Au conclave, l’Esprit Saint n’est pas un « fortune cookie »

En passant

Fortune-cookieDonc, le pape s’en va. Je pense que, globalement, l’info est passée. C’est à la fois un départ un peu triste pour ceux qui l’aimaient bien (en tant que fier membre des Légions du Pape – les fameuses – j’en suis évidemment) et un signe prophétique dans le monde actuel, où chacun a tendance à s’accrocher au peu de pouvoir qu’il croit posséder, là où il est : à la maison, en paroisse, au bureau, dans sa commune, en politique, etc. Mais donc, puisque le pape s’en va, (attention, je vais caser ici les deux vannes moisies rituelles, sans lesquelles un conclave ne serait pas un vrai conclave, et ne faites pas cette tête je sais que vous les attendez,) un nouveau pape va être appelé à régner (drôle de nom pour un pape), et les cardinaux vont prochainement se réunir pour élire Lin II l’un d’eux. (Hihihi, voilà c’est fait.) Et puisqu’un conclave se profile, bookmakers et journalistes commencent déjà à s’agiter pour essayer de deviner qui sera le suivant, qui succèdera à Benoît XVI. C’est tout à la foi(s) Conclave Story et un grand Cluedo – Edition Papabili… Le cardinal Moutarde, dans la chapelle Sixtine, avec le candélabre ? Chacun va y aller de son petit ticket, avec toutes les chances que ces paris offrent de passer pour des guignols quand la fumée blanche paraîtra dans le ciel de Rome. Après tout, c’est un jeu et pas grand chose de plus, on n’est donc pas obligés de le prendre au sérieux.

Pourtant, comme il est d’usage dans ces cas-là, l’heure vient – et en vérité c’est déjà maintenant – où les adorateurs des grincheux certains catholiques vont commencer à nous répéter en boucle qu’il est d’usage que les favoris « entrent au conclave pape pour en sortir cardinal », que les pontifes élus ont toujours déjoué les pronostics (la preuve : Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI – ah non, mince, ça marche pas tant que ça !) et surtout, surtout, surtout : que c’est l’Esprit-Saint qui décide.

D’ailleurs, ils ont raison : c’est l’Esprit Saint qui donne à l’Eglise un nouveau pape. Oui, mais.

Mais ce n’est pas parce qu’on a raison que les autres ont nécessairement tort. Ce n’est pas parce que c’est vrai que ceux qui s’intéressent à l’élection, aux papabili, et essaient de dresser le profil du prochain pape sont des truites. D’abord, parce que c’est toujours une occasion de découvrir la personnalité de quelques uns de nos cardinaux, de voir se dessiner leurs profils et leurs sensibilités, et ainsi de mieux comprendre notre Eglise « composée d’hommes » (que cette expression ne soit pas seulement une formule, finalement). Ensuite, parce que s’il y a une dimension spirituelle du conclave à ne surtout pas négliger, il serait tout aussi idiot d’en ignorer la dimension humaine. L’Esprit Saint n’est pas un fortune cookie, ni une de ces boules de billard magiques qui vous donnent une réponse aux grandes questions de l’existence. Pas plus que le grand ordinateur capable, alors qu’on parle actuellement de 41 noms de favoris déjà évoqués dans la presse internationale, de nous sortir le numéro 42 qui saura nous surprendre et nous éblouir.

D’ailleurs, si c’était le cas, on aurait aussi vite fait de tirer à la courte-paille (voire à la roulette-russe, ce qui permettrait probablement d’intéresser nos amis bouffeurs de curés à l’élection), ou d’aligner les 117 cardinaux électeurs sur la place Saint-Pierre et attendre qu’un arc-en-ciel vienne désigner l’un d’entre eux. Il y a aussi l’option des chaises musicales, à ne pas écarter trop vite du fait de sa dimension indéniablement festive. Un loto, un tournoi de bridge ? On tire les cartes ? Une course de haies ? On prie, on ouvre une Bible au hasard et on regarde lequel a le plus de lettres du premier mot de la page dans son nom ? Tenez, il me vient une autre idée encore : on organise un concours de confessions non-stop, comme on ferait des concours de shots, et le dernier cardinal debout remporte le siège de Pierre… Vous avez du bol, je vous passe les propositions du plus mauvais goût… Mais soyons créatifs, puisque de toute façon c’est l’Esprit Saint qui décide ! Non ?

Bon, d’accord, on garde l’élection.

Peut-être y a-t-il simplement un équilibre à trouver entre une vision « tout politique » des médias et la tentation du « tout spirituel » qui nous guette, celle d’imaginer une élection idéale où les cardinaux ne voteraient qu’en fonction de ce que Dieu leur inspirerait. Le fidéisme n’a pas été condamné par l’Eglise pour rien : Dieu est évidemment à l’oeuvre, mais sa volonté est perceptible par notre intelligence – et rien jusqu’ici ne prouve que les cardinaux soient dépourvus de cette capacité. (Note pour ceux qui douteraient toutefois de cette capacité chez les cardinaux : vous pouvez prier pour qu’ils l’aient… Note pour ceux qui n’en doutent pas : vous pouvez prier aussi. Fin de parenthèse.) Ils voteront donc, certes en priant pour faire non pas le « bon choix » mais le plus juste, le plus conforme à la volonté du Père, mais ils voteront. Ce qui implique qu’ils prendront aussi le temps de la réflexion pour déterminer de quel pape l’Eglise a besoin aujourd’hui. Dans ce choix, des critères politiques entreront évidemment en ligne de compte, de même que des critères de santé, culturels, théologiques… et spirituels. De tout cela, il nous faudra croire, dans la foi (celle que Benoît XVI a voulu mettre en valeur pour l’année en cours, justement), que le pape élu est celui que l’Esprit Saint nous envoie.

Ceci n’a rien à voir avec une minimisation de son rôle, au contraire : c’est une exaltation du plan de Dieu pour l’homme, qui ne se fait jamais sans la volonté de l’homme. Aussi génialement paradoxal que cela puisse être, il y a parfois une intuition bien plus spirituelle dans le fait de prendre en compte des réalités incarnées que dans la tentation de s’en extraire totalement pour s’en remettre à l’action de Dieu seule.

Sa grâce nous suffit.

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Le pape s’en va, et personne ne l’avait vu venir

Humeur(s)

signature-benoit-xviOn pourrait presque dire : Sans surprise, ce fut la surprise. La capacité à déjouer les pronostics, le peu de cas que ce pape aura fait des étiquettes qu’on cherche à lui apposer. La liberté, en somme.

