Au conclave, l’Esprit Saint n’est pas un « fortune cookie »

En passant

Fortune-cookieDonc, le pape s’en va. Je pense que, globalement, l’info est passée. C’est à la fois un départ un peu triste pour ceux qui l’aimaient bien (en tant que fier membre des Légions du Pape – les fameuses – j’en suis évidemment) et un signe prophétique dans le monde actuel, où chacun a tendance à s’accrocher au peu de pouvoir qu’il croit posséder, là où il est : à la maison, en paroisse, au bureau, dans sa commune, en politique, etc. Mais donc, puisque le pape s’en va, (attention, je vais caser ici les deux vannes moisies rituelles, sans lesquelles un conclave ne serait pas un vrai conclave, et ne faites pas cette tête je sais que vous les attendez,) un nouveau pape va être appelé à régner (drôle de nom pour un pape), et les cardinaux vont prochainement se réunir pour élire Lin II l’un d’eux. (Hihihi, voilà c’est fait.) Et puisqu’un conclave se profile, bookmakers et journalistes commencent déjà à s’agiter pour essayer de deviner qui sera le suivant, qui succèdera à Benoît XVI. C’est tout à la foi(s) Conclave Story et un grand Cluedo – Edition Papabili… Le cardinal Moutarde, dans la chapelle Sixtine, avec le candélabre ? Chacun va y aller de son petit ticket, avec toutes les chances que ces paris offrent de passer pour des guignols quand la fumée blanche paraîtra dans le ciel de Rome. Après tout, c’est un jeu et pas grand chose de plus, on n’est donc pas obligés de le prendre au sérieux.

Pourtant, comme il est d’usage dans ces cas-là, l’heure vient – et en vérité c’est déjà maintenant – où les adorateurs des grincheux certains catholiques vont commencer à nous répéter en boucle qu’il est d’usage que les favoris « entrent au conclave pape pour en sortir cardinal », que les pontifes élus ont toujours déjoué les pronostics (la preuve : Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI – ah non, mince, ça marche pas tant que ça !) et surtout, surtout, surtout : que c’est l’Esprit-Saint qui décide.

D’ailleurs, ils ont raison : c’est l’Esprit Saint qui donne à l’Eglise un nouveau pape. Oui, mais.

Mais ce n’est pas parce qu’on a raison que les autres ont nécessairement tort. Ce n’est pas parce que c’est vrai que ceux qui s’intéressent à l’élection, aux papabili, et essaient de dresser le profil du prochain pape sont des truites. D’abord, parce que c’est toujours une occasion de découvrir la personnalité de quelques uns de nos cardinaux, de voir se dessiner leurs profils et leurs sensibilités, et ainsi de mieux comprendre notre Eglise « composée d’hommes » (que cette expression ne soit pas seulement une formule, finalement). Ensuite, parce que s’il y a une dimension spirituelle du conclave à ne surtout pas négliger, il serait tout aussi idiot d’en ignorer la dimension humaine. L’Esprit Saint n’est pas un fortune cookie, ni une de ces boules de billard magiques qui vous donnent une réponse aux grandes questions de l’existence. Pas plus que le grand ordinateur capable, alors qu’on parle actuellement de 41 noms de favoris déjà évoqués dans la presse internationale, de nous sortir le numéro 42 qui saura nous surprendre et nous éblouir.

D’ailleurs, si c’était le cas, on aurait aussi vite fait de tirer à la courte-paille (voire à la roulette-russe, ce qui permettrait probablement d’intéresser nos amis bouffeurs de curés à l’élection), ou d’aligner les 117 cardinaux électeurs sur la place Saint-Pierre et attendre qu’un arc-en-ciel vienne désigner l’un d’entre eux. Il y a aussi l’option des chaises musicales, à ne pas écarter trop vite du fait de sa dimension indéniablement festive. Un loto, un tournoi de bridge ? On tire les cartes ? Une course de haies ? On prie, on ouvre une Bible au hasard et on regarde lequel a le plus de lettres du premier mot de la page dans son nom ? Tenez, il me vient une autre idée encore : on organise un concours de confessions non-stop, comme on ferait des concours de shots, et le dernier cardinal debout remporte le siège de Pierre… Vous avez du bol, je vous passe les propositions du plus mauvais goût… Mais soyons créatifs, puisque de toute façon c’est l’Esprit Saint qui décide ! Non ?

Bon, d’accord, on garde l’élection.

