Chronique « ciné & internet » (mais ailleurs)

Blogue

Pour faire simple et caricatural, j’ai un jour reçu un message du type : « Il est vivant vous a envoyé une demande d’ajout à sa liste d’amis ». Amitié très intéressée, puisque c’était pour un papier, mais amitié intéressante tout de même. La proposition du rédacteur en chef : revoir The Social Network et en livrer une brève analyse pour un dossier consacré à internet, à paraître dans le numéro de juin du magazine.

Pour différentes raisons, je ne pouvais qu’accepter. D’abord, c’était un moyen de conjuguer une passion très personnelle (le cinoche, même si j’en parle finalement assez peu ici) et un élément dans lequel je baigne fortement depuis trois ans (internet en général, et Facebook en particulier). Ensuite, la proposition était originale, puisqu’au lieu de me demander de parler de mon blogue façon « ma vie, mon œuvre, mes taches de gras » – exercice que je trouve toujours un peu dangereux, même s’il est flatteur (en fait, parce qu’il l’est !) – j’avais l’occasion de livrer mes impressions sur un autre sujet que mon seul nombril. Sans compter qu’écrire des articles c’est un peu la base de mon métier ; la seule véritable originalité ici étant de le faire sous ce pseudo-là… Et puis aussi, j’ai vraiment aimé le film de David Fincher, et j’étais trop heureux d’avoir là l’occasion de le revoir plus attentivement. Enfin, j’ai une amitié particulière pour ce magazine et (surtout) son rédacteur en chef, avec qui j’ai quelques autres projets (*)… Bref, j’ai accepté avec joie.

Le résultat, le voilà enfin paru, et consultable gratuitement en ligne (en page 12 du dossier et en page 45 du magazine) :

Ce n’est évidemment que le fruit de ma vision du film (qui, selon moi, n’utilise l’histoire du célèbre réseau social que comme prétexte pour raconter autre chose), mais je suis assez heureux d’avoir pu l’exprimer de cette façon. Qui plus est dans un dossier plutôt bien troussé, notamment grâce à l’interview du Frère Éric Salobir (o.p. – personne n’est parfait) : un must à lire absolument. Bien plus intéressant que ma modeste prose.

L’amusant de cette brève collaboration, c’est qu’elle va aussi donner naissance à une autre pige de ma part dans le numéro d’été de la revue… Je ne dis rien pour le moment, si ce n’est que ça ne devrait pas arranger ma réputation de « prêtre » chez certains !…

En attendant : bonne lecture. Et méfiez-vous des internautes.

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(*) Pour rappel, les bédédudimanche de ce blogue bénéficient tous les mois d’une mise en image inédite dans Il est vivant, grâce au talent d’Elvine. D’ailleurs, grâce à son talent et aux Éditions de l’Emmanuel (dirigées par le rédacteur en chef de la revue – ceci expliquant cela), la sortie d’un bel album est désormais très, très, très, très proche… On en reparle très, très, très, très vite !

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(*) Ému aux larmes

Humeur(s)

C’est le paradoxe du blogueur : participer à la logorrhée ambiante tout en se prétendant en distance avec elle ; vouloir instaurer une distance avec l’esprit du monde, mais le suivre mouvement pour mouvement, dans une danse étroite et interminable. Il y a indéniablement un bruit de fond dans notre société.De kiss-in en apéro gênant géant, de retraites en salaires de ministres, on a un avis (ou on s’en compose un, vite fait bien fait) et on ne trouve rien de mieux à faire que de le donner. C’est intéressant, mais ça fane un peu vite, finalement.

Beaucoup, souvent, croient qu’ils ont quelque chose à dire alors qu’ils ont juste désespérément envie de dire quelque chose. (Je ne prétends même pas me situer hors de cette catégorie…) On peut reprocher ce qu’on veut à internet en général et aux blogueurs en particulier, j’accepterai volontiers qu’on m’accuse d’accentuer le brouhaha. Et puis après ? J’aurais arrêté de parler depuis longtemps si on cessait de m’écouter. L’illusion d’un lectorat, si modeste soit-il, est celle de créer une attente ; c’est flatteur, mais heureusement qu’on arrive à le dépasser.

Et puis il suffit d’une journée un peu plus pesante que les précédentes pour que les questions (qui parfois n’en sont pas, mais « les problèmes » était excessif) s’envisagent soudain différemment. On repense à des bouquets de fleurs, à une boîte de framboises ou aux mots d’un livre durablement installé en position horizontale, en exil de la bibliothèque des dormants. L’ensemble donne un curieux « vraquier » qu’on contemple avec un léger sourire lorsqu’on fait un pas en arrière : bienvenue dans mon brouhaha personnel !

Ça commence avec un courriel. Des courriels, j’en reçois des dizaines par jours (oui : des dizaines… le boulot veut ça), alors il en faudra un qui se démarque sérieusement pour que je le considère comme remarquable. C’était celui d’un ami, même un frère, parti récemment pour une mission qui l’éloignera durablement de mon chemin. Rien d’extraordinaire dans ce qui y est dit, mais son style unique qui semble dire à chaque virgule : « C’est bien moi ». La joie, la sincérité ; « l’assurance de [s]a prière »… des mots qui sonnent juste. Qui sonnent, juste. (*)

Ailleurs, je bloque sur une expression. « Seigneur, je te rends grâce pour le tout le bien que tu m’as fait« . Quand je dis que je bloque, je veux dire que je m’arrête et que je m’incline. Ce sont des mots sans relief, sans gloire, sans éclat. Pourtant, eux aussi sonnent juste : « le bien que tu m’as fait ». On parle trop souvent de « faire du bien ». Pauvres nuances sur lesquelles nous butons en croyant comprendre… Dieu ne nous veut pas du bien. Ni « veut », ni « du ». Il fait pour nous le bien. Faire. Le. Et dans l’intervalle, ce « pour » qui se glisse à notre avantage. Quand a-t-on cessé de s’interroger sur les mots qu’on emploie ? « Pour le bien que tu m’as fait, Seigneur, je te rends grâce… » (*)

Dernier point – avant qu’on me reproche de jouer la carte du journal intime, ce que je n’ai nullement l’intention de faire en cet instant. Je suis partial : j’ai déjeuné aujourd’hui avec François Lespés (qui est journaliste), et j’avais un peu honte parce que je n’avais pas encore eu le temps de voir son premier documentaire de 52 minutes diffusé la semaine dernière sur KTO : Sacerdoce(s). Bon. Ça s’assume sans trop de peine, mais j’avais un peu honte quand même, surtout que je voulais le faire. Mais du coup, je me suis rattrapé ce soir. (*) J’ai donc regardé le film, et je me suis laissé fasciner (façonner ?) par ces trois portraits croisés de prêtres d’aujourd’hui, sans rien de commun, ni dans le lieu, ni dans l’histoire, ni dans le caractère, ni dans la démarche. Et pourtant… tout se déroule comme s’ils n’étaient qu’un, comme s’ils ne participaient qu’à une même œuvre. J’enlève le « comme » de la phrase précédente. Et le plus beau, le plus grand, je l’avoue, c’est que celui qui a su le mieux me toucher, c’est celui qui – a priori – était le plus éloigné de moi. Je ne dis pas lequel ; je préfère laisser à chacun un regard neuf sur ces images. 52 minutes, ça peut sembler long… mais vraiment, ça vaut la peine. (*)

Après tout, le 18 juin valait bien qu’on parle un peu de l’Appel…

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(*) Ému aux larmes.

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Photo : Laurent Dubois