Traditore, traditore

Clin d'oeil, Indispensable (ou pas)

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Facebook ont probablement vu passer cet article en début de semaine, dans lequel on apprend (effaré, d’ailleurs) qu’Hachette a commis une nouvelle traduction (« revue ») des aventures du Club des Cinq. Traduire, c’est trahir ; certaines fois davantage que d’autres… et là, on est dedans.

Quand on a comme moi un penchant inavouable pour la littérature populaire, qu’Enid Blyton fait partie d’un panthéon très particulier où figure également en bonne place Paul Féval fils (auteur du très largement – quoique justement – sous-estimé D’Artagnan contre Cyrano de Bergerac), que Fantômas côtoie Fantômette, mais aussi James Bond, Zorro, Alice Roy (mais était-ce Nancy Drew ?) ou encore ce Docteur March qui n’a jamais été docteur dans les tréfonds de phrases comme je n’en avais plus écrit sur ce blogue d’aussi mal barrées depuis bien longtemps, quand tout ça (donc), on ne peut que ressentir une blessure profonde à cette nouvelle. Profondément profonde, même – c’est dire.

Blessure profonde, dis-je, parce que le Club des Cinq est peut-être l’un des plus magnifiques exemples d’une traduction-adaptation (oserai-je parler d’inculturation ?) finement menée dans la littérature enfantine en France. Tout était fait pour servir l’œuvre en la rendant proche de ses nouveaux lecteurs sans jamais trahir l’original. Si on excepte évidemment les épisodes réécrits par la suite et toutes les déclinaisons déjà en circulation.

Et me voilà à imaginer que les moules à gaufres qui ont osé ce sacrilège s’en prennent demain à l’évangile. Pour l’adapter à un lectorat en perte vertigineuse de vocabulaire et de motivation, s’ils se mettaient à le dépecer à grands coups de simplifications excessives, reformulations hasardeuses, émasculations grammaticales, vulgarités linguistiques et banalités destinées à anéantir le moindre risque de choquer, le tout sous une épaisse couche de bons sentiments qui collent aux fesses doigts…

Du chapitre 2 de l’évangile selon saint Luc, par exemple, que resterait-il ? Pas grand chose, sans doute. Et d’ailleurs, pour que les éditeurs ne se donnent pas ce mal, j’ai décidé de me lancer moi-même dans l’exercice de caviardage massif. Bien entendu, avec une considérable mauvaise foi. (Mais sinon, ça n’aurait pas eu d’intérêt.) Voici donc ce chapitre, tout au présent, en langage courant et dans un vocabulaire limité, politiquement impeccable, sans allusions à la religion et remis dans le contexte contemporain. Mais je laisse quand même les titres de sections et les numéros de versets tels qu’ils figurent dans la traduction pour la liturgie, histoire d’aider chacun à se repérer un minimum.

Le résultat ? Peu amène

*

Évangile selon saint Luc (traduction revue)

– Chapitre 2 –

(Naissance de Jésus et visite des bergers)

(1) Il y a un truc obligatoire qui est publié par le chef Auguste, et qui dit qu’il faut que tout le monde aille dire qu’il existe dans la ville de sa famille. (2) (3) Alors tout le monde obéit.

(4) Du coup, José s’en va de Quimper en Bretagne (c’est là qu’il habite) vers Montpellier, vu qu’il est originaire de là. (5) Et il amène avec lui sa femme Marie, sachant qu’elle attend un bébé. (6) Et puis il se trouve que quand il arrive à Montpellier, Marie sent que leur fils ne va pas tarder à naître. (7) Et ça arrive, alors le bébé devient l’aîné de la famille. On l’habille et on le fait dormir dans un petit lit bien confortable, parce que tout le monde est vraiment sympa avec eux et on se bat pour les accueillir.

(8) Pas loin de là, il y a des écolos qui dorment à la belle étoile. (9) Mais d’un coup il y en a un qui reçoit un SMS (10) qui dit : « T’inkt, lol !!! (11) C just pr te dir k ya tro 1 star ki é né pa loin ! (12) Fo tro k tu viN le voir mdr !!! » (13) Et alors tous leurs portables se mettent à faire de la lumière et à sonner avec (14) une musique qu’on chante à la messe à Noël en sonnerie.

(15) Du coup, tous les écolos se disent qu’ils vont quand même aller voir ce qui se passe, histoire de voir un peu. (16) Heureusement, comme ils ont un GPS, ils trouvent super vite la maternité et ils voient le bébé. (17) Après ça ils racontent à tous leurs amis ce qu’ils ont vu, (18) mais tout le monde trouve ça normal et pas trop étonnant.