Peut-être y a-t-il simplement un équilibre à trouver entre une vision « tout politique » des médias et la tentation du « tout spirituel » qui nous guette, celle d’imaginer une élection idéale où les cardinaux ne voteraient qu’en fonction de ce que Dieu leur inspirerait. Le fidéisme n’a pas été condamné par l’Eglise pour rien : Dieu est évidemment à l’oeuvre, mais sa volonté est perceptible par notre intelligence – et rien jusqu’ici ne prouve que les cardinaux soient dépourvus de cette capacité. (Note pour ceux qui douteraient toutefois de cette capacité chez les cardinaux : vous pouvez prier pour qu’ils l’aient… Note pour ceux qui n’en doutent pas : vous pouvez prier aussi. Fin de parenthèse.) Ils voteront donc, certes en priant pour faire non pas le « bon choix » mais le plus juste, le plus conforme à la volonté du Père, mais ils voteront. Ce qui implique qu’ils prendront aussi le temps de la réflexion pour déterminer de quel pape l’Eglise a besoin aujourd’hui. Dans ce choix, des critères politiques entreront évidemment en ligne de compte, de même que des critères de santé, culturels, théologiques… et spirituels. De tout cela, il nous faudra croire, dans la foi (celle que Benoît XVI a voulu mettre en valeur pour l’année en cours, justement), que le pape élu est celui que l’Esprit Saint nous envoie.

Ceci n’a rien à voir avec une minimisation de son rôle, au contraire : c’est une exaltation du plan de Dieu pour l’homme, qui ne se fait jamais sans la volonté de l’homme. Aussi génialement paradoxal que cela puisse être, il y a parfois une intuition bien plus spirituelle dans le fait de prendre en compte des réalités incarnées que dans la tentation de s’en extraire totalement pour s’en remettre à l’action de Dieu seule.

Sa grâce nous suffit.

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Le retour du Jésus ?

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C’est une époque de guerre civile.

À bord de vaisseaux médiatiques opérant à partir d’une base cachée, les Rebelles ont remporté leur première victoire sur la maléfique Église catholique.

Au cours de la bataille, des espions Rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l’arme absolue de l’Église : l’Étoile de la Morale, un dogme spécial blindé doté d’un armement assez puissant pour annihiler une conscience tout entière.

Poursuivie par les sbires sinistres de l’Église, la princesse Laïcité file vers sa base dans son bon-droit cosmique, porteuse des plans volés à l’ennemi qui pourront sauver son peuple et restaurer la paix dans la République…

(Thème orchestral qui fout grave les poils à tout le monde.)

*

C’est le genre de chose qui pourrait bien en surprendre plus d’un : les cathos sont de retour ! Qui ça ? Mais si, vous savez : ces vilains réacs « messalisants » qui prônent une morale rétrograde et sont probablement des ennemis de la République, des libertés individuelles, de la laïcité, du zizi pratiqué joyeusement, des droits de l’homme, des droits de la femme, des droits des animaux, de la tolérance, du progrès scientifique, du rock et des mouchoirs jetables. Ils reviennent, qu’on te dit ! Même que c’est un phénomène suffisamment surprenant pour être observé.

C’est pourtant pas faute de les avoir boutés dehors autant qu’on pouvait à grand coup de pieds dans leur culs-bénis : voilà qu’ils rappliquent par toutes les fenêtres possibles. En vrac : en chanson, dans le débat public, au ciné, en politique. Et faut bien dire que ça commence à faire beaucoup…

Commençons par la chanson (oui, j’ai pas eu le courage d’écrire « musique », j’ai encore des valeurs). Le pays, qui n’est pas à une contradiction près, n’a rien trouvé de mieux à faire que se précipiter pour acheter l’album du groupe Les Prêtres au printemps dernier. Après une belle saison de victoires médiatiques à grand coup de (pseudo) révélations de pédophilie. On croit rêver… ah non, mince, faut éviter les croyances (c’est pas laïc-frienly) ! Bon, alors on doute de rêver… Et m… ! ça marche pas non plus ! Oh, et puis zut, passons.

L’été est arrivé. Les cathos se sont réveillés, ils ont parlé des Roms. Ils ont râlé. On a même pu supposer que le pape prenait part au débat, avec un subtil propos sur l’accueil des « légitimes diversités humaines ». Ça chauffait dans les rédactions : Benoit XVI, Che Guevara : même combat ? In fine, l’incident est quasi-clos aujourd’hui. Mais les polémiques entre ceux qui veulent absolument faire du sermon du pape une condamnation de la politique du gouvernement français sur les Roms et ceux qui tiennent à cantonner sa phrase à un commentaire de l’Évangile, ces polémiques semblent juste occulter un petit détail, peut-être pas si anodin : intentionnellement orientée ou pas, le propos reste ce qu’il est ! Il y a une question à se poser au regard de l’Évangile… Condamnation ou coïncidence, peu importe finalement.

