Confession, piège à…

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Il faut que je confesse un truc : j’ai un vrai problème avec cette « initiative », le Fil du Seigneur. Celle dont on parle tant ces jours-ci.  Et pour plusieurs raisons en même temps, ce qui peut donner une vague idée de l’étendue du différend moral qui m’oppose virtuellement à ses concepteurs. Je crois même que la plupart des trucs que j’ai à lui reprocher sont absolument (note d’info : ici, il y a un jeu de mots) impardonnables.

D’abord, c’est un nom à la con. Nan, mais franchement : « Le Fil du Seigneur » ! Et pourquoi pas : « le Répondeur du Saint-Esprit », « la Ligne directe à Jésus » ou « Allô au Très-Haut » pendant qu’on y est ? Je sais pas si passer volontairement pour un con est un péché, mais ce ridicule-là, il est mortel. Et avec des âneries pareilles associées à la religion, après, tu m’étonnes qu’il y ait autant de gens qui décrochent… bref.

Ensuite, c’est quoi ce p… de ouèbedizaïne ? Ces faux nuages, cette grosse pixellisation dégueu des contours, ce gros tas de clichés que constituent l’association des deux mains et des angelots pensifs, ces espèces de rayons de lumière moches, ce photoshopage raté du fil, ces gros chiffres avec des espacements plus qu’approximatifs, et pire que tout : sans rire, c’est quoi ce téléphone des années 1960 ?! En plus, les trois gros pavés de texte en-dessous sont imbitables. C’est du travail de cochon (et encore : un cochon d’avant 2000 alors, parce que je suis sûr que ceux d’aujourd’hui ont de meilleurs goûts en matière d’internet).

Enfin (quoique, ce mot pourrait laisser penser que la liste de griefs s’arrêterait là… ce qui est évidemment faux), je l’ai déjà dit et je le répèterai autant qu’il le faudra : ça m’énerve quand on fait référence à la « spiritualité » dans le vague ! Parlez de foi, de religion, de Dieu, du Christ, d’espérance… parlez de ce que vous voulez, mais employez des mots qui ont (encore) un peu de sens ! Un peu de couilles spirituelles, que diable !

Tout ça pour dire que, non, décidément, le Fil du Seigneur et moi on ne sera pas copains. Pas de danger. Ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. Hop : à dégager ! Allez, ouste : « Fil », dans ta chambre ! Parce qu’il y a des trucs, comme ça, on éprouve juste une grande contrition sans avoir envie d’accorder la moindre absolution.

*

Ah, et puis tant que j’y suis, si ce « service » payant avait vraiment pour but de venir en aides aux personnes seules qui ne peuvent plus se déplacer pour se confesser auprès d’un prêtre (seule façon de se confesser, soit dit en passant), est-ce qu’on pourrait rappeler que ce service existe déjà, en version gratuite : ça s’appelle le covoiturage, et ça permet de mieux connaître ses voisins. Pour peu qu’on aime encore un peu le contact réel.

Hans Küng : sénile, ni écrire

Humeur(s), News

hanskungL’article d’Hans Küng sur la politique du pape envers les anglicans est un véritable drame ! Il n’y a qu’à lire le premier paragraphe pour faire le plein de clichés, c’est assez intéressant d’un point de vue rhétorique : c’est la pédagogie du coup de pied dans la tronche. Fin comme la finition d’un gant de boxe. Rempli jusqu’à la nausée des obsessions d’un vieux monsieur qui semble saisir n’importe quelle occasion de régler ses comptes avec Benoît XVI ; même si ça doit passer par des tribunes où la pensée est tellement distendue que l’ensemble en devient intellectuellement incompréhensible. Symptomatique. Pathologique.

« Après avoir heurté de front les juifs, les musulmans, les protestants et les catholiques réformistes, voilà que le pape Benoît XVI s’en prend maintenant aux anglicans. »

Ah, mince, les pauvres : qu’est-ce qu’il va leur faire, le méchant Benoît XVI ? Il les agresse ? Pire encore : il les accueille. Fasciste, va !