(19) Et pendant ce temps là, Marie elle fait de la méditation spirituelle dans son cœur en pensant à tout ce qui se passe. (20)

(Circoncision de Jésus)

(21) Huit jours plus tard, on emmène le bébé à la clinique où un docteur spécialiste ne lui fait rien du tout et surtout pas mal. Et comme ça fait déjà huit jours qu’on l’appelle le bébé, on décide qu’on va plutôt l’appeler Jésus, parce que ses parents ont rêvé avant qu’il fallait l’appeler comme ça.

(Présentation de Jésus au temple et rencontres prophétiques)

(22) Un peu plus tard, c’est le moment de le montrer à la mairie parce que (23) la loi dit que tous les garçons qui sont des aînés nés en premier dans une famille doivent être montrés à la mairie. (24) Et puis il y a aussi une tradition qui oblige aussi à apporter avec deux pigeons ou bien deux moineaux à la place. Sauf que personne ne fait du mal aux petits oiseaux : on les relâche plutôt et ils sont très heureux de s’envoler dans la liberté.

(25) A la mairie, il y a un vieux monsieur très honnête et cool qui est en super connexion spirituelle (26) et qui sait qu’il ne va pas mourir tant qu’il n’a pas vu ce bébé Jésus-là justement. (27) Quand les parents arrivent pour faire les formalités qu’il faut faire, (28) il prend le bébé dans ses bras et il se met à dire tout content : (29) «  Voilà, c’est bon, je vais pouvoir mourir vu que je suis quand même très vieux et que c’est normal à mon âge qu’un jour on s’en aille. (30) En plus, j’ai vu la star que j’avais vraiment très envie de voir et ça c’est cool. » (31) (32)

(33) Mais le papa et la maman du bébé, ils ne comprennent pas tout. (34) Alors le vieux leur dit : « Ce bébé, il va être un super révolutionnaire. (35) Et en plus, il va faire de toi une maman trop contente. »

(36) Après ça, ils croisent encore une autre vieille qui leur raconte aussi des histoires bizarres. (37) (38)

(Enfance de Jésus)

(39) Et puis ensuite ils retournent en Bretagne à Quimper.

(40) Et le petit garçon, il se met à prendre de l’âge et des tailles de vêtements, parce qu’il a quand même du bol.

(Jésus au Temple chez son Père)

(41) (42) (43) (44) (45) (46) (47) (48) (49) (50) (51) (52) En tout cas, une chose est sûre et certaine : il n’a jamais fugué. Jamais.

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Page de pub (2) : le « Dico catho »

Blogue

Rassurez-vous, mes petits canards, c’est la dernière annonce de ce type (tout au moins pour le moment – l’avenir, c’est comme le Coca-Cola et le « gratin surprise » de mamie, on ne sait jamais complètement de quoi il sera fait). Il se trouve simplement que j’ai un deuxième ouvrage à sortir cette semaine de mes poches. Ou plutôt, des poches que j’ai trainées sous mes yeux une bonne partie de l’année dernière. Mais je dis pas ça non plus pour faire pleurer (ou si peu).

Parallèlement aux Disciples aux Éditions de l’Emmanuel, BD tous publics mais quand même un peu plus pour les adultes malgré l’absence notable de contenu pornographique, voici donc le Dico catho, qui sort ce vendredi chez MAME, un livre coécrit avec le philosophe Paul Clavier et (joliment) illustré par « Mademoiselle » Anne Bordenave, avec quelques dossiers complémentaires d’Aliénor Rousseau et Joséphine Bataille.

Alors, en quelques mots, de quoi ça s’agit-il, cette fois ?

Eh bien ce Dico catho est un bon gros pavé destiné en priorité aux jeunes. « Bon gros pavé », parce que du haut de ses 330 pages – et malgré un prix tout à fait modeste, au kilo – il pèse tout de même son petit poids. « Destiné en priorité aux jeunes », parce qu’il a été conçu comme une réponse à cette éternelle interrogation de tout parent grand-parent parrain marraine adulte invité à venir célébrer la profession de foi ou la confirmation d’un proche : « Mon Dieu, mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui offrir d’intelligent ? » J’ai l’honneur de vous annoncer que les jours de cette question sont désormais comptés, face à la réponse indiscutable qui sort donc cette semaine en librairie. (A noter que cette réponse peut également marcher pour un cadeau de Noël ou d’anniversaire… Il n’y a guère que pour une bar-mitzvah que ce ne serait pas du meilleur goût.)