En attendant, les catholiques redevenaient des gaucho-compatibles, ce que tout le monde avait l’air d’avoir oublié. Malgré La Vie, qui en profite pour se demander – fond de commerce oblige – si Dieu est de gauche (on en rit encore, tant la plaisanterie était bien sentie – note ici que ce n’est pas ironique : j’adore cette Une).

Et puis bon, tout ça c’est du pipi de chat, tout radioactif soit-il, à côté de l’arme nucléaire (note ici que je file habilement la métaphore de la radioactivité) dégainée ensuite par l’Église : Des hommes et des dieux. Le film de Xavier Beauvois sur les moines de Tibhirine a – contre toute attente – déjà chatouillé les 2.000.000 de tickets vendus. Quand on pense que le film n’est même pas vraiment catho, ça fait tout drôle… Alors ça y est : l’Église trouve le moyen de revenir sans même rien faire pour ? On la matraque pour ses positions sur le capuchon, les capuches reviennent en force ? On est pas rendus…

Je passe sur le dernier épisode : la tentative (comment le dire charitablement ? « lourdingue » ?) de reconquête des cathos tendance « carte d’électeur » par le président de la République. Les commentateurs sportifs journalistes qui ont couvert l’événement ne se sont d’ailleurs pas trompés sur la valeur réelle de l’événement : Nicolas Sarkozy s’est signé quatre fois. Ah ouais, quand même ! Alors on s’amuse à polémiquer poliment sur le sujet… et les cathos dans tout ça ? Je sais pas trop. En ce qui me concerne, j’aurais tendance à plutôt réclamer des actes. Comment le président répond-il à cette attente ? Par des signes : il se signe ! Je n’ai rien contre les signes d’une façon générale (d’autant que celui-ci est – on peut le dire – assez crucial pour un croyant), mais faudrait voir à ne pas s’arrêter là. Je reçois le message : j’attends maintenant son actualisation. (Un Dont acte, en somme.)

Pendant ce temps là, l’objection de conscience est reconnue par le Conseil de l’Europe (qui, je le rappelle, n’a rien à voir avec l’Union Européenne). C’est chouette. Reste plus qu’à l’appliquer, en France par exemple, et on se réjouira complètement.

Bref. Concluons avec lourdeur. Inutile d’agiter une menace fantoche, malgré l’attaque des clowns, la revanche des signes peut nous donner un nouvel espoir : l’Église contre-attaque, même si c’est pas encore parfaitement le retour du Jésus. Voilà.

Assiette anglaise

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assiette-anglaiseComme j’ai eu depuis hier au moins trois frustrations bloguesques venues directement d’Outre-Manche, je t’ai fait un petit plat réchauffé avec tout ça. Tu prends ce que tu veux, ce ne sont que quelques réflexions en vrac, histoire de faire taire cette petite démangeaison qui me pousse à aborder ces quelques trucs…

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Bon, d’abord, il y a cette petite info savoureuse que j’ai amèrement regretté de ne pas avoir dégottée le premier. Ça aurait pu faire un billet mordant et décalé, tout empreint de cette mauvaise foi que j’aime à laisser s’exprimer parfois…

Parce que figure-toi qu’une consultation (j’ose pas dire « sondage », quand même) sur internet a permis de dresser une liste des chefs d’État les plus « hot » du monde. Tu te demandes qui arrive en tête ? je m’en fous. Il se trouve juste que le Pape figure en bonne avant-dernière position ; ce qui lui évite la honte absolue (ouuuh !) et permettra à certains d’ergoter sur la beauté intérieure, toussa.

Dommage d’avoir manqué l’info. On se consolera malgré tout avec l’excellent commentaire d’Anna Arco : c’est vrai, le Pape n’est peut-être pas hot… mais c’est parce qu’il est cool !

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Autre sujet, qui implique la même Anna Arco (non, ce n’est pas un billet sponsorisé, c’est juste qu’elle est en forme) : le passage des reliques de sainte Thérèse (la petite qui a tout d’une grande) au Royaume-Uni. Notre fière et jeune journaliste du Catholic Herald a pastiché avec beaucoup de finesse et d’humour un petit torchon publié dans qui a sali le plus beau journal du monde.

Ainsi, le racoleur :

Elle a beau être populaire auprès des fidèles, la dévotion à sainte Thérèse arrange bien les intérêts politiques de la hiérarchie catholique.

est devenu, par un astucieux changement de sujet :

Ils ont beau être populaires auprès des fidèles, le succès de The Priests arrange bien les intérêts politiques de la hiérarchie catholique.

Le reste est du même ordre et le détournement savoureux. A tel point que j’aurais bien aimé découvrir ça moi aussi et avoir la présence d’esprit de rigoler un peu en faisant de même avec une autre figure encore plus polémique :

Il a beau être populaire auprès des fidèles, la foi en Jésus Christ arrange bien les intérêts politiques de la hiérarchie catholique.