Quelle magnifique leçon nous donne aujourd’hui Benoît XVI… On peut aimer ou pas l’homme, le théologien, le pontife, ce geste audacieux marquera légitimement les esprits. Il y a même tout pour émouvoir dans ce départ, et les mots qui l’accompagnent. « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement mon ministère. » Si seulement nous étions parfois capables d’en dire autant…

Les mots sonnent juste, la démarche sonne juste. Oserai-je le dire, au risque de ne pas être compris ? Je l’espérais un peu. Je n’espérais pas son départ, mais plusieurs fois déjà je me suis pris à rêver d’un acte aussi fou et aussi libre, pour clore un pontificat dont les commentateurs vont avoir tout le loisir d’analyser les imprévus (nombreux).

Tenez : le 27 décembre dernier, j’échangeais quelques mails avec un ami journaliste (Jean Mercier, pour ne pas le nommer). Nous parlions de l’année à venir, de ce qui pourrait nous attendre. Jean plaisante : « Un conclave ? » et je renchéris : « Un conclave avec un pape honoraire, ça va être quelque chose ! » De ce bref échange est né une conversation beaucoup plus approfondie, durant laquelle Jean m’a demandé si ce n’était que de l’humour ou si je le pensais. En fouillant dans ma boîte mail, voici la réponse que je lui ai faite alors :

« En fait, je n’en sais strictement rien. Ce serait un très gros débat, et j’y réponds par une vague intuition, par trop légère !…

Mais ce que je crois profondément, c’est que Benoît XVI est un pape qui peut encore nous surprendre. Et au fond, je ne serais pas étonné que ce soit lui – le « pape réac » – qui fasse le pas de démissionner, s’il devait se rendre compte qu’il n’a plus la force de diriger l’Eglise. Il en serait bien capable, même si je suis tout autant convaincu qu’il ira jusqu’au bout de ce que ses forces lui permettent… »

Pour un peu, je n’aurais pas grand chose à dire de plus aujourd’hui que ces quelques lignes d’hier.

Si je raconte cela, ce n’est pas pour faire celui qui avait eu l’intuition de ce qui se passe aujourd’hui. C’est pour manifester l’émotion qui a été la mienne en découvrant l’information ce matin : d’abord, comme tout le monde, je suis resté incrédule devant mon écran, n’osant croire ce qui était en train de se passer. Benoît XVI annonçait sereinement qu’il renonçait à son siège, qu’il était arrivé au bout des forces qu’il pouvait mettre au service de sa mission. Quelle humilité, quand on y pense, dans un monde où tout le monde cherche sans cesse une place, ou s’accroche à la sienne ! Dire : Je suis trop vieux, je n’en suis plus capable, je me retire. Et pas n’importe comment : pas dans le monde, où il deviendrait bien vite « le prédécesseur », véritable poison pour le pape que nous aurons à l’issue du carême, celui qu’on viendrait encore consulter et qu’on chercherait à opposer au nouveau ; non, il se retire dans le secret, pour finir sa vie en silence et en prière.

Autant j’ai admiré la force de Jean-Paul II qui a voulu tenir jusqu’à l’extrême bout de ses forces, autant je suis époustouflé par ce courage, à mes yeux plus grand encore, de celui qui s’en va sereinement. Du premier au dernier jour, le style de Benoît XVI se sera donc opposé à celui de son prédécesseur, comme deux visages d’une même foi incarnée : forte et douce. Le roc et l’argile.

Si on m’avait demandé hier quelle image je pensais devoir retenir de Benoît XVI, j’aurais probablement cité le pape debout aux Quatre-Vents, à Madrid, pendant la tempête. Il est évident que l’image du vieil enseignant qui quitte la salle tranquillement une fois son travail accompli sera plus forte encore.

Merci, cher père. Priez pour nous ; nous prierons avec vous.

J’ai fait un non-éveil…

Humeur(s), News

Ce n’est pas parce que j’ai été non-présent ces derniers temps que je ne suis pas non-loin pour autant. Et comme non-peu d’entre vous, sans doute, j’ai non-échappé aujourd’hui à la dernière campagne de pub de Benetton. Et je dois le non-taire : je suis choqué ! Non-superficiellement, même.

Je ne m’étends pas sur l’aspect non-respectueux des clichés que la non-inconnue marque de non-nudité et de vivrensemblitude forcenée a choisi d’imposer à notre non-cécité. Ça fait tout de même bien longtemps que les limites de ma non-désespérance vis-à-vis du monde qui m’entoure ne recouvrent plus le territoire occupé par l’entreprise. Peut-être cette non-indulgence de ma part provient-elle d’anciennes campagnes d’affichage qui mettaient en scène des non-laïcs déjà en train de se rouler allègrement des patins ? Ou alors simplement du fait que Benetton a consciencieusement, depuis des années, choisi de nous non-proposer toutes sortes de visuels tous non-moins non-ragoutants les uns que les autres. Je non-nie que je ne sais pas…. C’est décidément non-simple.

Non-long : cette provocation supplémentaire, que puis-je en non-taire, sinon que c’est non-malin, non-respectueux mais surtout non-intelligent ? Faire s’embrasser le pape et un imam sous le slogan de « Un-Hate » (« Non-Haine »), comme c’est drôle ! comme c’est spirituel ! comme c’est original et pas du tout répétitif ! C’est vrai que le pape est un fervent défenseur de la guerre aux musulmans… que le conflit armé se prépare en secret dans les caves du Vatican… Et surtout que les cathos ne sont pas déjà suffisamment la cible de plein d’autres campagnes ou provocations faciles. Il leur fallait bien celle-ci pour se faire le cuir, tiens ! (Soit dit en passant, les autres visuels ne sont pas non-pires… loin de là. La bêtise ne cesse de repousser ses limites !)

Mais ce n’est même pas le non-meilleur à mes yeux. Après tout, la provocation qui consiste à aller coller cette affiche sous les fenêtres de Benoît XVI est d’une débilité confondante, mais outre ce « détail« , la figure du pape n’est après tout pas sacrée. Il devrait juste avoir droit au même respect que n’importe qui ; m’imaginé-je naïvement, du moins. Et la marque peut bien venir se déclarer « désolé[e] que l’utilisation de l’image ait heurté la sensibilité des fidèles », c’est un peu facile quand on se doute bien qu’elle comptait précisément sur cette même sensibilité pour faire le buzz. Mais passons, puisque j’ai dit que ce n’était même pas le pire.

En fait, ce qui me non-réjouit le plus dans cette histoire, c’est le parti pris sémantique qu’elle ose non-dissimuler.

