de Jean-Marc Nesme en commission ou dans l’hémicycle. Ce que j’ai dit, je n’en retire pas une virgule : la question de la cohérence que je soulevais me paraît toujours valable. Il n’en demeure pas moins que mon but n’a jamais été de le montrer du doigt pour le condamner. Aujourd’hui, de même que j’invite à remercier les députés, je constate que M. Nesme a répondu à l’appel du vote des articles de la loi, hier et avant hier. Je tiens donc à le signaler, et à le remercier pour sa présence et son action.

Tant que j’y suis, je salue également Xavier Breton, dont je sais qu’il a accompli un travail de fourmi qui aura fini par porter du fruit. Même si ce fruit restera « mince, frustrant, sans doute infime et dérisoire » aux yeux de certains. Merci à lui, et merci à tous les parlementaires – chrétiens ou pas – qui se sont battus pour faire entendre leurs convictions.

D’une cigale (blogueuse) à quelques fourmis (politiques) : merci !

L’effort ou les purs ?

News

Deux amis parcourent silencieusement une longue plage, au coucher du soleil. La mer découpe les derniers rayons rougeoyants de l’astre qui semble se dissoudre à l’horizon, tandis que l’écume clapote tendrement contre quelques rochers abandonnés. L’un des deux hommes se penche soudain. Sur le sable, seule et déjà presque desséchée, une maigre étoile de mer meurt doucement, incapable de rejoindre l’eau dont elle a été rejetée par un courant trop fort pour elle. Il la saisit délicatement au bout de ses doigts et la contemple un moment. Puis il esquisse un geste pour la projeter de nouveau dans l’eau. Son ami l’interpelle alors : « A quoi bon ? Tu sais bien que la mer dépose chaque jour des milliers d’étoiles sur le sable… Pour une que tu sauveras peut-être, combien vont malgré tout mourir, parce que tu ne peux pas t’occuper de chacune ? La remettre à l’eau, c’est dérisoire, inutile, et ça ne change rien. »

Avec un sourire un rien amer, l’homme continue de fixer l’animal, sans trop savoir quoi faire. Et soudain, d’un grand geste puissant, il la lance le plus loin possible dans l’océan. Reprenant sa marche sous l’œil interrogatif de son ami, il commente alors : « Peu importe. Parce que, pour elle, ça change tout. »

*

Le dilemme est en fait presque aussi vieux que la politique. Faut-il s’en tenir à des principes et ne jamais transiger au moindre dialogue, ou retrousser ses manches et travailler concrètement à l’amélioration d’une loi vers le « meilleur possible », au risque d’être ensuite associé à des concessions que notre propre conscience n’approuve pas ? En d’autres termes : rester « pur » ou considérer que, parfois, on doit accepter de mettre les mains dans le cambouis pour maintenir cette fichue chaine de vélo en état de marche ? Partisans de l’une ou l’autre position doivent au moins pouvoir se mettre d’accord sur l’idée que la réponse est loin d’être évidente.

Ici la précision s’impose : oui, je parle bien de la révision des lois de bioéthiques qui, après un premier examen à l’Assemblée en janvier, ont été largement modifiées au Sénat… et reviennent à la Chambre en deuxième lecture. Sans entrer dans le fond (ce que je laisserai à d’éminents spécialistes), le constat à l’heure actuelle est plutôt que si en janvier on avait à peu près – quoique toujours trop peu – limité la casse, le texte tel qu’il revient est en profonde contradiction avec les positions de l’Église. Dès lors, comment se positionner, comme croyant ?

Deux solutions s’offrent au député qui partagerait ces vues : soit il fait quelques déclarations tonitruantes et vote contre la loi au final, soit il ferraille autant qu’il peut pour atténuer chaque article et « sauver » tout ce qui pourra l’être. Idéalement, la première solution est évidemment la meilleure. Efficacement…

Le problème, c’est qu’il faut bien considérer que le projet de loi va passer. Mathématiquement, les chances qu’il soit rejeté dans l’hémicycle sont tellement infimes qu’il vaut mieux d’emblée les considérer comme nulles (quitte à avoir une bonne surprise).

Le problème aussi, c’est que certains semblent préférer les cris de hussards et la gloire des barouds d’honneur au travail lent et ingrat de fourmis. Et je ne dis pas que ce choix n’est pas le bon ! Simplement : à choisir entre le bruit et la ferveur… je préfèrerais encore que les partisans des « coups » médiatiques ou politiques acceptent parfois de lâcher un petit P, et se contentent déjà d’être de bons artisans. Sans lui jeter spécialement la pierre (car il fait par ailleurs un très bon travail, semble-t-il), je pense tout spécialement ici au député (catholique) de Saône-et-Loire, Jean-Marc Nesme, dont on a quand même beaucoup entendu chanter les louanges ces derniers temps. A lire certains (que ce soit dans L’Express ou ailleurs), il serait une sorte de chef de file courageux et particulièrement tenace, défenseur infatigable de positions situées dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église catholique. Soit. Mais alors, une question se pose : un examen rapide de la liste des personnes présentes ces derniers jours à la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique permet de s’apercevoir que M. Nesme n’a – semble-t-il – pas réussi à se libérer pour participer à ces réunions. Pourquoi ? C’est fort dommage, d’autant que de bonnes sources ont pu me confirmer que, lors d’un précédent examen en janvier, sa présence s’était déjà limitée à quelques minutes. Sans parler de son absence discrète dans l’hémicycle par la suite (là, je l’ai vu de mes yeux sur le direct de l’Assemblée, puisque des troubles brutaux de ma vie intérieure m’ont retenu à domicile, une bassine entre les mains…).