Par exemple !

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Pour la bonne bouche, je ne résiste pas au plaisir d’une bonne petite citation chouette comme un écho d’adolescence – à l’âge où on pense qu’on est en train d’inventer la pureté de cœur qui sauvera le monde. C’est signé Sarah Silverman et c’est beau comme un écran plat certifié HD pour regarder des documentaires humanitaires en Blu-Ray. Juge toi-même : cette charmante personne a eu la bonne idée de conseiller au Pape de vendre le Vatican et de résoudre le problème de la faim dans le monde avec l’argent récolté.

C’est beau, non ? Le plus formidable là-dedans, c’est que comme l’Église se chargerait de tout, eh bien plus personne n’aurait besoin de songer à changer quoi que ce soit dans son comportement. Qu’importe, finalement, que sans Vatican il n’y ait plus de Saint-Siège et (donc) plus rien pour unifier les associations et fidèles catholiques qui œuvrent – concrètement, elles, pas juste en émettant des idées – à travers le monde… Vivent les bonnes intentions !

Quelqu’un d’intéressé par l’achat d’une petite résidence à Rome ?!

On roule pour le pape

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Finalement, les plus paranos des folliculaires qui fantasmaient sur les légions du pape (les fameuses) en nous accusant implicitement de prendre nos ordres du Vatican n’avaient peut-être pas tort. Ça alors…en v’la, une nouvelle qui va révolutionner le petit monde du ouèbe de chez papa. Ou pas, d’ailleurs. Mais quand même. Et les plus sceptiques des cathos en seront pour leurs frais : c’est officiel, le net est casher !

Alors, les fâcheux qui font rien qu’à dire que c’est pas bien : pouet pouet. C’est le pape qui l’a dit, d’abord. Eh ouais ! Même que c’était en prévision de la Journée mondiale des communications sociales (qui tombe dimanche).

Ce truc moche, c'est le logo (j'y peux rien).

Ce truc moche, c'est le logo (j'y peux rien).

Comme je suis un mec plutôt sympa, je vais quand même répéter l’essentiel de ce que ça raconte dans le lien que je viens de te mettre (je le fais juste parce que je sais que certains d’entre toi sont des faignasses du clic). Benoît XVI a donc dit, notamment aux jeunes mais pas que :

« Témoignez de votre foi grâce au monde numérique ! Employez ces nouvelles technologies pour faire connaître la Bonne nouvelle, de façon à ce que la Bonne Nouvelle de l’amour infini de Dieu pour tous les peuples résonne de façon nouvelle à travers notre monde de plus en plus technologique ! »

Et pour montrer le bon exemple, le Vatican lance aussi le site pope2you.net ; mais au moment où j’écris ce billet, il n’est pas encore vraiment ouvert, alors on attendra encore un peu pour en parler pour de vrai. D’accord ? (De toute façon, tu noteras que pour le coup, ton avis m’importe assez peu !) Au programme : des tas de spams tout pleins d’eau bénite pour faycebouc, un ouiki rempli de trucs cools, des vidéos, des messages du pape, toussa toussa… Rien que du [potentiellement] chouette.

Mon Dieu ! Le pape fait des puzzles sur internet !

Mon Dieu ! Le pape fait des puzzles sur internet !

Et pendant ce temps-là, Famille chrétienne publie un dossier sur les « cathos blogueurs ». Où l’on parle, entre autres, de JBM et de David (et de l’avorton que je suis, comme dirait l’autre – qui avait aussi pris un nom d’emprunt, d’ailleurs) ; et où l’on apprend que je suis un « humoriste », ce qui ne me fait rire qu’à moitié mais que je vais essayer de prendre quand même pour un compliment.

Soit dit en passant, bienvenue à tous les lecteurs en provenance directe du magazine. Ici, c’est parfois un peu le bordel bazar, mais je mords pas. Faites comme (vous voudriez que ce soit) chez vous.

Fallait que ça arrive

Bédés, News

Cher tout le monde,

Ben ouais, t’as remarqué : pas de bédé cette semaine. Et pas seulement parce que Poussah m’a fait remarquer que comme je n’ai rien posté de la semaine ça risquait d’être le première fois que deux bédés se suivent. Non, en vrai de vrai (promis-juré-craché-chtruipt), j’étais trop occupé à diriger pour le compte du Vatican une campagne de propagande en ligne sans précédent

Trop de boulot, pas assez de temps libre. Et tout ça, pile pendant la semaine la plus longue pour les cathos de France. T’imagine même pas comme j’enrage… Presque autant que Koz.

J’espère que tu m’en veux pas trop.

Un gros poutou tout désolé pour toi, mon lecteur préféré,

Ton pote Ed.