Un slogan publicitaire non-mal connu de ces non-premières années disait : « Avec Carrefour, je positive. » On me dira que c’est très nouille, ça aussi ; et on aura non-tort. Faut-il pourtant qu’aujourd’hui on réplique : « Avec Benetton, je négative » ? Je le non-souhaite, personnellement. Nan, mais sérieusement ! Qui est le type qui a inventé ce slogan de la campagne : « Un-Hate » ? Si c’est ça, la nouvelle valeur absolue de la vivrensemblitude, je suis désolé de jouer les rabats-joie, les enfants, mais on est mal barrés, tiens ! Ou alors, il faut s’adapter un peu…

C’est ainsi qu’en communion avec les belles valeurs du « créatif » de chez Benetton, j’ai fait un non-éveil.

Nous non-mourions tous dans une belle non-disharmonie sur une non-mer qui était non-hideuse. Tous les non-hommes et les non-femmes étaient non-malheureux. La vie était non-compliquée pour tout le monde, puisque tous étaient en non-mauvaise non-maladie, non-moches et non-pauvres. Les animaux étaient non-méchants et il faisait toujours non-pluvieux. C’était non-désagréable. Un gentil non-dictateur gouvernait avec non-injustice ce pays non-affreux. La non-guerre régnait partout, Bref : c’était le non-enfer.

Et on avait tous l’air bien non-intelligents.

Je n’ose même pas ce qu’aurait, d’ailleurs, donné le message du Christ, à ce compte… « Je suis le non-terrain-vague, le non-mensonge, la non-mort » ? « Non-haïssez-vous les uns les autres » ? Pas sûr que ça aurait si bien marché.

Tout ça pour dire que quand Benetton aura fini de nous prendre pour des cons et de faire de la provoc à deux balles et pleine de non-respect, il pourra éventuellement songer, un jour, à nous expliquer ce qu’il essaie de nous vendre. Moi non-compris.

Aux Quatre Vents

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Il y a l’image que les télés retiendront ; sans doute pour les bêtisiers, d’ailleurs. Un vieux monsieur habillé de blanc, pas très aimé et donc cible idéale des railleries, décoiffé par une bourrasque et soudain privé de son drôle de petit chapeau. La calotte qui met les voiles, devant un million et demi de spectateurs et en direct sur de nombreuses télévisions. C’est du bon, ça, coco : ce drôle d’oiseau balayé, on en rira de bon cœur. Ce n’est même pas la première fois que ça arrive, mais ça illustre bien un certain goût du ridicule : il faut être inconscient ou avoir un sacré sens de l’humour pour porter ce genre de petite galette sur le crâne…

De toute façon, les merles n’ont jamais aimé les hirondelles. Mais qu’ils se moquent : elles s’en moquent ! Les hirondelles sont libres, même quand elles ont été peu à peu défaites par trop de printemps.

Il y aura donc le souvenir de cette calotte qui vole, comme celui d’autres clichés tout aussi amusants. Et puis voilà. Sauf que les télés auront bien raison : la tempête qui dérobe le chapeau du pape, c’est bel et bien l’image qu’il faudra retenir de ces JMJ de Madrid 2011.

Peut-être pas pour les esprits chagrins qui se seront concentrés exclusivement sur la fausse polémique du coût (on attend d’ailleurs que la presse relaie avec tant d’empressement les bénéfices aujourd’hui réestimés des JMJ… pour rire). Peut-être pas non plus pour les participants (eux rapporteront, je l’espère, plutôt le visage du Christ dans leurs souvenirs – qu’ils l’aient aperçu au coin du chemin de croix, au passage de l’adoration eucharistique ou au détour d’une confession), mais je n’oserai pas me prononcer en leur nom : je n’en étais pas. A l’été 2011, durant les Journées mondiales de la jeunesse, je me rappellerai surtout avoir été en vacances, et n’avoir suivi que de loin le rassemblement. Alors je me contenterai de parler pour ceux qui n’y étaient pas et n’auront fait, comme moi, que voir quelques images éparses de la joie madrilène. Pour ces JMJistes par écran interposé, l’image, la grande image, celle qui restera, c’est bien celle que les télés retiendront. Mais pas pour les mêmes raisons.

Du vieillard secoué par le vent au point d’en être décoiffé, on ne retiendra pas la trajectoire de la calotte. Seules les feuilles mortes l’auront suivie. On retiendra l’homme, tenant droit dans le vent et la pluie sur l’aérodrome – si bien nommé ! – de Cuatro Vientos. L’image aurait pu être l’anodin cliché d’un bêtisier, elle est au contraire emblématique, voire prophétique : c’est le symbole absolu d’un pontificat décidément fait pour déjouer les pronostics et tenir bon dans les tempêtes.

Avec Benoît XVI, les catholiques ont pris ces dernières années quelques bonnes rafales de vent. Inutile de les énumérer de nouveau ; sans doute en prendront-ils encore quelques unes. Sans doute verront-ils encore s’envoler quelques coiffes et seront-ils encore secoués de quelques embruns. Et puis voilà : leur pape aura tenu droit, ils tiendront bien. Mieux encore : leur pape aura doucement souri, ils sauront bien s’inspirer de cette philosophie-là et faire contre mauvaise fortune bonne espérance.

Aux quatre vents, debout… les tempêtes ne sont jamais aussi tonitruantes que le calme qui leur succède. A la proue du navire, non pas un chef (pour le chrétien, nul autre chef que le Christ), mais bien un capitaine, dont la présence ne galvanise peut-être pas l’équipage, mais rassure et affermis. « Affermis dans la foi », c’était d’ailleurs le thème de ces JMJ. (Comme quoi… la météo a parfois des airs étonnamment célestes.) Il suffisait de revoir le capitaine, un peu plus tard, la tempête passée, le discours enfin achevé, se mettre au premier rang d’un temps de prière face au Saint-Sacrement, dans un silence comme on n’en fait plus nulle part ailleurs…

Le rendez-vous de ce pape n’est pas avec les médias, il est avec l’histoire. Le rendez-vous de l’Eglise n’est pas avec le monde, il est avec le ciel. D’ici là, vaille que vaille, malgré l’orage, on s’accrochera à la foi, à l’espérance et à la charité. Et, si possible, surtout à la charité. Elle, elle ne s’envolera pas.

*

[P.S. Comme expliqué dans ce billet : je suis en vacances… et très, très peu connecté. Du coup, soyez sages dans les commentaires et soyez patients avec moi : je reviens bientôt.]

L’effort ou les purs ?