Mais la situation, selon Hans Küng, n’est pas si simple. Non, « si simple » n’était pas assez : mieux vaut encore qu’elle soit simpliste, au moins tout le monde comprendra. Alors, d’abord, il y a un vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique. Le genre qui fait mumuse avec les extrêmes en permanence et ne dit jamais un mot sur l’Afrique ou l’économie mondiale. Du « pas bien » en barre, quoi. Et alors, le vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique, eh bien il a tendu un piège machiavélique à tout un tas de charmants petits anglicans, qui sont un peu benêts et qui se sont laissés prendre comme des nouilles et qui quand même sont salement d’extrême droite (oui, parce que sinon ça se tient pas que le vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique qui ne fait mumuse qu’avec les extrêmes s’intéresse à eux). Quant à l’archevêque de Canterbury, s’il a signé le communiqué annonçant la nouvelle du rapprochement, c’est parce que c’est une grosse buse. La preuve que c’est une buse ? facile : s’il n’en était pas une, il n’aurait pas signé.

Pour appuyer ce qu’il dit, Hans Küng a même trouvé un mec vachement bien qui dit des trucs rudement chouettes qui vont pile dans son sens : Hans Küng ! A quoi bon avoir des gens qui pensent comme soi, quand on est d’accord avec soi-même…

A part ça, son article est tout plein de petites sottises pour amuser la galerie (quel déconneur, tout de même !), d’allusions tout juste destinées à donner à l’ensemble un peu de sel polémique, d’interprétations qui feraient de l’expression « procès d’intention » un compliment, et surtout d’une suffisance telle qu’on n’en trouve guère que chez « les gens qui savent ». Du rabâchage de vieilles obsessions personnelles, écrites au mortier. Si près de 400.000 anglicans rejoignent l’Église catholique, c’est forcément contre leur gré, même s’ils ne le savent pas encore… Ce qui se conçoit mal s’énonce salement. Il ne manque finalement, pour faire entrer cette tribune parmi les grands classiques des pamphlets-ni-à-faire, qu’une allusion à Vichy – ce qui nous rappelle au passage qu’Hans Küng n’est pas Français, mais Suisse.

La coupe couche est pleine.

Comme le dit Patrice de Plunkett, dans un bon billet consacré à cette même tribune : « Küng a hanté trop longtemps les salles de rédaction pour n’avoir pas pris une série de tics ». Il qualifie même le texte d’« article de trop », ce que je ne serais pas loin de penser si cette idée ne m’était pas déjà venue par le passé. De son côté, Gian Maria Vian, dans son éditorial de l’Osservatore Romano, ajoute : « le ton ne fait pas honneur à son histoire personnelle, et (…) à certains égards, frise le comique ». C’est vrai que, dès lors qu’on arrête d’être affligé, on se marre quand même pas mal.

Küng, King of the Kongs ? Évidemment non, mais ce papier n’est pas digne de sa grande intelligence ; et moi, des types brillants comme ça qui disent des âneries et le font exprès (et le font depuis un certain temps), ça m’agace pas mal. L’ensemble est tellement bête et méchant qu’il me donnerait presque envie de dire des grossièretés. Sauf que si je fais ça, ma mère risque de m’appeler pour me reprocher encore de dire des gros mots sur mon blogue. Et si elle m’appelle, elle risque de me reprocher aussi de ne pas l’appeler plus souvent. Tu comprendras donc que je ne préfère pas tenter le coup…

Alors que dire ? Rien. Il n’aurait même pas fallu en parler, finalement. Pourtant ça fait du bien !

Le pasteur et son tripot

Rabat-joie

Depuis une étiquette gracieusement offerte par un hebdomadaire familial catholique, je sais bien que certains se contentent de voir en moi un rigolo de service. Sauf que, regarde bien, dans la colonne à droite (l’amusant avec internet, c’est que c’est l’un des rares lieux où la droite de celui qui montre est la même que celle de celui qui se fait montrer – remarque pertinente s’il en est) il y a une catégorie qui s’appelle « Rabat-joie » ; où j’assume donc le fait d’être occasionnellement un râleur fini. Comme ça va être le cas dans la suite de ce billet. Même pas honte.