    

Le Dico catho, c’est donc, histoire d’expliquer un peu, une sorte de grand lexique d’une centaine de mots expliqués aux ados et aux étudiants. On se balade ainsi dans le vocabulaire de la foi et de la culture chrétienne, en partant d’Absolu pour arriver à Vocation, avec par exemple des pauses sur les aires suivantes : Apôtres, Communion, Famille, Grâce, Miracles, Prière, Résurrection et même Sexe… Rien de spécialement original sur le fond : il s’agit essentiellement d’une explication de ce que dit l’Église sur tous ces sujets. C’est davantage sur la forme que nous avons travaillés, formidablement aidés par Charlotte, notre éditrice et petite maman : nous avons essayé d’expliquer sans tomber dans une simplification qui prendrait les lecteurs pour des demeurés, et nous nous sommes appliqués à le faire sur un ton suffisamment vivant et léger pour que la lecture soit agréable.

A ce propos, nous avons même renoncé à notre idée de coller une bande d’antidérapant sur la couverture : c’est dire si nous avons confiance dans le fait que ce livre ne tombera pas des mains de ses lecteurs ! Nos traumatismes respectifs de livres reçus pendant notre propre adolescence et encore jamais ouverts à ce jour ne sont probablement pas pour rien dans cet effort, d’ailleurs.

Bref : tout en sachant parfaitement qu’une bonne part des habitués de ce blogue ont déjà passé la « date limite de consommation », je me permets de faire la retape de ce livre dont on est quand même un peu contents, Paul et moi… Comme le souligne Mgr Dubost dans la préface, c’est un peu comme du chocolat : on peut tout avaler d’un coup ou le savourer par petits morceaux. Voire même le partager à plusieurs et en faire un outil à la source d’échanges avec les jeunes de notre entourage (en famille ou en aumônerie).

Et ceux qui n’aimeront pas pourront toujours avantageusement caler un meuble avec.

Chronique « ciné & internet » (mais ailleurs)

Blogue

Pour faire simple et caricatural, j’ai un jour reçu un message du type : « Il est vivant vous a envoyé une demande d’ajout à sa liste d’amis ». Amitié très intéressée, puisque c’était pour un papier, mais amitié intéressante tout de même. La proposition du rédacteur en chef : revoir The Social Network et en livrer une brève analyse pour un dossier consacré à internet, à paraître dans le numéro de juin du magazine.

Pour différentes raisons, je ne pouvais qu’accepter. D’abord, c’était un moyen de conjuguer une passion très personnelle (le cinoche, même si j’en parle finalement assez peu ici) et un élément dans lequel je baigne fortement depuis trois ans (internet en général, et Facebook en particulier). Ensuite, la proposition était originale, puisqu’au lieu de me demander de parler de mon blogue façon « ma vie, mon œuvre, mes taches de gras » – exercice que je trouve toujours un peu dangereux, même s’il est flatteur (en fait, parce qu’il l’est !) – j’avais l’occasion de livrer mes impressions sur un autre sujet que mon seul nombril. Sans compter qu’écrire des articles c’est un peu la base de mon métier ; la seule véritable originalité ici étant de le faire sous ce pseudo-là… Et puis aussi, j’ai vraiment aimé le film de David Fincher, et j’étais trop heureux d’avoir là l’occasion de le revoir plus attentivement. Enfin, j’ai une amitié particulière pour ce magazine et (surtout) son rédacteur en chef, avec qui j’ai quelques autres projets (*)… Bref, j’ai accepté avec joie.

Le résultat, le voilà enfin paru, et consultable gratuitement en ligne (en page 12 du dossier et en page 45 du magazine) :

Ce n’est évidemment que le fruit de ma vision du film (qui, selon moi, n’utilise l’histoire du célèbre réseau social que comme prétexte pour raconter autre chose), mais je suis assez heureux d’avoir pu l’exprimer de cette façon. Qui plus est dans un dossier plutôt bien troussé, notamment grâce à l’interview du Frère Éric Salobir (o.p. – personne n’est parfait) : un must à lire absolument. Bien plus intéressant que ma modeste prose.

L’amusant de cette brève collaboration, c’est qu’elle va aussi donner naissance à une autre pige de ma part dans le numéro d’été de la revue… Je ne dis rien pour le moment, si ce n’est que ça ne devrait pas arranger ma réputation de « prêtre » chez certains !…

En attendant : bonne lecture. Et méfiez-vous des internautes.

*

(*) Pour rappel, les bédédudimanche de ce blogue bénéficient tous les mois d’une mise en image inédite dans Il est vivant, grâce au talent d’Elvine. D’ailleurs, grâce à son talent et aux Éditions de l’Emmanuel (dirigées par le rédacteur en chef de la revue – ceci expliquant cela), la sortie d’un bel album est désormais très, très, très, très proche… On en reparle très, très, très, très vite !