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Deux amis parcourent silencieusement une longue plage, au coucher du soleil. La mer découpe les derniers rayons rougeoyants de l’astre qui semble se dissoudre à l’horizon, tandis que l’écume clapote tendrement contre quelques rochers abandonnés. L’un des deux hommes se penche soudain. Sur le sable, seule et déjà presque desséchée, une maigre étoile de mer meurt doucement, incapable de rejoindre l’eau dont elle a été rejetée par un courant trop fort pour elle. Il la saisit délicatement au bout de ses doigts et la contemple un moment. Puis il esquisse un geste pour la projeter de nouveau dans l’eau. Son ami l’interpelle alors : « A quoi bon ? Tu sais bien que la mer dépose chaque jour des milliers d’étoiles sur le sable… Pour une que tu sauveras peut-être, combien vont malgré tout mourir, parce que tu ne peux pas t’occuper de chacune ? La remettre à l’eau, c’est dérisoire, inutile, et ça ne change rien. »

Avec un sourire un rien amer, l’homme continue de fixer l’animal, sans trop savoir quoi faire. Et soudain, d’un grand geste puissant, il la lance le plus loin possible dans l’océan. Reprenant sa marche sous l’œil interrogatif de son ami, il commente alors : « Peu importe. Parce que, pour elle, ça change tout. »

*

Le dilemme est en fait presque aussi vieux que la politique. Faut-il s’en tenir à des principes et ne jamais transiger au moindre dialogue, ou retrousser ses manches et travailler concrètement à l’amélioration d’une loi vers le « meilleur possible », au risque d’être ensuite associé à des concessions que notre propre conscience n’approuve pas ? En d’autres termes : rester « pur » ou considérer que, parfois, on doit accepter de mettre les mains dans le cambouis pour maintenir cette fichue chaine de vélo en état de marche ? Partisans de l’une ou l’autre position doivent au moins pouvoir se mettre d’accord sur l’idée que la réponse est loin d’être évidente.

Ici la précision s’impose : oui, je parle bien de la révision des lois de bioéthiques qui, après un premier examen à l’Assemblée en janvier, ont été largement modifiées au Sénat… et reviennent à la Chambre en deuxième lecture. Sans entrer dans le fond (ce que je laisserai à d’éminents spécialistes), le constat à l’heure actuelle est plutôt que si en janvier on avait à peu près – quoique toujours trop peu – limité la casse, le texte tel qu’il revient est en profonde contradiction avec les positions de l’Église. Dès lors, comment se positionner, comme croyant ?

Deux solutions s’offrent au député qui partagerait ces vues : soit il fait quelques déclarations tonitruantes et vote contre la loi au final, soit il ferraille autant qu’il peut pour atténuer chaque article et « sauver » tout ce qui pourra l’être. Idéalement, la première solution est évidemment la meilleure. Efficacement…

Le problème, c’est qu’il faut bien considérer que le projet de loi va passer. Mathématiquement, les chances qu’il soit rejeté dans l’hémicycle sont tellement infimes qu’il vaut mieux d’emblée les considérer comme nulles (quitte à avoir une bonne surprise).

Le problème aussi, c’est que certains semblent préférer les cris de hussards et la gloire des barouds d’honneur au travail lent et ingrat de fourmis. Et je ne dis pas que ce choix n’est pas le bon ! Simplement : à choisir entre le bruit et la ferveur… je préfèrerais encore que les partisans des « coups » médiatiques ou politiques acceptent parfois de lâcher un petit P, et se contentent déjà d’être de bons artisans. Sans lui jeter spécialement la pierre (car il fait par ailleurs un très bon travail, semble-t-il), je pense tout spécialement ici au député (catholique) de Saône-et-Loire, Jean-Marc Nesme, dont on a quand même beaucoup entendu chanter les louanges ces derniers temps. A lire certains (que ce soit dans L’Express ou ailleurs), il serait une sorte de chef de file courageux et particulièrement tenace, défenseur infatigable de positions situées dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église catholique. Soit. Mais alors, une question se pose : un examen rapide de la liste des personnes présentes ces derniers jours à la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique permet de s’apercevoir que M. Nesme n’a – semble-t-il – pas réussi à se libérer pour participer à ces réunions. Pourquoi ? C’est fort dommage, d’autant que de bonnes sources ont pu me confirmer que, lors d’un précédent examen en janvier, sa présence s’était déjà limitée à quelques minutes. Sans parler de son absence discrète dans l’hémicycle par la suite (là, je l’ai vu de mes yeux sur le direct de l’Assemblée, puisque des troubles brutaux de ma vie intérieure m’ont retenu à domicile, une bassine entre les mains…).

Je répète : il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, et je suis tout prêt à gratifier Jean-Marc Nesme de mon amitié et de mon soutien (après tout, il cosigne la plupart des amendements que j’approuve des deux mains, ce n’est pas comme s’il était un lâche notoire). Cet exemple, je ne le cite ici que parce qu’il me semble symptomatique d’une certaine façon de préférer parfois, en politique, les mains propres et l’absence de la moindre compromission à un véritable travail de fond.

Comme citoyen, j’estime légitime de m’interroger sur l’efficacité réelle d’un amendement qu’on dépose mais qu’on ne prend ensuite pas la peine d’aller défendre en commission ou (pire) en séance. C’est bien beau, par exemple, de réclamer l’interdiction pure et simple de la recherche sur l’embryon, mais quelle chance cet amendement a-t-il d’être adopté si son signataire ne vient pas soutenir sa position, et s’il n’est même pas là pour le voter le moment venu ? Des nèfles, rien, aucun espoir ! Se contenter de voter in fine contre le projet de loi complet, c’est joli sur un CV, ça fait gagner des points dans des classements de députés pro-famille, mais c’est totalement inefficace.

On a besoin de hérauts, mais de héros bien plus encore. Pardon donc si, à une chaise bien vide, il m’arrive de préférer un vote bien fait. Parfois, il faut savoir défendre ses positions avec tout le poids de sa main levée, et pas seulement à la pointe de son stylo. Et une voix, peut-être discrète mais présente, ce ne sera pas du luxe pour détricoter ce que le Sénat nous a composé… C’est en tout cas ce que j’attends d’un député auquel je donne ma voix, que ce soit en 2007 ou en 2012.

Il en va de la politique comme de la chevalerie : on peut charger contre des moulins, ou tenter de regagner, parcelle après parcelle, le terrain perdu.

N’empêche… Quand le rapport de forces impose que la loi passera à la fin, n’est-il pas du rôle de l’homme politique de peser de toutes ses convictions sur le texte, afin d’épargner tout ce qui pourra éventuellement l’être ? Les concessions obtenues seront minces, frustrantes, sans doute infimes et dérisoires… et alors ? Dans quelle conception du monde « trop peu » vaut-il moins que « rien » ?