Petit désaccord – cordial – entre sacristains en fin de semaine, sur une info un peu étonnante : un prêtre américain de 28 ans qui a gagné 100.000 dollars pour sa paroisse en jouant au poker. L’info est reprise un peu partout dans la presse, et on comprend les journalistes : l’histoire du père Andrew Trapp a quand même quelque chose de savoureux… C’est toujours l’occasion de montrer qu’on est en verve par quelques calembours du plus bel effet. (Il n’y a qu’à voir le titre de ce billet pour se rendre compte que je ne vaux guère mieux que les autres !) Du côté des grenouilles de bénitier sonneuses de cloches, JBM en a fait un billet sur Anuncioblog, apparemment Armagilius partage son avis (cherche pas où – c’est en interne ou sur faycebouc que je l’ai vu). Aujourd’hui, voilà qu’Emmanuel Pic aborde brièvement la question à son tour ; et je dois dire qu’il m’enlève les mots de la bouche, je suis assez d’accord avec son point de vue.

poker

Alors, bon. Certes, on nous dit que tous les gains iront à un projet de sa paroisse, que son évêque lui a donné sa bénédiction, que même s’il avait perdu ça aurait été une occasion de voir un prêtre à la télévision. Certes, on nous cite aussi le CEC pour nous expliquer que le poker est cascher :

« Les jeux de hasard ou les paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. »

Mouais… Sans que je sois profondément outré par la démarche (qui m’amuse malgré tout par son culot), je ne suis pas convaincu par l’argument. Je le trouve même d’assez mauvaise foi : un pari entre amis, un jeu de hasard à l’occasion ne sont pas mauvais tant qu’ils restent des occasion de se rencontrer et d’échanger, me semble-t-il. C’est en ce sens que je comprends le Catéchisme. Mais peut-on en dire autant de jeux « massifs », tels que le Loto ? Dans ce cas-là, chacun peut jouer dans son coin et quelques rares gagnants touchent des sommes démesurées, alors qu’à l’autre bout de la chaîne certains vont prendre sur leur nécessaire, comme un impôt prélevé pour avoir le droit de rêver que l’argent leur offrira des lendemains meilleurs… En tant que chrétien, je n’ai jamais pu me faire à l’idée de jouer ; c’est contraire à ce que ma conscience me souffle. Quitte à être effectivement un rabat-joie.

Dans le cas du poker, je ne trouve pas ça beaucoup mieux. On présente l’affaire comme une belle aventure, mais elle s’appuie malgré tout sur un jeu d’intimidation qui peut devenir une réelle addiction chez certains joueurs. Une partie entre amis, avec des mises symboliques, ne peut évidemment pas être mauvaise (elle peut même être franchement marrante). Mais à ce niveau, quand le but est d’écraser l’autre pour récolter la plus grosse somme possible, est-ce encore le cas ?

Je répète : il n’y a pas de condamnation dans mon propos. Je m’interroge simplement.

Qu’aurait-on dit si ce jeune et sympathique prêtre avait perdu l’argent de sa paroisse dans le tournoi de poker ? C’est pourtant le revers possible de son succès…

andrew-trapp-pretre-poker

Dernier point : là où je ne suis pas du tout d’accord avec JBM (mais alors, vraiment pas du tout !), c’est quand il présente l’affaire comme une initiative d’évangélisation. Certes, c’est le thème de son blogue, mais je m’insurge ! Evidemment que la présence d’un prêtre dans ce tournoi diffusé à la télévision est une occasion de voir l’Eglise différemment, avec un beau visage jeune, moderne et dynamique… Mais bof. Voilà le plus pur concentré de mon avis : Bof ! A ce titre-là, autant imaginer qu’un prêtre aille ouvrir un bar et serve de l’alcool pour toucher un public peu habitué aux églises et montrer que l’Eglise et le clergé sont faits d’hommes ordinaires ! Je pousse un peu (et encore : j’aurais pu aller plus loin dans la caricature), mais cette idée me fait réfléchir.

Pas sûr que toutes les occasions soient bonnes d’évangéliser, que toutes les attitudes soient acceptables pour annoncer la Parole de Dieu. Mais là, ce n’est que mon point de vue, évidemment…

[Edit : Après certains commentaires, dont celui du Père Andrew ci-dessous, j’ai consacré un second billet au sujet. A lire avant de réagir, éventuellement !]