Je répète : il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, et je suis tout prêt à gratifier Jean-Marc Nesme de mon amitié et de mon soutien (après tout, il cosigne la plupart des amendements que j’approuve des deux mains, ce n’est pas comme s’il était un lâche notoire). Cet exemple, je ne le cite ici que parce qu’il me semble symptomatique d’une certaine façon de préférer parfois, en politique, les mains propres et l’absence de la moindre compromission à un véritable travail de fond.

Comme citoyen, j’estime légitime de m’interroger sur l’efficacité réelle d’un amendement qu’on dépose mais qu’on ne prend ensuite pas la peine d’aller défendre en commission ou (pire) en séance. C’est bien beau, par exemple, de réclamer l’interdiction pure et simple de la recherche sur l’embryon, mais quelle chance cet amendement a-t-il d’être adopté si son signataire ne vient pas soutenir sa position, et s’il n’est même pas là pour le voter le moment venu ? Des nèfles, rien, aucun espoir ! Se contenter de voter in fine contre le projet de loi complet, c’est joli sur un CV, ça fait gagner des points dans des classements de députés pro-famille, mais c’est totalement inefficace.

On a besoin de hérauts, mais de héros bien plus encore. Pardon donc si, à une chaise bien vide, il m’arrive de préférer un vote bien fait. Parfois, il faut savoir défendre ses positions avec tout le poids de sa main levée, et pas seulement à la pointe de son stylo. Et une voix, peut-être discrète mais présente, ce ne sera pas du luxe pour détricoter ce que le Sénat nous a composé… C’est en tout cas ce que j’attends d’un député auquel je donne ma voix, que ce soit en 2007 ou en 2012.

Il en va de la politique comme de la chevalerie : on peut charger contre des moulins, ou tenter de regagner, parcelle après parcelle, le terrain perdu.

N’empêche… Quand le rapport de forces impose que la loi passera à la fin, n’est-il pas du rôle de l’homme politique de peser de toutes ses convictions sur le texte, afin d’épargner tout ce qui pourra éventuellement l’être ? Les concessions obtenues seront minces, frustrantes, sans doute infimes et dérisoires… et alors ? Dans quelle conception du monde « trop peu » vaut-il moins que « rien » ?

Relisons à ce propos ce passage d’Evangelium vitae, consacré à l’avortement mais qui pourrait aisément être extrapolé :

« Il est évident que, lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement, un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes. »

[Edit 24.05 : Un éminent lecteur (Mgr Hervé Giraud, pour ne pas le nommer) m’informe d’une variante plus juste de la fin de cette traduction : « … On considère comme juste et opportun l’effort pour en limiter les aspects injustes. » (« Potius vero aequus opportunusque inducitur conatus ut eius iniquae cohibeantur species. ») Merci à lui.]

Tout y est : le rappel de l’idéal et l’introduction d’un pragmatisme efficace, pour viser toujours un meilleur possible.

« Les forts et les purs » sont peut-être séduisants ; qu’on me permette malgré tout, sans renier les premiers, de préférer parfois l’effort et l’épure. Les deux (les quatre, en réalité) ne sont d’ailleurs pas nécessairement incompatibles : les coups d’éclats peuvent être précédés de modestes travaux. Il y a, aujourd’hui, des députés aux convictions fortes, qui ont répondu à l’appel du bienheureux Jean-Paul II et se battent chaque jour pour faire avancer le schmilblick, discrètement, sans communiqués de presse tonitruants ou interviews médiatiques. Qui sont présents sur les bancs de l’Assemblée, où ils avalent probablement plus de couleuvres qu’on pourrait jamais le supporter nous-mêmes. Mais qui tiennent bon. Inutile de les nommer : leurs noms sont de tous ces amendements que l’on pourrait signer des deux mains, et que d’autres d’ailleurs signent avec eux. Qu’ils sachent qu’à la veille de l’examen de ce projet de loi si crucial, je les soutiens comme je peux par la prière.

Et si le mardi devenait le jour où nous prions pour les hommes politiques chrétiens ? Parce que chaque main levée, chaque minute de présence dans l’hémicycle, comme pour une seule étoile de mer, change tout.