Relisons à ce propos ce passage d’Evangelium vitae, consacré à l’avortement mais qui pourrait aisément être extrapolé :

« Il est évident que, lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement, un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes. »

[Edit 24.05 : Un éminent lecteur (Mgr Hervé Giraud, pour ne pas le nommer) m’informe d’une variante plus juste de la fin de cette traduction : « … On considère comme juste et opportun l’effort pour en limiter les aspects injustes. » (« Potius vero aequus opportunusque inducitur conatus ut eius iniquae cohibeantur species. ») Merci à lui.]

Tout y est : le rappel de l’idéal et l’introduction d’un pragmatisme efficace, pour viser toujours un meilleur possible.

« Les forts et les purs » sont peut-être séduisants ; qu’on me permette malgré tout, sans renier les premiers, de préférer parfois l’effort et l’épure. Les deux (les quatre, en réalité) ne sont d’ailleurs pas nécessairement incompatibles : les coups d’éclats peuvent être précédés de modestes travaux. Il y a, aujourd’hui, des députés aux convictions fortes, qui ont répondu à l’appel du bienheureux Jean-Paul II et se battent chaque jour pour faire avancer le schmilblick, discrètement, sans communiqués de presse tonitruants ou interviews médiatiques. Qui sont présents sur les bancs de l’Assemblée, où ils avalent probablement plus de couleuvres qu’on pourrait jamais le supporter nous-mêmes. Mais qui tiennent bon. Inutile de les nommer : leurs noms sont de tous ces amendements que l’on pourrait signer des deux mains, et que d’autres d’ailleurs signent avec eux. Qu’ils sachent qu’à la veille de l’examen de ce projet de loi si crucial, je les soutiens comme je peux par la prière.

Et si le mardi devenait le jour où nous prions pour les hommes politiques chrétiens ? Parce que chaque main levée, chaque minute de présence dans l’hémicycle, comme pour une seule étoile de mer, change tout.

Le pape a un bonnet rouge, et Rue89 des oeillères

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Le problème avec certains pisse-copies, c’est qu’ils prennent parfois leur propre vessie pour une lampe tempête. Parfois, c’est rigolo. D’autres fois, non.

Prenons Rue89, par exemple. C’est un site internet auquel il est déjà arrivé d’être intéressant, et que je consulte généralement sans déplaisir (au point même que j’ai déjà hésité à acheter la version papier pour un trajet en train – finalement j’ai pris Marianne, mais quand même). Donc, sur Rue89, comme en beaucoup d’endroits équipés d’un fil AFP probablement, il existe quelques dogmes bien ancrés qui tiennent lieu de convictions religieuses pardon : politiques. « Benoît XVI est un pape nazi réac » en fait de toute évidence partie. Le souci, c’est que parfois les catholiques sont plutôt des gens contrariants, et le pape en tête (mais tu me diras : c’est normal pour un pape d’être à la tête des catholiques).

Que faire, alors, quand un pape nazi réac donne des signes de gauchisme patenté ? Eh bien tout simplement aller jeter un œil à sa garde robe, pour y dénicher d’autres signes qui rappelleront habilement qu’il est un réac, un vrai. Et bonne nouvelle : ça se trouve sans trop de difficulté. Le pape porte des fonds de placards, c’est donc la preuve qu’il veut revenir à la messe tout en latin célébrée dos à l’assemblée tout en appelant à la croisade. Ou un truc du genre.

C’est beau, le « real journalism ».

Au sixième paragraphe de cet article signé d’une étudiante (en stylisme ?), on peut lire que le choix du rouge en certaines occasions est une « référence au sang des martyrs chrétiens ». Et c’est un peu là que l’article devient dramatique… En fait, non : il l’était avant. Mais à ce moment-là, on bascule de l’absurde dans le grossier et le vulgaire. Pourquoi ? Parce que ce sympathique papier qui s’amuse à tirer des conclusions politiques de la garde-robe de Benoît XVI se retrouve à la Une du site (je regrette tellement de ne pas avoir fait de capture d’écran à ce moment-là…) le lendemain du jour où l’on a appris le massacre de 46 catholiques dans une église de Bagdad (en Irak, donc). Sachant qu’à la Une de Rue 89, aucun autre article n’est venu depuis ne serait-ce qu’évoquer cette tragédie.

Alors quoi ? Il y a quelques années, une amie a voulu me démontrer, définitive, que les chrétiens étaient des privilégiés par opposition aux musulmans et aux juifs en me lançant : « Personne ne profane vos cimetières, personne ne met le feu à vos églises et personne ne vous assassine ! » Depuis ce jour, je sais bien que, les chrétiens, tout le monde s’en carre bien profond. Que les églises brûlées sont des accidents, que les cimetières retournés le sont par de petits plaisantins sans idéologie et que les assassinats n’existent pas. La preuve : c’est que les médias n’en parlent pas… Ah ben ça alors, oui, c’est vraiment la preuve, hein, ma bonne dame !

En voyant la semaine dernière passer discrètement une dépêche relative à 127 tombes « dégradées » dans la Marne, j’imaginais cyniquement une conférence de rédaction : « Ah ! si seulement ça avait pu être un cimetière juif, on aurait eu une belle Une ! » Et pourtant, vois-tu, je ne suis pas spécialement le genre revanchard ou défenseur de la chrétienté assiégée. Je serais même plutôt du genre mollasson, bisounours, qui préfère encore construire une entente que dénoncer des défaillances… Je me refuse à rester dans une conception défensive du christianisme. Dans une certaine mesure. Que nous venons donc d’atteindre à Bagdad.

Le fait divers français que j’évoque est totalement anecdotique face au drame des catholiques irakiens. Mais sa perception est révélatrice, à son échelle, de l’accueil qui sera ensuite fait à des événements d’une toute autre ampleur.

Peut-être le massacre de Bagdad va-t-il enfin réveiller quelques consciences ? Il semble tout de même que médiatiquement la sauce « prenne » un peu (mon Dieu ! quand je pense qu’on en vient à en parler en ces termes…), mais que les réactions ont été longues à venir et timorées, dans les premières heures ! Et de toute évidence, l’info n’intéresse pas encore tout le monde ; il doit y avoir plus urgent et plus crucial.

Que Rue89 considère que cette info n’en est pas une, qu’on se fout royalement du sort des chrétiens (de toute façon, c’est de loin la religion la moins persécutée dans le monde, n’est-ce pas ? et puis les croisades, l’Inquisition, la capote, toussa…) et que ce qui est intéressant c’est d’analyser la politique nazie réac du Vatican, c’est son droit. Après tout, pourquoi s’intéresser à de petits détails quand on côtoie de grands drames humains, tels que le refus de l’accès des femmes à la prêtrise ? Finalement, Rue89 a bien le droit de faire comme presque tout le monde et s’en foutre. Non, ce qui est indécent, c’est de mettre de tels articles en Une quand un carnage pourrait être l’occasion de mettre en lumière le sort d’une population abandonnée à son malheur, à son exil forcé… à sa mort. Quand en fait on pourrait aussi décider d’informer, à la place.

Le problème avec les pisse-copies, ce n’est même pas seulement que certains prennent leur propre vessie pour une lampe tempête ; le problème, c’est que parfois – Dieu sait comment – il y en a qui se mettent du caca plein les yeux.

Petites contrariétés des détenteurs de carte de presse

News

Les catholiques sont plutôt des gens contrariants. C’est un peu comme s’ils avaient décidé, dès les origines, qu’ils ne feraient rien comme tout le monde et qu’ils n’en manqueraient pas une pour agacer le bon citoyen lambda. Surtout le citoyen lambda muni d’une carte de presse, d’ailleurs.

Rien de spécialement étonnant à cela, quand on se donne la peine d’y penser (mais c’est déjà un effort – ne nous fatiguons pas trop dès le début d’un billet) : une religion qui n’est même pas fichue d’avoir un Père fondateur et se contente d’un Fils à Papa aux origines troubles, lequel non content de jouer les raconteurs d’histoires durant une tournée de trois ans en Palestine, ne trouve rien de mieux à faire que d’aller mourir lamentablement dans un supplice parmi les plus terribles que l’humanité ait connu. Après un tel démarrage, on aurait pu espérer que les disciples du Bonhomme auraient eu la présence d’esprit de se faire discrets. Las ! il a fallu qu’ils crient victoire face à cette défaite manifeste et incontestable. La suite, tout le monde la connait : forts des quelques grammes d’espoir qu’ils dealaient à toutes les misères du monde et tous les simplets qu’ils ont croisés (soit des personnes généralement non munies d’une carte de presse), ils ont lancé un petit business qui s’est révélé plutôt florissant. Et qui perdure encore aujourd’hui et continue de faire des ravages, malgré les efforts quotidiens de salubrité intellectuelle entrepris par les détenteurs de carte de presse.

A la tête de leur bazar, ils placent généralement un vieux en robe – d’ordinaire, ils choisissent le moins avenant qu’ils puissent trouver, surtout pour l’actuel – qu’ils baladent autour du monde avec des chapeaux moches et des chaussures ridicules. On s’amuse comme on peut, tu me diras.

En fait, ce qu’il est intéressant de noter avec le vieux en robe, c’est essentiellement qu’il n’a pas le charisme de son prédécesseur. Lequel était aussi un sale vilain réac, mais plus personne ne s’en rappelle trop et ce serait dommage d’en reparler parce que ça enlèverait une critique toute faite de l’actuel. Donc bon : côté charisme, c’était mieux avant. Côté ouverture, aussi : ça manque cruellement de lecture des Inrocks, tout ça… enfin, moi j’dis ça, hein !

L’ennui, c’est qu’en plus de cumuler tous ces petits défauts bien agaçants, il a aussi cette manie qui semble donc héréditaire chez les amateurs de goupillon : il est plutôt contrariant. Ainsi, quand il part dans un pays – prenons, au hasard, le Royaume-Uni – il apparait évident à toute personne dotée d’une intelligence (ou d’une carte de presse – ça va souvent de pair) que ce déplacement sera un échec. Pour les raisons évoquées plus haut. En toute logique. C’est imparable, puisque tout le monde voit bien que ça ne peut pas être autrement.

Mais comme il faut bien justifier de temps en temps sa carte de presse, entre deux sujets sur le dernier Marc Lévy et sur les après-rasages bio, on tentera de jeter un œil distrait à ce qui se passe lors du voyage précédemment mentionné. Heureusement, dans ces cas-là, on a aussi quelques jolies casseroles qu’on s’est employé les années précédentes à accrocher derrière le vieux qui porte des robes : on peut les ressasser, on reste en terrain connu, c’est sécurisant. Alors, bien sûr, il faut généralement un peu prêter l’œil pour finir par dégoter deux ou trois opposants manifestes au milieu d’une foule faussement enthousiaste, mais par bonheur la nature a su doter les détenteurs de carte de presse d’un habile regard fort bien exercé à cette tâche. On a beau ne pas être sur place, on trouve.

Sauf qu’au bout d’un moment, ça ne passe pas : on a parlé pendant une dizaine de jours de l’échec inévitable du voyage, mais il faudra admettre à la toute fin que, bon, d’accord, pour cette fois ça n’a pas été autant un échec que ce qu’on avait prévu. Même que, peut-être, éventuellement, ça aurait été un relatif succès éclatant, mais faudrait voir à pas trop pousser non plus, et puis c’est déjà du passé, n’en parlons plus et attendons sagement le prochain échec inévitable.

C’est pas bon pour l’ulcère d’être trop contrarié.

C’est pas non plus la fête à Mimile

News

Ils sont gentils, j’en suis sûr, à 20minutes.fr, mais je préfère le dire dès maintenant : zut ! Va falloir voir à éviter de me chauffer. Le coup de la dépêche qui dit un truc sous un titre qui dit plutôt autre chose et – surtout – suggère très légèrement une idée qui ferait visiblement surtout plaisir au journaliste, ça va bien. C’est pour ça que, moi (qui suis globalement aussi un bon gars, si j’en crois ma mère), quand je lis ça :

« La messe du pape en Angleterre n’attire pas les foules »,

et que quelques lignes en-dessous je lis aussi ça :

« Ça reste en dessous de ce que nous espérions même si c’est presque complet »,

je ne peux pas m’empêcher de penser que, bon, ça doit quand même attirer un peu de monde pour qu’on arrive à remplir. Non ? Mais il faut dire que je suis un indécrottable naïf, hein !

Disons surtout que, certes, ça n’a pas l’air de ressembler (pour l’instant ?) à un raz-de-marée de pèlerins, mais que ça reste quand même plutôt honorable : 50.000 personnes, c’est pas non plus juste la fête à Mimile !

Il faudra ensuite se demander si le choix de l’organisation de faire payer la participation, notamment à la messe, était un bon plan. Rappelons simplement – à toutes fins utile, comme par exemple d’éviter des commentaires trop hâtifs – que ce n’est pas le Vatican qui tient la billetterie. Personnellement aussi je suis mal à l’aise avec le principe, mais il faut bien financer la visite (en France, on aurait fait des appels aux dons).

Revoilà les légions du pape (les fameuses)

Humeur(s), Médias, News

Enfin, « légions du pape », c’est une façon de parler… Ce ne sont pas ces légions fantasmées par quelques journalistes hurluberlus qui lèvent la voix, qu’un groupe de personnalités diverses. Tout cela pour lancer, avec force, un appel :

SOLIDAIRES DES VICTIMES ET SOLIDAIRES DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

Appel d’intellectuels, journalistes, artistes et personnalités de la société civile et politique

Les  affaires de pédophilie dans l’Église sont, pour tous les catholiques, une source de peine profonde et de douleur extrême. Des membres de la hiérarchie de l’Église ont eu sur certains dossiers de graves manquements et dysfonctionnements, et nous saluons la volonté du pape de faire toute la lumière sur ces affaires.

Avec les évêques, et en tant que membres de la même Église, les laïcs catholiques assument le poids des crimes de certains prêtres et des défaillances de leurs supérieurs; ils se rangent résolument, ainsi que le Christ invite à le faire, du côté de ceux qui souffrent le plus de ces crimes, c’est-à-dire les victimes, tout en priant pour les coupables.

Quant  à nous, nous souhaitons de tout cœur que toute la vérité soit faite et qu’avec le concours de tous les hommes et femmes de bonne volonté, il soit débattu sereinement et fraternellement, dans l’Église catholique, de tout ce qui a pu rendre possible ces offenses portées aussi au Christ.

Dans  le même temps, nous regrettons l’emballement et la surenchère médiatiques qui accompagnent ces affaires. Au-delà du droit à l’information, légitime et démocratique, nous ne pouvons que constater avec tristesse, en tant que chrétiens mais surtout en tant que citoyens, que de nombreux médias dans notre pays (et en Occident en général) traitent ces affaires avec partialité, méconnaissance ou délectation. De raccourcis en généralisations, le portrait de l’Église qui est fait dans la presse actuellement ne correspond pas à ce que vivent les chrétiens catholiques.

Tout en redisant notre horreur devant le crime de prêtres pédophiles et notre solidarité envers les victimes, nous appelons les médias à une éthique de responsabilité qui passerait par un traitement plus déontologique de ces affaires. Les phénomènes d’emballement médiatiques ne sont pas réservés, et de loin, à l’Église ; mais nous sommes fatigués et meurtris de cet emballement-là.

Nous pensons à tant de prêtres qui portent avec courage, et parfois dans la solitude, le message du Christ.

Nous sommes avec eux.

Nous saluons la lettre des évêques de France au pape Benoît XVI, et souhaitons voir l’Église catholique sortir avec sérénité et responsabilité de cette épreuve douloureuse.

Et, tant qu’on y est, la liste des premiers signataires :

Jacques  Arènes (psychanalyste et écrivain), Denis Badré (sénateur), Frigide Barjot (humoriste), Jean-Marc Bastière (journaliste et écrivain), Claude Bébéar (président du conseil de surveillance d’AXA), Michel Boyancé (doyen de l’IPC, institut de philosophie comparée), Rémi Brague (philosophe, de l’Institut), Alexis Brézet (journaliste), Jean des Cars (écrivain), François Cassingena-Trévedy (moine bénédictin, liturgiste et écrivain), Jean Chélini, (historien, secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille), Ghislain du Chéné (coordinateur international de Foi et Lumière), Colette Combe (psychanalyste et écrivain), François Content (directeur général de la Fondation d’Auteuil), Philippe Delaroche (écrivain, journaliste), Chantal Delsol (écrivain et philosophe), Patrick Demouy (historien, professeur des Universités), Bernadette Dupont (sénateur), Bertrand d’Esparron (gérant d’entreprise de communication), Emmanuel Falque (philosophe et écrivain), Olivier Florant (sexologue), Jean-Christophe Fromantin (maire de Neuilly-sur-Seine, dirigeant d’entreprise), Patrick de Gméline (historien), Samuel Grzybowski (président-fondateur de l’association Coexister), Laurent Grzybowski (journaliste), Fabrice Hadjadj (essayiste et dramaturge), Rona Hartner (chanteuse, comédienne), François Huguenin (écrivain), Vincent Hervouët (journaliste), Gaspard-Marie Janvier (écrivain), Pasteur Alain Joly (Eglise luthérienne), Patrick Kéchichian (écrivain et critique littéraire), Koz (blogueur et avocat), Louis-Etienne de Labarthe (rédacteur en chef, Il est vivant !), Philippe de Lachapelle (directeur de l’OCH, Office chrétien des personnes handicapées), Laurent Lafforgue (mathématicien, lauréat de la médaille Fields), Gérard Leclerc (essayiste, journaliste), Henrik Lindell (journaliste), Michael Lonsdale (comédien), Victor Loupan (éditeur, rédacteur en chef de La Pensée Russe), Bruno Maillé (enseignant, essayiste), François Maillot (directeur général La Procure), Jean-Luc Marion (philosophe, membre de l’Académie Française), Jean-Pierre Marcon (député), Nicolas Mathey, (professeur de droit, Paris V), Jean-Pierre Machelon (professeur de droit, Paris V), Marc Mennessier (journaliste), François Miclo (philosophe et écrivain), Jean-Marc Nesme (député-maire), Philippe Oswald (journaliste), Xavier Patier, (écrivain), Patrice de Plunkett (écrivain et blogueur), Hugues Portelli (sénateur), Jean-Frédéric Poisson (député), Aymeric Pourbaix (Directeur des programmes, Radio Notre-Dame), Guillaume de Prémare, (consultant en communication, Médias & Evangile), Edmond Prochain (blogueur, journaliste), Samuel Pruvot (journaliste), Jacques Remiller (député-maire), Alina Reyes (écrivain),  Damien Ricour (comédien), Ivan Rioufol (essayiste, journaliste), Catherine Rouvier (juriste, politologue), Jean Sévillia (journaliste, écrivain)Grégory Solari (éditeur),Raphaël Stainville (journaliste), Denis Sureau (éditeur, théologien), François Taillandier (écrivain), Denis Tillinac (écrivain), Henri Tincq (journaliste et écrivain), Hubert de Torcy (rédacteur en chef, L’1visible), Vincent  Trémolet de Villers (journaliste), Natalia Trouiller (blogueuse, journaliste), Didier Truchet (professeur de droit, Paris II), Patrick Tudoret (écrivain), Christian Vanneste (député), François de Wendel (chef d’entreprise).

Une liste à elle seule presque plus longue que le texte, ce qui est déjà un symbole en soi. Je n’aurai pas le mauvais goût d’en tirer un best of ; à chacun d’aller y voir dans le détail pour repérer tel ou tel. Le jeu, c’est de retrouver parmi tous ces noms l’avorton que je suis… Il y a tellement de beau monde qui traîne dans cette liste que mon pseudo finit par y faire franchement tache ! Mais en même temps, toute cette histoire a réussi à mobiliser une bonne petite partie de mon temps depuis le week-end dernier (même si ce n’est rien à côté de l’énergie déployée par Natalia Trouiller, Koz, Frigide Barjot, François Taillandier ou encore François Miclo).

L’appel est donc lancé. Et il est désormais possible à tout un chacun (à toi, par exemple) de venir inscrire son nom au bas de cette liste.

Qu’ajouter à cela, alors ? Que le but n’est évidemment pas de se poser victimes contre victimes, mais de rappeler que les crimes de pédophilie commis au sein de l’Église sont insupportables, que la dissimulation de ces crimes, quand elle a eu lieu, est contraire à tout ce qui fonde le catholicisme. Mais aussi que Benoît XVI n’est pas « rattrapé » par le scandale : que c’est bien lui qui a pris, comme jamais personne avant dans l’Église, l’initiative de faire toute la lumière sur les affaires du passé afin de les « laver ». En ce sens, il est le premier pape à avoir à pris à ce point « le risque de la vérité », et que cette volonté-là est à saluer en premier lieu.

Ensuite, il est aussi question d’appeler les journalistes (en l’occurrence, donc, mes confrères) à la retenue. A la modération. A l’exigence de vérité qui est – théoriquement – le fondement du métier, et qui devrait leur interdire d’écrire à ce point leurs papiers à charge. Quand il y a une accusation, la plus élémentaire justice impose de donner la parole à l’accusé, et de l’écouter. Or, depuis le début de ces affaires, le Vatican s’exprime, et parfois dément certaines charges. On a le droit de ne pas y croire, mais on a aussi le devoir de s’en faire écho. Aujourd’hui le sujet est mal traité ; et les catholiques maltraités.

Le plus inquiétant dans tout ça, ce n’est pas tant le traitement réservé dans la presse à l’Église, au pape, aux catholiques dans leur ensemble. C’est le soupçon qui s’insinue dans notre esprit : combien d’affaires et de sujets sont, chaque jour, aussi mal rapportés dans notre presse, celle qui se veut garante de notre liberté ?

Hans Küng : sénile, ni écrire

Humeur(s), News

hanskungL’article d’Hans Küng sur la politique du pape envers les anglicans est un véritable drame ! Il n’y a qu’à lire le premier paragraphe pour faire le plein de clichés, c’est assez intéressant d’un point de vue rhétorique : c’est la pédagogie du coup de pied dans la tronche. Fin comme la finition d’un gant de boxe. Rempli jusqu’à la nausée des obsessions d’un vieux monsieur qui semble saisir n’importe quelle occasion de régler ses comptes avec Benoît XVI ; même si ça doit passer par des tribunes où la pensée est tellement distendue que l’ensemble en devient intellectuellement incompréhensible. Symptomatique. Pathologique.

« Après avoir heurté de front les juifs, les musulmans, les protestants et les catholiques réformistes, voilà que le pape Benoît XVI s’en prend maintenant aux anglicans. »

Ah, mince, les pauvres : qu’est-ce qu’il va leur faire, le méchant Benoît XVI ? Il les agresse ? Pire encore : il les accueille. Fasciste, va !

Mais la situation, selon Hans Küng, n’est pas si simple. Non, « si simple » n’était pas assez : mieux vaut encore qu’elle soit simpliste, au moins tout le monde comprendra. Alors, d’abord, il y a un vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique. Le genre qui fait mumuse avec les extrêmes en permanence et ne dit jamais un mot sur l’Afrique ou l’économie mondiale. Du « pas bien » en barre, quoi. Et alors, le vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique, eh bien il a tendu un piège machiavélique à tout un tas de charmants petits anglicans, qui sont un peu benêts et qui se sont laissés prendre comme des nouilles et qui quand même sont salement d’extrême droite (oui, parce que sinon ça se tient pas que le vilain-pas-beau-ouh-qu’il-est-pas-gentil pape catholique qui ne fait mumuse qu’avec les extrêmes s’intéresse à eux). Quant à l’archevêque de Canterbury, s’il a signé le communiqué annonçant la nouvelle du rapprochement, c’est parce que c’est une grosse buse. La preuve que c’est une buse ? facile : s’il n’en était pas une, il n’aurait pas signé.

Pour appuyer ce qu’il dit, Hans Küng a même trouvé un mec vachement bien qui dit des trucs rudement chouettes qui vont pile dans son sens : Hans Küng ! A quoi bon avoir des gens qui pensent comme soi, quand on est d’accord avec soi-même…

A part ça, son article est tout plein de petites sottises pour amuser la galerie (quel déconneur, tout de même !), d’allusions tout juste destinées à donner à l’ensemble un peu de sel polémique, d’interprétations qui feraient de l’expression « procès d’intention » un compliment, et surtout d’une suffisance telle qu’on n’en trouve guère que chez « les gens qui savent ». Du rabâchage de vieilles obsessions personnelles, écrites au mortier. Si près de 400.000 anglicans rejoignent l’Église catholique, c’est forcément contre leur gré, même s’ils ne le savent pas encore… Ce qui se conçoit mal s’énonce salement. Il ne manque finalement, pour faire entrer cette tribune parmi les grands classiques des pamphlets-ni-à-faire, qu’une allusion à Vichy – ce qui nous rappelle au passage qu’Hans Küng n’est pas Français, mais Suisse.

La coupe couche est pleine.

Comme le dit Patrice de Plunkett, dans un bon billet consacré à cette même tribune : « Küng a hanté trop longtemps les salles de rédaction pour n’avoir pas pris une série de tics ». Il qualifie même le texte d’« article de trop », ce que je ne serais pas loin de penser si cette idée ne m’était pas déjà venue par le passé. De son côté, Gian Maria Vian, dans son éditorial de l’Osservatore Romano, ajoute : « le ton ne fait pas honneur à son histoire personnelle, et (…) à certains égards, frise le comique ». C’est vrai que, dès lors qu’on arrête d’être affligé, on se marre quand même pas mal.

Küng, King of the Kongs ? Évidemment non, mais ce papier n’est pas digne de sa grande intelligence ; et moi, des types brillants comme ça qui disent des âneries et le font exprès (et le font depuis un certain temps), ça m’agace pas mal. L’ensemble est tellement bête et méchant qu’il me donnerait presque envie de dire des grossièretés. Sauf que si je fais ça, ma mère risque de m’appeler pour me reprocher encore de dire des gros mots sur mon blogue. Et si elle m’appelle, elle risque de me reprocher aussi de ne pas l’appeler plus souvent. Tu comprendras donc que je ne préfère pas tenter le coup…

Alors que dire ? Rien. Il n’aurait même pas fallu en parler, finalement. Pourtant ça fait du bien !